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Réponse à la bergère

Souvent, pour certains, un débat sur Facebook ou ailleurs se résume à tenter d’impressionner leur interlocuteur. J’adore quand des gens me disent de m’informer au sujet des événements dont je traite. Souvent leur connaissance est peu profonde. Si ce n’est pas le cas, j’apprends à coup sûr quelque chose. Dans le cas contraire, ils prétendent de cette manière afficher une notable supériorité. Et, si, par contre, j’essaie d’approfondir les choses pour tenter de leur dévoiler leur erreur, il semble que tout ce que j’essaie de leur apprendre compte pour du beurre, ce qui m’oblige à trouver de nouveaux arguments, à présenter les choses autrement.

Certains sont tout simplement victimes de procédés qu’ils utilisent sans le savoir. Comme disait Lacan, il arrive que l’on soit parlé par le langage. Le problème est donc psychologique, autant que technique. Les anarchistes, quand ils évoquent ce problème, utilisent le terme « thon ».
A propos du conflit Israélo-palestinien, les arguments rédhibitoires ne manquent pas. L’un d’eux consiste à prétendre que ce sont les Palestiniens qui refusent de reconnaître l’état d’Israël. Asséné avec une certaine arrogance cet argument est difficile à critiquer. D’abord, parce qu’il est exact que les Palestiniens refusent de reconnaître l’état d’Israël. Mais la réciproque est exacte également: les Israéliens ne daignent pas non plus reconnaître l’existence de l’état palestinien. Bien sûr, chaque camp dément qu’il en soit ainsi à sa façon, invoque des arguties en tout genre pour tenter de clarifier sa position. Les justificatifs évoluent en fonction des arguments qui sont élaborés pour les contredire.
Ainsi, un jour, sur Facebook, quelqu’une a utilisé cet argument. Elle aurait pu en utiliser une dizaine d’autres. Elle s’est servie de celui-là. J’ai alors essayé de resituer le conflit dans son contexte. Car il me semblait que mon interlocutrice ne connaissait pas ce contexte. Elle ne connaissait pas l’histoire de la Palestine avant la guerre de 1948, ce qui est le cas de beaucoup de gens. J’ai tenté de lui apprendre qu’en 1917, la déclaration Balfour autorise des Juifs à s’établir en Palestine. Napoléon avait déjà eu cette idée. Le but de cet important diplomate était de contrôler le Proche-Orient après la guerre. Les Anglais et les Français convoitaient depuis des années les possessions de l’empire ottoman. Ils convoitaient même la Turquie, et avaient déjà élaboré un plan de partage de la Turquie elle-même. Les possessions de ces deux puissances totalisaient à elles seules environ 40 millions de kilomètres carrés, et elles n’étaient pas réputées faire dans la dentelle quand elles mettaient la main sur un nouveau territoire. Je pense que c’est un des rares arguments qui puisse servir de circonstance atténuante aux Turcs de Mustapha Kemal dans l’affaire du génocide arménien. Les Anglais dégottent un idéologue juif, M. T. Herzl, qui est le fondateur du mouvement sioniste. Il est mort depuis une dizaine d’années, mais il a laissé un livre L’Etat des Juifs, et il a commencé à initier un mouvement qui consiste à acheter des terres en Israël. Pour les Anglais, cela représente avant tout des colons. Subitement, cette théorie toute prête se met à servir leurs projets de domination. Pour les Anglais, du moins pour certains, Théodor Herzl se met à représenter en partie l’opinion des Juifs, sinon le point de vue identitaire juif. L’antisémitisme fait rage sur tout le continent européen. Les Juifs sont excédés. Les autres Européens également, du moins une majorité d’entre eux. C’est l’époque où le Tsar fait diffuser en France le fameux Protocole des Sages de Sion qui aggrave encore l’antisémitisme.
Dans l’ensemble, le Judaïsme est loin d’adhérer au sionisme, mais ce sont les diplomates qui font la pluie et le beau temps et dont les propos sont a priori pris en compte, notamment par les médias. Pas ceux des Juifs.
Dès le lendemain de la guerre, alors que les Anglais mettent la main sur un vaste territoire qui comprend la Palestine et la Jordanie actuelle, les Juifs commencent à s’installer de manière systématique en Palestine et pratiquent d’emblée une politique d’apartheid. Ils se comportent comme des colons. Ils ne soutiennent pas les Palestiniens dans leur lutte de libération, mais ils les combattent. De plus en plus d’Arabes sont chassés de leurs terres, que les Juifs rachètent pour une croûte de pain. Comment en serait-il autrement dans une colonie ? Les Palestiniens tentent de résister, mais l’armée de l’occupant anglais de leur pays les écrase.
