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De la stigmatisation du chômage à la dictature du capital

Tous les jours, depuis des décennies, des chômeurs sont exclus du chômage, ou suspendus, ou ils doivent payer des amendes. Le mécanisme est bien réglé. Désormais, même ceux qui chôment en ayant travaillé à temps plein pendant longtemps sont confrontés à des problèmes. Ils doivent également prouver qu’ils recherchent activement du travail. Sur ce plan, aujourd’hui, tout le monde est logé à la même enseigne.
Bien sûr, des collectifs, des petits groupes se mobilisent. Des manifestations sont organisées. Des mini manifestations. Des marches. Des petites marches. Des toutes  petites. Mais la contestation a du mal à cerner le problème. À vrai dire, elle ne cerne pas grand-chose. Les uns critiquent un article de loi, les autres la chasse aux chômeurs. Ils associent cette chasse aux chômeurs à l’activation des chômeurs, mise en place au début des années 2000, vers 2004. Même si, en fait, cette chasse aux chômeurs a cours depuis bien plus longtemps. Pendant des décennies, l’ONEM a exclu des chômeurs en invoquant le fameux article 80. L’administration du chômage a exclu les cohabitants, du moins certains d’entre eux. Elle a sanctionné des chômeurs pour toutes sortes de raisons. Elle a mis des dizaines de milliers de chômeurs à l’amende, ou elle les a exclus, mais pas forcément à cause de fraudes. Raisons évoquées pendant longtemps: non remise de la carte de pointage; rature sur la carte de pointage; manquement au pointage; exercice d’activités prohibées, même non rémunérées, pendant la journée, ou indisponibilité momentanée, bref soupçon de fraude. Certaines raisons étaient, sont encore invoquées arbitrairement. Des cartes de chômage sont remises à l’ONEM et ce dernier prétend que ce n’est pas le cas.
Dans certains cas, pour s’en sortir, un chômeur doit avoir la foi. Comme plein d’autres du reste.
Tout cela ne concerne pas n’importe quel chômeur, bien sûr. Cela concerne surtout ceux qui changent d’adresse, et ceux qui accumulent des boulots dits de merde, des petits boulots, ou de longues périodes de chômage. Ou des immigrés qui changent de statut.
Il y a plusieurs types de chômage. Il y a le chômage sur base du travail, et le chômage sur base des études. Pendant longtemps, tous ceux qui n’avaient pas réussi à travailler quasiment à temps plein pendant une période déterminée, un laps de temps forfaitaire, n’avaient pas droit au chômage complet. Ils avaient droit à des allocations rabotées, à un statut de chômeur de deuxième catégorie. Désormais ces allocations ne sont pas seulement rabotées, elles ne sont octroyées que pendant une période de trois ans, si tout va bien, si les contrôles de disponibilité à l’emploi sont positifs. Ensuite, plus rien.
La fin du chômage à vie, cela date de 2015. Le compte à rebours avait commencé en 2012. Dès ce moment, certains chômeurs savaient qu’à partir du 1er janvier 2015, ils allaient cesser de toucher des allocations de chômage. Des dizaines de milliers de chômeurs ayant droit au chômage sur base de leurs études ont perdu leurs allocations à ce moment-là. Désormais, chaque mois, des chômeurs cessent de toucher des allocations.
Le but de ces pratiques est de culpabiliser les chômeurs, mais aussi les pauvres en général, et de reprocher la crise à ces derniers. Le but de tout cela est aussi de faire peur aux travailleurs, de les inciter à rendre un véritable culte au travail, sinon au patronat et au monde économique.
On en voit à présent le résultat. La liquidation des droits des travailleurs est désormais en cours, sans que cela ne suscite le plus souvent la moindre indignation. Tous de plus en plus abondent dans le sens du pouvoir économique, de la morale traditionnelle du travail. Les syndicats font figure de trouble-fête.
Le racisme se répand inexorablement. Encourager l’exploitation sous toute ses formes devient une mot d’ordre qui va de soi.  De façon inexorable, l’arbitraire, la culpabilisation, font des progrès.
La société est en train de faire marche arrière, de reculer sur la plupart des plans. Paradoxalement, ceux qui sont la cheville ouvrière de ce recul, les politiciens, les éditorialistes, les journalistes qui en vantent les mérites, le font au nom du progrès. Il y a cent-cinquante ans, l’on faisait travailler des enfants de moins de dix ans douze heures par jour, sept jours sur sept, au nom du progrès également. Pour les industriels de cette époque, cela avait des vertus éducatives. Sans cela, les enfants, selon eux, n’apprenaient pas à travailler.  Pour ce petit monde, l’économie, les changements qu’elle suscite, justifient tout.
Le droit au chômage a longtemps été considéré par ce dernier comme une concession, voire comme une largesse, au lieu d’être considéré comme un droit, ou comme une nécessité pratique. Il est à nouveau vu comme un abus, comme un excès. Ce droit qui est avant tout celui des travailleurs, qui dépendent du bon vouloir et du bon plaisir de ceux qui possèdent les richesses, les usines, les médias.
Il s’agit d’une véritable passion. Cette passion dicte désormais à presque tous les dirigeants toutes leurs solutions, toutes leurs critiques, toutes leurs haines, comme lorsque seuls 5% de la population disposait du droit de vote.
Le tour semble joué. La récréation finie. Le moment de crier victoire paraît révolu. C’est à n’y rien comprendre.

Dénoncer les injustices en général, pas seulement celles qui concernent les chômeurs, semble dépassé. Sauf quand elles concernent des pays qui disposent de ressources naturelles et que leurs peuples rechignent à laisser une infime minorité à en profiter seule. Dans ce cas, on en invente pour critiquer leurs dirigeants. Une infime minorité proteste également. En tout cas, dans les régions du monde où le temps libre de la population sert à la placer sous la coupe des médias et de leurs préjugés.
Quant aux médias, ils attestent toujours du caractère tout à fait tranquille, responsable, logique, inévitable, allant de soi,  sans danger pour la population, des mesures prises. Selon ces derniers, les droits sociaux seraient une arriération, la cause de toutes sortes de difficultés.
Le suivisme, le moutonnement, trouvent dans l’organisation hiérarchique elle-même qui est celle du travail un de ses principaux moteurs.
Même des syndicalistes, les contestataires chevronnés se servent de slogans avant tout symboliques, font des discours accablants de conformisme, de prudence, et participent à de banales conférences-débats, à des symposiums, servant à légitimer tous ces changements. Il n’est pas difficile d’en comprendre les raisons. Le travail qui leur est si cher leur est présenté comme la raison d’être de ces derniers.
La pitié est également redevenue ce formidable moyen de démolition, de mode de dissolution de la contestation, de la critique, qu’elle fut pendant si longtemps.
Gouvernement, ministres, responsables ont toujours un mot de pitié pour les chômeurs, ou pour les sans-abris concernés par leurs mesures. Ils paraissent d’autant plus irréprochables. Du reste, ces dirigeants, ceux qui ont la charge du pouvoir, n’ont de cesse de faire valoir la grandeur de leur mérite, ou leur attitude simplement courageuse. Pour cela, les journalistes, comme pour dissoudre la contestation, les critiques. manifestent une verve à toute épreuve. Presque personne n’y trouve jamais rien à redire.

