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Le documentaire une douce révolte de Manu Poutte

 

Avant-première d’Une douce révolte, de Manu Poutte, hier, au Flagey. Tout est dans le titre, ou presque. Pour une douce révolte, c’est une douce révolte. Ce qui est comique, c’est que Manu Poutte, le réalisateur, est quand même persona non grata aux USA. 
Comme dans son documentaire En vie, qui traitait surtout du problème du chômage, son dernier film présente une kyrielle d’initiatives citoyennes.

Cette fois, il s’intéresse aux monnaies alternatives, à l’échange ou au troc de services, au mouvement des slow cities, au budget participatif, et même à la politique politicienne, puisqu’il présente le Rassemblement-R, un petit parti politique belge dont l’objectif de campagne aux dernières élections était de représenter et de défendre les idées du mouvement dit de la décroissance. Une douce révolte évoque toutes ces alternatives sans s’appesantir et sans ennuyer le spectateur avec des exposés didactiques. Patrick Viveret et P. Ariès, des philosophes dont les idées et le cheminement inspirent, voire accompagnent l’une ou l’autre de ces initiatives, s’expriment toutefois devant la caméra et devant le public militant et, surtout, agissant, venu les écouter. C’est que ces initiatives renvoient à une authentique pensée remettant en cause des explications dominantes au sujet de la société, de la vie, du monde. Un vrai tour de force.
Le Rassemblement-R est actif dans la mobilisation contre le projet de construction d’une méga-prison à Haren, à Bruxelles. Le documentaire évoque la douce mobilisation de ceux qui s’opposent au projet en plantant des pommes de terre dans la zone verte où les pouvoirs publics ont décidé de construire ladite prison, comme si ça ne servait à rien de discuter du fond du problème avec les pouvoirs publics. De fait, la construction de la prison ne fait pas débat dans les médias et l’opinion publique. Pourtant les enjeux sont importants. La société est sujette à ce qu’on appelle une dérive sécuritaire. 
Mais comment prétendre débattre à ce sujet sans un soutien ne fût-ce que limité de l’opinion publique? En fait, dans ce pays, le débat sur les enjeux sécuritaires a mal tourné, comme tant d’autres, et la majorité des gens sont convaincus qu’il faut mettre les petits délinquants hors d’état de nuire. Et pour cause, la petite délinquance est largement engendrée par des discriminations et les inégalités catastrophiques. C’est pourquoi, beaucoup voudraient également que les gros délinquants, que les évadés fiscaux fassent également l’objet de mesure d’emprisonnement ferme, qu’ils paient de amendes importantes, et surtout que la justice enquête plus systématiquement à leur sujet. Mais le pouvoir politique n’en a cure et le débat fait long feu.1
Pour Manu Poutte, Une douce révolte ne fait pas de propagande politique. Son but est seulement d’expliquer qu’il y a moyen de se battre pour un changement de société en construisant autre chose que des mouvements de contestation uniquement revendicatifs, autrement dit de fonctionner économiquement ou de faire de la politique autrement. Pour lui Podemos et Syriza représentent des exemples. Le terme autrement revient souvent dans ses explications.
À voir donc, à condition d’avoir envie de chambouler concrètement les choses. Une antidote efficace en tout cas à l’envie de tout détruire, qui tentent de plus en plus de gens, étant donné les provocations de plus en plus systématiques du pouvoir et de l’establishment, bref des riches. On peut du reste se demander comment cette douce révolte pourrait être pratiquée par des personnes moins favorisées que certains bobos issus de la classe moyenne, aussi courageux soient-ils, et sur un pied d’égalité avec ces derniers. Par exemple par des sans-papiers, ou simplement par des chômeurs qui ne disposent d’aucun patrimoine, ou par des immigrés! Peut-être, c’est à l’espérer, Manu Poutte abordera-t-il cette problématique dans un prochain documentaire, à condition de continuer à bénéficier du soutien de la R.T.B.F., ou de celui des autres institutions qui l’ont aidé à réaliser ce film-ci, ce qui pourrait très bien être le cas, en dépit des rumeurs de censure existant dans ce domaine. Concernant d’autres groupes de population, la vie toute entière représente parfois une révolte. Émeutes, mutineries, naufrages, occupations, grèves de la faim, jalonnent l’histoire de leur révolte contre un système de plus en plus ressenti comme inadapté, injuste, voire abject, qui redevient formellement raciste. Parviendra-t-on à faire changer ce système d’orientation, nul pour le moment n’est en mesure de le dire.

Sortie dès le 23 avril à Flagey, à Ixelles.
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1 Pour info, tout citoyen est invité à écrire à la commission de concertation de l’urbanisme de Bruxelles à ce sujet avant le 8 mai. Voir ici: http://1130haren.be/fr/.

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