Publié le

Pourquoi, mais pourquoi suis-je allé visiter le salon du bâtiment?

Immoweb a interviewé plusieurs personnes qui sont allées visiter le salon Batibouw 2015. Cette société a publié un petit article à ce sujet sur son site. Mais je n’ai pas les mêmes raisons que la plupart des gens d’aller visiter le salon du bâtiment. Je n’ai pas de logement à moi. Je ne travaille pas dans une entreprise de construction. Je ne suis pas architecte ou architecte d’intérieur. Je n’ai pas d’argent. Pourquoi donc suis-je allé visiter ce salon? Je sais bien que le bâtiment, la construction, cela parle beaucoup de sous, de gros sous, pour certains, il s’agit avant tout d’un prétexte pour se mettre en valeur, pour se prendre pour le maitre du monde, ou pour se comporter comme Attila. Quand on n’a pas de quoi, qu’on ne peut pas, que c’est vraiment trop cher, on est toujours aussi forcé d’en rabattre, et on se sent même parfois humilié. Or je n’ai pas un rond. Donc, EN PRINCIPE, ça m’énerve, ce genre de foire. Et tout ce fric pour rien, pour des trucs qui vont polluer la Terre dans quelques années à peine, et qui polluent le monde dès leur mise en production, à cause de leurs colles, de leurs matériaux cancérigènes, de leur luxe tentateur qui va inciter les gens à se disputer, tout ça pour se retrouver à sec quand même, pour procéder à un aménagement qui ne ressemble à rien, pour se doter d’une piscine autonettoyante bruyante, d’un revêtement de sol abominable, ou d’un parement ou d’un feu ouvert franchement laids, pourquoi? Au lieu d’inventer des systèmes, de se servir de matériaux moins polluants, de se simplifier la vie, c’est le contraire. Bonjour l’électronique, le plastique, le béton et le ciment, l’obsolescence programmée. Tout cela rend-il tellement plus heureux! C’est vrai, tout ça c’est quand même très très matérialiste. Mais l’on ne vit pas tous dans la rue, sous les ponts. On ne chauffe pas des maisons rien qu’avec des mots, tout le monde n’a pas une source d’eau pure dans son jardin. Plein de questions qui ne sont pas du tout anecdotiques se posent et tracassent une majorité de gens, même si la publicité ou une information tendancieuse n’y sont pas non plus complètement pour rien. Placer une chaudière à condensation présente-t-il un intérêt? Que faire lorsque la robinetterie, la chaudière, les bouilloires, le WC deviennent inutilisables après quelque temps, qu’il faut systématiquement filtrer l’eau à cause du calcaire? Quelles sont les fonctionnalités réellement intéressantes des thermostats les plus récents. Tout cela fonctionne-t-il avec des chaudières classiques? Et puis, il n’y a rien à faire, beaucoup de gens sont confrontés à des problèmes de logement, à des loyers surfaits, et se demandent s’il ne vaudrait pas mieux acheter et rénover un appartement, ou une maison, ou construire carrément, dans quelque coin encore un peu vert? Les constructeurs immobiliers, les fabricants de matériaux de construction, s’emploient à faire miroiter un tel idéal devant leurs yeux. Beaucoup de gens se mettent à construire une maison dans leur tête, à rêver d’un ailleurs, d’un autre chez soi, de grands espaces, d’un thermostat moderne qui fonctionne tout seul, qui fait faire plein d’économies, que sais-je. Comment leur en faire le reproche? Je rêve également d’une cabane dans les bois et même d’une piscine naturelle. Parfois. Pas tout le temps. Sinon, il y a longtemps que je me serais barré à la campagne.
A condition de se poser de bonnes questions, les gens peuvent trouver des solutions à toutes sortes de problèmes et décider de faire plein de choses: acheter une piscine, un système d’isolation, un système de chauffage, refaire une toiture. C’est qu’une maison, ça pose toujours plein de problèmes. Les gens découvrent ce qui existe, ce qu’ils peuvent faire, cela les aide à prendre des décisions.
Un salon comme Batibouw, cela peut même relancer l’économie, la consommation, enfin un petit peu. Ma visite à Batibouw avait un intérêt presque sociologique.