Autour de moi, les chômeurs de longue durée — certains sont de véritables virtuoses — sont angoissés. Certains résistent depuis des décennies, et les voilà qui n’en peuvent plus. Certains ont décidé de disparaître. Certains n’ont pas attendu. À force de se défoncer, ils sont morts à l’hôpital. Beaucoup n’ont pas atteint 50 ans. Leur combat de toujours contre les démons qui travaillent cette société, contre les menaces de plus en plus effrayantes que font peser la cupidité, le mensonge et la haine, paraît n’avoir servi à rien. Au contraire: tous leurs efforts pour se faire une place, une petite place à leur mesure, à leur goût, dans cette société, sont restés vains.
Depuis longtemps, il aurait fallu appeler massivement à manifester pour une autre politique, pas seulement pour que l’on fasse autrement de la politique. Il faudrait manifester maintenant, massivement, pacifiquement, toutes organisations confondues, et de façon répétitive. Mais les syndicats qui contrôlent l’univers de la critique et de la contestation, qui représentent un soutien d’autant plus efficace de l’oligarchie, qu’ils ont l’air de la combattre, ne souhaitent pas remettre en question l’ordre social existant. Ils sont devenus comme les gardiens du temple.
Pour revendiquer quoi? Quels mécanismes seraient à même de résoudre les difficultés qui s’accumulent sur le plan financier, social, environnemental et économique? Pour qu’on trouve une solution pour tous ceux qui sont exclus du marché du travail, ce qui ne veut pas dire garantir le droit au chômage sans plus, mais assortir ce droit  de mesures économiques, sociales, culturelles. Il s’agit de s’interroger au sujet de la liberté. D’en remettre le dogme en question. A-t-on le droit d’obliger un jeune à rester assis et à se taire 36 heures par semaine dans une classe pendant 12 ans. Tout cela pour l’empêcher d’apprendre quelque chose. On pourrait manifester pour pour que des gens travaillent six mois par an, par exemple, dans certaines professions. Ou cinq ans d’affilée, et puis qu’ils laissent leur place à un autre. Il faudrait aussi des mesure qui, en cas d’embauche, imposent l’embauche de chômeurs de longue durée. La technologie et la science modernes sont de plus en plus mises au service de logiques destructrices. Ce qui semblait un progrès formidable, il y a cinquante ans, comme la voiture, la télévision, l’industrie nucléaire, représentent désormais des menaces inacceptables. Il s’agit d’en prendre la mesure, autrement qu’en faisant signer des accords, destinés à rester lettre morte, à cent cinquante pays. Mais, pour cela, il faut tout reprendre dès le début. Il faut réformer l’enseignement, cesser de s’en servir pour déformer les esprits. Il faut former des gens capables de chercher et de trouver des solutions à de nombreuses difficultés, réorganiser l’agriculture, la consommation, le travail, et la vie en ville, de manière à ce que la voiture n’y fasse pas la loi, de manière à ce qu’elle n’occupe plus tout l’espace, polluant à qui mieux mieux. Il faut mettre fin à la dictature du capital et du travail. Et surtout à celles des médias.
Rien de plus difficile que d’organiser un mouvement de masse progressiste, pas seulement en Belgique. Il ne s’agit pas seulement de frapper les consciences en abusant de clichés.
Le capitalisme ne se cache même plus de son besoin de décider de tout à la place des gens, sauf qu’il confond un tel système avec la démocratie, qu’il en emprunte les formes, qu’ils manipulent à sa guise, en conditionnant les esprits, au moyen de sondages, de campagnes systématiques.
Il est temps de reprendre l’initiative.

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Fracture ou facture numérique: la question se pose?

J’ai reçu récemment un feed-back d’un interview passé dans un soi-disant E.P.N. (espace public numérique) de la part du service emploi de l’administration sociale dont je suis « usager ». En fait, il s’agit d’une A.S.B.L.. Cela n’a donc rien de public. Mais cette ASBL prétend lutter contre la fracture numérique.

Dans leur rapport, les intervieweuses — elles étaient deux — affirment que j’ai dit que je ne voulais pas travailler pour un E.P.N.. C’est faux. Je n’ai jamais dit cela. J’étais scié quand j’ai découvert cela dans leur rapport. Elles disent dans ce rapport que je ne m’intéresse pas à la fracture numérique. C’est faux également. C’est le contraire. Je me souviens très bien que, lors de cet interview, je leur ai parlé des documentaires que j’ai vus qui traitent d’Internet et des injustices qui le concernent, de la lutte pour en préserver l’autonomie et pour la gratuité de l’Internet. Je m’intéresse à cela depuis toujours.

En fait, les termes fracture numérique ne veulent pas dire la même chose pour les personnes qui m’ont interrogées et pour la plupart des activistes qui luttent contre ladite fracture numérique de plus un plus en train de devenir un problème fondamental. Voilà ce qu’il y a. Elles sont en outre convaincues que leur approche est la seule envisageable. Pour elles, il n’y a pas à tergiverser. Le reste est secondaire. D’abord faire de tous et de chacun un utilisateur basique de l’Internet et de l’outil informatique.

C’est une bonne idée, mais, derrière leur idée de lutte contre la fracture numérique, il y a une campagne orchestrée par le gouvernement belge, et soi-disant destinée à lutter contre la fracture numérique, dont le véritable objectif est complètement différent. Sous-prétexte d’aider des personnes faisant partie de milieux défavorisés à accéder à l’Internet, il s’agit surtout de vendre des ordinateurs et de la technologie numérique, de bouster la consommation, bref de faire marcher le commerce.

Il y a quelques années, Alexander De Croo, le ministre qui vient d’octroyer de nouveaux subsides prétendûment destinées à réduire la fracture numérique, est aussi celui qui a le plus fait des pieds et des mains pour qu’on exclue le plus possible de chômeurs. En 2010 et 2011, les Belges n’ont pas eu droit à un gouvernement pendant plus de 500 jours, presque dans le seul but de pouvoir exclure des chômeurs. C’était Alexander De Croo qui l’avait fait tomber. Un nouveau gouvernement n’a été formé que lorsque les socialistes ont accepté d’exclure des chômeurs et de laisser le gouvernement piller encore un peu plus les caisses de la sécurité sociale.

