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« Les héritiers », un très bon film, et surtout un titre très laconique, ou ironique

 
Le 3 décembre 2014 sortait un excellent film français réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar, notamment avec Ariane Ascaride, Ahmed Dramé, et Noémie Merlant. Un grand moment de cinéma et de plaisir.
Le film part d’un fait réel: le Concours national de la résistance et de la déportation gagné par une classe d’un lycée de Créteil en 2009 et dont le thème était Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi.
Pour le réalisateur du film, les élèves sont des cancres, des chahuteurs, des méchants, mais qui ont un bon fond. La proposition de leur professeure de leur faire passer un concours national va, comme le dit la critique, les transformer.
L’écart entre le film et la réalité ne doit pas être très grand. Certaines scènes de chahut donnent la nausée. S’il y a une vision utopique de l’enseignement et de l’école, ce n’est pas celle du film.
L’on pourrait évidemment se demander si, dans les faits, les choses se sont exactement passées comme dans le film? Il faudrait interroger les anciens élèves de Créteil. A-t-on acheté les élèves, ou ne fût-ce que l’un d’entre eux? Qu’a-t-on fait? Le fait de leur donner carte blanche a-t-il suffit à les convaincre de passer ce concours? Leur a-t-on parlé de deux après-midi par semaine de quasi-temps libre? Leur a-t-on fait miroiter de meilleures chances de passer à la fin de l’année? Comment les choses se sont-elles passées?
Dans le film, les élèves sont sensibles à l’empathie et au charme d’une proffe d’histoire qui sait aussi se faire respecter, qui a de l’ascendant, même sur des chahuteurs. Mais c’est l’épreuve de force au moins dix fois par jour. C’est une professeure exceptionnelle, comme il y a de grands architectes, de très bons cuisiniers. Elle est capable de concilier les exigences de l’institution avec les valeurs auxquelles les jeunes sont sensibles. L’adhésion obligée à certaines valeurs suscite une méfiance légitime chez les jeunes. Mais les valeurs scolaires sont déguisées en faits, en savoir. Enseigner certains faits sert de prétexte pour les inculquer aux enfants. Les autres valeurs, comme l’anticolonialisme, ou certaines valeurs égalitaires, marxistes, anticapitalistes, ou libertaires, pour ne pas dire anarchistes, les valeurs de la contre-culture, ou même certaines valeurs populaires, ne constituent pas la matière d’un savoir, ou le savoir qui leur correspond n’est pas assorti de la même valeur. Par contraste, elle sont comme déconsidérées, paraissent inexactes, voire mensongères. Elles ne semblent pas dignes d’être apprises telles quelles. L’éducation scolaire fait un choix parmi les valeurs. Mais elle ne reconnaît pas qu’il en soit ainsi. Les professeurs doivent cependant concilier ces deux ordres de valeurs. Ils n’y parviennent souvent qu’à la condition que l’autre partie acceptât de faire semblant de croire à leurs éventuels mensonges, et qu’eux-mêmes acceptassent de savoir qu’une majorité d’élèves pensât qu’ils racontent des sottises, sinon des mensonges. La vérité est hors d’attente. Mais, au fond de l’idéologie scolaire, réside un paternalisme qui s’appuie sur un double mécanisme de coercition mentale.
D’abord, il prétend que la docilité est source de joie, de bonheur. Il s’agit d’une valeur autoritaire. L’école s’appuie sur la docilité, l’exemple, sur la récompense, la reconnaissance, pour imposer son idéologie. La professeure du film ne fait pas défaut à cette croyance. Au fur et à mesure que l’expérience initiée par leur proffe d’histoire se poursuit, les jeunes semblent rentrer dans le rang, adhérer à son point de vue initial. Les élèves acceptent de jouer le jeu, et semblent abandonner leurs croyances. A la fin du film, ils ont tout d’un coup la sensation éphémère qu’ils appartiennent à la société, à cette société qui, d’habitude, les traite avec méfiance, sinon en ennemis. Ils rentrent, comme on dit, dans le moule.
