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La question de l’alternance, le Congo, et le Rwanda

L’Afrique, et plus particulièrement la R.D.C. et le Rwanda, et le monde: aperçu de la situation

La grande entreprise de clarification qui a permis d’entrevoir une partie de la vérité à l’époque des Indépendances est en train de sombrer dans l’oubli, et ce n’est pas la production massive de clichés qui remédie au problème.
En ce qui concerne l’Afrique subsaharienne, ce qu’il convient plus que jamais d’intituler l’impérialisme a acquis un tel naturel qu’il est pratiquement impossible de le caractériser et surtout de le confondre. De nombreux intellectuels congolais tombent selon moi dans le piège tendu qu’ils s’efforcent de dénoncer. L’inconsistance s’ajoute à l’inconsistance. On est en train de perdre de vue des choses essentielles. Malgré leur intérêt, les études postcoloniales ne permettent pas de déceler toute l’ampleur des préjugés et des manipulations. Pratiquement sous les mêmes influences et les mêmes pressions, mais moyennant une propagande et un vocabulaire bien entendu différent, les mêmes erreurs que par le passé sont commises par des intellectuels africains fabriqués comme en série. Beaucoup de Congolais ne réussissent à exister que s’ils reprennent à leur compte les mystifications d’un Occident toujours aussi venteux. Le mensonge s’élabore e’t s’approfondit tous les jours et les tensions s’accumulent à toutes sortes de niveaux.
La destruction des intelligentsia progressistes en Afrique est sans doute un des faits les plus marquants de la période postcoloniale. Leur remplacement plic ploc par des technocrates et par des gestionnaires, comme dans le reste du monde, l’isolement des personnes et leur instrumentalisation systématique font partie des méthodes utilisées qui font le plus de dégâts. Des peuples sont régulièrement ébranlés par des putschs et par des crises violentes.
La situation de l’Afrique des Grands Lacs est aussi catastrophique, voire pire encore, que celle du Moyen-Orient, sauf que le mensonge et donc les pratiques génocidaires organisées par l’impérialisme occidental pour la dominer et pour en exploiter les ressources sont tellement faciles à propager, qu’il est inutile de recourir à des bombardements massifs pour modifier l’état de conscience de la population et les rapports de force existants.
Nombreux sont les intellectuels congolais qui font partie de la diaspora et pour qui c’est pratiquement une condition de vie qui reproduisent les critiques des régimes africains en vigueur dans la presse internationale et qui font l’éloge du M23 ou du RDC-Goma et d’autres organisations de ce type ou qui tentent de noyer le poisson en recourant à une chasse aux sorcières. La diabolisation des dirigeants congolais reste une des principales méthodes utilisées pour se mettre en valeur. Le devoir de mémoire ne va pas au-delà de ce que la presse internationale ou belge est prête à admettre toutefois avec plein de précautions.
La disparition du marxisme a un avantage et un inconvénient. Elle empêche de s’appuyer sur des théories qui ne permettent plus de voir clair à cause de leur idéologisation, et elle empêche en même temps, tout simplement, de voir clair. Pourtant les mêmes causes sont à l’œuvre qu’il y a cent ans, les mêmes intérêts provoquent les mêmes désastres.
La guerre fait rage en Afrique des Grands Lacs depuis pratiquement deux décennies. Des rapports onusiens en pagaille étouffent les rumeurs, ou les répandent. Ils servent à désorienter l’opinion, et à couvrir la plupart des faits, tout en dénonçant des massacres de masse. La complexité des évènements, leur confidentialité imposent un statu quo qui passe pour une amélioration, et entretiennent l’omerta.

Comment en est-on arrivé là?