FOBAGRA ne s’efforce pas de permettre à tous les utilisateurs d’Internet d’accéder aux mêmes informations. Elle ne lutte pas contre les entreprises qui profitent de l’Internet et qui mettent en péril la liberté d’information ou l’accès de tous à la connaissance. Elle ne lutte pas contre la censure de l’Internet ou la publicité qui y font des ravages. Au contraire. Les A.S.B.L. comme FOBAGRA s’efforcent surtout de former les gens à utiliser l’outil informatique pour faire d’eux des consommateurs comme les autres de cette technologie. Elles visent à faire de l’internaute un usager des services et des logiciels proposés par des grandes entreprises informatiques. On n’y traite pas de Linux, de Thunderbird, de Libre Office, ou de Gimp, mais on y forme avant tout à l’utilisation de Windows, Word ou Outlook. On fait passer un objectif mercantile, économique, pour un objectif social.

On y incite en même temps à adhérer à certains préjugés concernant la cultrure elle-même, pas seulement concernant l’informatique et Internet. Ainsi, l’un et l’autre seraient indiscutablement synonymes de progrès, ou, du moins, il s’agirait que tous le croient, quand bien même le numérique est en train d’envoyer des centaines de millions de gens au chômage.

L’internet et l’informatique feraient partie des choses à maîtriser, et donc à apprendre. Cette campagne a également tendance à faire passer pour des analphabètes ceux qui ne savent pas se servir d’un ordinateur. On y considère en effet que ne pas savoir se servir d’un ordinateur représente une forme d’analphabétisme. Et on considère que ce type d’incompétence concerne a priori les pauvres. Alors qu’elle concernent aussi les vieux, ou encore des riches.

Bien sûr, on n’y prétend pas que tout ce qu’on trouve sur Internet est bien. Non. Que du contraire. Mais il faudrait savoir se servir d’Internet pour pouvoir prétendre s’en tirer, trouver du travail, communiquer, voire s’informer, en tout cas au sujet des derniers produits de consommation produits par l’industrie de pointe, sur les performances de sa voiture préférée. On n’en est pas à inciter les gens à aller lire la presse russe ou africaine, souvent du reste aux mains, en ce qui cencerne cette dernière, des mêmes personnes que les grands titres de la presse française ou américaine.

Mais on y défend inconsciemment l’idée que du moment que les idées qu’on y trouve sont relayées par la télévision, c’est qu’elles sont valables. Bref, on suscite un réflexe et on en contrôle l’acquisition.

Un peu comme jadis, au lieu d’apprendre aux gens à réaliser des émissions de télévision, à filmer, à interviewer, à débattre, on en faisait des consommateurs avides de programmes télévisés, tout cela, bien sûr, au nom de la démocratie et de la liberté d’expression.

Alors bien sûr, en principe, on donne aussi à certains peut-être des rudiments qui représentent un moyen d’être à la base de cette culture. C’est du reste cette pseudo-autonomie qui en séduit quelques-uns. Mais leur donne-t-on réellement d’être davantage à l’origine de cette culture internet? J’en doute. J’ai plutôt l’impression que, pour cette A.S.B.L., l’Internet et l’informatique sont plutôt censés promouvoir une nouvelle forme de massification de la culture, bien plus consternante encore que la culture télévisée. Les subsides octroyés ne le sont pas encore pour permettre aux gens de concevoir des sites, ou de se familiariser avec le webdesign. Pourtant, mettre ur pied son propre webzine, diffuser ses podcasts représentent un moyen d’être à l’origine de cette culture. Produire des reportages sur les sujets ignorés volontairement par les médias de masse représente un des seuls moyens de lutte contre la propagande masse, qui n’est pas produite par les gens, mais par une toute petit minorité d’individus, disposant d’immenses moyens, et de procédés de communication sophistiqués pour inculquer aux masses les préjugés qui leur sont utiles, comme par exemple la haine d’un chef d’état qui refuse de leur procurer des matières premières au prix ridicule qu’ils exigent, ou qui refuse de leur vendre ses services publics, ou de leur permettre d’installer une base militaire et de former sa police secrète à la lutte contre les pauvres.

Pour les formateurs des soi-disant E.P.N., ce qu’on trouve sur Internet et que l’on peut en même temps entendre à la télévision est bien.

Le ministre qui a octroyé de nouveaux subsides aux E.P.N. a lourdement insisté sur le bas niveau intellectuel des gens dans les couches défavorisées de la population. L’ ASBL à laquelle j’ai eu affaire, FOBAGRA, présente l’utilisation de l’outil informatique comme une nécessité. Comme le dit ministre, elle prétend que, si l’on ne veut pas devenir analphabète, il faut pouvoir s’y retrouver sur Internet et savoir se servir de quelques logiciels de premier plan comme Word ou Excel. Elle prétend aussi que c’est indispensable pour décrocher un travail

Il s’agit d’une amalgame. Cette approche est élitiste. La fracture numérique ne concerne pas que les pauvres. Ces derniers en savent même souvent autant que les autres en informatique.

Vivant de subsides de toutes sortes, ledit secteur associatif s’est emparé des subsides proposés avec une joie sans mélange, bien décidé à faire faire de l’informatique à tout le monde.

Tout cela est d’autant plus critiquable que le véritable objectif poursuivi est de forcer de pauvres gens à dépenser leurs derniers sous.

Dans l’espoir que des chômeurs trouveront un boulot en informatique, cette ASBL apprend aussi à coder en informatique. Même s’il est intéressant d’apprendre à coder, apprendre l’informatique ne sert pas seulement à trouver un emploi, cela sert aussi à s’émanciper, à vérifier des informations.

La recherche de travail et les formations pour en dégotter sont considérées comme obligatoires pour les chômeurs. Quand on ne maîtrise pas de manière élémentaire l’outil informatique, suivre une formation en informatique est donc aussi plus ou moins considéré comme obligatoire par Fobagra. Une telle manière de faire et de penser est disciplinaire. C’est de l’autoritarisme. L’état social actif a des relents autoritaires. C’est inacceptable.

Au contraire, apprendre l’informatique doit représenter une joie. La joie de trouver des réponses à des questions, de réussir à s’informer de communiquer en temps réel avec des gens qui habitent à l’autre bout du monde. La joie de réaliser des tâches complexes, et donc d’étendre son champ d’action.

Communiquer avec leurs proches, c’est ce qui amuse le plus les gens. Le système est au courant de ce besoin et s’arrange pour leur faire manger de la publicité à toutes les sauces. Alors que les gens cherchent à s’informer,  de manière encore plus perverse que la télévision, Internet leur raconte plein d’histoires, leur montre des images, leur fait des offres personnalisées qui servent à leur faire faire des achats.

