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Les mensonges des médias concernant la situation en Syrie

ll faut se rendre à l’évidence, la presse dite « libre » ne ment plus aussi bien qu’auparavant. Elle semble avant tout affectée d’une sorte de myopie que même des lunettes dotées de verres aussi épais que les lentilles du télescope du mont Palomar ne parviendraient pas à corriger.
Mais la ruse qui contrebalance cette myopie extraordinaire est encore plus vertigineuse que l’on ne s’y attendrait. Pour discréditer les analyses différentes de leur prêche, les journalistes de la presse dite « libre »  associent systématiquement les points de vue contradictoires à ceux de l’extrême-droite qui, bien sûr, en relaient certains. Bref, pour cette presse mainstream, et ce depuis longtemps, Noam Chomsky et cie font tous partie de l’extrême-droite. Tous, lorsque nous ne lisons pas la presse bien-pensante, nous sommes censés puiser nos informations dans une presse dévoyée qui ment à tour de bras. Nous serions des monstres. Le but de ce type de raccourci est bien sûr de faire peur à tout le monde et d’empêcher les gens de réfléchir. Quand on ment, on n’a pas le choix, il faut faire peur aux gens pour qu’ils se taisent, pour qu’ils « croient » ce qu’on leur raconte. C’est même pour cela qu’on organise de temps en temps des génocides ou qu’on provoque des conflits dévastateurs.

Quelle différence existe-t-il entre un point de vue simplement bien informé comme l’est celui de gens qui se tiennent au courant de la situation en Syrie en confrontant les sources, les infos, et en « réfléchissant », et la propagande d’extrême-droite qui relaie certaines informations correctes à ce sujet. Disons d’abord que relayer des informations correctes pour pouvoir en tirer toutes sortes de conclusions erronées n’est pas l’apanage de l’extrême-droite. C’est ce que fait également la presse mainstream à peu près quotidiennement. Il est donc chaque fois nécessaire de faire la part des choses, non seulement avec la presse mainstream, mais avec la presse d’extrême-droite. Nul n’est besoin de se référer à la presse d’extrême-droite pour se tenir informé de la situation en Syrie. Il suffit de lire la presse russe par exemple. Du moins la presse russe qui n’est pas inféodée à l’Occident, parce que de nombreux journaux en Russie sont financés par des organisations atlantistes, sinon par ‘l’Organisation atlantiste’ par excellence, et relaient les infos de la presse atlantiste. Il y a peu de journaux russes qui relaient les infos officielles comme nos journaux à nous relaient nos propres infos gouvernementales, souvent avec plus de servilité encore que la presse russe, disons normale, non atlantiste. Les Russes, comme les Japonais ou les Chinois proposent des sites en français et en anglais. Mais il y a aussi moyen de s’informer via Twitter, ou via d’autres sources. Tout Twitter n’est pas aux mains de la CIA et des propagandistes atlantistes. Il est difficile de prétendre que cela va durer, mais, pour le moment, l’Internet regorge de sources et de points de vue crédibles, de gens qui parviennent à témoigner de certaines choses sans se faire réprimander, ou pire, assassiner. Mais il faut évidemment toujours faire attention aux fabrications. Dans de nombreux cas, de fait, seul le bon sens permet de faire la part des choses. Ce bon sens, il est nécessaire de l’exercer. Ce n’est pas en croyant tout ce que disent les journaux qu’on exerce ce bon sens. C’est plutôt en les critiquant. Cela prend du temps. C’est bien sûr pour cela qu’on a tendance à faire confiance aux journaux. On n’a pas le temps d’analyser chaque article de presse comme un manuscrit interpolé du Moyen-Age.

Je l’ai fait en ce qui concerne un article de Rue 89 traitant de l’information alternative au sujet de la situation en Syrie. Dans le cas présent, l’objectif de ce média non indépendant est de discréditer une « journaliste indépendante », et même en général un point de vue concernant le conflit en Syrie qui ne cadre pas avec les explications des grands médias atlantistes. Il n’y a probablement pas une ligne de l’article qui fut exempte d’insinuations malveillantes, ou de l’une ou l’autre contre-vérité, quand on n’a pas tout simplement affaire à une forme d’incohérence. Ci-après un court passage de cet article et le commentaire qu’il m’inspire.

‘Le Monde relève que l’analyse de la journaliste « est pour le moins partiale. D’abord à propos des civils. Les journalistes du Monde à Beyrouth sont par exemple au contact de personnes qui ont fui Alep, et certains récits valident tout à fait l’existence de civils victimes des forces syriennes. Leurs chroniques de l’écrasement de la rébellion se fondent aussi sur des sources institutionnelles, mais également, par exemple, sur les récits de contacts sur place. »’