Ensuite, ce paternalisme prétend que les faits enseignés par l’école sont objectifs, vrais. En fait, c’est de l’objectivisme, et même du positivisme. Laisser entendre que l’élève est plus heureux lorsque l’idéologie est enfin prise pour argent comptant, lorsque l’arbitraire est toléré sans arrière-pensée, est un discours clef de l’institution. Sans cela, peut-être n’y a-t-il pas de société possible. Cela vaut la peine de se le demander. Mais un tel fonctionnement a un caractère totalitaire. D’autant plus que, bien sûr, l’institution, et l’école en particulier, démentent qu’elles servent à propager une idéologie. Pour ce faire, elles prétendent tout baser sur des connaissances objectives.
Pour justifier cette attitude, certains évoquent le progrès, mais, dans ce cas, c’est du progressisme.
La recrudescence de l’antisémitisme et les pressions politiques et médiatiques liées à cette recrudescence confèrent un impact supplémentaire à cette coercition. Le film ne l’atteste pas comme tel, mais il est sorti en pleine recrudescence d’actes antisémitistes et de l’idéologie antisémite.

Pourquoi le discours qui traite de la Shoah est-il généralement idéologique?

Les explications qui portent sur la seconde guerre mondiale, ses tenants et aboutissants, la place de ces explications dans la hiérarchie des faits font partie intégrante de l’idéologie française.
Pour la loi Gaissot, qui condamne le crime de négationnisme, le négationniste est celui qui refuse d’adhérer, de souscrire à l’objectivité des faits, mais elle base cette objectivité sur la légalité. En d’autres termes, elle ne s’agit pas vraiment sur un fondement objectif. Elle confère un statut légal ou reconnu à un fait historique en particulier, ce qui vide évidemment cette loi de sa substance, et transforme la société française en une société légaliste. Elle considère que la Shoah est le seul véritable génocide parce que visant avant tout à exterminer les femmes et les enfants, et donc que le négationnisme ne constitue un délit qu’en ce qui concerne celle-ci. Certains, pour attester du caractère universel de cette définition, font également état du génocide rwandais, qui ne paraît cependant pas correspondre aux mêmes critères.
Cette loi permet d’exonérer légalement la France de toute critique concernant la décolonisation, ou la colonisation. Il semble évident même qu’elle sert avant tout à cela, et qu’un tel point de vue est idéologique.
Lorsque, dans le film, et, probablement, dans la réalité, la professeure d’histoire explique ce qui distingue le génocide du massacre, elle fait non seulement état d’une convention, mais d’un a priori. En l’occurrence au nom d’une simple définition, d’une simple convention, une réalité objective acquiert une plus grande valeur que d’autres. Un fait complexe, polymorphe est identifié à une seule occurrence. Les autres occurrences sont pratiquement passées sous silence. Il semble même que grâce à ce tour de passe-passe, elles soient excusables. Elles semblent relever d’une autre catégorie. Les valeurs politiques par contre semblent s’enraciner dans ladite distinction nécessaire. Tel crime serait plus terrible qu’un autre pour telle ou telle raison. Affamer par la faim, provoquer des crises économiques n’auraient pas la même importance que le gazage en temps de guerre dans des chambres à gaz.
Entre 1940 et 1945, l’Allemagne est en guerre contre une grande partie du monde. Ce fait n’entre pas en ligne de compte. Pas plus que dans l’analyse du génocide rwandais à laquelle procèdent les organisations humanitaires, n’entrent en ligne de compte les mesures économiques et juridiques imposées par le F.M.I., l’agression internationale dont est victime le Rwanda, et toute une série de facteurs proprement internationaux, ou l’héritage de la colonisation, comme par exemple les cartes d’identité ethniques. La Shoah est traitée comme un fait scientifique. Pas comme un fait historique, politique. Le mythe de la supériorité de la race n’était cependant pas une invention nazie. Il était un mythe en vigueur dans toute l’Europe. En particulier en France et en Angleterre. Dans ces derniers pays, il faisait concurrence au mythe de la nation. Mais il n’en représentait pas moins une menace, surtout pour le reste du monde. Le Mythe de la nation, par définition, n’avait de sens qu’intra muros. Ailleurs tout était possible, et même, souvent, permis.