Il est essentiel que les gens s’intéressent aux technologies de l’information pour elles-mêmes, et qu’ils élaborent des codes de conduite et d’utilisation de ces technologies. Il est aussi nécessaire de développer une culture informatique capable de décrire ce type de technologie, ses qualités et ses faiblesses, et d’en déceler les pièges éventuels. Il est nécessaire d’armer les gens pour leur permettre d’y faire face.

L’informatique n’est pas qu’un outil de travail, ou de socialisation. Faire de l’ordinateur un simple outil de travail, c’est comme réduire la peinture à ne représenter qu’un moyen pour mettre de la couleur sur des murs. ou comme un moyen de s’informer. Tout cela nécessiterait une réflexion approfondie.

On ne devrait pas savoir se servir d’un ordinateur pour avoir une vie normale, pour ne pas être traité avec mépris.

Rousseau pensait que l’on apprenait mieux si l’on prenait goût à faire les choses, à les apprendre, si on nous enthousiasmait pour ce qu’on était censé apprendre.

Dans ledit rapport au sujet de mon entretien avec des membres de cette A.S.B.L., on signale aussi que j’avais les bras croisés pendant mon interview. J’ai quasiment l’impression qu’on s’est trompé de personne. Je ne vois pas non plus ce qu’avoir les bras croisés a de répréhensible. Le siège sur lequel j’étais assis n’avait pas d’accoudoir. J’ai probablement croisé les bras à certains moments, ne fut-ce que pour mieux me concentrer sur les questions qui m’étaient posées.

Je dois dire aussi que je ne m’attendais pas à ce qu’on critique mon attitude.

Dans le monde du travail, souvent, c’est la soumission la plus servile qui est exigée. Surtout dans le secteur associatif. Il faut dire que les associations marchent sur des œufs. Leurs subsides dépendent de l’acceptation la plus totale de l’alignement le plus totale par rapport aux politiques. Le copinage, sinon l’encartement dans un parti, servent hypocritement de critère pour engager du monde. Tout ceci concourt à éjecter plein de gens, sur lesquels les idées les plus fausses courent et se colportent partout, en vertu d’une sorte de naturalisme. La fracture sociale de plus en plus abyssale sert même de prétexte à l’exclusion. Sous des dehors olé-olé, ce sont les clivages existants que l’on respecte avec une ferveur inégalée.

 

 

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Que faire au second tour? S’abstenir ou choisir entre les deux candidats?

 

Qui choisir? C’est complexe. Il est difficile de trouver un raisonnement imparable. Continuer la lecture de Que faire au second tour? S’abstenir ou choisir entre les deux candidats?

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La morale et les élections présidentielles

 

L’effondrement est inévitable. Alors heureusement que les Français votent en faveur d’un champion de la morale, parce qu’il en faudra de la morale pour gérer la catastrophe. Continuer la lecture de La morale et les élections présidentielles

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Qui choisir ce 23 avril? Un avis personnel.

Voici un classement qui vaut ce qu’il vaut?

Non tout court!

Je commence par la fin. Celui en qui j’ai le moins confiance, c’est Asselineau. C’est subjectif. Il faut dire que les soi-disant communistes qui soutiennent ce candidat ne l’aident pas. Ils inondent de pubs pour l’UPR les groupes et les murs des uns ou des autres. Ils ont transformé Asselineau en produit commercial. Même les publicitaires sont plus malins. Ils ne prennent pas les gens pour des idiots. Ces communistes qui ne font pas partie du P.C., qui critiquent le P.C., qui font plus penser à des fascistes, à des Sorel, font comme ils font d’habitude, ils traitent les gens d’idiots. Ils prétendent avoir la solution, ils disent être les seuls à proposer des solutions crédibles, etc.. Ça ne plaît pas ce genre d’attitude. La politique, ce n’est pas ça. La politique, c’est l’ouverture, le dialogue. On y parle d’égal à égal. On essaie de progresser ensemble. On n’a pas besoin d’un messie, d’un sauveur. En tout cas pas de quelqu’un qui juge qu’il est le seul à ne pas dire de bêtises. Asselineau est très péremptoire. En fait, on ne peut pas discuter avec lui. Il confond prestige, autorité et autoritarité. En plus, c’est un nationaliste.
Alors évidemment, Asselineau propose quelques bonnes choses, mais il faut faire un tri. Tout cela manque de nuances.

Juste au-dessus, je dois dire que j’hésite entre deux groupes. Un groupe de présidentiables, de poids lourds, et un groupe de poids plume,  difficilement présidentiables.
J’ai décidé de mettre les poids lourds un peu au-dessus parce qu’on les connaît mieux. Ils ont eu plus de temps et de moyens pour se faire connaître. Mais ils ont aussi des programmes plus complets. Mais ma sympathie va bien sûr plutôt à un Poutou qu’à l’un de ces poids lourds.

Les non présidentiables

J’aime bien Arthaud et Poutou. Ils me sont très sympathiques contrairement à Asselineau. Mais ce ne sont pas des intellectuels. Ils ont une vision quand même assez limitée de certaines choses. Même si, par exemple, je pense qu’il faut désarmer la police de proximité. Il y a tout un travail à faire à cet égard. Mais il faut aussi désarmer les truands et l’extrême droite bien sûr, et mieux contrôler la police qui resterait armée. Il y a aussi une justice à faire respecter. Car enfin, comment empêcher des manifestations de mal tourner quand certaines injustices sont aussi flagrantes? Évidemment, il y a des idées, des réformes, des solutions avec lesquelles je ne suis pas d’accord. J’ai entendu Arthaud dire un truc bizarre. Mais j’ai oublié quoi. On entend énormément de choses. Que feraient Poutou et Arthaud s’ils étaient confrontés à une crise politique grave? Est-ce qu’ils réussiraient à se tirer d’affaires? Je n’en ai pas l’impression. Ils ont des programmes assez révolutionnaires, quoiqu’il y ait beaucoup plus révolutionnaire. Leur élection provoquerait un choc, en France comme à l’étranger, un signal important aussi. Comment gèreraient-ils cette situation? Je pense qu’ils auraient dû évoquer ce cas de figure. Ils manquent de perspicacité. Il s’agit d’un positionnement en contre assez classique qui consiste à dire: on a le droit de défendre notre programme.. Vous  ne pouvez pas nous en empêcher. Non. Mais cela ne va pas dire que le Medef et le patronat vont accepter la chose, faire comme si de rien n’était.

Maintenant, entre ces deux là et Dupont Aignan par exemple. Il y a des idées de Dupont-Aignan auxquelles j’adhère et que ne défendent pas Arthaud et Poutou. Mais l’inverse est vrai également. J’aurais tendance à les mettre tous les trois ex aequo. Il y des idées de l’un et de l’autre auxquelles j’adhère.

