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La liberté

 

Qu’a-t-on fait de la liberté? Si on réfléchit, depuis qu’on est petit, on nous dit d’obéir, de nous taire, on nous dit souvent aussi ce que nous devons penser. On nous dit de réfléchir, de nous exprimer. On nous dit que nous sommes libres, et que cela nous autorise à choisir ce qu’on veut faire de notre vie, de faire ce qu’on veut, etc..En même temps, on n’apprend pas à réfléchir. On passe plus d’une décennie sur les bancs de l’école, ce qui, en principe nous permet ensuite de réfléchir.

On nous dit ensuite de nous vendre, de nous imposer, et même d’être plus assertif, et en même temps on nous demande d’écouter les autres, de nous adapter.

Et quand on travaille, on doit se comporter comme une machine, accomplir un maximum de gestes à la minute.

Si on est un travailleur intellectuel, on est censé faire régner une sorte de censure. On parle presque toujours de la même chose. On travaille sur ordre, on obéit à des ordres. On n’a pas le droit d’en discuter. Rien de moins libre et autonome qu’un intellectuel.

Et l’on s’étonne qu’il y ait des chômeurs et même un groupe de gens réfractaires à ce fonctionnement.

On nous impose des maîtres pratiquement de la naissance à la mort, mais, cela n’aurait aucun impact sur notre liberté.

On découvre tardivement qu’on nous empêche systématiquement de réfléchir.

Et même de discuter.

Quand on doit discuter on est perdu. Ou on ennuie tout le monde.

On nous parle constamment de liberté, de monde libre.

On prétend (quoique de moins en moins) que nous sommes libres de nous exprimer (où, dans quel média?).

Oui, on est libre de s’exprimer, mais pas si on ne dit pas ce qu’on veut bien que nous disions.

Même en cachette, en secret, en privé, on n’est pas libres. On passe sa vie à rompre avec des gens parce qu’ils ont dit ceci ou cela, à critiquer tous ceux qui ne sont pas de notre avis.

Libres.

Un fantôme, cette liberté !

Elle nécessite une censure systématique. Merci Charlie ! Liberté d’expression = Charlie.

On rackette et on agresse des peuples, des pays entiers. Personne n’y songe jamais. Tous se prétendent libres, et prétendent que tous sont libres. Sauf dans certains pays. Toujours les mêmes. Dans ces pays, les dirigeants n’obéissent pas toujours à nos dirigeants à nous. Du coup, on considère qu’ils ne sont pas libres.

Souvent dans ces pays, des guerres éclatent, preuve qu’on a raison. Ces guerres sont longues, monstrueuses, interminables (Vietnam, Irak, Yougoslavie, Congo, Russie, etc..).

On intervient immédiatement. On trouve toujours une bonne raison. Et, quand on en a la possibilité, on en profite pour organiser des élections.

Bref, on essaie de faire des peuples qui habitent ces pays, des peuples libres.

Nos gouvernements, ou du moins leurs services spéciaux, recrutent aussi des jihadistes. Ils les arment. Ils les obligent à aller se battre contre des dictateurs. Et puis, des attentats se produisent.

Si on nous dit de réfléchir, c’est parce qu’on voudrait que nous réfléchissions à quelque chose. Ou parce qu’on n’est pas d’accord.

Si on nous dit d’écouter, c’est lorsqu’on veut que nous comprenions quelque chose.

On nous parle aussi des libertés. Quoique moins qu’avant. Il y a eu une époque, un peu après la décolonisation, où on en parlait tout le temps.

Personne ne parle de la décolonisation. Ceux qui parlent de la décolonisation sont considérés comme des fous ou comme des tordus.

Pour en parler, il faut lutter contre tous et tout le monde.

On a condamné le communisme, parfois par contumace et de toutes les façons, parce qu’il ne tenait pas compte de cette liberté.

À son sujet, la censure est partout. Pas question d’en toucher un mot.

On nous parle aussi beaucoup de cette liberté que représente la faculté de souffler, quand on en a envie. On nous vend des voyages organisés, on nous paie de vacances. Il arrive que des gens n’osent pas rester chez eux à ne rien faire, même en période de vacances.

Mais nous devons respecter un certain rythme. Il y a un temps pour tout.

Les chômeurs sont désormais sanctionnés à tour de bras, sous n’importe quel prétexte. On a décidé de les activer. Mais on préfère faire semblant de les activer. Parce qu’en même temps, on ne veut pas leur faire de place. On ne tient pas à avoir des collègues qui ne pensent pas la même chose, qui n’ont pas les moyens de se payer des vacances tous les ans.

On estime qu’on a droit à certains avantages qu’on n’a pas envie tout d’un coup de partager.

On a travaillé longtemps, et parfois toute sa vie. On a une idée précise de notre travail. On ne veut pas que des gens ait une autre idée de ce travail. Un jeune qui est prêt à apprendre, à se former, à s’adapter, qui a la même conception que nous de la liberté, on les admet volontiers. Pas les chômeurs.

Il y a des pays libres où, pour être plus tranquilles, quand ils sont trop pauvres, l’on met les chômeurs dans des camps. Bref où la liberté est envoyée en fumée.

Dans d’autres pays, il existe les droits sociaux : toutes ces facilités, ces possibilités, une aide extraordinaires. Une gamme impressionnante de dispositions sociales nous permettent de nous sentir libres.

Ces libertés-là font l’objet de toutes sortes de critiques, d’attaques, de mesures d’exception. On sanctionne leurs détenteurs.

En fin de compte, c’est quoi la liberté ? Des inégalités systématiques. Des injustices. Mais le droit de se croire libres quand même. Et si on ne l’est pas, celui de l’être pour la plupart des autres, d’être plus libre que d’autres.

En fin de compte, les états, les riches, ou les fachos, peu importe.

 

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