Le discours idéologique qui traite de la Shoah présente systématiquement les mêmes incohérence.
D’abord, ce discours présente les nazis comme les seuls responsables, pas seulement comme les auteurs, d’un génocide. Il isole ledit fait, la Shoah, d’une série d’autres, qui en conditionne cependant la compréhension. Il en fait comme dit A. Toynbee, un champ intelligible d’études, alors que ce n’en est pas un. Il ne définit pas les nazis. Il ne traite pas de ces derniers comme tels. Les auteurs du génocide sont entourés d’un halo de mystère. Ils ont accédé comme des extraterrestres au pouvoir en Allemagne à la faveur d’une crise. Ils ont été punis. C’est tout ce qu’on retient d’eux. Ils sont perçus comme une sorte de monstres, vus comme faisant partie d’une secte dont l’antisémitisme est obsessionnel, et complètement délirant.. Qu’un grand nombre se soit fait recruter par les Américains, qu’il en subsiste plein, que beaucoup se retrouvassent aux commandes de toutes sortes d’administrations en Allemagne et même à la tête de grandes organisations internationales, cela n’a aucune importance.
Cette présentation des faits est partiellement mensongère. Les nazis sont les membres d’un parti politique qui a repris à son compte un programme politique élaboré par le grand capital allemand, qui recommandait l’application de discriminations fondées sur la race pour motiver les travailleurs, pour susciter plus facilement la soumission, dans le but de rendre plus compétitive l’industrie et l’économie allemandes. Mutatis mutandis, ce programme est toujours d’application de nos jours. Il n’a rien de vraiment original. Le parti nazi a été porté au pouvoir grâce au soutien financer de ce grand capital allemand, mais aussi américain, et probablement aussi anglais. Il a fallu leur entrée en guerre contre les Allemands pour que Américains et Anglais se mettent à critiquer le programme d’extermination nazi.
L’antisémitisme était l’idéologie de toute l’Europe. Il n’était pas obsessionnel qu’en Allemagne. Sa virulence apparaît clairement dans les écrits de Ferdinand Céline qui en fournit probablement la meilleure description. Cet écrivain est largement censuré en France, et même ailleurs, il est inutile de se demander pourquoi. La Shoah a subitement fait de la France un état modèle, une nation nette et courageuse, honnête, comme les autres. Il est hors de question de contredire cette vérité, et surtout de remettre en question certains acquis.
La critique du génocide nazi sert avant tout à escamoter une multitude de faits. Or, la recrudescence récente de l’antisémitisme trouve un puissant adjuvant dans cette façon d’escamoter les faits. Les pulsions va-t-en guerre contre la Russie également.
La convention en question est perçue comme une propriété intellectuelle ou une réalité objective par les puissances qui furent à l’origine de la Shoah, probablement en partie pour des motifs de propagande. Cette propagande a notamment servi à exonérer l’Allemagne nazie de tous les autres crimes commis par elle.
Même si elle permet de combattre l’antisémitisme, si elle sert à régénérer la conscience morale et politique européenne, et autre, elle nourrit aussi le mythe de sa supériorité morale et sert à nier le caractère génocidaire des guerres de décolonisation et du postcolonialisme. Elle rend même caduque toute critique de ce postcolonialisme en servant à intervertir les rôles en rejetant sur les dirigeants du tiers-monde la responsabilité du chaos et de la situation du tiers-monde, en présentant a priori les nations européennes, y compris l’Allemagne, comme des nations exemplaires, antiracistes. Elle sert indirectement à justifier l’immonde prédation néocoloniale et à légitimer a priori les interventions militaires qui ont transformé en désastre permanent une partie du monde. En d’autres mots, elle sert de fondement à l’idéologie des droits de l’homme.
L’idéologie française ne fait pas le distinguo entre un fait scientifique et ce fait politique. Dans le film Les héritiers, comme dans la réalité, l’on passe sans transition de la transcription des faits au jugement historique. Pour elle, le crime de génocide est absolu. Il n’existe qu’un seul type de faits qui correspond au crime de génocide: la Shoah. Il s’agit d’un fait scientifique.