Comme c’était le cas le plus souvent dans les colonies, la résistance des autochtones est jugée illégale, irrespectueuse du droit, des accords conclus. Les colons juifs perçoivent d’emblée cette résistance comme une agression, comme une injustice.
En 39, une révolte éclate. Des batailles sont livrées. Les Palestiniens sont écrasés par les Juifs et par les Anglais réunis. La résistance armée des Palestiniens permet aux Juifs de mettre sur pied une véritable armée.
Après la guerre, les Juifs chassent les Anglais de Palestine. Ils sont suffisamment nombreux et bien armés. Ils n’hésitent pas à recourir au terrorisme. Lorsque l’occupant anglais est forcé de renoncer à son mandat sur la Palestine, éclate la guerre de 1948 entre les Juifs et les Arabes qui se portent au secours des Palestiniens. Les Israéliens sont bien armés. Ils sont bien entraînés. Les Arabes sont divisés, ils sont indépendants depuis quelques mois seulement, et leur manque d’organisation et de stratégie se solde par un désastre. Peut-être redoutent-ils la réaction des grandes puissances capitalistes ? Peut-être font-ils l’objet de pressions?
Les dés sont pipés. La propagande occidentale présente cette guerre comme une agression scandaleuse contre des rescapés de l’holocauste, les Juifs.
Plus d’un million de Palestiniens sont chassés de chez eux. Des milliers de villages palestiniens magnifiques sont détruits au bulldozer par les Israéliens. Les Israéliens n’hésitent pas à causer le plus de dégâts possibles aux biens des Palestiniens qui restent. C’est ce qu’on appelle la Naqba, dont les médias français ont un peu parlé ces dernières années, depuis que des tentatives de censure scolaire concernent cet événement. Les Juifs font main basse sur un tiers du territoire Palestinien. Israël prétend qu’il n’y a pas beaucoup de victimes palestiniennes directes de cette guerre, et fait par contre passer les Palestiniens pour des criminels.
Les puissances occidentales de plus en plus radicalement opposées au bloc communiste ont besoin de contrôler la région et d’imposer leur loi aux Arabes. Israël représente pour eux une tête de pont idéale, une solution inespérée. La plupart d’entre elles abondent dans le sens des Israéliens. En particulier, les Américains qui en profitent pour prendre le relais des Anglais au Proche-Orient.
Depuis lors, le moindre conflit avec les Arabes se solde par de formidables représailles, par des critiques systématiques, et par des accaparements de terres supplémentaires. C’est une tactique vieille comme le monde, qui fut également utilisée systématiquement par les Américains pour conquérir l’Ouest de l’Amérique du Nord.
Moyennant de telles conditions, comment les Palestiniens pourraient-ils reconnaître Israël? Les Indiens peuvent-ils reconnaître les U.S.A.?
Cette situation est inacceptable. Les trucages, les chantages auxquels elle donne lieu, la désinformation sont systématiques. Aujourd’hui, Gaza a été transformée en une gigantesque prison à ciel ouvert que les Israéliens bombardent plusieurs fois par mois en moyenne.
Mais ce sont les Palestiniens qu’on persiste à critiquer. Comme naguère on critiquait les Congolais, ou les Indochinois lorsqu’ils combattaient pour la liberté.
Le monde arabe tout entier est menacé de destruction.
Pourtant les gens, du moins, en Europe, aux U.S.A, pensent que dans le seconde moitié du 20ème et au 21ème siècle le colonialisme a été éradiqué. La formidable machine de propagande étasunienne leur a lavé le cerveau. C’est à peine s’ils se rappellent que la France, l’Angleterre, la Belgique furent également des puissances coloniales.
Les puissances occidentales ont mis fin au régime d’apartheid sud-africain au nom de la lutte contre le colonialisme, pour l’égalité des races.
Pour info, en Afrique du sud, les boers n’hésitaient pas à simuler des attaques de fermiers sud-africains blancs par des noirs, pour déclarer des guerres aux Africains et conquérir de nouveaux territoires. Les colons britanniques profitaient de l’aubaine et confisquaient également leurs propriétés, leurs fermes.
On pourrait espérer que ce genre de fonctionnement ne soit plus de mise, mais c’est le contraire. Avec les accaparements de terres actuels en Afrique, et ailleurs dans le monde, il tend de nouveau à se généraliser.