En 1960, Lumumba est confronté à la défection de la moitié des politiciens de son parti. La majorité éclate. L’opposition organisée de la plupart des politiciens congolais, prompts à obéir aux moindres caprices de l’ex-puissance coloniale, état terroriste s’il en est, provoque une guerre qui va durer 8 ans, ruiner le Congo et en asservir la population en la plaçant pour des décennies sous le joug de l’industrie minière et des banques. Pour les révolutionnaires, il s’agira avant tout de mettre fin à cette domination et, en même temps, à l’extrême pauvreté.
Lorsque, après 36 ans de résistance et de luttes de toutes sortes, Kabila père, dit le Mzee, en a enfin la possibilité, il se débarrasse de cette domination. En 1997, le Congo cesse de payer ses dettes. Il met fin à une série de contrats miniers. Il envoie promener les économistes blancs et noirs, les tortionnaires des droits de l’homme et autres qui passent leur temps à l’accuser et qui savent toujours tout. Mais l’alliance militaire et diplomatique grâce à laquelle il a reconquis le Congo vole en éclat. Rwandais et Ougandais auxquels il s’est allié pendant un moment ont besoin de vampiriser ce pays pour se tirer eux-mêmes d’affaires et prétendent en même temps parler et penser à sa place. Même Mandela, qui a livré l’économie sud-africaine aux capitalistes, le critique âprement. Les puissances occidentales provoquent une guerre civile. Elles financent et soutiennent des rébellions qui passent partout aux yeux du monde pour des mouvements démocratiques. Il s’agit pourtant de guérillas génocidaires.
Les jeux semblent faits. Présentée universellement par les médias occidentaux comme une dictature monstrueuse, le régime révolutionnaire de Laurent-Désiré Kabila semble discrédité et sur le point de s’effondrer. Mais Kabila s’accroche. Il trouve de nouveaux alliés et marque des points. Les puissances impérialistes décident alors de l’assassiner. Le coup se produit le 16 janvier 2001. Les puissances impérialistes, dont les médias jugent l’attitude légitime, ne parviennent cependant pas à imposer leurs vues aux Congolais pour autant. Aucun coup d’état n’a lieu. Un gouvernement se forme et mène la même politique que le Mzee.
Pour piller le Congo, les multinationales minières d’une dizaine de pays, mais surtout Anglo-américan mining et quelques autres entreprises, principalement américaines et belges, s’appuient sur des guérillas. Ce sont elles qui forcent la population de l’immense région à l’Est du Congo à extraire pour trois fois rien les précieux minerais convoités par l’industrie informatique et militaire occidentale, qui exploitent à leur profit exclusif grâce à elles les richesses de cette région. Le salaire d’un mineur congolais, quand il n’est pas inexistant, est tout simplement 500 fois moins élevé que celui d’un mineur australien qui extrait du sol le même minerai. Il s’agit généralement du tantale qui entre dans la fabrication des puces électroniques utilisées dans les ordinateurs et les portables et qui est également utilisée par l’industrie militaire. Dans certains coins du Kivu, et de l’Ituri, ce travailleur a tout perdu: sa famille, son village, ses repères. Les rébellions sont backées, soutenues par les armées rwandaises et ougandaises, trop heureuses de s’illustrer, sinon de donner du fil à retordre à des ennemis de toujours, à des peuples avec lesquels les ethnies qui les commandent sont depuis longtemps en dispute pour la possession des mêmes terres. Ces pays ont besoin d’espace pour une population qui augmente sans répit. Les petits états rwandais et ougandais ont été réduits en miettes de la même manière que le Congo, en s’appuyant sur des armées de mercenaires, sur des guérillas terroristes. Le minerai qui est généralement exporté au USA ou ailleurs transite par le Rwanda, et Kigali dont tous les Occidentaux qui font des affaires en Afrique des Grands Lacs admirent la propreté. Kigali serait la ville la mieux tenue d’Afrique. L’armée rwandaise encadre et forme la plupart des officiers de ces rébellions, qui trouvent régulièrement refuge au Rwanda lorsque l’armée congolaise parvient à les déloger, ou lorsqu’ils ont commis tant d’atrocités qu’il devient difficile de les protéger.
Les médias s’en donnent à coeur joie pour condamner ou critiquer tous les généraux congolais intègres, qui combattent les rebelles, en fait des mercenaires, avec peu de moyens. L’armée congolaise fait l’objet de critiques systématiques. Les puissances occidentales s’efforcent de former ses cadres et de contrôler ses dirigeants.
Mais Joseph Kabila qui succède à son père à la tête du gouvernement congolais rétablit la paix, et combat les groupes terroristes qui continuent à commettre des exactions. Le pillage de l’Est du Congo s’institutionnalise, mais, en contrepartie, il parvient à organiser des élections. Il met en place des institutions démocratiques. Il impulse énormément de choses. Et les libertés de la presse et d’expression se renforcent.

