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Lettre ouverte adressée aux autorités publiques de Bruxelles au sujet du projet de construction d’une megaprison à Haren.

Bruxelles, le 5 mai 2015

Mesdames, messieurs,

Par la présente, je demande à être entendu(e) par la commission de concertation de ce dossier. Merci de m’informer dans les meilleurs délais de la date et de l’heure de cette réunion. Je tiens à m’opposer fermement à ce projet. Merci de bien vouloir annexer ces réclamations au dossier et de me fournir des réponses.

Je refuse ce projet pour les raisons suivantes :

1. Raisons sécuritaires

Une masse de gens est persuadée qu’il n’y a rien de plus nécessaire que de construire des prisons parce qu’on leur dit que les prisons belges sont surpeuplées, que la Belgique est pointée du doigt à cause de la surpopulation de ses prisons. Ils croient aussi naïvement que s’il y a plus de prisons, on arrêtera plus souvent les délinquants qui les empêchent de dormir ou de se rendre en paix au travail ou à l’école. La nouvelle prison d’Ittre, le nouveau centre de détention pour étrangers qui se trouve près de l’aéroport, les trois autres nouvelles prisons construites depuis 2007, cela ne suffit pas. Il en faut d’autres.
Hélas, il ne faut pas se leurrer: plus il y a de prisons, plus il y a de prisonniers, et plus il y a de prisonniers, plus il y a de délinquants, de crimes, et aussi de forces de sécurité. Telle est la terrible loi du genre. Il faut être sérieux. La Belgique connaît une boulimie de prisons et de prisonniers. On ne sait que faire des prisonniers. On dirait qu’il en pleut. Combien de prisons faut-il en tout, cela va-t-il finir par se régler ? Les choses ne sont pas claires.
Bien sûr, construire des prisons, cela signifie que les auteurs de délits vont pouvoir être mis à l’écart, purger une peine, et donc qu’il y a quelque raison de les rechercher et de les arrêter. Mais à quoi bon construire des prisons, si cela incite toujours d’autres personnes à commettre des délits et à devenir à leur tour des délinquants?
Construire des prisons, punir, ne limite pas forcément la violence sociale. A force de ne pas s’attaquer en profondeur aux causes de l’insécurité, le nombre de prisonniers ne fait que croître, et donc le problème de manque de place dans les prisons continue à se poser.
Ainsi, la construction d’une nouvelle prison ne résout pas le problème de la surpopulation des prisons, si ce n’est provisoirement, et encore. Le gros problème d’une dérive sécuritaire, c’est qu’elle ne résout pas le problème de fond à la base de la délinquance. Si, au cours des années 2000, la proportion de crimes a diminué à New-York, ville connue pour ses options sécuritaires, c’est parce que la moitié de la population du centre-ville avait été auparavant chassée de la ville par des moyens économiques, en fermant la plupart des entreprises du secteur industriel new-yorkais. C’est ainsi que les marchands de rêves d’outre-Atlantique ont vendu leur tolérance-zéro au reste du monde. En fait, plus la proportion de prisonniers est importante, plus la quantité de délits, de crimes est importante.
Mais ce n’est pas tout. Non seulement construire des prisons ne résout pas fondamentalement la question de la délinquance, mais cela empêche de le résoudre, et, si des buts de justice ne sont pas fondamentalement rencontrés, vient un moment où les prisons ne suffisent plus, où, comme au Brésil ou dans d’autres pays, les forces de l’ordre interviennent directement et procèdent à des opérations dites de nettoyage. Comme le disent les meilleurs experts, les prisons sont obsolètes.