En réalité, on a affaire à un processus de banalisation. Le terme génocide renvoie à une forme d’absolu, à côté duquel tous les autre crimes semblent secondaires, presque banals. Il sert pratiquement à banaliser les autres sortes de crimes. Cette banalisation heurte à juste titre les élèves du lycée de Créteil, mais les pressions exercées sur eux ont raison de leur résistance. Ils ne parviennent pas à renverser la vapeur.
Pour leur proffe, les nazis commettent un crime impardonnable au regard de l’histoire, contrairement aux Français en Algérie. C’est cette banalisation, obtenue au moyen de la récompense, qui est l’objectif propagandiste du concours national de la résistance et de la déportation dont le film fait, de façon passionnante, le récit.
Ni les élèves, ni sans doute le professeur, ne connaissent le sens du terme idéologie. Ou ils lui attribuent un sens abstrait. Ils n’ont qu’une très vague idée de ce à quoi renvoie la critique de l’objectivisme. Le professeur ne considère pas qu’il existe une idéologie française qui s’appuie sur le légalisme.
Une question se pose à propos de l’équipe de technocrates fondant sur la Grèce comme une unité d’élite coloniale venue envoyer ses huissiers afin que ceux-ci imposent des conditions totalement inapplicables à une population captive comme l’appelle M. Yannis Varouflakis. (Charlie Hebdo n°1179, p. 7.) Cette équipe et les populations qu’elle représente n’adhèrent-elles pas au sentiment de leur propre supériorité, en particulier vis-à-vis de leurs victimes du tiers-monde, et même de leurs victimes européennes, et l’application de conditions inapplicables à des populations captives ne sert-elle pas de prétexte à provoquer régulièrement des bains de sang et même à les conditionner: Rwanda par exemple? Est-ce que les casques bleus par exemple ne sont pas une élite du tiers-monde que l’on forme à protéger des armées génocidaires au lieu de les former à les combattre? Et est-ce que former, armer, financer, et protéger des armées, contre les peuples qui s’en défendent n’équivaut pas à commettre des génocides? Est-ce que cette idéologie ne sert pas à couvrir même d’authentiques génocides? Les Israéliens, pas seulement les Allemands, ont bon dos. S’il y a des régimes qui profitent de l’écrasement du peuple palestinien, ce sont les pays occidentaux, et même les régimes arabes.
Le film témoigne certes de l’entreprise de coercition dont les élèves sont victimes, mais il témoigne aussi de la complexité des faits. Il ne sert qu’en partie de vitrine à une idéologie. Il atteste aussi de la réalité de cette idéologie. Notamment lorsque de manière tout à fait circonstancielle, les élèves s’aperçoivent que le régime de Vichy livre des enfants juifs aux nazis, alors qu’il n’y est pas forcé, ou lorsque la tentative faite par un élève de comparer la situation en Algérie pendant la période coloniale à celle des Juifs pendant la seconde guerre mondiale est éludée moyennant une explication interpellante, mais qui ne fait cependant pas débat.

Le film atteste de la faillite de la méthodologie scolaire

Le fil Les héritiers atteste aussi de la faillite d’un système et d’une méthodologie. Dans les écoles françaises, le professeur choisit le sujet, le matériel pédagogique, il fait tout lui-même et débobine son cours. Les élèves prennent passivement note et répondent au coup par coup aux questions posées par le professeur. Le professeur ne répond qu’aux questions qui portent sur ce qu’il dit, ce qu’il a dit, pas sur le contenu de l’apprentissage. Les élèves sont astreints au silence, à l’immobilité. Le professeur s’exprime et peut bouger. La relation est inégale. La situation est humiliante. Non seulement cette méthodologie manque d’efficacité, mais son acceptation, l’entreprise qui consiste à l’imposer et à la justifier, est tout simplement une forme de barbarie, d’arbitraire.