Il y a beaucoup de choses laides à Batibouw. Il y a beaucoup de choses que je n’aime pas. Cela m’étonne toujours cette laideur. J’aime bien le design. Mais pas n’importe quel design. Il y a des designs qui tiennent compte de certains aspects pratiques, fonctionnels, qui ne coûtent pas les yeux de la tête, qui ne nécessitent pas l’utilisation de matériaux très polluants. Il y a beaucoup d’objets peu pratiques, qui prennent énormément de place, qui sont peu confortables, qui sont fabriqués avec des matériaux que je ne trouve pas très commodes. Mais l’inventivité, la créativité de toutes sortes d’entreprises est incroyable. Cela fait plaisir à voir. On se dit que tout n’est peut-être pas perdu. Il y a de très belles choses à découvrir, des machines stupéfiantes. Certains stands sont également très bien aménagés. On trouve des idées même dans la façon choisie par un exposant pour présenter ce qu’il produit.
Bref, malgré tout, malgré les représentants en costume, malgré les hôtesses en uniforme, malgré le côté ultra matérialiste de toute cette foire, eh bien, j’y ai passé un bon moment. Ma place au salon m’a été offerte par Immoweb. J’ai passé un petit moment sympathique au stand de cette entreprise qui fait un boulot formidable, qui propose un site ergonomique, efficace, et même convivial, et une information terriblement utile, de tout premier plan et bien présentée, qui ne s’adresse pas forcément qu’aux riches. Je m’y suis fait prendre en photo devant une maison toute neuve. Cela m’a bien fait rire. Autant commencer par quelque chose. Cela m’a aussi rappelé le jour où j’ai posé pour un ami de mon père qui avait besoin d’un enfant pour poser en train de jouer avec le jeu de construction qu’il avait inventé et qu’il avait décidé de commercialiser.

immostandautopRED

Mais je ne suis pas allé à Batibouw uniquement pour me faire prendre en photo devant une maison, même si son design est agréable, ou pour écrire un article sur mon blog au sujet de l’évolution du marché et des techniques dans le domaine de la construction. Je me suis avant tout informé au sujet des systèmes de chauffage. En me documentant au sujet des chaudières à condensation, je l’avoue, je rends service à une copine qui voudrait remplacer sa chaudière. Elle a entendu parler de chaudières à condensation et elle fait une fixation sur les économies qu’elle pense pouvoir réaliser en changeant de chaudière. J’ai souvent dépanné des gens comme on dit, placé des sonnettes, des Velux, réparé des cheminées, des salles de bains, remplacé une tuile ou l’autre qui manquait sur un toit. Je sais faire plein de choses en amateur. J’ai construit une maison en terre-paille. J’ai rénové moi-même entièrement un appartement moderne. J’ai accumulé toutes sortes d’expériences. Mais il est difficile de calculer à l’avance avec exactitude l’économie qu’il y a moyen de réaliser en achetant une autre chaudière. Il faudrait évaluer les performances exactes de la machine existante. J’ai travaillé pendant quelques mois à l’IBGE au service info au moment de la mise en place de la PEB. J’ai donc appris plein de choses à ce moment-là. C’était très intéressant comme boulot. Et en rendant visite à ce salon, j’ai découvert de nouvelles techniques et un nouvel outillage qui servent à déterminer la PEB d’un bâtiment. Mais il n’est pas évident d’évaluer les performances énergétiques d’une maison et les priorités qui en découlent. Il serait utile de déterminer si la chaudière de cette amie a un corps de chauffe en fonte, et combien de temps elle pourrait encore fonctionner, quelles sont ses performances par rapport à d’autres machines. Une machine qui n’a jamais posé le moindre problème, qui fonctionne au poil, quelle dommage de l’envoyer à la décharge. Il vaut même peut-être mieux trouver une autre machine avec un corps de chauffe en fonte et l’acheter avant le 26 septembre 2015. Dans tous les cas, il vaut mieux une chaudière au sol. Elle a un peu de place dans sa cave, et cela ne pose pas de problème. Mais il se peut aussi qu’investir dans l’isolation ou attendre un peu soit une meilleure solution, jusqu’à ce qu’on voie un peu plus clair? A quoi bon acheter une chaudière à condensation flambant neuve pour se retrouver à cours de combustible à cause d’un conflit militarisé avec la Russie qui vend du gaz aux trois-quarts des pays européens? Je sais qu’en Belgique, on consomme le gaz néerlandais, mais on est à peu près les seuls. Et le gaz pourrait rapidement changer de prix. On comprend un peu mieux les enjeux d’un conflit en Syrie quand on sait qu’il y a d’énormes gisements de gaz dans ce pays.
