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Mélenchon ou Hamon?

 

Il y a donc deux cas de figures. Soit Hamon s’allie à Mélenchon, soit l’inverse.
C’est à Hamon de se rallier à Mélenchon, plutôt que l’inverse. C’est la seule façon de vaincre le Pen et toute sa clique, et le reste. Il faut inciter Mélenchon à tenir bon. C’est lui qui doit imposer son jeu, son programme.

La partie n’est pas facile. Les médias donnent pour le moment de l’importance à toutes sortes de personnalités, à des ministres, et même au premier ministre, qui prétendent appuyer Hamon. Mais ce ne sont que des personnalités politiques. Ce ne sont ni la France, ni les Français. Ce sont que quelques individus auxquels on donne une importance disproportionnée pour essayer de faire pencher la balance du côté du Médef et de la banque de France, de la Loi travail, des prisons pour étrangers, de la répression tout azimut, des interventions militaires en veux-tu en voilà, des troupes françaises qui occupent le Nord du Mali. Il faut EN FINIR avec le genre de politique qu’incarnent toutes ces personnalités. Avec la politique du fait accompli. Il ne sert à rien de faire leur jeu. Il ne s’agit pas d’un JEU. On doit EXIGER de Hamon qu’il se rallie à Mélenchon. Exiger doucement, pas au nom de la morale, mais au nom de cette gauche qu’on mystifie sans cesse, qu’on néglige, qu’on piétine. Il ne s’agit pas d’une exigence, mais d’un conseil. On aurait des chances alors de gagner contre Le Pen.

Bien sûr, dans ce cas, les médias cesseraient de s’intéresser à Hamon. Comme s’ils s’intéressaient à lui! Il n’y en aurait plus que pour Macron. Oui, une partie de la classe moyenne voudrait bien que ce soit Macron. Elle se moque du Mali, de la Syrie. Elle est naturellement expansionniste. Elle adore croire qu’elle peut se balader du Tibet au Hoggar comme dans son salon. Elle est avant tout soucieuse des modalités utilisées pour rapatrier les sans-papiers, et les réfugiés, des apparences de légalité. Elle jongle avec les apparences. Elle ne connaît rien d’autre. Plus il y a de modalités, plus il y a de moyens de contrainte, de chantage, de menaces possibles, de solutions de rechange, d’alternative, de drames aussi, et plus il y a besoin d’elle, de ses conseils, d’accompagnant, de maîtres, de formateurs. Plus elle se sent à l’abri des critiques et du reste. Elle a aussi besoin de travailleurs précaires, parce qu’elle ne parvient pas à payer les lois sociales pour rafraîchir salle de bains et cage d’escalier. Les migrants servent aussi de monnaie de chantage. Lorsque la droite marque des points, elle les fait arrêter, elle leur envoie la police, elle conclut des accords avec d’autres pays pour les mettre dans des camps. Ils forment ainsi une réserve de main d’œuvre inépuisable. Le cauchemar est total pour ces nouveaux esclaves.  Quelques-uns ont un peu de chance et on en fait tout un plat. Et ainsi justifie-t-on tout le reste. Voilà où on en est arrivé. Tout le monde trouve ça normal. Ce n’est PAS normal. Le capital a besoin de cette main d’œuvre pour rester compétitif, pour faire pression sur les salaires, sur le monde du travail, comme à l’époque de Germinal. Et la classe moyenne est son esclave. Le Capital est sa référence, son idole, moyennant les apparences, les privilèges innombrables qu’elles confond avec des acquis, dont elle se gave pour s’efforcer de rester à l’abri. Elle lutte pour les acquis, mais juge tout naturel et même indispensable de les galvauder quand cela ne concerne que des chômeurs, des réfugiés, des illettrés. Si Hamon se joignait à Mélenchon, elle se rallierait à Macron. Même Cazeneuve. On dégraderait instantanément Hamon qui croirait déchoir. Hamon a peur de faire alliance avec Mélenchon. Il a beaucoup trop peur de ses amis politiques, de leur jugement, de tout ce grand jeu. Il ne sait comment faire pour rompre avec eux. Parce qu’il croit certainement qu’il occupe un rang important, qu’il a mérité. Pour conserver ce rang, il ne fait que biaiser, que broder, que tout hypothéquer. On le connaît ce jeu-là. Il souhaite que Mélenchon fasse alliance avec lui, bref qu’il renonce à la substance même de ce qu’il représente pour les Français et pour lui-même, à son programme. Ce ne serait plus que propos sans suite, déclarations insensées, que des mensonges à la petite semaine, qu’une campagne dévoyée, qu’alliances délétères les unes après les autres. S’allier à Hamon, ce serait soutenir Macron. Tandis que si Hamon s’alliait à Mélenchon et à la FI, Macron se retrouverait isolé. La gauche entière, la vraie gauche, aurait alors refait son unité, et se serait débarrassée des opportunistes, des droitiers. Elle aurait toutes les chances d’arriver, puissante et forte, au second tour. L’establishment fait tout ce qu’il peut pour empêcher ce genre d’affrontement. La démocratie, croit-il ne s’en remettrait pas. Il serait tenté de prendre le parti de Le Pen. Le Pen, c’est bien sûr une solution de rechange pour la droite et le capitalisme. Des élections à l’Américaine, pourquoi pas.  Il mentirait. Il invoquerait quelque impondérable. Mais il provoquerait une réaction. Cela pourrait provoquer une réaction du peuple.
Les médias ne sont pas d’une grande utilité dans ce débat. Ils étouffent trop sous les préjugés et les clichés. Mais en cas de réaction du peuple, de clivage, ils seraient obligés de se démarquer. Les journalistes prendraient peut-être le contrôle de la rédaction, qui se débarrasserait des pyromanes, des droitiers.