La question que je me pose est: est-ce qu’ils sont présidentiables. Et là, je dois dire que je crains que non. Dupont-Aignan a de grandes qualités, mais je ne pense pas qu’il ait de vision politique suffisamment profonde de certains problèmes. Et il serait capable en cas de crise de prendre de bonnes mesures, mais de choisir le mauvais camps. Il manque de carrure.
Et je dois dire que Poutou et Arthaud idem. Il n’y a pas de mouvement avec eux.

J’aime bien Cheminade. Mais là encore, comment ferait-il? C’est un candidat éthique, mais quelle politique mènerait-il pour atteindre ses objectifs éthiques? A-t-il le poids nécessaire? Ou se montrerait-il impuissant? Et puis, quelles mesures concrètes prendrait-il? Je le mets donc au même niveau que Dupont-Aignan , Arthaud et Poutou, quoi qu’il ait dit des choses extrêmement importantes et justes.

Lassalle: j’aime bien le personnage. Mais, en pratique, je ne vois pas comment les choses tourneraient. Est-ce qu’il dirait à Trump d’aller se faire voir? Et est-ce qu’il prendrait ses responsabilités, où céderait-il aux pressions exercées sur lui, en dépit de ses intentions. Très direct, un chouette franc-parler, mais, face à des grands patrons comment se comporterait-il? Les remettrait-il à leur place? J’ai un doute. Je le mets au même niveau que les quatre autres.

Les présidentiables de droite

Fillon.  Un voyou de la haute, le vieux monde, vieille France, mais qui est de son temps, qui profite à la façon des voyous de son époque, de toutes les époques. Caractéristique de toute une dérive. La même moralité qu’un condottiere. Un personnage dangereux servi par la dérive antiterroriste. Avec lui, les plus riches feront encore plus fortune. Mais la France se retrouvera dans le fond du panier. Pratiquement au même niveau qu’Asselineau, sauf qu’il a une stature qui en fait quelqu’un d’un peu plus prévisible qu’Asselineau. Il n’est pas pire que Le Pen. Mais il n’est pas meilleur. Je le mets au même niveau. Ils se valent. Le Pen est plus directe. Fillon est moins méchant, mais pas moins moche.

Je dois dire que même Le Pen, j’ai l’impression qu’elle céderait aux pressions, surtout à celles de grands patrons. Le grand patronat, c’est le monde auquel elle aspire. Il y a chez elle une ambition dévastatrice. Son truc, c’est la démagogie. Je pense qu’elle est sincère, mais est-ce que sa sincérité tiendrait le coup devant les pressions du milieu qu’elle admire secrètement? Même si elle le critique maintenant, que fera-t-elle ensuite?

Elle dit qu’elle ne peut s’attaquer aux salaires ou à la sécu, et donc qu’il faut dévaluer pour être compétitif. Mais le fera-t-elle? Je dois dire que j’ai un doute. Le gros problème est là. Son parti pratique encore à mon avis un double langage. On dit A, mais est-ce qu’on ne va pas dire le contraire ensuite, ou à côté. On joue encore sur les mots. Parfois on est très habile, mais parfois, c’est quand même assez lourd.
Sans parler du reste, du sentiment qu’avec elle, on va se retrouver en prison. Elle ne tourne pas autour du pot. Elle ferme les frontières. Un réflexe de petite propriétaire, d’accapareur.. Je n’y crois pas. Elle n’a aucun projet à l’échelon international qui vaille la peine d’être mentionné. Pas d’interventionnisme. Cela c’est un bon point. Mais ,en pratique, est-ce qu’elle n’enverrait pas des troupes partout. Que ferait-elle avec l’Algérie?
Mais enfin, elle a une stature, y compris internationale. Elle serait peut-être quand même un peu en mesure de faire ce qu’elle a dit qu’elle ferait.
Et puis, elle se montre très capable de remettre des journalistes à leur place.
Mais avec les dirigeants de pays importants, que ferait-elle? Est-ce que l’anticommunisme primaire, le colonialisme, plus encore que le néolonialisme n’ont pas toujours été les dadas de son parti? J’aurais voulu qu’elle s’explique à ce sujet.
Elle ne l’a pas fait. Peut-être a-t-elle changé? On voudrait la voir aux affaires, pour voir ce qu’il en est, mais on voudrait quand même conserver la possibilité de lui dire stop, de dire: là, vous n’appliquez pas votre programme, il faut arrêter. Ou de dire, là vous appliquez une partie de votre programme que vous n’avez pas le droit d’appliquer.
Je la mets donc un peu au-dessus de Dupont-Aignan, Arthaud, Poutou, Lassalle, etc.. Au-dessus de Fillon. Seulement parce qu’elle a une stature qui lui permet de faire certaines choses.
Je ne suis pas d’accord avec elle. Il n’y a pas moyen de discuter avec elle. Mais, au moins, puis-je me le dire. Elle méprise mon point de vue, mais ne prétend pas qu’il est inexistant.

Les présidentiables de gauche

Hamon, Macron, et Mélenchon sont des intellectuels, qui représentent trois groupes d’intellectuels différents.

Mélenchon, ce sont les grands intellectuels, ceux qui remettent en cause le fonctionnement du système, qui l’analysent, qui le démontent.

Macron, ce sont les intellectuels qui en appliquent les théories existantes, qui les connaissent sur le bout des doigts, ce sont des agents de production, ce sont des fameux techniciens du savoir pratique de Sartre. Bref, ce sont des gens qui appliquent des théories de droite, qui ne sont pas contre des théories de gauche, sauf quand elles s’opposent à une logique productive de droite, au productivisme, à l’ubérisation du monde. Ce pourquoi je le mets un peu en dessous de Le Pen.

Quant à Hamon, il représente la gauche bobo, le monde associatif et engagé, la bien-pensance de gauche, qui a pignon sur rue, ce drôle de monde qui se sert d’un langage extrêmement sophistiqué, qui représente la bureaucratie sociale actuelle.. SOS racisme par exemple, ou la hiérarchie syndicale. Ce sont une multitude d’organisations qui accompagnent la dérive actuelle, qui jouent un peu le même rôle que les ONG dans le tiers-monde. Cette couche bobo de gauche affiche son extraordinaire compétence, ses projets merveilleux, d’autant plus merveilleux qu’ils ont l’air de s’attaquer à l’impossible, à des situations de plus en plus dramatiques.. Mais voilà, cette bureaucratie sociale n’empêche pas la misère de s’aggraver, elle rend la cassure entre exclus et les inclus de plus en plus criante et détestable. Elle représente un instrument idéologique qui sert à justifier des campagnes de bombardement aussi. Elle sert à donner une image magnifique de cette société, mais elle sert aussi à étouffer, à masquer une série de problèmes, à informer les couches supérieures sur la situation des classes sociales les plus défavorisées, à régler les problèmes dans leur intérêt, qui est en partie le leur. Ses membres ont un plan de carrière, ils font partie d’une élite qui est parfois assez fermée, comme toute caste. Une partie d’entre eux sont des interventionnistes. Ce sont des citoyennistes. En dépit de son extraordinaire compétence, cette bureaucratie sociale manque de fiabilité. Elle est en butte à une dérive. Sa bien-pensance est problématique. Des trois ténors de gauche, seul Mélenchon se démarque de cette bien-pensance, quoique, dans certains cas, on doive le rattacher à elle également.