2. Raisons politiques

Sans dérive sécuritaire, la violence sociale prendrait le dessus. Mais, sans mesures sociales adaptées, la violence sociale augmente. L’arbitraire augmente également. Or, les effectifs de l’appareil judiciaire ne diminuent pas, mais n’augmentent pas en proportion, et ils doivent pratiquer une justice expéditive, de sorte que les institutions judiciaires sont discréditées. Ainsi, la sécurisation de la vie sociale repose-t-elle davantage sur les forces de police. Les moyens de la police sont implémentés et il y a plus de moyens et de forces de sécurité. Une partie de la masse a besoin d’être rassurée, mais, comme c’est souvent le cas, ce besoin, et les solutions que, faute d’autres solutions, par exemple plus qualitatives, elle a tendance à privilégier, détruisent la société de l’intérieur. A cause de cette dérive et de ces solutions, les conditions sont de plus en plus réunies qui font courir un danger à la démocratie. Le risque de dérive antidémocratique, de déstabilisation, voire même de putsch est plus important. Certes, une masse de gens, sensiblement les mêmes, est lasse de la démocratie, à supposer qu’elle ne s’y soit jamais intéressée. Et il y a de quoi : les élections ne servent à rien. Ce sont toujours les mêmes qui rempilent au pouvoir. Et quand ce n’est pas le cas, au lieu de remettre en cause les options prises par d’autres, par les précédents, les nouveaux élus évitent de prendre des décisions qui s’imposent, et aggravent au contraire les choses. Alors que la plupart des problèmes existants s’aggravent, ils font des promesses et prennent en même temps de nouvelles dispositions qui sont pires que les précédentes, ou qui vont dans le même sens. Que faire? Les conséquences de la fraude fiscale et de la dette publique s’aggravent. Les problèmes environnementaux, et la misère également. Il existe un remède de base à l’insécurité, c’est l’amélioration des institutions sociales, c’est leur efficacité, mais les dirigeants actuels les abolissent les unes après les autres, ou s’en servent pour aggraver les discriminations existantes, ce qui ne fait qu’aggraver les choses.
Pourtant, dans les médias, à travers lesquels, en principe, s’exprime l’opinion publique, il n’est question de rien. Ce ne sont que sondages et seuls les points de vue gouvernementaux sont valablement relayés. La communication politique prend le pas sur le raisonnement et les dirigeants se reposent entièrement sur la propagande.
Dans ces conditions, construire des prisons revient à commettre une erreur impardonnable, en plus d’une injustice. Les révolutionnaires de 1789 ont totalement détruit la Bastille parce qu’elle était un symbole de l’injustice et de la répression exercée par une partie de la société contre une autre. La première, qui représentait à la fois le centre du monde et un monde à part, était devenue insupportable à la population, en grande partie à cause de la répression sur laquelle elle était forcée de s’appuyer. Il vaudrait mieux s’appuyer, ne fut-ce qu’en partie, sur d’autres moyens.

3. Raisons économiques

La réalisation de mega projets engendre, et est en même temps facilité par, une fuite en avant. Fuite en avant de l’Union européenne, de son élargissement, de son intégration financière, et de son intégration économique à une soi-disant communauté internationale reposant en partie sur une sorte d’apartheid (mondialisation). Il est difficile d’arrêter cette fuite, de lutter contre les discriminations existantes qui font trop souvent figure de remède exclusif. Elle est comme une grosse pierre qui roule sur elle-même, qui prend de la vitesse le long d’une pente et qui entraîne tout sur son passage.
Moyennant un tel cadre, l’enrichissement rapide prend le pas sur la construction cohérente et durable d’une économie. Les dirigeants réalisent de grands projets, à la fois dans le but de s’enrichir, et dans celui de dissimuler l’inutilité et même la dangerosité de leur politique. Mais, contrairement à ce qu’affirment toutes sortes de justificatifs répandus, la plupart du temps, la réalisation de grands projets ne sert pas les intérêts de la collectivité. Les infrastructures olympiques réalisées par les Grecs, il y a quelques années ont contribué à provoquer une crise sans précédent. La Sabena ou Fortis ont cessé d’exister à cause d’achats trop ambitieux. A vrai dire, l’utilité de ces projets laisse énormément à désirer.
Ces soi-disant grands projets sont surtout des projets ambitieux. Ils permettent à un minimum de personnes de réaliser des profits spectaculaires, mais ces projets une fois réalisés, l’ardoise est salée, et ce ne sont pas elles qui paient la note, mais la société. La situation sociale empire rapidement. L’emploi fond comme neige, et l’économie étouffe plus vite et plus fort que prévu.
Les grands projets occupent ou marquent les esprits. Ils peuvent retarder à court terme une issue désastreuse, mais, à moyen terme, ils l’aggravent. Lorsque réaliser de grands travaux crée de l’emploi et relance l’économie, cela représente un avantage. Mais lorsque le but est de faire beaucoup d’argent sur le dos de la collectivité, et qu’il s’agit d’abord, sinon seulement, de faire plaisir à une minorité, cela a plutôt tendance à poser des problèmes à la fois économique et politique.
Quand ces projets ambitieux se multiplient, cela coûte même affreusement très cher au contribuable ainsi qu’à l’état. Lorsque ce que l’on réalise est bien fait, bien conçu, il arrive que cela en vaille la peine, mais, en fait, il est rare que de grands travaux soient de véritables réussites, non seulement sur les plans environnemental, ou social, mais aussi économique.
Sur les deux plans principaux sur lesquels le projet de mega prison de Haren sert à générer des profits, en réalité ses conséquences économiques sont catastrophiques.

