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Une sale époque

 

En novembre 2015, dans un coin de la place Poulaert à Bruxelles, quelques personnes font une grève de la faim parce qu’un musulman belgo-hispano-marocain croupit dans une prison au Maroc depuis des années. Il s’agit d’une grève tournante. Langues : espagnol, berbère, arabe, français. Pire que tout.
Une triste affaire. En 2003, de terribles attentats ont lieu à Casablanca. Des dizaines de victimes. Ben Laden revendique l’attentat. Le gouvernement marocain arrête plein de monde. Il arrête sur dénonciation et pratique la torture. Les médias évoquent une nébuleuse fondamentaliste musulmane. Plus tard, on découvrira qu’al-Zarkaoui a joué un rôle dans les attentats. Des quartiers pauvres sont systématiquement quadrillés, perquisitionnés. L’opposition politique est bien entendu ciblée. Des gens sont jugés, emprisonnés sans preuve, enlevés par la police alors qu’ils passent des vacances au Maroc. La chasse aux terroristes bat son plein. Pour imposer leur point de vue, certains gouvernements se servent volontiers de la justice, ils ont besoin de dangereux criminels. Au même moment, beaucoup d’autres gouvernements sont impliqués dans la lutte contre le fondamentalisme musulman. Une guerre dure depuis deux ans en Afghanistan, une autre vient d’éclater, et elle est terrible: une fois de plus, l’Irak est écrasé sous les bombes.

Le Maroc émet des mandats internationaux. En 2008, les Espagnols arrêtent Ali Aarrass à Melilla. Ce dernier tente d’y refaire sa vie après avoir accompli un service militaire et passé des décennies en Belgique. Il connaît un peu de monde à la fois en Belgique, au Maroc, en Espagne. Les Espagnols le jugent. Ils l’acquittent. Ensuite, ils l’extradent illégalement au Maroc. L’affaire est bien ficelée. Il n’est pas difficile de convaincre les Espagnols. On a affaire à du terrorisme. Pour certains, tous les Arabes sont des terroristes. Pour les Marocains, Ali Aarrass est un expatrié, un renégat, un converti. Les Marocains originaires du Rif sont naturellement suspectés par les uns comme par les autres. Pour l’opinion publique occidentale, le Maroc fait ce qu’il a à faire. Le monde libre a un ennemi : le terrorisme, et avant tout, le terrorisme arabo-musulman.

Aujourd’hui, il y a 8 ans qu’Ali A. est en prison. Il a été condamné à 12 ans en 2010. Il a passé deux ans en prison en Espagne, et 6 au Maroc où il s’est fait torturer. Pour Amnesty et pour l’ONU, on ne peut pas, on n’aurait jamais dû extrader Ali Aarrass au Maroc.

Le gouvernement belge ne fait rien pour tirer A. A. des geôles marocaines. Les Belges se méfient des musulmans. Ils se font une curieuse idée de l’Islam. Cela ne date pas d’hier. Quand Léopold II a colonisé le Congo, il n’a rien trouvé de mieux que mettre l’esclavagisme qui sévissait depuis 400 ans dans ce pays sur le compte les Arabes. D’autres Belges projettent sur l’Islam, ce qu’ils n’aiment pas dans le christianisme. Ils craignent une idéologie toute puissante, qui se serviraient systématiquement de passe-droits, qui abuserait de son autorité. Enfin, beaucoup de Belges sont tout simplement racistes. Et le gouvernement belge est de plus en plus inféodé à la politique militariste occidentale qui consiste à agresser systématiquement des pays arabes, musulmans. La France qui, lors de la première guerre du Golfe ne faisait pas partie de la coalition qui a écrasé l’Irak, fait cette fois partie des puissances dont l’aviation en tout cas intervient au Moyen-Orient, en Afrique du Nord. Ce n’est pas le moment de montrer de la mansuétude. Ali n’a pas de chance. Plein de gens cependant se mobilisent pour le tirer d’affaires. Ils forment un collectif qui s’appelle Free Ali Aarrass.

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