Je place Hamon entre Macron et Le Pen, à cause des campagnes de bombardements que son courant sociologique sert à justifier, et à cause de la dérive sécuritaire actuelle.

On a affaire en effet à deux types de gauches engagées. Il y a la bureaucratie sociale, proche de Hamon, extrêmement bien documentée, très compétente, mais contre révolutionnaire, en tout cas sur le plan du discours, et quand même fort impuissante, assez opportuniste, qui se vend pour des subsides, et qui lorgne vers Macron. Et il y a la gauche critique qui essaie de remettre intellectuellement en question les fondements du système, l’ordre international, l’ordre établi sur le plan national, et qui défend des logiques gouvernementales réformatrices à l’œuvre dans le tiers-monde, qui table sur Internet, qui a les médias contre elle, qui est proche de Mélenchon.

Il y a aussi la gauche révoltée à laquelle je rattache le groupe La Canaille, certains anarchistes, No Border, ou le PIR. Mais cette dernière n’a pas de représentant à l’échelon électoral. Où ils n’ont pas réussi à se présenter, à récolter les 500 signatures nécessaires. Sauf Poutou, mais qui est plus un anarchiste, qu’un candidat présidentiable. Il faut dire que les revendications de cette véritable autre gauche sont difficiles à couler dans un discours politique général cohérent.

Les trois grands ténors de gauche se partagent aussi les syndicats. La CFDT pour Macron. Et les deux grandes tendances de la CGT pour Hamon et Mélenchon. La tendance patronale du côté de Hamon, et la tendance critique et contestataire, de type Ruffin, du côté de Mélenchon.

En fin de compte, au sein de la gauche présidentiable, dans l’ordre, je mets Macron un peu en dessous de Hamon, et Hamon en dessous de Mélenchon. Mais je ne crois pas du tout au modèle économique auquel adhèrent Macron et Hamon.

Je mets Mélenchon nettement au dessus des autres, et de tous en même temps. Avec un bémol cependant, j’espère qu’il surprendra dans le bon sens, pas dans le mauvais, pas à la manière d’un Tsipras.

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3 points du programme de Jean-Luc Mélenchon

 

La presse fustige l’incapacité des centaines de milliers de Français qui soutiennent J.-L. Mélenchon à citer l’une de ses mesures phares.

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BHL à pleurer à propos de Mélenchon

Dans le Point du 29 mars 2017, B.H.L, l’auteur à succès bien connu , le grand copain des Peshmergas, un habitué de la Croisette, a commis un nouvel épigramme, cette fois aux dépens de Mélenchon. Continuer la lecture de BHL à pleurer à propos de Mélenchon

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Attitudes des électeurs par rapport aux élections présidentielles et choses à dire à chacun pour le convaincre de voter pour Mélenchon

Que dire à quelqu’un qui ne sait pas pour qui voter? Il y a plusieurs cas. Continuer la lecture de Attitudes des électeurs par rapport aux élections présidentielles et choses à dire à chacun pour le convaincre de voter pour Mélenchon

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Comment, pour la France insoumise, gagner ces présidentielles françaises?

Dans une adresse récente à Jean-Luc Mélenchon, Bruno Guigue s’inquiète. « Renversez la table », demande-t-il à J.-L. Mélenchon. Ne vous avouez pas battu. Ok, mais il faudrait trouver une autre expression, parce que si l’on renverse simplement la table, c’est le contraire qui risque de se passer, ce serait alors la défaite assurée. Je préfère l’expression: renverser la vapeur. Ce qui est plus difficile. Il est utile de souligner que la tâche à accomplir est difficile, voire impossible.
Est-ce qu’il y a encore moyen de renverser la vapeur? C’est une question à se poser. Sachant qu’on a déjà beaucoup avancé dans le bon sens, à la faveur de cette campagne présidentielle, à la fois pourrie et palpitante.
Comment faire? Comment trouver l’énergie de changer l’ordre du destin au cours de deux ou trois semaines qui restent? Est-ce qu’il y a moyen de bâtir quelque chose sous les crachats, demande Bruno Guigue?
En continuant courageusement comme il a commencé, peut-être J.-L. Mélenchon y parviendra-t-il? En laissant les autres s’empêtrer dans leurs mensonges, en ne renversant pas la table, mais en aidant plutôt les choses à suivre leur cours. Ce sont les situations complexes qui offrent le plus de prise et de possibilités.
B. G. demande à J.-L. Mélenchon de « créer la surprise ». Très bien. C’est ce que plein de gens souhaitent. Ce serait inimaginable. A-t-on réfléchit à ce que cela signifierait? Certains y pensent depuis longtemps. Mais comment les choses se passeraient-t-elles? J.-L. Mélenchon ferait-il comme son homologue américain, mais dans un autre sens? Signerait-il toutes sortes de papiers. Discuterait-il tout d’abord du rôle de la France dans l’OTAN et demanderait-il à son ambassadeur à l’OTAN d’annoncer à cette organisation le retrait de la France, en expliquant qu’il est prêt à s’opposer par la force, si nécessaire, à tout projet d’intervention en Russie, à s’allier à cette dernière, en cas d’escalade au Proche-Orient, en dépit des liens de la France avec Israël. Demanderait-il à Israël de se retirer du Golan, d’appliquer les résolutions de l’O.N.U. concernant cette région? Cela permettrait probablement d’éviter une troisième guerre mondiale. Le ferait-il? Aurait-il cette audace? Cela provoquerait une onde de choc. Les médias atlantistes le traiterait sans doute de fou dangereux. On s’apercevrait cependant aussi que toutes les campagnes et les activistes qui prétendent critiquer D. Trump ne sont que des faux semblants. Mais les gens prendraient-ils ces médias au sérieux? Ne serait-il pas temps alors de convoquer les responsables des médias français, et de leur demander de dire à leur chaîne ou à leur organe de presse d’expliquer à leurs auditeurs ou à leurs lecteurs que les prises de position des médias reflètent avant tout des préjugés politiques, des a priori, qu’ils ne servent ps à informer, mais à mobiliser, et que ce genre de mobilisation n’a rien à voir avec des faits, avec des valeurs, comme ces médias et les dirigeants qu’ils servent servilement s’emploient à le prétendre, mais  avec les intérêts des pays concernés qui s’identifient à ceux d’une élite et d’une organisation capitaliste qui pose problème.
Il y a peu d’espoir d’en arriver là, en effet.  Même si J.-L. Mélenchon gagnait au second tour.

