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France insoumise, P.S. et chômage.

 

Les grands médias essaient de susciter un rapprochement entre le PS et Mélenchon. Ce faisant, ils espèrent éliminer Mélenchon et imposer un agenda économique. Les affronter directement, c’est se fâcher avec tous. Sauf peut-être avec l’extrême-droite, ce qui est pire que se fâcher avec elle.  On ne peut pas se fâcher en même temps contre les médias et critiquer le PS et la droite, qu’elle soit républicaine ou extrémiste. On ne le peut pas. Surtout pas à quelques semaines des élections, alors que des idiots professionnels et aussi alors que quelques candidats extrêmement intelligents, mais peu scrupuleux, s’efforcent de profiter de la confusion pour se frayer un chemin jusqu’au pouvoir. Il importe plutôt de construire le plus possible des chemins qui mènent entre les uns aux autres. Cela ne veut pas dire rechercher le soutien d’un grand parti au risque de perdre de vue des objectifs fondamentaux comme ne pas sacrifier les pauvres, ni l’une ou l’autre minorité, et moins encore le peu qui reste de liberté. Un tel soutien est un piège.

Ce grand parti provoque la dissolution de ce qui l’approche avec un formidable aplomb. Il ingère, il capte les groupes, les énergies. L’abri qu’il paraît quelquefois représenter agit à la manière d’un envoûtement. Il sert à rendre dépendant, et, en fin de compte, à priver de ressources pour se battre. Une telle dépendance fait horreur. Ce piège, il faut le déjouer. Mais comment? En dénonçant son mensonge.

La rationalité économique du pouvoir s’efforce d’exploiter l’humain, de le contraindre, et de lui mentir en même temps, bref, plutôt de le mobiliser comme l’expliquait André Gorz. Elle lui explique qu’elle en danger et exige de lui des sacrifices. Le P.S. est l’instrument parfait d’un tel objectif. C’est à la fois un parti populaire et un parti de pouvoir.

Mais le P.S. a du mal à mentir. Même s’il ment avec talent. Certains sacrifices ne semblent pas entièrement justifiés. La rationalité du pouvoir n’est pas, ou plutôt plus, celle de la majorité des gens. On ne peut pas raisonner comme on le fait et, en même temps, prétendre représenter et prendre la défense des pauvres, de plus en plus nombreux, et des défavorisés. Les deux ne vont pas ensemble. On ne peut pas sacrifier sans cesse des groupes, des catégories de gens, et dire qu’on cherche à les aider, à sauver le pays. On ne peut contraindre l’humain, le décevoir systématiquement, en sacrifier les trois-quarts, et dire qu’on prend sa défense.

On doit refuser de raisonner dans les mêmes termes économiques que l’establishment économique, mais à condition de le critiquer sur un plan économique, et pas d’ignorer tout de l’économie. À vrai dire, cet establishment ne fait de plus en plus que relayer des théories et qu’appliquer à sa façon une rationalité d’origine étrangère, surtout anglo-saxonne. Le puissant appareil de propagande que contrôle et même possède la bourgeoisie sert donc de relais à une rationalité qu’il est d’autant plus difficile de critiquer, qu’elle a des origines étrangères (consensus de Washington, traités européens, etc..).

La France insoumise ne peut cependant pas faire ce qu’elle veut. Elle ne peut pas critiquer ouvertement l’establishment sur le plan économique parce qu’elle ne dispose pas des mêmes instruments de propagande que lui. Elle ne veut pas non plus biaiser. Elle dénonce ce qu’elle est en mesure de dénoncer. Elle ne peut cependant définir les termes du débat. Elle enfonce comme tout le monde quelques portes ouvertes. Si ce n’est sur Facebook, ou sur quelques sites, elle n’a pas non plus la possibilité de faire valoir à l’instant même, dès qu’elle en ressent le besoin, son point de vue, ses critiques.  C’est cela qui est compliqué.

Elle ne peut empêcher des gens de mentir, ni de parler au nom d’une organisation aussi délétère soit-elle. Une fois qu’ils en font partie, il est souvent trop tard. Le mal est fait. Quoi qu’il en soit, il est normal que ces organisations aient leur mot à dire. Dans ces conditions, il est parfois très difficile de rejeter absolument tout, et de critiquer le PS en particulier.

Le PS est pratiquement devenu le meilleur porte-parole des conceptions économiques de l’establishment. Il s’est perdu en cours de route. Il y a de cela sans doute fort longtemps. La confusion provient du fait qu’il critique en même temps en apparence l’organisation économique, sinon l’establishment. Il critique cette organisation sur un plan général, propagandiste, et puis, il prend des mesures qui en constitue l’application concrète. Il a notamment fait promulguer deux lois, intitulées abusivement El Khomri et Macron, du nom des ministres en charge de l’économie ou du travail. Cette organisation n’est pas à un abus ou à une contrepèterie, à un euphémisme, près.

Pour l’establishment, le P.S. représente un instrument de choix. Bien plus que Fillon. Et il brûle de faire une fois de plus ses preuves. La plupart des jeunes membres et, ou des membres hauts placés du PS sont des adeptes de cette idéologie du pouvoir, de cette rationalité économique. Pour eux, cette rationalité reste compatible avec l’intérêt de tous parce qu’il confondent l’intérêt de tous et l’intérêt d’une minorité, d’une oligarchie, comme les Anglo-saxons. Une telle idéologie est puissante. La remettre en cause est difficile.

Fillon ne fait que produire un raisonnement économique. Il n’a pas de poids politique. Il se contente de voler les uns pour le donner aux autres, en particulier à un très petit groupe de personnes, à des amis. Le P.S. fait la même chose, mais il ne donne pas aux mêmes personnes. Il essaie de répartir un peu plus certains moyens. Il dissémine davantage. Il achète aussi, ce faisant. Il renvoie le plus souvent moins à un abîme de médiocrité, qu’à des compromis de la pire espèce. Sa politique ne relève pas non plus de la prédation pure et simple, mais sert à des prédateurs.

Face à ces machineries éprouvées, bien rodées, disposant d’un vaste soutien, Mélenchon et la France insoumise placent leur dernier espoir dans le dégoût que ces diverses machineries suscitent. Ils espèrent que le dégoût d’une troisième machinerie l’emporte également.Et ils espèrent tirer parti de l’échec de ces grosses machineries. Ils espèrent l’emporter au moins lors du scrutin. Il ne faut pas qu’à cause d’une soudaine erreur de calcul, les gens perdent le fil et qu’ils changent d’avis, qu’ils se disent que l’une de ces machineries est restée, ou (re)devenue, somme toute acceptable.

Détruire la sécurité sociale, mais en préserver des morceaux, tel est plus ou moins le nouveau credo de M. Hamon et du P.S. qui ne change donc pas de ligne de conduite stratégique, mais qui, au contraire, se rapproche de plus en plus du social-libéralisme anglo-saxon. Cela n’est pas évident pour tout le monde. Et il n’est pas simple de l’établir. Même si c’est ce que dénoncent avec fracas quelques personnes. Cela n’en fait pas moins du P.S., par défaut, le principal défenseur de la sécurité sociale. Cela permet à ce parti de prétendre s’attaquer à la misère sociale, alors qu’il est prêt à substituer à la sécurité sociale une sorte de relique, qu’il intitule pompeusement revenu de base, comme si la sécurité ne pouvait pas être réformée utilement d’une autre manière. Toutes sortes d’intellectuels critiquent du reste ce revenu de base. Principalement des intellectuels de gauche.

On ne peut pas dire non plus que le P.S. argue sans discontinuer de la nécessité de s’attaquer à la misère sociale et tutti quanti. Il a plutôt tendance à faire le contraire, à arguer du coût indispensable de cette sécurité, mais en même à le réduire, le limiter, ou le remplacer par quelque chose de plus efficace.

Sur la question des 45 heures, de l’abandon des 35 heures, le PS est complètement dans le rouge, bien sûr pas de la bonne manière. Il a complètement abandonné la ligne qui lui a permis de se maintenir pendant longtemps dans le camp des masses populaires. Le fait que le P.S. restât le principal défenseur de la sécurité sociale à cause des attaques rituelles dont celle-ci fait l’objet de la part des autres grandes organisations politiques empêche de voir parfaitement clair au sujet de cette reculade sans précédent.

Quant à ces masses populaires, elles ne sont plus celles d’il y a cinquante ans, lorsque pendant une courte période il avait été possible d’imposer le plein emploi, en grande partie à cause de guerres continuelles, de décolonisation et autres, sans que, généralement les gens ne fassent le rapport entre l’un et l’autre.

La Sécu n’est plus la même, et cette fichue religion du travail que critiquaient avec tant de raison Paul Lafargue et Hannah Arendt est (re)devenue une idéologie de premier plan.

La Sécu renvoie désormais à des lambeaux d’organisation sociale. Pour le moment, aux yeux de la FI, ces derniers représentent l’ultime chance de surmonter la crise et de faire face à une multitude de situations relativement dramatiques.

L’idéologie du travail résulte du fait que, depuis deux siècles, les 9 dixièmes de la population sont réduits à dépendre d’un salaire, et pas seulement d’un travail. Il semble difficile de remettre un tel dogme en cause, même s’il renvoie à de fausses idées puisées directement aux pires sources et idéologies. Ce n’est pas pour rien que cette idéologie a autant de succès. Elle a un prophète célèbre qui continue à galvaniser des foules. Sa devise était Arbeit macht frei. On ne tape pas sur le chômage et les chômeurs pendant 20 ans sans qu’il en ressorte quelque chose. Cette idéologie est inculquée à chaque personne, pas seulement à chaque travailleur, notamment en licenciant massivement et en décevant les travailleurs, et puis en stigmatisant les chômeurs. On a beau jeu de mettre des gens à pied.

Débattre de tout cela est assez difficile, surtout quand on ne maitrise pas du tout les médias, qui ne font que suivre certaines directives. Grâce à Internet, on peut compter sur un petit réseau alternatif, mais tout le monde fait la même chose.

Où veut en venir cette idéologie, qui est celle du P.S., des libéraux, des républicains, et même le plus souvent des communistes, c’est ce qu’il s’agirait de sonder, au lieu de sonder les gens pour qu’ils persistassent à y adhérer?

Le grand tabou de cette campagne, c’est assurément cette idéologie que Marx, notamment, critique dans sa Critique du Programme de Gotha. C’est aussi la question du chômage. Forcément. On ne porte pas le travail aux nues sans nier une problématique comme celle du chômage. Seules des déformations ont cours. La FI n’a pas à ce sujet d’antidote suffisamment élaborée à sa disposition.

Critiquer le P.S. reviendrait à entamer un débat de fond à ce sujet, ce qui est assez compliqué.

Ce n’est pas pour rien que l’establishment s’en prend aux chômeurs, les sanctionne, les contrôle, et, dans certain grand pays, les met dans des camps, ou qu’un autre les livre à des tortionnaires, comme nous l’explique le film Moi, Daniel Blake, du réalisateur anglais Ken Loach. Il s’agit avant tout, pour l’establishment, de faire peur aux travailleurs, à tous ceux qui font partie de sa garde rapprochée et qu’il comble d’honneurs pour les empêcher de changer d’avis, au point qu’il s’agit presque de s’attendre à ce qu’il nomme empereur du monde un de ces minables, comme cela lui est déjà arrivé.

Comment dire aux travailleurs que, pour eux, et pour tout le monde, le mieux ce serait de payer les chômeurs, même à ne rien faire, et de les dédommager. On pourrait envisager par exemple de leur payer en une fois des indemnités importantes, au cas où ils seraient en mesure de prouver qu’ils sont capables d’en faire bon usage.

Il faut certes une forme de discipline, mais, pour rendre possible cette discipline, il faut en débattre, en convenir, il faut interdire à une multitude de petits ou de grands chefs d’entreprise de propager une forme d’aveuglement sournois, sinon monstrueux.

Au lieu de maintenir en activité des entreprises et des organismes manifestement corrompus, dévoyés, on pourrait les fermer et en licencier le personnel, pour qu’il cesse de revenir cher, tout cela pour ne rien faire, à part harceler les pauvres, ou polluer, à part tricher, comme ces hauts fonctionnaires chargés des recettes fiscales,  à part mentir sur toutes les longueurs d’onde, comme toutes sortes de professionnels dont le métier pourtant consiste à informer le public.

Les chômeurs retrouveraient plus facilement un emploi, si on les voyait différemment, si on acceptait de temps en temps de changer de rôle, et ce faisant aussi, un tant soit peu de changer de mode de vie. Tout cela, il faudrait l’organiser au mieux, comme dirait Jean-Luc Mélenchon. Tout cela l’empêche en tout cas de faire cause commune avec le P.S.. qui ne semble pas voir clair à ce sujet.

Le but des chômeurs n’est évidemment pas de prendre la place des autres, sans plus, tout simplement, même s’ils acceptent de partager le travail de ceux qui se plaignent de trop travailler ou de ne pas y arriver. De tels chômeurs, qui accomplissent souvent plein de choses, n’aiment pas prendre la place des autres. Ils tiennent à la leur et à faire la clarté au sujet de toutes les contradictions qui concernent la place du travail dans cette société, son rôle, et son organisation.

Il faudrait en convenir: le chômage de masse est l’indice d’une situation en souffrance dont il s’agit de prendre la mesure et qu’il s’agit de régler autrement qu’en isolant des millions de personnes dans tous les recoins de la société et en les stigmatisant, forçant chaque année des milliers de gens à se retrouver à la rue.

Les gens ont beaucoup trop peur. Ce n’est pas le chômage qui fait peur, mais les sanctions, la stigmatisation qui sont assorties au chômage quoique la plupart des chômeurs n’aient rien fait pour se retrouver au chômage. Pas plus à vrai dire que des enfants ne sont pour quelque chose dans les mauvais résultats qu’ils font à l’école. La paresse est souvent un argument diffamatoire, voire une attitude qu’on entretient en critiquant à tort et à travers, ou en donnant des ordres contestables et critiquables, que certains, bien sûr, n’osent jamais critiquer, mais légitiment plutôt avec fracas. D’où ce ressentiment généralisé, cette sorte de superstition qui concerne le chômage.

Si l’on se met à défendre les chômeurs, leur droit au travail, ou à la Sécu, on fait peur aux travailleurs qui voient leur propre sécurité menacée. C’est cela la Sécu de nos jours. Une Sécu quasiment de privilèges.

Jusqu’à présent personne n’a trouvé les moyens ni la force de défendre avec clarté et efficacité les chômeurs, le droit au chômage. Selon certains, même Marx les critique et voit en eux des rebuts de la société qui minent les efforts du prolétariat et sa lutte contre les capitalistes. Où en sont les drôles de gauchistes qui le proclament sur tous les toits, il y a lieu de se poser la question? Que certains chômeurs recherchent la protection de n’importe qui et soient prêts à tout pour avoir droit à un minimum de tranquillité ne change rien à l’affaire. Il en est ainsi de nos jours comme il y a cent cinquante ans. Quoique de nos jours, comme à cette époque reculée, les chômeurs soient plutôt à la base de toutes les formes de critiques et de contestation qui empoisonnent l’establishment.

Tout cela signifie que, pour avancer un peu, ou pour nous maintenir en ces temps d’élections, il faut faire en partie semblant d’adhérer à un tronc commun de préjugés et de pensées qu’en fait, la France insoumise rejette en son for intérieur avec détermination. Cela fait d’elle ce qu’elle est: une Insoumise. On ne peut, hélas, traiter de tout sans se couper du monde et d’une grande partie de la population. On sent bien que cela ne marche pas. On n’est que trop souvent traité de populiste ou de bolchévique, d’idiot ou d’irresponsable, et ce pas seulement par la droite et par l’extrême droite.

La France insoumise ne se braque pas non plus sur des réformes et ne fait pas que parler d’elles, même si elle évoque souvent son programme, précisément parce qu’il évoque énormément de choses. Elle n’imagine pas que quelques réformes vont tout solutionner, aussi excellentes soient-elles.

Elle veut rendre possible autre chose, sans laisser la possibilité à n’importe qui de s’emparer de l’opportunité que représentent des élections pour enfoncer encore davantage tout le monde dans la gadoue ou pour provoquer une catastrophe. Ses chances de réussite sont minimes, mais elles existent. Même si l’immense peur du chômage et de la catastrophe fait souvent pencher dans le sens d’une Sécu rabotée, et de certaines garanties plus que minimales.

Il y a une solution possible, qui consiste d’abord à rejeter les fausses solutions, l’idéologie, ou plutôt la religion: religion du travail, ou religion P.S., ou selon ce qu’on préfère dire.

La France insoumise débat, tergiverse, pour tenter de faire saisir l’importance de certains enjeux. Elle essaie aussi de trouver la force de défendre des millions d’immigrés qui n’ont pas demandé non plus à vivre en France, à balayer les trottoirs de tout le monde, ni à être considérés comme la cause de toutes sortes de hasards et de catastrophes, face à cette fichue idéologie économique.

 

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