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Bilan des élections grecques du 20 septembre 2015

Et bien voilà.. Super. Extra. Génial. Quelle victoire, quel brio! A. Tsipras et le nouveau Syriza, ne font pas le détail: 145 sièges, 4 de moins à peine qu’en février. La gauche démocrate antimémorandum a vidé les arçons. Discréditée pour longtemps, à moins de prendre le maquis. Elle a joué son rôle démocratique d’appât. Le non des Grecs s’est fait clouer le bec. Les interdits qui prolifèrent, les intérêts des classes moyennes, suffisent à expliquer le désarroi des électeurs, dont 45% n’ont même pas été voter.
Le Syriza du non, l’autre Syriza, le Syriza d’avant février, et surtout d’avant le référendum, a été pris de court. Précisément à cause de sa combativité, la gauche antimémorandum la plus combative s’est fait surprendre. La combativité se paie plus cher que la quasi-indifférence. Séduit par le chant des sirènes, complètement assommé, le non ne s’est pas réellement battu. Il n’est sorti des limbes que pour recevoir un nouveau coup de gourdin sur la tête. Les départs de l’ancien Syriza se sont échelonnés au compte-goutte. Les combattants, défaits, paralysés, ont battu mollement le rappel des troupes. Ils l’ont fait sur le tard. Tandis que les opportunistes tenaient le haut du pavé, promettaient monts et merveilles, transformaient en quasi exploit leur sordide trahison. Les sondages ont ôté toute illusion aux électeurs, ils ont privé les vainqueurs d’un certain dimanche de juillet de la possibilité de réfléchir, de se retourner. Ah, les sondages! Les protagonistes de toute bataille électorale doivent pouvoir évoquer de façon crédible la défaite de l’adversaire, en évoquer les motifs, débattre du pour et du contre de chaque option. Dans ce cas-ci, d’entrée de jeu, le débat fut clos, forclos, inexistant. Il n’y a pas eu de bataille. Il n’y avait pas deux camps, mais un seul: une meute assoiffée de gloire, d’honneur, ivre de son succès, et de son nouveau statut, d’égalité, et son plat de chasse préféré: des rebelles, des traîtres, en quelque sorte, des inférieurs. Il y a traîtres et traîtres! Il y a égalité et égalité. Il y eu écrasement. César n’aurait pas fait mieux contre une tribu gauloise de troisième catégorie. Une bataille, une seule. Une fausse alerte. Ce ne sera pas la dernière. Mais c’est la bonne, comme on dit. Désormais, il n’y aura plus que les barbares et les autres: les gens raffinés, les civilisés, parmi lesquels les élus, les égaux par procuration.
Aube dorée fait mieux qu’en février. C’est le seul parti qui fait mieux. Avec le KKE. Sans majorité absolue, le nouveau Syriza va devoir diriger avec un double fil à la patte, une fois de plus. Tout va poser problème. Il ne sera question de rien.
Le KKE se maintient, fait même un petit mieux qu’en février. Il n’a pas changé de point de vue, pas même d’un iota. Il y a longtemps que la démocratie, que l’opportunisme, ne lui font plus ni chaud ni froid. Ce système ne tient pas debout. Tout y est faussé. Rien ne marche. Il ne sert qu’à décevoir, qu’à faire semblant, à promettre, et puis à décevoir.
C’est l’égalité contre le reste du monde, et même contre tout le monde. Une égalité sélect, élective, sélective. Des chômeurs en pagaille. Des réfugiés en veux-tu en voilà, promis à un fameux destin, à subir la torture dans des camps de fortune, à subir l’isolement, à vivre des rebuts. Du colonialisme aussi, de plus en plus désespéré, presque revanchard. Les déshérités du reste du monde n’ont qu’à bien se tenir. Hérodote est de retour. Suivant une vieille habitude, les Grecs se sont transformés en mercenaires. Pendant 500 ans, avant de prendre leur place, ils furent ceux des Perses, des Pharaons. Cette fois, ils se sont transformés en mercenaires de la finance mondiale, sinon de l’impérialisme continental allemand. Ce n’est qu’un début. Retour à la case départ. Les biens publics se vendent aux dignitaires de la finance internationale pour une croûte de pain. Peu leur chaut leurs richesses. Il en est d’autres. Tout va désormais se vendre à la criée, même l’Amazonie, ce qu’il en reste. Vive les états en ruines. L’Allemagne elle-même sera bradée pour trois fois rien, et qui, sait, la forêt noire elle-même, les autoroutes allemands, les aéroports de Berlin et de Munich, pourraient bien un jour faire partie du patrimoine de quelque Niarchos, Soros, ou Onassis. Ah, ils l’auront voulu. Les Grecs sont prêts à devenir en même temps les mercenaires des Russes et des Américains. Comme les Suisses, comme les vieilles compagnies wallonnes furent tour à tour ceux des rois d’Espagne et des rois de France. Petits pays sans avenir, que la survie force à faire le sale travail des autres, à se choisir les maîtres les plus puissants possibles, les plus riches, à piller en leur nom le vaste monde, à détruire des civilisations les unes après les autres. Pauvre Rwagasore! Le complexe d’Esther n’est pas une exclusivité israélienne. Il s’agit d’une tactique éprouvée, du gagne-pain de millions d’individus. Un des seuls qui subsistât quand on n’est plus rien, qu’on a tout vendu, perdu, avec la prostitution. La catastrophe de Santorin n’a pas fini de faire des vagues. La démocratie n’est en fin de compte qu’un stratagème destiné à se moquer d’une vaste multitude, privée de toute identité, de toute existence, en dépit d’élections truquées, servant de monnaie d’échange. Elle n’est qu’une farce: celle de l’égalité. L’égalité de ceux qui s’entendent sur le dos des autres et qui roulent carrosse. Un système odieux. Même Platon n’est pas parvenu à en déceler la nature fondamentale, le mensonge qui en est à la base, même s’il a pressenti que le goût du spectaculaire, que la puissance de l’image en était le moteur. Guy Debord a redécouvert le spectacle, mais n’a pas saisi que l’inégalité en est la base, la raison d’être. Egalité égale inégalité.
Si, un jour, le peuple grec campe encore dans la rue, occupe les usines, et renverse ce système scandaleux, il faudra qu’il rédige une constitution, qu’il supprime tous les privilèges, tous les avantages, toutes les différences, qu’il octroie des papiers aux suppliantes, qu’il s’alliât aux peuples les plus déshérités de la Terre, plutôt qu’aux autres.

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