Pour arriver au second tour, Bruno Guigne propose une excellente piste : porter très haut la France insoumise.. Et de mentionner une série de thématiques au sujet desquelles il s’agirait de « faire des choix clairs, compris de tous ».

Avant d’aborder les diverses thématiques soulevées par B. G., tentons de résumer encore une fois la situation, un mot sur l’idéologie qui pose problème et que ces élections servent à répandre comme une trainée de poudre.

La cohésion du mensonge est énorme. Ce dernier s’exprime tous les jours avec un peu plus de hardiesse. Il se sert et il se joue d’énormément de choses. Ce mensonge semble aussi extraordinaire qu’incontournable. Pour influer sur les électeurs, il se sert massivement par exemple d’arguments pseudo-statistiques et des médias. Les corrections des sondages auxquels il procède ne sont pas appliquées de manière correcte. L’argument scientifique est douteux. Son application l’est complètement.
Les dominants se servent aussi d’arguments idéologiques, d’une série d’a priori concernant l’économie, la démocratie, le populisme, etc.. Le mensonge sert à répandre cette idéologie, et les élections elles-mêmes servent à répandre de tels mensonges. Les élections ne servent donc pas seulement à désigner des dirigeants, elles servent surtout à imposer une idéologie, des croyances, à les rétablir. La menace est terrifiante. A cause des élections, une idéologie, le néolibéralisme, menace de se répandre comme la foudre. Or elle est complètement inefficace, elle pose d’énormes problèmes. Cette idéologie signifie la fin du travail tel que nous le connaissons, la fin de la question du travail, autrement dit sa réduction à une injustice systématique, le maintien de cette injustice. Mais elle signifie aussi la ruine à court terme, la spéculation la plus échevelée, la destruction de ce qui fait la grandeur de la France, de son administration, de ses extraordinaires services publics. Les choses sont déjà assez avancées. Il ne faudra pas cinq ans pour mettre fin à une expérience de plusieurs centaines d’années. Même la grande révolution avait conservé la plupart des structures héritées de Colbert et de ses prédécesseurs. Cette fois, tout cela risque de se retrouver à la poubelle.
Attaquer cette idéologie de front est cependant presqu’impossible. Se servir de la campagne électorale pour la remettre en cause, par contre, est efficace.

Il est évident qu’à côté d’une telle dévastation, qui, à cause de ces élections, passe parfois pour un mal nécessaire, et qui prétend mensongèrement représenter une solution de relance, la seule, le fascisme lui-même donne l’impression qu’il est en mesure de sauver l’essentiel. Ce serait cependant négliger un facteur fondamental: le fascisme est la proie des passions, il recule constamment devant le rationnel. Il n’est rationnel qu’en apparence. Il adhère au surnaturel. Il le brandit comme une nécessité. Il est capable de changer complètement d’avis, de se mettre au service du néolibéralisme le plus opiniâtre, ce qui s’est déjà produit. Il l’a longtemps été. Il est capable d’un gros mensonge également. L’idéologie du travail et l’économie de marché, n’adhèrent pas au surnaturel, même quand elles servent à le justifier ou à lui faire la part belle. Elles essaient au contraire de conférer un cadre rationnel, ou plutôt pseudo-rationnel, à l’exploitation, à la réalité sociale, économique, politique. Si elles se servent de la terreur, c’est en faisant mine de la combattre.
Pseudo-science, histoires à dormir debout auxquelles il s’agirait de croire à tout prix, donc d’un côté, et de l’autre: irrationalité. Toutes les deux à la rescousse des nantis, des super-riches, ou des riches avec  leurs gros moyens. Voilà le tableau, avec un Mélenchon seul face à la meute qui ment comme elle respire. Et la France insoumise, qui porte bien son nom parce que les deux autres « logiques » exigent avant tout une soumission aveugle: à la nature, à des raisons qui n’en sont pas, à des idéologies. En face, surtout, l’égalité, que l’on tente de noyer sous les crachats, comme on a toujours fait.

Problématiques à propos desquelles il s’agirait de s’exprimer sans ambages.

Le PS

Comment pourrait-on reléguer le P.S.. dans l’oubli, comme le recommande B. Guigue? Oui, le P.S. sert de nid à des apprentis conquérants, à des banquiers, à des larbins. Mais rompre avec le larbinisme n’est pas facile.
On ne se débarrasse pas comme cela du P.S.. Dans des milliers de circonscriptions, le P.S. détient encore les commandes. Il peut se relever de ses cendres en un jour, comme le phénix. Il soufre. Il connaît des avaries. Il est corrompu à outrance. Mais il représente encore la seule organisation politique importante en France. Mieux vaudrait s’en servir, l’aider à remonter la pente. Mais certes pas en lui donnant raison. Plutôt en lui donnant tort et en lui désignant d’autres objectifs: améliorer la sécurité sociale par exemple, au lieu de la livrer à ses ennemis, la récupérer, la mettre à l’abri de leur frénésie, rompre avec les privilèges, qui servent, il est vrai, à conférer une assise à son pouvoir.
Il ne suffirait pas d’organiser des formations au cours desquelles on apprendrait aux transfuges du P.S. et à d’autres à exprimer leur propre point de vue, à ne pas mentir, surtout pour la bonne cause, et à invoquer à tout bout de champ l’avis des autres.
On obéit quand on est libre. On ne peut renoncer à toute identité, au nom d’une autorité. il faut réformer l’autorité en vigueur au sein du P.S., la rendre plus légitime.

