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Sur la présence militaire, en ville, à Bruxelles depuis quelques mois.

Certains reprochent aux récentes mesures gouvernementales, qui imposent la présence de militaires armés à Bruxelles, d’être totalement inefficaces. Mais que veulent-ils dire?

Pour eux, ces mesures ne permettent pas d’empêcher des terroristes de commettre des attentats. Mais ils ne disent pas quelles mesures il s’agit de prendre. Ils n’ajoutent rien à leur critique. Que veulent-ils dire? Leurs reproches peuvent vouloir dire plusieurs choses. Ils ne s’en rendent pas forcément compte. Ils expliquent que, malgré les fouilles à certains endroits, il est très facile de se faufiler avec des bombes dans des trams, dans le métro.
Ils pensent peut-être que ces mesures servent à exciter une partie de la population contre une autre. Ils disent quelquefois qu’elles servent à stigmatiser une partie de la population, à aggraver la sensation de surveillance dont elle fait l’objet, à la culpabiliser — comme si c’était elle qu’il fallait culpabiliser — ou qu’elles renforcent l’addiction au militarisme, le besoin d’autoritarisme d’une partie de la population.

C’est cela qu’ils veulent dire quand on dit que ces mesures sont inefficaces.
Elles permettent aussi de prendre plus facilement des mesures choc contre les pauvres ou contre les immigrés sans avoir à les justifier. Des mesures d’austérité par exemple. Ou des mesures qui serviraient à gentrifier plus facilement une partie du centre-ville comme il est prévu depuis longtemps de le faire. Spéculation immobilière et gentrification vont de pair. Or la spéculation immobilière aggrave sans fin la situation des pauvres et la précarisation d’une partie de la population. Ces mesures d’urgence relèvent de la stratégie du choc. C’est cela que cela signifie: leur inefficacité.
Ces mesures se justifient pour d’autres raisons que la nécessité d’empêcher des terroristes de commettre des attentats.
Ces mesures servent surtout à satisfaire et à rassurer une partie de la population qui se sent plus à l’aise parce qu’il y a des soldats, qui se sent en danger à cause de l’existence d’immigrés. C’est irrationnel. C’est le produit de décennies de propagande et de discrimination. C’est la conséquence d’un apartheid. Mais c’est incontestable. Cette partie de la population n’aime pas l’atmosphère cosmopolite du centre de la ville. Elle n’aime pas les rencontres avec des gens qui ne pensent pas comme elle. Elle est plus intéressée par ce qu’elle appelle son terroir, par sa communauté, que par les mélanges, par le multiculturalisme, par sa citoyenneté internationale, en tout cas, lorsqu’il s’agit de son pays ou de sa ville. Elle apprend toujours les mêmes langues. Elle ne vit pas en ville. Elle n’a pas nécessairement des moyens d’existence élevés, mais elle aime ceux qui ont la même idéologie qu’elle, qui font partie de la même partie de la population, de ceux qui pensent que l’humanitarisme est une bonne chose, mais pas l’humanité, sauf dans certains cas à propos desquels ils sont capables de disserter pendant des heures. Ces personnes pensent qu’il faut écraser les pauvres, les mettre à l’écart, et avoir un train de vie élevé, ou elles pensent que parce qu’ils sont pauvres eux-mêmes, c’est chacun pour soi, qu’il faut limiter la solidarité à ses proches ou à sa communauté, et que c’est surtout chacun chez soi, qu’il faut renvoyer les immigrés chez eux. Il faut satisfaire cette population et l’inciter à voter pour des partis racistes, ou à manifester son racisme. Telle est la raison de ces mesures, du moins, en principe. Ces mesures contribuent à aggraver le sentiment d’insécurité.
C’est très bien de manifester contre la militarisation de la ville comme quelques militants projettent de le faire ce samedi 9 avril boulevard de Stalingrad à 17 heures, mais il est surtout nécessaire de dire pourquoi ces mesures sont inefficaces, à quoi elles servent vraiment.
Elles ne servent pas à empêcher des attentats de se produire.
De nos jours, l’idéologie sécuritaire se vend davantage que le pacifisme et le progrès social. Si l’idéologie sécuritaire se vend bien, c’est parce que la militarisation du monde rapporte davantage au monde économique que la paix ou le progrès social. Or la militarisation du monde nécessite des raisons. Ces raisons, en l’occurrence, il faut les inventer. Les attentats du 11 septembre 2001 sont un stratagème de guerre. On ne mène pas de guerre sans recourir à des stratagèmes. Mais, à cause de l’importance des U.S.A., et de toutes sortes de déformations justifiées par les intérêts pétroliers, les journalistes n’ont pas été en mesure de le dire. Au contraire, ils ont repris à leur compte, sans les remettre en question, les explications des agences de presse américaines. Pour les gens, il est difficile de comprendre que la presse se moquent d’eux. Que leur gouvernement se moque d’eux, qu’il les manipulent, ils parviennent à le dire, à le savoir, mais ils ont du mal à croire que la presse invente de telles histoires. Ils ne peuvent imaginer que l’on finance et que l’on entretient le terrorisme pour les faire taire, pour mener une politique militariste à l’étranger et sécuritaire à l’extérieur, pour fabriquer un consensus.
Les journalistes, quant à eux, sont affublé d’un état de résignation et d’impuissance quand ils doivent se montrer critiques vis-à-vis des faits. Ou ils s’autocensurent. Il s’agit d’une impuissance acquise, bref d’une impuissance entretenue, en particulier par des licenciements abusifs, par la précarisation du métier de journaliste, qui continue cependant à séduire beaucoup de jeunes, et surtout par le fait que les articles qui expliquent les faits au lieu de jeter de l’huile sur le feu, sont plus difficiles à écrire, et surtout ne sont jamais publiés par les rédactions qui sont souvent forcées d’adopter telle ou telle ligne de conduite, tout cela de manière parfaitement confidentielle.
Les points de vue critiques sont de faux points de vue critiques, qui ne concernent jamais le fond d’un problème. On brode, on utilise des mots savants, on fait référence à des experts, qui disent pire que pendre, pour lesquels il faudrait carrément ouvrir des camps de concentration. On ne traite que des conséquences, jamais des causes. On célèbre les dirigeants quels qu’ils soient: Trump ou BDW. On ne trouve rien d’autre à dire. Il n’y a pas une seule analyse cohérente de ces mesures d’urgence. Pas une seule critique intéressante. On perd son temps. Mais par contre cette presse nous harcèle avec ses offres d’abonnement à moitié prix, à deux euros par mois. On entend toujours les mêmes personnes s’exprimer. Cette presse est un instrument clef de la stratégie du choc. Et certains groupes de militants et d’activistes aussi, à mon avis, servent à faire la même chose, à plonger les gens dans la stupeur, et à justifier ce contre quoi ils prétendent se battre. Les révolutions orange ne sont pas un mythe, une blague de potache.
C’est en partie à cause de ce genre d’informations que Les gens ne parviennent pas à saisir pour quelles raisons l’on envoie des militaires faire le guet un peu partout, mais surtout dans certains quartiers du centre-ville, qu’ils ne parviennent pas à remettre en question les raisons qu’on allègue, même s’ils ne comprennent pas ces raisons.

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