J’ai interrogé une demi-douzaine de représentants. J’ai appris énormément de choses. Les chaudières à condensation pour lesquelles les commerçants font beaucoup de publicité ne me semblent pas forcément la meilleure solution, même si elles permettent de faire des économies de combustible. Il s’agit d’une solution classique. Dans une chaudière à condensation, le corps de chauffe est assez petit, la quantité d’eau est très réduite, le système respire mal, l’électronique est omniprésente, il faut refaire une partie de la tuyauterie, et donc de la cheminée, et une chaudière à condensation a la moitié de la durée de vie d’une chaudière classique en fonte. Bien sûr, tous les vendeurs disent le contraire, enfin presque. Certains ont un gros stock de machines en fonte à écouler avant six mois et pestent contre cette nouvelle technologie. Dans six mois, ils ne pourront plus vendre QUE des chaudières à condensation. C’est l’Union européenne qui en a décidé ainsi. Elle espère faire faire aux gens des économies de combustible. Mais, à mon avis, elle espère aussi augmenter les ventes de chaudières. Elle n’a pas renoncé à la logique de l’obsolescence programmée, de la consommation à outrance. Or beaucoup de gens n’ont pas un niveau de vie qui leur permet d’acheter une chaudière tous les quinze ans. Je n’adhère pas à cette logique. Il faut en finir avec cette façon de penser. Si on utilisait du matériel entièrement recyclable, ce serait déjà plus acceptable, mais ce n’est pas le cas. On ne peut fabriquer sans fin des machines. Il faudrait commercialiser les ressources naturelles à leur juste prix, cela transformerait la situation. Il faut changer notre façon de penser. Il y a moyen de faire beaucoup mieux, de limiter le nombre de machines. Il faut privilégier le chauffage collectif, le solaire, le passif, le biologique, que sais-je, mais, en tout cas, il faut construire des machines avec des matériaux recyclable, et abordables, mais payés leur juste prix, depuis la mine, les premiers comptoirs.
En faisant de l’électronique, des systèmes de chauffage individuel, on continue à gaspiller énormément de matières premières alors qu’énormément de gens sont dans le besoin, n’ont même pas un toit, ou des fenêtres à leur maison. On pense souvent au pétrole, au gaz, mais les autres matières premières posent aussi un problème. Pour disposer de tantale en suffisance, autrement dit pour fabriquer des puces, des condensateurs à un prix suffisamment compétitif, certaines puissances industrielles, qui sont toutes occidentales, provoquent un génocide au Congo, ou plutôt en R.D.C.. Ce n’est pas la Chine qui provoque un génocide en R.D.C., mais ce sont les Etats-unis, l’Angleterre, la Belgique. La situation est complètement pourrie en Afrique des grands lacs. Et ce n’est pas tout : ces mêmes puissance parlent régulièrement d’intervenir au Congo. On n’en aura jamais fini avec ces horreurs. Pour y parvenir on essaie de tout mettre sur le dos du gouvernement congolais. Cela je ne peux pas l’accepter.
Le chauffage est le premier facteur de pollution dans notre pays. Chauffer pollue plus que se déplacer. Mais épargner 15 à 20 % par an sur sa facture de gaz jusqu’à la prochaine flambée des prix, est-ce la meilleur dépense à faire?
ne vaut-il pas mieux s’intéresser aux systèmes de chauffage hybride, au solaire, au recyclage, à l’électronique maison qui n’a pas besoin de matières premières rarissimes et chères, aux alternatives à une technologie qui, en fin de compte, sert toujours les intérêts des grandes entreprises des mêmes grands pays, qui fabriquent de lois sur mesure, qui mettent sur la paille la moitié de l’économie de petits pays comme la Grèce et plein de gens également. On parle toujours de la corruption, mais la corruption n’est pas le seul problème des petits pays.
Il y a des machines qui tiennent compte de certains aspects pratiques, fonctionnels, qui ne coûtent pas les yeux de la tête, qui ne nécessitent pas l’utilisation de combustible et de matériaux polluants.