Profits liés à la privatisation des complexes pénitentiaires.

L’état construit de nouvelles prisons. Inutile de se demander pourquoi. Ce sont des entreprises privées qui se chargent de construire des prisons, et même de veiller aux prisonniers. On a des gouvernements successifs qui privatisent les services publics et même des secteurs administratifs. La politique carcérale du gouvernement ne vise pas que l’amélioration de la situation sécuritaire. Subitement, la criminalité devient rentable. Tant qu’à faire puisque c’est l’état qui finance.
Octroyer la gestion des prisons, ou de certaines prisons, au secteur privé plutôt qu’au secteur public pose un problème économique grave. Le coût de cette nouvelle politique carcérale est élevé. Le coût par prisonnier (entre 200 à 300 euros par jour) explose, tout cela pour louer son travail à des entreprises privées et en tirer un bénéfice supplémentaire. Ce coût est deux fois plus élevé au moins que lorsque c’est un service public d’état qui gère les prisons.
Le coût de la construction des prisons est vertigineux, tout cela pour de véritables horreurs, qu’on doit cacher avec des nœuds autoroutiers ou des forêts.
Les privatisations ont fait exploser la dette. Sans doute à cause du montant des bénéfices des actionnaires, qui sont souvent ceux qui prêtent de l’argent à l’état à un taux très avantageux. Mais ce sont les pauvres qu’on met en prison. Pas le contraire. Tout cela ne paraît pas déplacé, alors que les gouvernements successifs parlent tout le temps d’argent, et de pauvres qui coûtent cher, qu’ils n’ont plus que le mot économies à la bouche. Sans doute, est-ce rendu possible par l’efficacité des techniques de communication politique, mais pas seulement. Celle des techniques de répression, des armements antiémeutes, la politique sécuritaire existante, tout cela a tendance à limiter la démocratie.
Se mettre une plus value en poche, la plus importante possible, d’une manière ou d’une autre, oui, c’est cela le raisonnement, le justificatif sacré ultimes. C’est une valeur refuge.

Profits liés à l’exploitation des prisonniers et au racisme.

