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Lettre sur la situation à Bruxelles en général en cette période d’attentats.

Cher Martin,

Je m’exprime horriblement mal, ok. Je ne fais pas de différence entre les chômeurs et les autres travailleurs. Les chômeurs vont se former, ils vont à l’école, ou ils ont des rendez-vous, ou ils vont aider des potes, des parents, ou ils ont un boulot en noir, un petit boulot, un boulot d’une heure, d’un jour, des trucs pour lesquels il faut quand même se lever, seul ou pas, se grouiller, s’habiller, faire le tour de la ville dans les transports en commun, ou, ce qui ne vaut pas mieux, en voiture, dans la pollution, affronter la cité qui grouille, avec la crainte de ne rien avoir à faire le lendemain, de manquer de plein de choses quand même, ou d’avoir trop à faire, de ne pas bien les faire.

Il y a des chômeurs qui ont trop à faire, qui courent dans tous les sens. Les travailleurs itou. La plupart se disent qu’ils font leur boulot à moitié, les chômeurs ou les dits travailleurs.. Mais ils y vont tous les jours. Les travailleurs vont toujours au même endroit, c’est la seule différence. Parfois, les travailleurs souffrent plus que des chômeurs. Ça dépend. On essaie d’y croire, les uns comme les autres. Et certains ont une famille, cela leur fait encore plein d’autres choses à faire… Il y a plein d’absentéisme. De gens qui ratent des interviews, dont les livres ne sont lus par personne. Il y a les gens qui n’ont pas le temps de lire, pas souvent.. Ils n’en ont pas le courage. Il y a ceux qui lisent tous la même chose. Même des intellos lisent le journal METRO. Tous ces gens se demandent ce qui leur arrive. Ils n’ont pas le courage de le comprendre, qu’ils soient malins ou illettrés, ils répètent en boucle ce que la télé montre en boucle. On a droit à des fragments d’opinion, de langage..
Parfois aussi on tombe sur des intellos qui s’expriment super bien, qui ont du bagout. Ils ne disent pourtant pas quelque chose de très différent que de qu’on trouve dans les journaux. Au contraire, ils sont très fiers de dire la même chose. Ils enrobent des petites idées, dans de beaux mots, des formules, tournent autour du pot. Ils ne dérangent personne.. Personne n’écoute personne, mais tout le monde les écoute. Pour qu’on les entende, ils crient parfois, ils écrivent un titre en grosses lettres, ils répètent ce que la télé ou un président répète depuis des années.. Ça ne change rien. On en marre d’entendre toujours la même chose, mais on préfère ça à ce que disent ceux qui disent le contraire, à moins qu’ils ne le disent bien, ce qui n’arrive presque jamais. Si tu cites le nom de Poutine, tu entends partout la même chose, tu as affaire à la même mimique, aux mêmes mots. ON te prend pour un martien si tu dis autre chose.
La seule chose que ces gens ont, parfois, pas systématiquement, mais souvent, ce sont des sentiments. Ils aiment tous quelqu’un, leurs enfants, leur femme, leurs copains, un camarades, des gens, des stars souvent. Certains aiment même de clochards, ou des sans-papiers, mais ce n’est pas le cas de la majorité. Les journaux passent leur temps à les faire pleurer, alors ils racontent des histoires. Cela leur permet de passer le temps. Ils prennent parti pour une fleur, pour un arbre, pour un lion, disent des choses terribles. Certains sont très méchants avec les gens qu’ils n’aiment pas. Mais si tu leur parles de la Syrie, le seul à qui ils en veulent, c’est Bachar.. Quelques-uns critiquent les jihadistes, mais plutôt parce qu’ils sont racistes que parce qu’ils apprécient Bachar. Mais il est certain que le racisme a joué contre les puissances interventionnistes. Est-ce que ces gens sont racistes? Est-ce qu’ils font un effort? Qui fait un effort? Ou est-ce qu’ils ne font pas assez d’efforts?
Boum. Une bombe.. parmi eux. Un choc. La stratégie du choc. J’ai une amie qui a passé toute la journée dans un hangar de l’aéroport à Zaventem mardi. On les a parqués tous ensemble pendant des heures, pendant toute la journée. Elle est arrivée à 7 heures du matin, et est repartie le soir. Toute la journée dans un hangar. Je n’ai pas l’impression qu’on leur a servi un dîner dans des assiettes en plastic avec de beaux couverts comme ceux qu’on offre à ceux qui voyagent. Mais peut-être est-ce le cas. Vais le demander à mon amie. Oui, j’essaie de comprendre. Il faut ouvrir, faire éclater le débat.. Sinon on n’en sortira pas, plus, plus jamais.. On va vivre dans des villes où tout explose, où il ne sera plus jamais question que de bombes, de morts, de wagons, de corps en morceaux, de gares fermées, de mauvais, de gentils, sans qu’on sache rien du tout d’autre, sans qu’au fond, personne ne voie la différence. On a détruit des pays arabes, uns à un, plusieurs fois, de manière terrifiante. On le fait depuis des siècles. On recommence tous les cent ans. Je me souviens du Liban.. Une fois, deux fois, de la guerre Iran-Irak, de Khomeiny, des deux guerres du Golfe, des cinq guerre avec Israël, des coups d’état, des assassinats, du printemps arabe et de ces dictateurs qu’on a soutenus jusqu’au dernier jour contre un peuple qu’on leur apprenait à torturer alors que c’est eux qu’on critiquait, pas leurs dirigeants. La seule chose qui compte pour nos dirigeants, c’est le prix du pétrole, la quantité de gaz. Tous les moyens sont bons. Mais grâce aux médias, les gens arrivent à croire que c’est exactement l’inverse, qu’ils se soucient de démocratie, de justice internationale, sociale. Et puis tous ces travailleurs sans-papiers, ou dont les papiers ne sont valables que 3, 6 mois, parfois un an, qui doivent nourrir une famille qu’ils ne voient jamais, sous les insultes, recevoir des ordres et subir des critiques, qu’ont-ils raconté à leurs petits enfants. Et ça continue. C’est même pire qu’avant.
ET ces pauvres gens qui comprennent tout à l’envers, et qui aiment ceux qu’ils peuvent aimer, qui détestent les autres, qui ne savent plus à quel saint se vouer, qui vont voter et qui croient en être quitte. Pure formalité qui leur permet de ne penser à rien, alors que cela devrait être l’inverse.
Que dire de plus? Oui, les choses sont en train de mal tourner. Que faire? A part toi, de temps en temps, j’ai un prof d’unif qui me lit et quelques militant(e)s. J’écris toujours aussi mal.

Salut,

P.

nucleaire_non_merci

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