Commentaire: « Les civils qui ont fui Alep » peuvent très bien être ce qu’en d’autres temps, on a appelé des collabos. La presse nazie était en son temps remplie des récits de ces collaborateurs, ou de ces personnes enchantées par leur mode de vie sous le nazisme. Quant aux contacts sur place, il y a gros à parier qu’il s’agit des rebelles-massacreurs et coupeurs de tête en personne ou d’agents secrets. On vient d’arrêter quelques dizaines d’officiers et d’agents secrets anglais, français, américains et autres, terrés dans un bâtiment d’Alep-Est. La plupart des personnes que la presse mainstream a réussi à citer ces derniers mois étaient des collabos, ou des activistes directement appointés par les services secrets. Il est facile de le découvrir parce qu’on a dû inventer rapidement toutes sortes de rumeurs pour tenter de justifier les critiques que l’on persiste à prétendre adresser au gouvernement syrien. Citer des personnes, des ‘citoyens’ dit-on aujourd’hui, pour relayer un point de vue favorable au point de vue atlantiste n’est pas difficile non plus. Il suffit de se rendre compte que la plupart des gens interviewé par la télévision ou par un autre média ne disent pas ce qu’ils savent et ce qu’ils pensent parce qu’ils ont peur, parce qu’ils ne parviennent pas eux-mêmes à se faire une opinion, parce qu’ils cherchent désespérément à plaire, à ne pas jouer au héros, bref à satisfaire les attentes de ceux qui les interviewent. La presse écarte d’office toutes sortes d’infos non conformes et ce n’est pas un fait nouveau. Bref, il ne reste souvent rien à dire d’autre que ce qu’elle vous suggère de dire. Se montrer objectif et impartial n’a jamais été le point fort des médias. Et les gens, pas seulement les journalistes, intègrent depuis toujours cette nécessité. La presse n’est objective que lorsque cela l’arrange.

Il fut un temps où Rue 89 était un webzine respectable. Ce n’est plus le cas. Ce journal racheté par Le Nouvel OBS, propriété lui-même d’un milliardaire français, n’a plus, depuis longtemps, l’indépendance requise pour produire une info plus ou moins valable. Le fait de raconter pratiquement identiquement la même chose que la plupart des grands médias mainstream, eux-mêmes propriété d’autres milliardaires, ne change rien à l’affaire.

Enfin, pour en revenir à l’extrême-droite, il est évident qu’en prenant le parti du gouvernement syrien cette dernière exerce une influence qui n’est pas forcément intéressante. Laisser à l’extrême-droite le monopole du soutien au gouvernement syrien représente probablement une erreur à ne pas commettre. Préserver un état de droit en Syrie est le principal objectif de ceux qui soutiennent ce gouvernement et qui ne font pas forcément partie de l’extrême-droite. Une dictature représente à sa manière aussi un état de droit. Sans cela, elle ne se maintient qu’au moyen de la terreur. L’état de droit y fonctionne parfois même mieux que dans certains démocraties. Il comporte comme partout une part d’arbitraire. L’absence de séparation des pouvoirs n’est pas uniquement le cas dans une dictature. Pour mettre en place une démocratie, certaines conditions doivent être réunies, et rares sont les pays où ces conditions sont réunies, sans que ce soit forcément de leur faute. Il s’agirait de réfléchir un tant soit peu à cela au lieu de prétendre à tout prix répandre la démocratie et des institutions que l’on prévoit d’emblée de court-circuiter, d’instrumentaliser, ainsi que le gouvernement d’un pays. Il suffit de voir ce qu’il en est de la kyrielle de démocraties qui végètent en Afrique sous la botte d’une puissance européenne qui sont des dictatures à peine déguisées. De toute manière, même dans les soi-disant démocraties, en général, dans des pays très riches qui peuvent se permettre de financer des services sociaux, ces institutions démocratiques ne fonctionnent pas correctement et posent même d’énormes problèmes. Pourquoi en Belgique par exemple, tous les services permettant de lutter contre la fraude fiscale ont-ils été supprimés. En France, ces services sont aussi pléthoriques qu’inefficaces. Ils serviraient même à protéger les fraudeurs. Que signifie cet égalitarisme pulvérulent qui prétend que la Gabon doit vivre sous les mêmes lois, règles que la Belgique? On ne dirige pas un pays dont les trois-quarts de la population est atteint du Sida et souffre de malnutrition, ou est en proie à un conflit violent, alors que le budget de l’état est 100 fois moins élevé que celui d’autres pays du même gabarit, comme on dirige un pays développé, prétendument riche. On ne dit pas la même chose. On ne se sert pas des mêmes moyens. Si les Atlantistes souhaitent que tous les Gabonais vivent comme en France, sinon comme dans le seizième arrondissement parisien, qu’ils obligent leur multinationales à leur payer des salaires équivalents aux salaires français. Hélas les Atlantistes voient les choses différemment. Ils considèrent que le niveau de vie et de rémunération n’a rien à voir avec la validité des institutions politiques. Il s’agirait de choses séparées. J’ajoute que persister à prétendre ruiner ces pays tout en prétendant en faire des démocraties représente en réalité un des pires crimes qui soient comme n’ont de cesse de le prétendre des gens comme Naomi Klein ou Jean Ziegler. Encore des fachos sans doute! Prétendre imposer des institutions aveugles, de manière irresponsable, dans la Syrie actuelle, a fortiori après un conflit dévastateur, reviendrait à mettre fin à tout état de droit et à en provoquer la dislocation. Ou alors, il faut inventer un autre modèle démocratique.

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