Ce n’est pas tout. La réalisation de profits au moyen d’un apartheid de plus en plus féroce est une solution de plus en plus privilégiée par les élites de ce pays. En fait, elles ont toujours pratiqué l’exploitation à outrance. du travail. Elles n’ont eu de cesse de remplacer une main d’œuvre esclave ou quasi-esclave par une autre, qu’il s’agisse de véritables esclaves, de colonisés, d’immigrés disposant d’un permis de séjour qu’on pouvait toujours refuser de leur octroyer, ou leur ôter, carrément de sans-papiers, ou, désormais, de prisonniers.
Une justice de classe sert réduire à la servilité la plus abjecte et à faire travailler pour rien du tout une main d’œuvre prisonnière. Elle sert à la traiter de tous les noms.
Qu’on ne me dise pas que j’invente, que c’est n’importe quoi. Les prisonniers de certaines prisons belges sont mis à la disposition de certaines entreprises. Aux U.S.A., les prisons sont privatisées, l’état dépense des fortunes alors que les prisonniers sont astreints au travail par les compagnies privées qui touchent de l’argent de l’état pour gérer les prisons et qui touchent également de l’argent des entreprises pour lesquelles travaillent les prisonniers.
Les grandes entreprises qui rêvent de décrocher ce juteux marché ignorent tout de la criminologie. Ou plutôt, elles ont fait de la criminologie, comme de la génétique, une science lucrative, une logique esclavagiste. Nous avons avant tout affaire à des bonimenteurs.
On dira évidemment que les prisonniers coûtent cher. Du coup, il s’agit de le leur faire payer d’une manière ou d’une autre. Ce ne sont qu’obscénités.
Qu’est-ce qu’on a toujours besoin de gens qui font de l’argent à force de ne pas résoudre des problèmes, d’empêcher qu’on les résolve, d’en créer, de s’appuyer sur le racisme, ce qui nécessite toujours plus de moyens et de force, et provoque des guerres, des catastrophes !
Comment encore et encore supporter tout cela?
Les explications fournies par les experts, par les communicateurs, sont presque toutes erronées. A vrai dire, elles sont mensongères, racistes, mercantiles, égoïstes, démocratiques. L’état, la justice, la société préfèrent conserver un bandeau devant les yeux et parler de surpopulation carcérale. Mais pourquoi cette société accumule-t-elle des chômeurs, et les exclut-elle, des précaires, des sans-papiers qu’elle expulse par milliers, et en même temps, selon des critères arbitraires, les prisonniers? Prenons un instant le temps de passer en revue les évènements historiques successifs qui concernent cette main d’œuvre.
Années 50-60 : l’économie, soi-disant, est prospère. Soutenues par l’état, des entreprises, voire carrément l’état, vont chercher des dizaines de milliers d’immigrés en Italie et ensuite en Afrique du Nord pour travailler généralement dans l’industrie. Bien sûr, ni l’état ni ces entreprises ne mettent en avant les perspectives de profit qui dictent leur stratégie à courte vue. Il est avant tout question d’une société ouverte, de tolérance, de politique d’intégration, d’adaptation. La politique démocratique sert fondamentalement à nier en même temps qu’à justifier l’exploitation. Le marxisme est pratiquement considéré comme hors-la-loi. On confond réfugiés et main d’œuvre bon marché. Pour les nantis, les indépendants, les immigrés de la première génération représentent une main d’œuvre de choix. Les patrons ne savent pas discuter, débattre avec leur personnel. Cogérer leur entreprise leur paraît également insensé. Ils ne peuvent, et à force, ils ne