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Seconde lettre ouverte au premier ministre grec, à M. Alexis Tsipras

Bruxelles, le 16 juillet 2015

Cher Alexis Tsipras, monsieur le premier ministre,

Que disais-je dans ma première lettre? Enfin, c’est fait, c’est passé, comme on dit.. Bravo. Bien joué. Un refus, un Grexit direct, immédiat, dans l’heure, dirais-je, aurait provoqué un choc, et en cas de choc, c’est toujours l’épreuve de force. Il faut parfois mobiliser l’armée, la police.
Syriza est un petit parti, courageux, et aurait fait une belle victime, une ribambelle de martyrs qui seraient devenus les dindons de la farce.
Une fois de plus, les Grecs sont au pied du mur, forcés de réfléchir, et les Européens aussi. En cas de Grexit, cela aurait été l’avalanche. Les esprits les plus ouverts se seraient immédiatement refermés. Tous se seraient tus, ou leur voix se serait perdue dans l’espace intersidéral. Aujourd’hui, tous s’expriment, et ils disent ce qu’ils ont sur le cœur. Certains se fâchent. Ils sont hors d’eux. Mais ont-ils proposé la moindre solution ? Les durs sont forcés d’attendre que les choses se corsent. Ils attendent par exemple que l’accord ne soit pas appliqué rubis sur ongle, que de mesures ne soient pas prises, que toutes les règles ne soient pas respectées au millipoil. On sait qu’il est impossible de rembourser 87 milliards de plus, alors que l’économie fond comme neige au soleil. On rêve d’investissements, mais on ne sait pas dans quoi investir. Les bureaucrates ne sont pas des créateurs, des constructeurs, des inventeurs. Ils rêvent que des gens investissent, et même quand ils les exonèrent de payer des impôts pour les attirer, ils leur mettent des bâtons dans les roues à cause de leur incompétence.
M. Schauble a raison. Il vaudrait mieux que la Grèce sorte de l’euro. Dans le cadre de l’union monétaire, la Grèce ne peut pas dévaluer sa monnaie, elle ne peut pas restructurer sa dette. Or il faut restructurer sa dette. Mais il faut aussi prendre les décisions qui s’imposent. Or les bureaucrates ne savent pas prendre de décisions. Ils ne peuvent qu’appliquer les règles existantes. Ils sont capables de les tordre, de refuser de les appliquer, de mal les appliquer, de multiplier les règles, mais pas d’en inventer d’autres, de tout changer. Or il faudrait changer les règles. Pour que des gens puissent investir. Racheter des services publics, ce n’est pas investir, c’est priver leurs possesseurs de tous leurs droits sans contrepartie. C’est une mesure bureaucratique. Ce n’est ni une décision politique, ni une réforme.

De nos jours, la plupart des révolutionnaires sont des bureaucrates. Même les libéraux sont des bureaucrates. Du moins la plupart d’entre eux. Ils sont comme ces hébertistes qui voyaient dans la révolution une façon de se remplir les poches, de mettre dans leur patrimoine une partie des biens confisqués au clergé, de vendre le reste avec profit. Leur seule obsession était de changer quelques règles pour parvenir à faire beaucoup d’argent. Au lieu de la sauver, ils ruinèrent la Franc en spéculant sur les assignats. Pour se tirer d’affaire, la seule issue fut la guerre, le pillage. Ils firent guillotiner ceux qui étaient capables de faire autre chose.
On imagine sans peine la suite des évènements au cas où la Grèce ferait défaut : le retour programmé de la droite, et une guerre catastrophique pour se tirer d’affaires, punissant avant tout ceux qui auraient été la cause d’un crime contre l’amoralité, contre les conceptions économiques régnantes, contre le monde de la finance.
Pour qu’il en soit autrement, il faudrait une armée, ou le soutien inconditionnel d’une grande puissance, mais laquelle ? La seule qui fasse le poids est menacée de toutes parts. Elle-même est poussée au désespoir depuis un bon siècle. Enfin, bref, tout ceux qui ne disent pas amen à la finance internationale, à la City ou à Wall street, ont le revolver sur la tempe. A force de traiter les Russes de ceci ou de cela, on les empêche de rien faire, de respirer. On veut leur pétrole, comme on veut les îles grecques, sans doute pour y dissimuler des rampes de lancement nucléaires. On veut en mette partout. Sur chaque centimètres carré de terre. Tout ça pour être sûr de rester le plus beau, le plus grand, le plus fort, de faire ramper tout le monde, et de faire d’énormes profits.
Je ne vais pas m’étendre sans fin à ce sujet. Beaucoup se demandent combien de temps il leur reste à vivre avant de mourir à cause d’un hiver nucléaire, ou avant de rôtir à cause de la seule chaleur du soleil. Mais les bureaucrates n’en ont cure. Ce qui compte pour eux, ce sont des règles inventées au siècle passé, sinon au deux autres siècles qui précèdent. C’est le niveau de leur compte en banque, de celui de leurs amis, de ceux sur LESQUELS ILS PEUVENT COMPTER.
De fait, qu’est-ce que quelques milliards de plus à rembourser quand de toute façon il n’y en a plus que quelques années. Autant se donner quelque espoir d’ici là.
Enfin, je me tiens à votre disposition si vous changiez d’avis, si vous décidiez d’envoyer promener les créanciers. Je suis encore capable de tenir un fusil.
Bien à vous,

Paul Willems

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