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Quelques mots au sujet de la fermeture de l’usine de Caterpillar à Charleroi.

Patatras ! C’est le mot : patatras. Une fermeture d’usine à l’américaine. Il faut dire que les Français ne font pas mieux. Clabecq, Renault, VW, Ford, Cockerill, et tous les autres , et maintenant Paribas, Caterpillar. On voit bien que ce n’est pas la solution, que ces grosses multinationales qui ouvrent et ferment leurs usines, ou des centaines d’agences, qui font le bon et le mauvais temps, ça ne va pas. Ce modèle a quelque chose de pourri, d’abusif. A moins de garantir des possibilités honorables de reclassement. On pourrait par exemple aussi limiter dans le temps la durée de travail dans ce genre de grande usine, la limiter à dix ans par exemple, ou, maximum à vingt ans, sauf lorsqu’une formation très complexe est nécessaire pour faire un travail. On devrait décréter le système fordiste obsolète. Après avoir travaillé dix ans ou vingt ans dans ce type d’usine, les gens devraient suivre de nouvelles formations, s’engager dans le secteur public, travailler à mi-temps pour une administration, vendre le cas échéant leur voiture, mais la contrepartie d’un travail dans ce genre d’usine, ce pourrait être aussi l’impossibilité d’acheter une voiture. Ces travailleurs ont plein d’avantages en effet. Ils habitent généralement près de leur lieu de travail. Ils disposent d’une relative sécurité d’emploi. Ce sont à vrai dire les seuls à disposer d’une telle sécurité d’emploi. Dans les Ardennes, lorsqu’une personne travaille chez Loréal, les gens comprennent que cette personne n’a pas de problèmes, au sens fort du terme, même si ce n’est pas drôle tous les jours. Par contre, des dizaines de milliers d’autres travailleurs, changent de boulot tous les ans, font des centaines de kilomètres chaque semaine, parfois chaque jour, pour aller travailler. Pour tout dire, ce ne sont pas des emplois normaux qui s’en vont, mais des emplois un peu spéciaux. Des emplois d’élite. Du reste, les travailleurs qui disposent de ce type d’emplois sont parfois traités comme une élite. Ils exercent une sorte de domination sur d’autres milieux de travailleurs. On considère par exemple que ces travailleurs sont arrivés, alors que les autres, qui dépendent d’un petit patron, ont souvent plein d’ennuis et sont traités en inférieurs, ou en victimes du système. Une fermeture d’usine comme celle de Caterpillar, c’est un peu comme une petite décolonisation, sauf qu’on ne peut pas évidemment provoquer une guerre et trois génocides dans le pays des dirigeants de la dite usine pour se venger. C’est plutôt l’inverse qui se passe. La colonie, en l’occurrence, c’est Charleroi. Le pays qui bat de l’aile, c’est la Belgique. Le régime qui fait eau de toutes part, c’est le gouvernement belge, et, en particulier, le gouvernement wallon. Enfin, il s’agit de gouvernements qui n’ont pas grand-chose à dire, dont les faits et gestes sont particulièrement surveillés. C’est à peine si on ne leur dicte pas les mots de leur discours. On: la Commission européenne pour commencer, mais aussi l’OCDE, les organisations patronales, particulièrement inconscientes et irresponsables, le FMI, le cas échéant, les agences de notation, et bien d’autres. Il n’y a pas jusqu’aux syndicats qui ne leur dictent pas quelque chose eux aussi.. Par exemple leur politique du travail, bref vis-à-vis des travailleurs. Politique plus lamentable que jamais, qui, faute de la moindre compréhension en profondeur de la situation se transforme en chasse aux chômeurs, en criminalisation des pauvres,
Depuis des décennies, sinon depuis toujours, la relégation de la misère est une réalité, mais elle ne suscite pas de révolte, et suscite à peine quelques sentiments de révolte. . Seuls les travailleurs, ceux qui tiennent ordinairement le haut du pavé, font quelque fois parler d’eux, précisément à l’occasion de fermetures et de licenciements massifs. Les médias s’en donnent à cœur joie alors pour déplorer, s’attrister, bref étouffer les coups de sang de ces semi-privilégiés, qui tout d’un coup, en une fois, perdent tous leurs privilèges. Ces mouvements qu’on ne peut même pas qualifier de corporatistes, comme il y a cent ans, ne font guère de vagues. Ils font d’autant plus de bruit, qu’ils servent avant tout à imposer une illusion, à faire valoir un mensonge, une conception fausse, étriquée, et désuète du travail : celle qui confond le travail avec un travail à vie, avec un CDI, avec toutes sortes de protections sociales. Même en cas de licenciement collectif, ces protections sociales ne sont pas inexistantes. En Belgique, en cas de licenciement collectif, ces travailleurs touchent le chômage à vie. Hélas, de nos jours, cela ne les dispense pas de devoir chercher du travail. De quoi leur flanquer tout en l’air. Ils pourraient sinon tenter de se reconvertir, d’acheter un demi-hectare, avec leurs indemnités, et de se lancer dans l’agriculture potagère et biologique par exemple. Mais non, ils doivent passer leur temps à contacter des employeurs, déjà débordés de travail, et espérer obtenir des réponses de ces derniers pour toucher leurs allocations. Bref, le système leur pourrit la vie. Mais de là à se résoudre à accepter un travail à durée déterminée, il leur faudra du temps, surmonter leur déception, apprendre à changer de ton, sinon d’amis, et d’habitudes, vendre leur quatre fois quatre, leur caravane.