savent que commander. Les inégalités de fortune étant ce qu’ils sont, ils ont leurs raisons. Mais leur autorité passe mal parce qu’en 40-45, les idéologies autoritaires se sont fait ratatiner, les démocraties les ont vaincues. Les immigrés ne disposant pas des mêmes droits que les autres, parfois ne disposant d’aucun droit, ils ne rouspètent jamais. Voilà pourquoi ils représentent un tel avantage. Ils font tourner des petites ou grandes entreprises à plein régime, tandis que leurs épouses nettoient leurs grandes maisons en silence, et coûtent souvent moins cher. Les capitalistes ont besoin de gens qui n’ont pas de droits, qui se laissent commander sans limitation. En quelques décennies, l’organisation du monde du travail est réduite en miettes. Le monde politique n’est pas porté sur le débat, si ce n’est à sens unique.
Mais, dans les années 70, tout se renverse. La crise économique éclate. Un grand nombre d’immigrés se font naturaliser belge. La seconde génération immigrée dispose des mêmes droits que les autres belges. Elle est scolarisée. Il n’est plus question de traiter les immigrés comme des bêtes. Ayant des droits, le sachant, les immigrés de la seconde et de la troisième génération ne manquent pas de critiquer les abus dont ils sont victimes, et, parfois, ceux dont furent victime leurs parents, ou grands-parents. Les syndicats les soutiennent. La riposte des capitalistes est foudroyante. Elle s’appelle le chômage de masse, l’exploitation clandestine, et le racisme. Le chômage de masse s’installe. Un grand nombre d’immigrés de la seconde génération se retrouvent au chômage. Le racisme, aggravé par les discriminations et des préjugés largement médiatisés, fait des ravages. Les médias voient dans les jeunes immigrés surtout des délinquants. En attendant, les patrons de petites et de moyennes entreprises exploitent de la main d’œuvre sans papiers. Pour ceux qui rouspètent, l’état construit des prisons pour étrangers, les fameux centres-fermés.
La justice se veut sévère avec les délinquants d’origine immigrée. Rapidement, une grande partie de la population carcérale est d’origine immigrée, voire étrangère. La population carcérale commence alors à augmenter inexorablement. En 20 ans, elle passe de 4500 à 9500 prisonniers. Les immigrés sont en surnombre dans les prisons belges. A ce montant s’ajoute celui des étrangers emprisonnés : 8000 environ. Les rafles de sans-papiers se succèdent. Les expulsions aussi. Cela en incite tout plein d’autres à affluer.
Il faut stopper cette logique délétère, autoritaire. La population d’origine immigrée croît cependant inexorablement. La population carcérale augmente presqu’en proportion. Les victimes de cette politique se multiplient. Plus de 17500 migrants ont trouvé la mort en tentant de rejoindre la forteresse Europe. Tandis que des centaines de milliers d’entre eux travaillent à des conditions très inférieures.
La démocratie est remise ne cause. Les partis racistes tiennent le haut du pavé. Ce n’est plus un secret pour personne. Il est temps de réagir, de changer de stratégie. Une refonte constitutionnelle des institutions politiques, démocratiques et sociales, une refonde de l’organisation du travail, la démocratisation du travail et de l’école, sont devenues indispensable. S’il est vaste chantier à entreprendre, c’est celui-là. Il est davantage nécessaire d’octroyer le droit de vote aux étrangers, que de construire de nouvelles prisons, de traquer des étrangers et de mettre massivement des prisonniers au travail.