La méthodologie disons américaine procède d’une autre façon. La pédagogie américaine présente quand même quelques avantages par rapport à la pédagogie européenne. Le professeur et l’élève y font choix ensemble d’un objet d’études qui rentre dans le cadre de la matière. L’élève réunit parfois lui-même la documentation qui concerne cet objet d’études et essaie de la comprendre. Il la résume et l’expose. Il en discute sur un plan d’égalité avec ses camarades et avec le professeur. Il apprend simultanément à maîtriser toutes sortes de techniques. Il s’agit d’une pédagogie active. L’interaction entre le professeur et l’élève est meilleure, plus égalitaire.
L’aspect pédagogique du film nécessiterait tout un développement tant il présente de l’intérêt. Mais il faut être un pédagogue averti pour en saisir correctement toutes les nuances.
Le film de Marie-Castille Mention-Schaar atteste cependant que cette différence de méthodologie n’est pas aussi radicale qu’elle ne le semble. Pour parvenir au but escompté, qui consiste à mettre une classe de cancres simplement au courant de l’existence d’un fait, en l’occurrence d’un fait historique, la pédagogie utilisée aux U.S.A. paraît avoir plus d’efficacité. Dans le cadre de la pédagogie américaine, l’élève construit, ou plutôt reconstruit lui-même un savoir. Il apparaît plus libre par rapport à ce savoir. Mais, dans les deux cas, il s’agit d’en faire des machines, censées promouvoir pratiquement le même savoir. A propos de la pédagogie américaine, certains parlent d’autonomie, mais c’est une autonomie contrainte, orientée. Que ce soit en France ou aux U.S.A, l’enseignement convainc les jeunes qu’il en fait des hommes libres, qu’ils deviendront des hommes libres à condition qu’ils se soumettent à une méthodologie, et surtout qu’ils prennent pour argent comptant un savoir dont il n’est guère possible de contester la valeur. Dans les deux cas, l’enseignement a pour but de fabriquer des robots. Comme l’explique Ivan Illich dans son livre Société sans école, il sert à lobotomiser les esprits. Il apprend plutôt à être rusés qu’à être intelligents. Dans certains cas, il se sert d’une forme de harcèlement. Les jeunes qui réussissent sont réputés intelligents, et même supérieurs aux autres. Cette supériorité ne fait guère de doute. L’enseignement génère en fait des inégalités. L’intellectuel, en particulier le professeur, adhère à ce système. Il n’a que lui en vue et pense souvent sincèrement qu’il est égalitaire. Il se transforme en bourreau, à son insu, ou simplement pour gagner sa croûte, parce qu’il n’existe pas d’autre solution, système. Les énormes purges de ces dernières décennies dans l’institution scolaire, les licenciements massifs, servent à justifier et à entretenir cette situation, elles sont dictées par le besoin de dominer le corps enseignant, d’en faire une machine implacable, de continuer à en faire un instrument docile de domestication des masses, et de justification de l’esclavage salarié. Il n’ôte pas toute intelligence aux élèves, mais il force cette intelligence à se spécialiser. Lorsqu’elle fait fausse route, il n’y a pas de solution de rechange, de salut possible, hormis une vie ratée, manquée, vaguement possible, dans le meilleur des cas, moyennant un revenu de remplacement. Tout intellectuel se devrait de critiquer avec force un tel système éducatif dont l’essence reste à mon sens totalitaire. Lorsque l’objet d’études a un caractère idéologique marqué, l’apprentissage relève de la manipulation. L’élève doit accepter d’emblée cette manipulation ou aller se faire voir chez les Grecs. La manipulation elle-même fait l’objet d’un consensus et passe pour inexistante.

Conclusion

Les élèves du lycée de Créteil feront-ils tous les liens qui s’imposent? Liront-ils des livres qui leur ouvriront les yeux, alors que même les livres d’Hannah Arendt n’y suffisent pas? Seront-ils davantage capables de remettre en question une idéologie inculquée de main de maître? Ou en deviendront-ils les porte-parole acharnés ou les victimes? Quelques spectateurs seulement regarderont cet excellent film Les héritiers avec un regard critique, et n’y verront pas a contrario une justification de l’enseignement à la française, mais un travail de haute volée, pour l’analyser et un instrument de promotion de réformes qui s’imposent.

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