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Charlie, Daesh, et les Syriens

Il y a quelques semaines, la presse mondiale a annoncé l’occupation de Palmyre par une guérilla qu’elle intitule Etat.. islamique et, quelques jours plus tard, l’exécution par celle-ci de nombreux civils, bref un massacre.

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Pendant une semaine, elle s’était émue, à cause de la présence de vestiges historiques dans cette ville dont l’existence remonte à l’antiquité, et à cause de l’habitude de cette guérilla de détruire des chefs-d’œuvre archéologiques pour faire parler d’elle. Les gens se sont inquiétés à cause de la destruction probable de célèbres vestiges et pas à cause de la population civile menacée. La presse a ainsi conféré un nouveau retentissement à une guérilla parmi d’autres qui participe à un conflit fait d’avancées et de reculs permanents.
Aucun gouvernement, sauf les gouvernements de pays comme l’Iran et la Russie, que l’on critique de manière systématique, ne prend la défense du peuple syrien assiégé de toutes parts. Les médias critiquent même le peuple syrien, ou plutôt son régime, qui est en guerre depuis quatre ans. Ce peuple, on essaie même de le désarmer. Les Israéliens bombardent régulièrement au petit bonheur les installations militaires qui lui permettent de se défendre.
Malgré tout son courage, la Syrie n’est pas perçue comme un petit pays qui se bat avec l’énergie du désespoir. Les médias occidentaux ne soutiennent les Syriens que lorsqu’ils semblent se rallier aux guérillas qui le massacrent. Ils n’ont pitié que des réfugiés qui se comptent pas millions, et encore. Ils servent surtout de prétexte pour tenter de justifier une intervention militaire.
Lorsque l’EI a subi des revers au Kurdistan, tout d’un coup, des centaines de grands américains se sont volontairement engagés aux côtés des Kurdes, mais, depuis lors, on dirait presque que ce sont les Kurdes qui subissent des revers, l’EI (Etat islamique) a recommencé à marquer des points. En tout cas, il n’a plus été question de victoires des Kurdes. Par contre, la population d’une petite ville kurde s’est fait massacrer. Que font ces volontaires américains?
Si la presse et les dirigeants occidentaux condamnent les massacres de l’EI, ils ne les condamnent pas formellement. Leurs victimes civiles sont montrées comme des victimes expiatoires d’une cruauté inhumaine. Elles ne semblent pas pouvoir être sauvées, ni soutenues.
Tandis que, dans les cas où elles sont des victimes du régime syrien, elles sont présentées comme les victimes de l’incompétence et de l’irresponsabilité du régime, de son caractère aveugle et machinal.
Le sentiment que procure une telle description, c’est que les Occidentaux profitent des massacres et des horreurs perpétrées par l’EI (que l’on appelle également Daesh). On dirait même que certains médias exultent. Ils semblent parfois critiquer toutes sortes de milices, mais seulement de très loin, sans approfondir, et ils s’en désintéressent quand il est acquis pour tout le monde qu’elles commettent des massacres, qu’elles se comportent de manière monstrueuse. Mais l’EI continue à susciter une sorte d’engouement.
L’apitoiement des médias contribue à faire de Daesh un monstre sans pitié, fanatique, et inexplicable, mais un monstre humain. Tandis que le régime syrien est, lui, jugé systématiquement irresponsable, irrespectueux, de la population, et en particulier du droit international ou du droit de la guerre. Bref, dans un cas, la légalité est systématiquement évoquée, et pas dans l’autre. S’il n’était pas ainsi, de fait, les puissances occidentales qui font régulièrement référence à la loi, devraient soutenir la Syrie. Une tentative fut faite dans ce sens dans le but de retourner le régime syrien, de lui faire changer de camp, ou en tout cas de le décourager. Mais elle n’a pas abouti.
La presse semble déplorer l’existence de Daesh, mais elle en décrit toutes les actions d’éclat, sans doute pour attirer l’attention du monde sur une partie du champs de bataille, de manière à pouvoir critiquer le régime plus à l’aise et tenter de retourner la situation à l’Est, de l’autre côté du champ de bataille.
Les Occidentaux sont parvenus à se faire passer pour des victimes de cette guerre en déplorant le massacre de la rédaction d’un journal satirique français, Charlie hebdo, par des jihadistes français, qui se sont, à un moment, engagés en Syrie. Ce journal ne traitait justement pas les faits de la même façon qu’eux. Il se moquait de la morale utilisée par les grands médias français pour critiquer les faits, de leur point de vue et de la politique française.
La plupart des villes syriennes ont été gravement touchées par la guerre. Il s’agit d’une déstabilisation monstrueuse du même acabit que celle qui a concerné le Nicaragua jusqu’à ce que, de guerre lasse, après 4 ans de guerre civile, les Nicaraguayens élisent présidente une politicienne de droite et ne renoncent à faire la révolution. Tout un monde, qui est témoin d’occupations coloniales, les unes anciennes et l’autre actuelle, monstrueuses, est en train de disparaître sous les yeux du reste du monde sans susciter la moindre réaction digne de ce nom.
Personne ne semble se douter que si l’EI parvient à survivre politiquement, invoquer ses massacres servira probablement à justifier une occupation en bonne et due forme de toute la région et à continuer la guerre.

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