4. Motifs fondamentaux

Pourquoi construire une prison de ce type, et dans cette zone, sinon pour éviter d’attirer l’attention. La construction d’une telle prison, par une société en butte à une dérive antidémocratique, suscite quand même certaines inquiétudes. La proximité du nouveau siège de l’OTAN, étant donné la réputation de plus en plus controversée de cette terrible organisation, les dérives de la lutte antiterroriste inquiètent également. Entourée d’autoroutes, de zonings, d’une gare de triage, à côté d’un petit village urbain, confère à toute la zone un aspect particulièrement effrayant, et anodin, en même temps. Alcatraz ou Guantanamo en plein Bruxelles, avec des centaines de cellules, parfois d’isolement, où les cris de colère des prisonniers étouffent, où les révoltes de prisonniers sont écrasées derrière les bretelles d’autoroute, non merci.

5. Motifs environnementaux

Au regard des autres, les motifs environnementaux semblent secondaires. Il est néanmoins toujours justifié d’en faire état également, vu la gravité des dérives environnementales actuelles. Les espaces verts, leur diversité, sont un plus pour une ville. Les pistes cyclables aménagées, les routes dépourvues d’asphalte ou de béton, où l’eau pénètre tout simplement dans le sol, les chemins piétons, les zones, les réserves naturelles, les zones boisées, vu leur rareté, tout cela représente un intérêt pour une ville.
Ces magnifiques zones naturelles et leurs chemins sont aussi les témoins du passé qui a vu naître la ville. Il n’est pas sans intérêt de se représenter le monde tel qu’il était auparavant, de garder un lien physique avec le passé de la ville.
Pourquoi la plupart de ces zones, le plateau Avijl, le bois du Laerbeek, vieux de mille ans, et la zone du Keelbeek à Haren où les pouvoirs publics ont projeté de construire la prison de Haren, d’autres zones moins connues, mais tout aussi remarquables, sur le plan biologique, environnemental, sont-elles menacées en même temps? Tantôt pour y construire des logements, alors que ces logements ne sont pas destinés à ceux qui en ont le plus besoin, et qui en manquent cruellement. Et quels logements ! Quel manque de goût désespérant. Quelles horreurs! Ou des autoroutes. Ou des blocs de prison. A vrai dire, les plans de la nouvelle prison de Haren ne sont guère affriolants. Les quelques termes utilisés arbitrairement pour la décrire manquent terriblement d’à propos. La nouvelle prison de Haren que l’on projette de construire ressemble à tout sauf à un village. Cela ressemble surtout à de gros blocs de béton juxtaposés et inesthétiques. Bref, cela a l’air très laid. En cas de construction d’une prison, le village existant de Haren risque par contre de disparaître rapidement.
Bruxelles ne manque pas d’espaces verts, a-t-on coutume de dire pour justifier ces projets controversés. Les espaces verts occupent la moitié de sa superficie, soit 85 km2 sur environ 161,4 : 32% de jardins privés, 20% de bois et forêt, 12% de parcs et jardins publics. La surface des parcs et des forêts équivaut à celle des jardins privés. Celle des domaines privés qui concernent moins de 0,1 % de la population bruxelloise occupe, elle, tout simplement 10% de ces 85 km2. Cela porte à 42 % des dits 85 km2 la superficie strictement privée. Cela compense sans doute les 4% de ces 85 km2 consacrés à des espaces de jeux où se précipite le tout venant. En cas de guerre, de catastrophe économique, les riches disposent de 50% du territoire pour se nourrir, tandis que les pauvres, de loin la majorité, ne disposent en fait de rien.
Il y a également 7% de friche. Qu’est-ce qu’une friche ? C’est une zone verte non aménagée, plutôt dépourvue d’arbres. Une partie de ces friches est occupée par de petits potagers. Il y a des vergers, des abeilles, des pâtures avec des ânes ou des chevaux, des cabanes, des chemins partout. Celle de Haren est traversée par un sentier très ancien qui permet aux piétons et aux cyclistes de se rendre de Diegem à Haren. En l’occurrence, le terrain que la nouvelle prison est censée couvrir, la zone de Haren convoités par les promoteurs, correspond en partie à une friche. Pourtant, il faudrait que cette petite partie de la ville soit concédée aux riches également. Les prisons concernent les pauvres, et, parmi eux, surtout les immigrés, mais elles servent fondamentalement à préserver les intérêts des riches. Et la misère, qui fait des délinquants mineurs ou des truands, est engendrée par leur rapacité.
Ces zones prennent aujourd’hui une importance économique particulière. La tentation qu’elles représentent pour des rastaquouères de tout acabit suffit à tout justifier. On oublie la terrible incertitude que représente le fait de vivre dans un monde fini, et, pour vendre et faire tourner quelques machines, et mettre au travail quelques repris de justice, on détruit les derniers espaces où il y a encore moyen de ne pas étouffer.
Bruxelles a quelques rares atouts qui en font encore une ville agréable, mais la situation pourrait rapidement se renverser à cause de ce genre de projets et à cause des destructions sans discernement et en tout genre qui en sont le corollaire.
En tant que Région, Bruxelles pourrait avoir besoin de ces précieuses zones vertes. En cas de rupture d’approvisionnement, en cas de crise pétrolière majeure par exemple, qu’est-ce qui empêcherait par exemple la ville d’y créer des milliers de potagers et, à condition de former et d’encadrer ses potagistes, de subvenir ainsi aux besoins alimentaires de ses habitants ?
Dans ses négociations avec les autres régions, ces zones pourraient jouer un rôle important. Au lieu de lorgner vers la périphérie bruxelloise et ses belles campagnes, le parlementaire bruxellois n’aurait qu’à se flatter d’avoir un des derniers morceaux de forêt naturelle du nord du pays et quelques zones biologiquement exemplaires, tout cela dans une ville ceinte de tous côtés par des autoroutes et des nœuds autoroutiers. Au lieu que les bâtiments les plus extravagants, symbolisant de plus en plus un univers étouffant, injuste et désespérant, monopolisent les plus belles parties de la ville, Bruxelles pourrait grâce à ses espaces verts et biologiques diversifiés, représenter plus facilement au contraire une ville pilote sur les plans social, écologique et urbanistique.