Je me posais des questions précises et j’ai trouvé des réponses plus qu’intéressantes. Finalement je n’ai pas perdu mon temps. J’ai fait abstraction de plein de choses. Je suis allé droit au but. J’ai passé un minimum de temps au salon. J’ai discuté avec plein de gens sympathiques. J’ai été charmé par l’amabilité, par la convivialité du service d’accueil, il faut bien le dire le plus souvent féminin, de nombreux stands. J’ai eu des discussions intéressantes avec plusieurs représentants. J’admire les bons représentants, qui concilient travail, bonne humeur, et compétence. Je me demande toujours comment ils font. Je les remercie. L’un ou l’autre a bien sûr tenté de me refiler son numéro de téléphone, mais cela n’a pas toujours été le cas.
Enfin, last but not least, je passerais à côté de l’essentiel si je ne mentionnais pas une seconde raison pour laquelle je suis allé visiter Batibouw. Cela fait beaucoup de choses, je sais, mais je pense que c’est véritablement cela la raison pour laquelle j’ai consacré tant d’heures à ce salon, alors que j’ai un bouquin à terminer dans l’urgence. Je suis depuis longtemps au chômage. J’en ai un peu marre. Il m’est pratiquement impossible de me dire que je vais recommencer à travailler, n’en déplaise à des ministres compétents, mais sadiques, ou qui n’ont rien compris à la problématique du chômage, qui, sur ce plan, font le contraire de ce qu’ils devraient faire. C’est une question de mentalité. Quand on est jeune, on arrive à se plier en seize, même si on ne travaille pas tous rue de la loi, hihi, à s’adapter à n’importe quoi. Enfin, presque. Mais ce n’est pas toujours possible. Il arrive qu’on échoue. A force d’y être obligé, de travailler, on apprend peut-être à être plus tolérant, plus ouvert. Mais on peut connaître l’échec à tout âge. Avec l’âge, on attrape de la bouteille. Il se peut qu’on finisse par manquer d’ouverture. Quand on ne travaille pas pendant une longue période de temps, certains réflexes cessent de fonctionner. On a plutôt tendance à se replier sur soi, à dire ce qu’on pense. Si on n’a jamais appris à s’empêcher de le faire, on a plus de mal encore à le faire. On n’arrive pas à se montrer égoïste quand il le faut, et on est égoïste quand il ne le faut pas. Je suis un manuel, mais je suis aussi un intellectuel. Je réfléchis tout le temps. Je suis trop critique. Cela n’arrange pas tout le monde. Je suis perfectionniste. Autant dire que trouver du boulot représente la quadrature du cercle. Comme très peu de choses marchent, je fais plutôt ce qui m’intéresse. J’ai du mal à me forcer à faire quelque chose si je ne crois pas que cela va servir à quelque chose. Je me dis à quoi bon. Mais le chômage ou le C.P.A.S., ça ne va pas durer éternellement. Je viens de me faire exclure du chômage. Je me retrouve au CPAS. J’ai encore droit à un petit rabiot comme on dit. Mais il faut trouver une solution. Surtout en ce qui concerne mon logement. C’est le poste le plus problématique pour un chômeur. Il y a des années que j’essaie de réunir des gens de manière à lancer un projet de coopérative d’habitation, mais ça ne marche pas. C’est en partie de ma faute. Il me faut du bio, du social, de l’autogestion, etc… La plupart des gens s’en moquent. Alors je me dis qu’il serait peut-être possible de trouver un petit terrain, d’exploiter un jardin en permaculture, de vendre des paniers de légumes dans des marchés locaux. Mon rêve ce serait d’y construire ou de rénover moi-même un bâtiment, une petite cabane, une vieille grange, et je suis allé voir à Batibouw si je ne trouvais pas des idées d’aménagement, des techniques intéressantes à utiliser. J’en ai trouvées plusieurs. Notamment pour récupérer l’eau de pluie. On ne sait jamais. Pourquoi pas changer de vie, carrément, vivre une nouvelle aventure, vivre dans une cabane, produire et vendre des légumes bio. Je rêve d’un bâtiment organique, complètement durable, biologique, d’une cabane améliorée, et pourquoi pas d’une piscine naturelle pour recycler les eaux usées. J’adore l’agriculture, le jardinage, la nature, les plantes en général. Cela fait un bail que je vis en ville. Il est peut-être temps de changer de registre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *