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L’incertitude.

Le mineur. Sculpture de Constantin Meunier

 

Jacques Généreux, une des chevilles ouvrières de la campagne électorale et un des intellectuels à la base du programme de Jean-Luc Mélenchon vient de publier un livre où il propose d’arrêter de voter n’importe comment : Les bonnes raisons de voter Mélenchon (édition « Les liens qui libèrent », 2017).

Le problème, c’est qu’à partir du moment où les politiciens disent un peu n’importe quoi, en dépit parfois de la meilleure volonté du monde, on se demande comment les gens devraient faire pour ne pas voter n’importe comment. J’aime beaucoup Jean-Luc Mélenchon, mais enfin, qu’est-ce qui prouve que sa stratégie et son programme sont aussi valables qu’il ne le prétend. Je ne parle même pas des autres. De gens comme Asselineau par exemple. Quelque chose ne va pas à l’échelon démocratique, et Mélenchon n’en est pas responsable, pas plus que les autres candidats. Tous les programmes sont un peu bidons. Pour moi, c’est plutôt cela le constat à faire.

Pour moi, une des candidates les plus sympathiques de cette campagne, c’est Nathalie Arthaud, mais il y a d’énormes coins d’ombre dans sa campagne. Elle dit, elle, qu’elle n’a pas pour but d’être élue, mais d’inciter le monde du travail à lutter. Mais est-ce la meilleure façon de le faire ? Cela encourage les 3% de travailleurs combatifs, sinon conscients, selon elle à se battre pour leurs droits. Mais sont-ils vraiment combatifs, conscients, comme elle le prétend. De quoi sont-ils conscients, et qui combattent-ils ?
Quelque chose ne va pas à l’échelon syndical, ce n’est pas un fait nouveau. On est confronté à une idéologie syndicale, comme on est confronté à une idéologie économique. Il est vaguement question de cette idéologie dans un autre livre intitulé  Camarades, je demande la parole dont l’éditeur, Michel Collon, est un peu traité comme un pestiféré par la gauche. Pourtant ce livre tient la route, même s’il n’a pas vraiment de solution à proposer. Des syndicalistes critiquent la stratégie des syndicats. On est en droit de se demander si Nathalie Arthaud ne sert pas aussi à propager des illusions, à redorer le blason de ces syndicats souvent beaucoup trop favorables à l’oligarchie également.

Qu’est-ce qui ne va pas à l’échelon syndical, et démocratique? Il serait temps qu’on le comprenne. Les programmes sont à peu près tous impossibles à réaliser ou monstrueux. Ils abordent 10% à tout casser des problèmes qui se posent à la société. Il y a des élections, et on a l’impression qu’en quelques mois, des gens vont vous concocter un programme complet, cohérent, et le défendre. Comme s’il était aussi facile que cela d’élaborer un programme politique. Qu’est-ce qu’un programme politique ? Parfois, je me le demande ?

Prenons le programme de quelqu’un comme Hamon. Il est presque parfaitement clair pour moi qu’il s’agit d’une arnaque. Ou plutôt que sa proposition d’allocation universelle est une arnaque. Il s’agirait d’une sécu revue à la baisse, d’un programme servant avant tout à priver le monde du travail d’un instrument fondamental de lutte : la partie de son salaire qui est socialisée, comme disent les spécialistes. Bref de la part qu’il cotise. Il s’agirait d’exempter les patrons du paiement d’une partie de leurs cotisations. Mais ce n’est pas présenté de cette manière. Hamon présente les choses en disant qu’iol va octroyer une allocation à tout le monde. Il mentionne ensuite une série d’exception. Il est certain qu’il ne s’agit pas par conséquent d’une allocation universelle. Une allocation universelle, ce serait tout le monde moins éventuellement ceux dont le revenu dépasse un certain montant. C’est ce qu’avait imaginé Milton Friedman à qui ont doit l’idée d’impôt négatif. Macron, lui-aussi, a cet objectif en tête : démanteler la sécurité sociale. Mais lui ne s’en cache pas.

Tous deux se disent cependant de gauche.

Leur programme, il n’a pas fallu l’inventer. Il a fallu inventer la stratégie de communication pour parvenir à le proposer. Ce programme, il découle de recommandations européennes, mais aussi de recommandations émanant de l’O.C.D.E., et du MEDEF. À vrai dire, il est probable que leurs textes programmatiques respectifs aient été concoctés en partie par une officine ou l’autre organisées par le Medef.
En réalité, il faudrait débattre de chacun d’eux. Mais c’est évidemment, ce qu’ils servent à empêcher de faire. Aucune structure n’est prévue pour débattre des programmes électoraux, sauf la télévision. Et encore. Il s’agit de débat symboliques, qui servent également des objectifs publicitaires. Certains médias se déclarant pour Macron, et d’autres pour Hamon, il est inutile de se demander pour qui roulent ces médias. Pour l’oligarchie, qui en est propriétaire, ou pour le P.S. qui roule également pour cette oligarchie.

On a donc affaire à un déficit de communication, de liberté d’expression, à un système plus pu moins dictatorial, à un semblant de démocratie et de débat.

Cela devrait faire l’objet de critiques et mobiliser plein de gens. Il devrait y avoir des millions de gens dans les rues pour demander que cesse cette mystification.
Mais ce n’est pas ce qui se passe. On prend les électeurs à partie pour qu’ils votent pour un programme, sachant que de toute façon, les médias servent à en disqualifier les neuf dixièmes.
Qui plus est, tous ces programmes manifestent d’immenses faiblesses. Ils se basent souvent sur quelques critiques relativement cohérentes, dont ils constituent une invraisemblable extension. Ainsi, l’idée de Constituante de J.-L. Mélenchon. Il s’agirait de recourir au tirage au sort pour en désigner les membres. Cette technique qui fait fureur dans certains cercles était en vigueur à Athènes, ce qui en fait ipso facto pour certains un modèle, une solution idéale. Mais la démocratie athénienne était extraordinairement corrompue, et autoritaire. Athènes exerçait sur les villes qu’elles dominaient une dictature digne du colonialisme du début du vingtième siècle, et surtout des guerres de décolonisation. Rien à voir donc avec cette démocratie idéale, sympathique, ouverte, pacifique que l’on prétend mettre en exergue. Bref, c’est en partie du grand n’importe quoi aussi.
Mettons-nous à la place de l’électeur, qui n’est pas idiot, même si on le rend idiot, à force. Qu’est-ce qu’il est en mesure d’en penser de tout cela ? Ces incohérences ne lui échappent pas. Il comprend également qu’il n’a pas trop le choix.

Il faudrait stopper momentanément les frais, postposer le scrutin, désigner un millier de chercheurs, de spécialistes, leur poser des questions précises à propos de ces programmes, et leur donner un an pour proposer un début de réponse. Il faudrait leur donner un mandat très précis. Cela ce pourrait être le travail d’une Constituante.
Une question à leur poser serait : la plupart des pays appliquent des préceptes économiques. Ils fondent leurs certitudes sur une soi-disant théorie économique. On a la preuve que cette théorie ne tient pas la route. Du reste de grands économistes la critiquent. Mais leur contre-théorie non plus ne tient pas tellement la route. D’autres défendent un autre modèle qu’ils appellent la décroissance. Ce modèle non plus n’a pas l’air très solide. Même si l’idée qui en est la base qui consiste à consommer moins, plus utilement, tient, elle la route. Pensez-vous qu’ils soit possible de consommer moins, quoiqu’en étant plus nombreux, et comment ? Que devient la compétition dans tout cela ? S’il s’agit d’une loi naturelle, qu’est-ce qui peut être faite pour l’atténuer, pour la moduler ? Il faudrait que ces chercheurs fassent abstraction des critiques que l’impérialisme économique de l’oligarchie ferait sans doute pleuvoir, et fait déjà pleuvoir sur l’alternative qu’il s’agirait éventuellement de définir et de mettre en place.

Mais on n’arrêtera pas les frais. On ne postposera pas le scrutin en disant que ces élections n’ont pas beaucoup de sens. Il est certain qu’on a affaire à une forme de totalitarisme qui invoque une théorie économique, et inclut dans celle-ci, des références à la justice, la rationalité, etc.. Il est certain que ce totalitarisme se sert des élections pour imposer sa stratégie. Pour autant qu’on puisse parler d’une stratégie ; Il s’agit avant tout d’une absence de stratégie. A mon avis, le gros problème est là.

Comment va-t-on lutter contre ce totalitarisme qui, en fait, n’a pas à voir qu’avec la justice et la rationalité, mais a aussi à voir avec l’injustice et l’irrationalité ? Avec quels moyens ? Il y a de fortes chances pour que l’oligarchie qui, après l’avoir longtemps critiquée, a fait de la démocratie son idéologie, réussisse à instrumentaliser à peu près tous les régimes démocratiques. Sans parler des autres. D’où son acharnement, du reste, contre Assad et la Russie. Ou contre le Congo dont elle extermine joyeusement par guérillas interposées, depuis vingt ans, la population de l’Est.
Que peuvent faire les électeurs ? Et que doivent-ils penser, à supposer que ce ne soient pas tous des opportunistes, que la gauche, ou en tout cas, les principes de gauche leur importent ? Que doivent faire des politiciens comme Mélenchon, Arthaud, Poutou, Asselineau, voire Dupont-Aignan ? Ne parlons pas des 4 autres qui sont à la botte de l’oligarchie, même si ce n’est pas évident, sauf bien sûr dans le cas de Fillon.

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