L’intelligentsia congolaise et le pouvoir

Toujours à l’affût d’une possibilité de mettre au pouvoir une dictature, les détracteurs de ce qu’ils appellent eux-mêmes le régime congolais, qui sont souvent issus eux-mêmes du mobutisme, qui font partie d’une caste autoritaire, considèrent le Congo comme leur propriété, un peu comme le font les colonialistes. Ces détracteurs font souvent partie de la diaspora congolaise qui survit en Belgique et dans le reste du monde.
Ils ne parviennent pas à remettre en question les préjugés en cours. Ils sont convaincus depuis longtemps de la faillite intégrale du marxisme. Ils condamnent a priori tous les gouvernements qui intègrent des partis marxistes et les régimes qui ne font pas de la condamnation du marxisme la principale justification de leur politique. Ils se fient toujours davantage aux dogmes propagés par les médias, aux experts. Ils ne parviennent pas à voir dans ces derniers les membres d’un nouveau clergé.
L’intelligentsia congolaise semble plus mûre, plus consciente que ces soi-disant opposants, que ces prometteurs de beaux jours. Elle devrait prendre la relève de J. Kabila, et elle devrait prendre en main la situation, et réussir à le protéger lui, ainsi que le Congo, de leurs ennemis. Mais elle a affaire à forte partie.

Le problème de la réalité

La soi-disant réalité n’est qu’un vaste simulacre. Mais personne n’est en droit de mettre en cause les principaux clichés qui lui servent de socle.
Les scientifiques qui travaillent pour le compte de grandes multinationales servent de faire valoir aux technologies de ces dernières. Ceux qui ne travaillent pas directement pour des multinationales, qui traitent d’histoire ou de politique, sont chargés d’édulcorer les faits, voire de les fabriquer de toutes pièces, de propager des théories inconsistantes. Ceux qui mettraient en doute leur probité, qui seraient convaincus que les politiciens capitalistes se trompent, qu’ils sont devenus inutiles, sont traités de complotistes, sinon de fascistes.
Certains intérêts économiques, les intérêts des grandes entreprises sont jugés supérieurs à tout, et leurs propagandistes et agents sont tous a priori considérés comme hors du commun. La post-modernité n’a plus besoin de morale et de moralistes, elle a des PDG, des CEO d’entreprises minières et des cadres supérieurs. Le cliché de la réussite fait d’eux des demi-dieux qui se croient même au dessus des lois, qui ont fini par fabriquer ces dernières en fonction de leurs intérêts exclusifs en instrumentalisant des gouvernements démocratiques et autres en provoquant un peu partout des crises financières et et des catastrophes sociales.
Toute l’Afrique est victime de ces clichés, de ces vérités établies, des organisations mondiales ou internationales qui servent à maquiller des génocides, à les provoquer, à manipuler l’opinion publique, et en particulier les intellectuels africains, à discréditer toute résistance.

L’armée rwandaise

L’armée rwandaise passe pour la meilleure d’Afrique. Ses officiers ont été formés dans des écoles et par des instructeurs américains tout comme certains jihadistes qui combattent aujourd’hui en Syrie. Certains ont été à West Point. L’armée rwandaise est une armée révolutionnaire et donc très bien organisée qui est utilisée par le département d’état américain pour mener des opérations en Afrique. Une partie de l’armée rwandaise sert sous la bannière de l’O.N.U..
On pourrait comparer le rôle du Rwanda à celui de la Turquie actuelle dans le conflit syrien, et les interahamwes hutus à Daesh. Comme Daesh, elle commet des massacres de masse et permet à l’Occident de contrôler des ressources minières stratégiques. Les Américains et leurs alliés belges, anglais et français se servent de la guerre génocidaire au Congo, du génocide de 94 et de la perspective d’un renversement de pouvoir, et donc d’un nouveau génocide, comme moyens de chantage.
Le génocide de 94 fait l’objet d’interprétations systématiquement tendancieuses qui ne permettent pas de voir autre chose dans cette armée rwandaise qu’une armée d’élite, que des soldats au service des droits de l’homme et de la cause humanitaire en général. En réalité, c’est l’inverse. Mais qui a conscience de la faillite de l’humanitarisme et de celle de l’intelligentsia mondiale, qui voit dans l’humanitarisme une sorte de panacée, voire un simple débouché professionnel!