Lorsque des peuples refusent de se soumettre à la dictature, ils sont diabolisés, et menacés de destruction. Et quelle destruction ! Des destructions systématiques, qui détruisent les infrastructures vitales, qui ramènent les gens à l’âge de la pierre, et qui cause des souffrances inimaginables, à la fois physiques, certes, mais aussi morales. En Irak, à Fallujah, de plus en plus d’enfants naissent avec des malformations congénitales à cause des bombardements effectués avec des bombes remplies de matières radioactives au moment de la dite bataille de Fallujah en avril-mai 2004.
Au Congo, l’ONU sert à commettre impunément un génocide.
Le petit Panama lui-même a été envahi, bombardé, et en partie détruit parce que Manuel Noriega, l’un de ses dirigeants, refusait d’aider les Américains à massacrer la population du Nicaragua, qui résistait lui-aussi au capitalisme bête et méchant des grandes multinationales yankee. Ce dernier fut arrêté par les Américains, accusé de toutes sortes de crimes, et jugé aux Etats-Unis.
Certains dirigeants de pays du tiers-monde ont toujours vu massacrer leur population. On dirait qu’il n’y a pas moyen d’en finir avec ces horreurs.
Lorsqu’ils laissent faire les Américains ou les Anglais, ou encore les Français, ou même les Belges, la CIA ou d’autres services secrets occidentaux forme leur police secrète et les crimes se multiplient. Des instructeurs français, anglais, ou américains apprennent à leurs soldats à torturer, à massacrer. Ces dirigeants sont bien entendu incapables de camoufler leur prétendue politique au moyen d’une propagande sophistiquée et ils finissent tous par passer pour des monstres. Pendant ce temps, les dirigeants français ou américains, eux, se targuent à coups d’interventions, qui permettent à leurs multinationales de faire main basse sur des puits de pétrole ou sur des gisements d’uranium, des forêts ou des terres, ou sur toutes autres sortes de ressources naturelles, de défendre les droits de l’homme et la démocratie dans le reste du monde. Tout est faux, abject, et même inique. Tout est terriblement hypocrite.
Subtilité suprême de cette stratégie de domination totale, les Israéliens d’aujourd’hui sont des victimes de cette hypocrisie, tous comme les Palestiniens. Ils sont dans une impasse presqu’aussi totale que ces derniers.
Les conquêtes coloniales furent une suite de massacres et de génocides. Mais la décolonisation n’a pas mis fin au massacre. Le massacre continue. Comme pendant la période coloniale, les horreurs sont mises sur le compte des Noirs, de jaunes, des Arabes, etc.. Les massacrés dûment conseillés et formés, voire appuyés militairement, se massacrent entre eux, comme au Rwanda, ou au Cambodge. L’histoire des pays démocratiques, ce n’est que cela : guerres, conquêtes, colonisations, destructions, etc.. Tout cela se pratique sous l’égide ou la surveillance d’organisations internationales qui faussent la situation, dans l’intérêt du grand capital. Ainsi, le but du grand capital était-il de faire exploser le Rwanda, et d’exploiter à bon compte la main d’œuvre rwandaise dans les mines du Congo, pour faire main basse sur le précieux coltan, mais la révolution a rapatriés les Rwandais au Rwanda, et les puissances impérialistes ont dès lors provoqué un conflit à la fois civil et international, et les divers groupes armés congolais, rwandais ou ougandais exploitent la main d’œuvre congolaise au profit des multinationales.
Quant aux O.N.G., elles critiquent tout ce cirque au nom des droits de l’homme et de la démocratie, et servent à exercer des pressions sur les gouvernements congolais en particulier pour qu’il évite d’y mettre fin. Toutes les guérillas actuelles qui profitent de ce système et qui servent à le mettre en place, invoquent la justice, le droit international, et sont le plus souvent soutenues par les grands médias internationaux. Il s’agit d’une extermination ciblée, et exécutée en douce, quoique, bien sûr, pas le moins du monde en douceur. Elle est également prolongée, interminable, permanente. Les grandes puissances abusent de cette situation pour extorquer des accords par toutes sortes de moyens. Bien sûr, des progrès sont également accomplis.
Cela fait un peu songer à Gengis Khan qui a aussi introduit toutes sortes de techniques et suscité certains progrès, procédé à des réformes importantes dans l’immense empire qu’il a réussi à conquérir il y a 8 siècles environ.
Ou à la Pax romana, au cours de laquelle les armées romaines dévastaient de vastes régions du monde à peu près tous les dix ans.

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