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Lettre ouverte à Claude Semal sur la culture et le nationalisme

Sur le plan culturel, je m’amuse énormément à Bruxelles. Je suis très ennuyé quand des représentants d’une culture nationale viennent faire un show. A mes yeux, ce dernier a toujours l’air exotique. Ça me rend malade quand, à cause de mesures fiscales en faveur de l’audiovisuel, le tax shelter, des fous viennent faire un numéro de cirque dans le quartier avec leur cour d’ingénieurs sons, de machinistes, de maquilleuses, et de figurants, et les vedettes internationales que l’on manipule comme des bibelots sacrés… J’ai une copine qui a fait de la régie cinéma pendant vingt ans et les relations existant sur un plateau de cinéma, ça ne tient pas la route.
Je me sens mieux avec les représentants de la déglingue qu’avec ceux de l’authenticité ou de la grandeur de je ne sais quoi… C’est sans doute pour cela que j’adore le Staff benda bilili et que j’ai plus de mal avec Starflam. Je ne passe pas mon temps à des festivals alternatifs, mais ce sont les seuls où je mets les pieds. Je suis très content de t’entendre te tordre de douleur à cause de l’inexistence de ce pays. Là, je kiffe.
La Belgique, pour moi, ce sont quelques rites associés à quelques grandes fortunes et à quelques banques qui persistent à intervenir en Afrique, à censurer l’expression, à fermer des usines.
Pourquoi représenter un phénomène qui pose un problème majeur depuis des siècles ! A quoi bon, au point où nous en sommes, incarner la Nation belge, ou bruxelloise, ou wallonne, ou encore flamande… ou encore européenne ? Sans doute, la dernière crise gouvernementale a-t-elle fait plus pour la survie de ce pays que vingt ans de train-train constitutionnel. C’est même prouvé. Faisons tout ce qui est en notre pouvoir au contraire pour empêcher ce pays d’exister, pour empêcher son gouvernement de diriger.
Le manque de référence culturelle nationale n’a pas grand-chose à voir avec la culture. Je dirais qu’elle est un plus.
Il existe une culture prétendument mondiale qui, grâce à son génie commercial, coiffe toutes les autres. Cette dernière a inversé toutes les valeurs. Elle a mis le commerce au premier plan. Et la culture suit loin derrière. Mais, à cause de cela, parce qu’elle est commerciale, on dirait que cette culture a plus d’importance que les autres. Ce n’est rien d’autre que du commerce. C’est une culture de merde, de la culture en bâton, pourtant on dirait qu’il n’existe plus qu’elle. 95% de ses personnages sont des policiers ou des monstres. C’est une sorte de culture d’état, ou plutôt d’empire.
En Belgique, sur un plan culturel, il est nécessaire d’exister à côté, en dépit, en dehors d’elle. Mais, du coup, les gens ne savent pas qu’il existe une culture, je ne dirais pas belge, mais non commerciale, et qui est tout aussi universelle, sinon davantage, qui existe en dehors de celle dont tout le monde parle.
Les gens s’intéressent au commerce, parce que les autres s’y intéressent, et ainsi, ils croient s’intéresser aux autres, et prennent même pour des asociaux ceux qui ne s’intéressent pas à la culture commerciale.
Je passe mon temps à voir des films africains, nord-africains, arabes, iraniens, sud-américains, japonais, russes, chinois, et des documentaires de tous les pays, sur tous les sujets, mais voilà, cela fait presque de moi un asocial. Mes chanteurs préférés sont Claude Semal ou Daniel Hélin, ou encore Pascale Delagnes, et aussi le vieux Brassens, peut-être, et je dois dire que je ne connais rien à part ça à la chanson. Je passe mon temps dans des cafés à écouter du jazz et je viens de découvrir Alain Pierre. Mais ne me parle pas d’une vedette internationale. Si je connais Gilad Atzmon, c’est parce que nous militons pour la même cause, pas à cause de sa musique.
Le type de cinéma et de show-business que tu associes, et sinon toi, plein d’autres, à la culture avec un grand C ne vaut pas tripette. Ils ne font pas la France, ils la défont. Ils n’existent pas en Belgique. Sauf peut-être Arno, mais parce que la Flandre est presqu’un pays. Pour en faire partie, Brel et Halliday sont allés vivre en France, tant mieux pour eux. Certes, ils sont devenus riches. Mais ce n’est pas nous qui y avons gagné. Quant à eux, oui, peut-être un peu. Mais combien se sont brisés les dents ?
De fait, la mainmise sur l’art par l’économie représente un véritable problème pour les artistes… comme toi. Je côtoie des artistes qui sont tous des virtuoses et parfois qui vont ou qui allaient pointer au même bureau de pointage que moi.
D’autres batifolent à la télévision une fois par semaine et jouent un rôle représentatif, voire politique et donnent l’impression de rouler sur l’or. Certaines vedettes sont milliardaires. Mais qu’est-ce que la culture y gagne? La plupart se répandent en insanités à la télévision à la moindre occasion.
La sixième république boliwoodienne détruit le monde. J’ai la même sensation de dégoût quand j’entends des gens faire tout un plat de la Belgique.
Il faut mettre fin au règne

 de la misère et des privilèges, cela oui. Il faut se battre pour un revenu de remplacement.
La société lorsqu’elle aura retrouvé son aplomb, repris en main son destin, imposera à tous les artistes de cour, à ces hommes d’affaires, de faire des films, de jouer de la musique, sinon pour le même montant que la recette d’un chapeau, du moins pour le même montant que les autres.
Claude Semal et Mohammed Ouachen sont deux grands artistes bruxellois qui ne devraient pas avoir besoin d’une critique autistique, d’appuis politiques, d’un journalisme aux ordres, de louanges fabriquées pour exister.
Merci pour tout Claude, pour tout ce que tu nous as apporté jusqu’à présent.

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