Le peuple

Parler le langage du peuple, cela ne veut pas ne rien dire. Il y a une sorte de dénominateur commun, de logique commune à chaque partie de la population. Il suffit de parler un de ces langages pour parler au peuple. Il y des centaines de manières de parler au peuple. Mais il n’y a pas de peuple auquel correspondrait une seule manière de parler en tant que tel. L’idée de peuple est une invention de politiciens. Le mot peuple est une abstraction. Chaque partie du peuple a ses idées. Peut-être toutes ces parties ont-elles quelques idées en commun. Mais il y a peu de chances. Certaines de ces catégories s’intitulent elles-mêmes le peuple, alors qu’elles sont relativement riches, et qu’elles méprisent le peuple, pas seulement d’autres catégories de gens qui font partie de ce peuple. Dans ce cas, le peuple est une figure de style qui veut dire tout le monde, sauf.. les noirs, les.. jaunes.., les allochtones, ceux qui ne sont pas du même avis.
Le peuple est le lieu de toutes les ambivalences. Alors évidemment, lui parler un langage qu’il comprend, mais qui ne manifeste aucune ambivalence, connaitre ces ambivalences, lui montrer comment faire pour résister à leur influence, lui désigner ces ambivalences, les critiquer, cela fait aussi partie de cette attitude qui consiste à parler au peuple. Se mettre à sa place, à la place de ceux qui sont quotidiennement confrontés au mensonge, qui finissent souvent par recourir eux-mêmes au mensonge, ne fût-ce que pour vendre une marque révolutionnaire de brosse-à-dents, ou pour ne pas devoir montrer patte blanche toutes les cinq minutes, c’est peut-être le plus difficile. La grande crainte des riches, et des privilégiés, c’est de voir ce peuple, correctement aiguillé, informé, échapper à leur emprise.

L’Union européenne et le Frexit.

« Faire des choix clairs, compris de tous. C’est le moment ou jamais ! » au sujet de l’Union européenne, n’est pas simple. Le débat sur l’Union européenne, qui sert de prétexte à invoquer souvent une sorte de déficit de la souveraineté nationale, ou une UE qui n’en ferait qu’à sa guise, qui serait en train de détruire la France, la nation, est complexe. Pour beaucoup, cette souveraineté n’existerait pas sans l’UE, aussi détestable soit cette dernière. Le fait est qu’elle a peu de chance d’exister tant avec, au sein de, que sans, ou qu’en dehors de l’Union européenne. Toute la question est là. Il ne suffit pas de claquer la porte. Même l’Angleterre, avec son élitisme aveugle, n’en est probablement pas capable. Même si l’élitisme est capable de beaucoup de choses. Il lui faudrait une bonne guerre pour s’en remettre, et, du reste, elle s’emploie à la provoquer. La Grèce y a renoncé, non sans s’être battue jusqu’à la fin. Pour y parvenir, la France devrait disposer d’une direction sans faille, d’un projet équivalent, meilleur, ou pire, c’est selon.
L’UE n’est pas réformable, c’est un fait. Mais la France, elle, est-elle réformable?
Une supercherie supranationale, certes, mais capable de faire paniquer les USA au point de les obliger à déréguler leur économie. Si on la quitte, on a intérêt à bien calculer son coup. Il y a aurait lieu de prendre des mesures qui risquent d’attirer sur la France de nombreuses critiques, à commencer par celles de son propre establishment, depuis longtemps impliquée dans ladite construction européenne, parvenant à faire son beurre avec elle, fut-ce aux dépens de petits pays qui s’endettent pour rien  son égard. Voilà des gens qu’on ne contredit pas en face sans prendre de solides précautions, pas seulement des précautions oratoires. Le Front national peut dire ce qu’il veut. Ce ne sont jamais que des mots. Pour inventer des mots qui ne veulent rien dire, il est très fort. C’est même sa principale marque de fabrique. Beaucoup se laissent avoir. Il est parfois tellement désespérant de chercher à comprendre. Et il est tellement plus facile de faire semblant de comprendre, ou d’avoir tout compris. Ce faisant, il est aussi très important d’empêcher quiconque de comprendre pourquoi certaines choses tiennent la route. Le F.N. critique les fermetures en masse d’entreprises, leur délocalisation, le chômage qui en résulte, et il critique l’Union européenne. Mais comment, à son avis, lorsque la France ne fera plus partie de l’U. européenne, devra-t-on faire pour faire fonctionner l’économie française? La France insoumise suppose qu’on peut y parvenir en changeant d’orientation économique, pas seulement en la restructurant. Il est important de clarifier les choses à ce niveau.
Si la France fermait ses centrales nucléaires et ses raffineries de pétrole, il faudrait un temps d’adaptation, tout le monde ne pourrait pas se payer d’emblée des panneaux solaires. Une centrale nucléaire est quand même plus facile à construire qu’une usine marémotrice. Sa démolition seule est plus compliquée.
On voit bien que pour être clair au sujet de cette question de la souveraineté nationale, il faut être clair au sujet de plein de problèmes au sujet desquels justement il est très difficile de voir clair?
Va-t-on s’attaquer au modèle de vie dominant, ou continuera-t-on à s’acheter tous les cinq ans, une nouvelle voiture, et tous les deux ans des ordinateurs et des smartphones dernier cri? Parce que dans ce cas, mieux veut peut-être rester dans la communauté européenne. On voit mal Sagem, ou plutôt Safran, faire concurrence à Samsung et fabriquer des smartphones, tout cela en tablant sur le seul marché intérieur français pour s’en sortir, en tout cas au début, alors que les consommateurs de ce marché intérieur voudront eux s’acheter des Samsung, sans doute à cause de l’excellence de ces appareils qui ont conquis le marché mondial, mais aussi de l’ouverture sur le monde qui en découle. Fabriquer à nouveau des gsm, obligerait Safran une fois de plus à se reconvertir. L’économie est mondialisée, qu’on le veuille ou pas. Il est nécessaire d’en tenir compte.
Va-t-on expliquer aux grands patrons français qu’ils n’ont qu’à vendre leurs machines à l’étranger,  puisqu’ils les construisent à l’étranger, et qu’en France, on est en mesure de s’en passer? Se remettra-t-on à refaire la lessive à la main? Ou inventera-t-on des lavoirs géants où les gens iront laver leur linge au lieu de le faire à la maison? La machine à laver individuelle deviendra-t-elle un luxe et un indice de grande richesse? Sortir de l’Europe, c’est facile à dire, mais plus difficile à faire, quand bien même la souveraineté française est en péril. La Grande-Bretagne, elle, a conclu des accords de libre-échange avec d’autres groupes de pays qu’avec l’Union européenne. La France rejoindra-t-elle ces organisations de libre-échange concurrentes? Le choix est limité. Ou bien l’on met en place des organisations de libre-échange plus performantes que l’Union européenne ou bien il sera très difficile de se débrouiller sans cette dernière.
La défense française est à mettre à l’abri des convoitises d’états et de puissances belliqueuses, mais la France elle-même vaut-elle mieux que ces états? Quelle est sa politique de défense jusqu’à présent? Une fois à l’abri des convoitises de l’Allemagne, la France ne redoublera-t-elle pas d’efforts pour participer à des coalitions en tout genre, pour bombarder des petits pays du tiers-monde, bref pour tenter de conserver sa « place » dans le « monde? N’est-il pas trop tard pour se poser des questions indispensables au sujet de ce qu’on sous-entend lorsqu’on évoque la nécessité de préserver sa souveraineté?
De fait, tout cela ne va pas de soi.