Alors bien sûr, Le Pen pourrait bien gagner. Mais si Le Pen gagne, par contre, on aurait encore une gauche en pleine possession d’elle-même, une gauche solide, pour la combattre. Les choses deviendraient très compliquées pour tout le monde. On risque d’assister silencieux à une victoire de Le Pen, ce silence qui fait trembler la Terre, comme l’écrivait Karl Kraus. Ce silence sera bien pire ensuite. Mais il serait difficile à la droite de l’imposer. Forcément, la seule solution, pour un état fort, autoritaire, liberticide, ce serait d’attaquer partout, de faire pire que pendre, de mettre encore davantage devant un fait accompli, de mentir avec encore plus d’aplomb et de grossièreté avec l’idée d’étouffer directement les voix discordantes, non plus au nom d’une raison relativement douteuse, mais au nom de l’égoïsme, de l’ordonnance des choses qui commencent par soi-même.. Et on accuserait bien sûr les autres. Et pour commencer les immigrés, etc.. En espérant tenir jusqu’au prochain coup, jusqu’à un nouveau mouvement de balancier.. et ainsi de suite. On manquerait de crédibilité, mais on ferait peur. On en reviendrait au bluff, à l’égoïsme purs et durs.. Mais la gauche n’aurait pas flanché. Elle ne se serait pas mise à genoux. Au contraire. Il y aurait encore une vraie gauche. La France se retrouverait divisée en deux, complètement ingérable, sans gouvernance possible, si ce n’est strictement autoritaire. La gauche serait plus forte. La vraie gauche aussi a plein d’amis.
Si la France insoumise, si Mélenchon ne s’allient pas à Hamon, on accusera alors la FI, on la pointera du doigt, on l’oubliera en même temps. Ce ne saurait manquer. On dira que tout est de sa faute. On, la droite, la presse et une partie du peuple de gauche diront alors qu’en contribuant à diviser la gauche, la FI aura permis à Le Pen de gagner. On l’accusera d’avoir fait le jeu de Le Pen. On essaiera encore de la vaincre, de la ramener à la raison, de la faire se ranger sous une bannière qui n’est pas la sienne. Les médias mettront toute la sauce. Les O.N.G.. La deuxième gauche, les classes moyennes, essayeront alors de refaire surface, mais elles ne seront pas en mesure de faire le moindre compromis. La gauche, la vraie, aura alors le privilège de jouer le rôle d’arbitre. Elle n’aura pas démérité. Elle n’aura pas cessé d’exister. Au moins, l’horreur de l’état fort n’aura pas fait l’unanimité. Et cela restera en travers de la gorge des Le Pen et des autres. La défaite sera moins écrasante. Ce ne serait tout simplement pas une défaite.
On les verra alors, à condition de tenir bon, se dédire, s’enfoncer, se contredire, tourner en rond, s’écrouler les uns et les autres, l’un après l’autre.

 

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