Conclusion

Quelle solution va-t-on inventer pour s’attaquer réellement à l’insécurité grandissante sans provoquer de désastre social? A-t-on réfléchi ne fut-ce qu’une seule fois à cette question au sein des commissions parlementaires ad hoc ? Depuis vingt ans, l’état n’a pas dépensé un franc pour réfléchir sérieusement au problème de l’incarcération. Il en a dépensé tout plein pour financer des campagnes de communication, mais ce n’est pas la même chose. Toutes ses idées lui viennent d’ailleurs et elles ne valent pas grand-chose. Pour preuve, la population carcérale et les discriminations qui croissent sans cesse. Se représente-t-on ce que signifie la prison, quelles sont les conditions de détention les plus performantes en terme de réhabilitation, de réinsertion sociale?
Les plans sont monstrueux, le projet est immonde, au sens strict du terme.
Il y a des gens qui ont trop d’argent. Ils ne savent pas quoi en faire. Alors, pour en fabriquer quand même, n’ayant pas d’autre espérance en tête, ils détruisent le tiers-monde, exploitent de plus en plus les réfugiés qui le fuient massivement, tout en faisant travailler comme des bêtes la population du second monde, et détruisent les sociétés développées elles-mêmes, à cause de pétitions de principe démocratiques qui les dérangent. Rien de tel, pour détruire la démocratie que de construire des prisons de réduire au chômage et de priver de revenu les pauvres. Pour inciter les gens à penser à autre chose, ils construisent également d’immenses centres commerciaux où les consommateurs qui n’ont plus d’autre raison de vivre que de dépenser leur argent passent leur temps, et ils leurs vendent de belles voitures et des autoroutes, où les dits consommateurs peuvent aller faire de la vitesse, et se changer les idées en polluant la planète.
Ils construisent des prisons non seulement pour les délinquants, mais pour ceux dont le seul crime est d’être des étrangers et de ne pas disposer de permis de séjour. Et, quoique la mise au travail forcé est interdite par les lois et les conventions de toutes sortes, ils mettent au travail les prisonniers pour l’entretien desquels ils touchent pourtant des sommes rondelettes.
Mieux vaudrait lutter contre les discriminations légales, contre l’arbitraire engendré par des inégalités de plus en plus écrasantes
Mieux vaudrait s’en tenir à la gestion publique des prisons, à une administration qui respecte des lois et qui applique des lois, du moins celles qui en valent la peine, et qu’on ne fabrique pas sur mesure. Mieux vaudrait construire une plus petite prison complémentaire à la prison de Saint-Gilles, concevoir des plans plus harmonieux, un bâtiment mieux intégré dans la ville, réfléchir sérieusement à son aménagement, au lieu de recourir à des explications qui ont un air théorique, mais qui ont surtout une fonction rhétorique.

Je vous invite à agir avec votre conscience pour ne pas causer l’irréparable. Je vous demande de remettre un avis entièrement défavorable, à dire STOP, à ce projet de mégaprison à Haren. En vous remerciant pour le bon suivi de ce courrier, je vous présente mes meilleures salutations. Je soussigné Paul Willems

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