Eux qui pensaient accéder à ce statut extraordinaire, qui croyaient être à l’abri de la précarité, en faisant la une des journaux, serviront avant tout à faire valoir les occupations de ceux qui disposent d’une travail à plein temps, d’un poste à responsabilités, d’un CDI, sans même avoir à prendre des risques, à investir de l’argent. Tout cela parce que les journalistes des grands médias qui recourent pourtant massivement au travail de journalistes free lance ou intérimaires, partagent la même obsession, celle de la sécurité, et voient le travail de la même façon. De fait, dans ces grands médias, où seuls une petite poignée de journalistes disposent d’un CDI, ces derniers imposent leurs préjugés, leurs croyances, à tous les autres. Il en est de même des politiciens, ces fameux culturocrates, qui croient bien faire en puisant leur inspiration dans les médias.
Contrairement aux technocrates qui cherchent leur inspiration dans la technique, les politiciens ne connaissent rien à la technique, ou à la technologie. Sinon, il leur serait facile de reconvertir l’usine de Caterpillar, de mettre pour commencer l’embargo sur les machines par exemple. Mais non. Ils laisseront les multinationales pomper les ressources existantes sans mot dire. Ils iront encore serrer la main de leurs dirigeants et essaieront de leur fourguer quelques millions dans le seul objectif de rester eux-mêmes au pouvoir. Inutile de se demander pourquoi ils souhaitent rester au pouvoir. Sans doute parce qu’ils confondent le pouvoir avec un CDI, et qu’ils adorent voir la multitude les regarder avec des airs affolés, et les approcher avec crainte. N’ayant pas droit au respect, ils se satisfont de la crainte. Et, en cas de colère, ils sont même capables d’en piquer une également.
Que faire? Il faudrait se mobiliser pour revendiquer une politique du chômage acceptable, pour le partage du travail, pour la réduction du temps de travail, pour mettre fin aux persécutions des chômeurs. Mais ce serait la révolution, et les syndicats préfèrent parler d’autre chose. En fin de compte, presque plus que tout autre, les syndicats font en sorte de noyer le poisson, ils empêchent que de réelles solutions soient apportées aux problèmes sociaux existants, ils contribuent à diviser les travailleurs.
Mais si les travailleurs ne leur obéissent pas, auront-ils droit à leurs allocations. Il s’agit peut-être de prendre le risque de leur désobéir, et de revendiquer autre chose que ce qu’ils les forcent à revendiquer, crânement, sans aucun espoir d’arriver à leurs fins, ayant au contraire la certitude qu’ils n’empêcheront pas ce misérable gouvernement et les grands patrons, qui n’ont rien à voir avec des petits patrons qui prennent des risques et qui se battent, d’imposer les 45 heures, et plein d’autres mesures totalement invraisemblables. En fin de compte, Les travailleurs de Caterpillar échapperont aux 45 heures.. A eux, à présent, de chercher une alternative.

Monument au travail. Sculptures de Constantin Meunier Quai aux yachts, Bruxelles.
Monument au travail. Sculptures de Constantin Meunier
Quai aux yachts, Bruxelles.
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