Le problème de l’alternance

En un sens, la notion d’alternance est ambiguë. A quelle alternance fait-on référence? A la substitution de dirigeants à d’autres dirigeants, ou à l’alternance principes et d’objectifs politiques différents.
En politique, mieux vaut privilégier la continuité, surtout au Congo. L’alternance représente un fléau, en Occident pour le moment, ou le maintien ou le changement de dirigeants est presque toujours perçu comme une catastrophe, ou des Républicains succèdent à des démocrates, et ou cette alternance sert à mener une politique délétère, ou des fascistes accèdent au pouvoir par le simple jeu de l’alternance.
Le changement de personnes au gouvernement est nécessaire, tout comme un changement de politique dans certaines situations, mais l’alternance sert surtout à maintenir au pouvoir des dirigeants qui semblent incompétents, qui représentent même une menace pour la collectivité, voire pour le monde entier.
L’alternance n’est pas toujours aisément praticable pour toutes sortes de motifs. Par exemple lorsque les ressources d’un état et de la population sont à ce point dérisoires que l’alternance sert a priori à mettre au pouvoir une élite arrogante et autoritaire, à imposer le pouvoir d’une classe.
Le successeur de J. Kabila devrait être issu de la majorité en place et devrait tenter d’en poursuivre la tâche, aussi difficile soit-elle. Mais les puissances impérialistes se saisissent de n’importe quel prétexte, et en particulier de la nécessité de cette alternance, pour tenter de mettre au pouvoir un monstre, une clique de criminels à leur solde, une marionnette, pour justifier la mise à sac et la recolonisation éventuelle du Congo.
Les interventions occidentales, légitimées par la propagande humanitaire et justifiées par le terrorisme sont à l’origine des chocs qui permettent de manipuler des populations, l’opinion publique, de fabriquer des contre-pouvoirs, de mettre en place des dictatures, tout cela au nom de la paix et de la démocratie.
En ce sens, l’alternance n’est pas désirable, pas plus au Congo qu’au Rwanda.
Il est nécessaire de promouvoir certains changements. L’Afrique centrale doit mettre sur pied une union économique et imposer aux multinationales un code de conduite draconien destiné tant à préserver la nature qu’à protéger la population. Mais les puissances impérialistes combattent tous les efforts dans ce sens. Elles menacent d’intervenir au Congo si le principe d’alternance n’est pas respecté, mais elles décident elles-mêmes de l’alternance autrement dit des principes et des solutions qui doivent l’emporter. En fait, elles rendent impossible toute alternance.
Les mensonges occidentaux répétés, la manipulation, le double jeu sont devenus tels qu’ils placent des Occidentaux eux-mêmes dans la situation de devoir mentir à tout prix.
Tous critiquent Daesh et le jihadisme alors qu’il est hors de doute que les puissances occidentales, la Turquie et les émirats arabes les ont largement créés eux-mêmes, que l’intervention occidentale au Proche-Orient ne sert qu’à les soutenir.
En d’autres mots, les puissances occidentales imposent l’alternance qui leur plaît, jusqu’en se servant de ce qu’on intitule aujourd’hui le terrorisme. Il n’est même pas certain qu’elles
n’organisent pas des attentats monstrueux dans leurs propres villes, pour pouvoir s’en prétendre les victimes et fausser des scrutins électoraux, ou justifier des interventions militaires.
Quant aux historiens, scientifiques, journalistes et experts, ils sont surtout censés s’occuper d’autre chose à moins de contribuer à justifier ces interventions, et à mettre en place des régimes favorables aux intérêts des multinationales, qui représentent une catastrophe pour la population de pays comme le Congo, ou une aubaine, comme pour le Rwanda, le Qatar ou le Koweit.

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