Publié le

Grèce, les élections du 20 courant: origine de la confusion

Comment faire comprendre au peuple qu’il a le droit, non seulement de dire non à des mémorandums, mais de dire non à un premier ministre, à un gouvernement, aux médias eux-mêmes, surtout lorsqu’ils s’emploient depuis longtemps à lui forcer a main.

Les élections et Unité populaire, sinon le pouvoir lui-même, lui en fournissent l’occasion.

L’ancien Syriza, et le nouveau, ne sont pas les mêmes.

Syriza, aujourd’hui, n’est plus le même Syriza qu’hier. Celui d’hier, c’est encore un peu celui qui a convoqué des élections anticipées. Celui qui mène campagne aujourd’hui, c’est le nouveau Syriza, qui se positionne en faveur des mémorandums. Mais l’ancien n’a pas dit son dernier mot. Les sondages donnent le nouveau Syriza vainqueur des élections. Le nouveau, pas l’ancien, comme il y a deux mois et demi, avant le référendum du 5 juillet, ils conjecturaient la défaite de l’ancien. Les médias sèment la confusion. La presse libre n’est pas libre. Elle représente un instrument de domination.
Depuis un mois, depuis qu’il est question de procéder à des élections le 20 septembre, ils publient tous les jours des sondages qui vont dans le même sens, qui citent pratiquement les mêmes chiffres. Des variations d’un demi pour-cent leur font faire des gorges chaudes. Le peuple a du mal à s’apercevoir que les sondages servent à l’induire en erreur. Les sondages aussi sont pour les mémorandums, pour les riches, et surtout pour les ultra-riches. Sinon, les médias ne publieraient pas de sondage. Si les sondages étaient favorables au non, les médias s’efforceraient de susciter la crainte du chaos, évoqueraient le danger de l’extrême-droite, parleraient d’Aube dorée, pas d’Unité populaire ou d’Antarsya et du KKE, également favorables au non. Ils ne parlent pas de la gauche radicale, sauf lorsqu’elle conquiert le pouvoir, ce qui n’arrive jamais dans un pays capitaliste, sauf en cas de révolution. Tout est mis en œuvre pour rendre impossible une telle éventualité. Le peuple ne parvient pas à comprendre cela.
L’abus d’images suscite et entretient l’ignorance tout en affirmant représenter le summum de l’objectivité. Scènes de rues, de violences ou interviews de dirigeants donnent du poids à des croyances illégitimes. Elles imposent une vision unilatérale des choses.
Platon, un philosophe, l’a parfaitement compris 2400 ans avant l’invention de la télévision. Il a inventé un mythe : celui de la caverne.

Les élections servent à fabriquer des croyances.

Les images, et même parfois les noms, servent à fabriquer des croyances et il est pratiquement impossible à des groupes humains d’adhérer à des croyances opposées, d’où les guerres de religions, l’intolérance en général. Même dans une démocratie, souvent, c’est l’intolérance qui l’emporte. La domination de pauvres et d’ultra-pauvres est intolérante. Divers procédés servent à légitimer une telle intolérance, en particulier la fabrication de majorités au moyen d’élections. Dans une démocratie, c’est la majorité qui impose son point de vue. Mais les majorités elles-mêmes ne sont pas la majorité, elles sont le produit de choix dictés par une petite minorité.
Moyennant le choix proposé aux électeurs en Grèce, par les partis, les médias, il semble qu’il n’y ait pas moyen de s’opposer massivement, de dire non aux mémorandums. La sortie de l’euro est unanimement présentée comme une solution irraisonnable, dangereuse. D’un côté, en effet, on aurait affaire au chaos, et, de l’autre, à une situation en partie acceptable. Voilà comment on construit une majorité. En ne disant pas la vérité. En empêchant les tenants d’une autre vérité de s’exprimer suffisamment, en accumulant les obstacles et les adversaires sur leur chemin. Une fois les choix exprimés, on prétend ensuite que tout est dit, qu’il n’y a plus rien à faire. Les médias, nimbés de leur neutralité et de leur aura de tolérance justifient ensuite toutes les décisions prises par le gouvernement issu, comme on dit, des urnes. Les dirigeants, et dans leur foulée, les médias, se servent d’un vocabulaire qui contribue à donner le change, à présenter même des décisions criminelles sous un jour favorable, pacifique, progressiste. On parle d’austérité, pas de hold up, de pillage des pauvres par les riches. Lorsque ce sera le règne de la misère, on mettra en exergue le courage et la discipline des pauvres. Dans tous les cas, on vilipende l’esprit de résistance.

Parions sur l’inconnu.

Un peuple a toujours intérêt à expérimenter la liberté, à refuser l’esclavage, quand il en a la possibilité, à s’opposer massivement aux diktats de ceux qui s’efforcent de les imposer, en les induisant en erreur, en fabriquant des majorités, en contrôlant les idées, pas seulement les médias, en prenant pour tout dire les gens pour des cons. C’est la meilleure façon de les combattre, de leur mettre des bâtons dans les roues.
Ceux qui sont favorables aux référendums, on sait ce que leur gouvernement signifie. Ceux qui leur sont défavorables, on ne le sait pas. Parions sur l’inconnu, pour une fois. L’inconnu, en l’espèce, c’est le peuple lui-même, qui a les rênes en mains, et qui se montre ou pas capable de se sauver, quand il le faut. Parce qu’il le faut. Cette fois, il le faut, contrairement à ce que chantent les médias et ceux qui sont favorables aux mémorandums.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *