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Comment, pour la France insoumise, gagner ces présidentielles françaises?

Dans une adresse récente à Jean-Luc Mélenchon, Bruno Guigue s’inquiète. « Renversez la table », demande-t-il à J.-L. Mélenchon. Ne vous avouez pas battu. Ok, mais il faudrait trouver une autre expression, parce que si l’on renverse simplement la table, c’est le contraire qui risque de se passer, ce serait alors la défaite assurée. Je préfère l’expression: renverser la vapeur. Ce qui est plus difficile. Il est utile de souligner que la tâche à accomplir est difficile, voire impossible.
Est-ce qu’il y a encore moyen de renverser la vapeur? C’est une question à se poser. Sachant qu’on a déjà beaucoup avancé dans le bon sens, à la faveur de cette campagne présidentielle, à la fois pourrie et palpitante.
Comment faire? Comment trouver l’énergie de changer l’ordre du destin au cours de deux ou trois semaines qui restent? Est-ce qu’il y a moyen de bâtir quelque chose sous les crachats, demande Bruno Guigue?
En continuant courageusement comme il a commencé, peut-être J.-L. Mélenchon y parviendra-t-il? En laissant les autres s’empêtrer dans leurs mensonges, en ne renversant pas la table, mais en aidant plutôt les choses à suivre leur cours. Ce sont les situations complexes qui offrent le plus de prise et de possibilités.
B. G. demande à J.-L. Mélenchon de « créer la surprise ». Très bien. C’est ce que plein de gens souhaitent. Ce serait inimaginable. A-t-on réfléchit à ce que cela signifierait? Certains y pensent depuis longtemps. Mais comment les choses se passeraient-t-elles? J.-L. Mélenchon ferait-il comme son homologue américain, mais dans un autre sens? Signerait-il toutes sortes de papiers. Discuterait-il tout d’abord du rôle de la France dans l’OTAN et demanderait-il à son ambassadeur à l’OTAN d’annoncer à cette organisation le retrait de la France, en expliquant qu’il est prêt à s’opposer par la force, si nécessaire, à tout projet d’intervention en Russie, à s’allier à cette dernière, en cas d’escalade au Proche-Orient, en dépit des liens de la France avec Israël. Demanderait-il à Israël de se retirer du Golan, d’appliquer les résolutions de l’O.N.U. concernant cette région? Cela permettrait probablement d’éviter une troisième guerre mondiale. Le ferait-il? Aurait-il cette audace? Cela provoquerait une onde de choc. Les médias atlantistes le traiterait sans doute de fou dangereux. On s’apercevrait cependant aussi que toutes les campagnes et les activistes qui prétendent critiquer D. Trump ne sont que des faux semblants. Mais les gens prendraient-ils ces médias au sérieux? Ne serait-il pas temps alors de convoquer les responsables des médias français, et de leur demander de dire à leur chaîne ou à leur organe de presse d’expliquer à leurs auditeurs ou à leurs lecteurs que les prises de position des médias reflètent avant tout des préjugés politiques, des a priori, qu’ils ne servent ps à informer, mais à mobiliser, et que ce genre de mobilisation n’a rien à voir avec des faits, avec des valeurs, comme ces médias et les dirigeants qu’ils servent servilement s’emploient à le prétendre, mais  avec les intérêts des pays concernés qui s’identifient à ceux d’une élite et d’une organisation capitaliste qui pose problème.
Il y a peu d’espoir d’en arriver là, en effet.  Même si J.-L. Mélenchon gagnait au second tour.

Pour arriver au second tour, Bruno Guigne propose une excellente piste : porter très haut la France insoumise.. Et de mentionner une série de thématiques au sujet desquelles il s’agirait de « faire des choix clairs, compris de tous ».

Avant d’aborder les diverses thématiques soulevées par B. G., tentons de résumer encore une fois la situation, un mot sur l’idéologie qui pose problème et que ces élections servent à répandre comme une trainée de poudre.

La cohésion du mensonge est énorme. Ce dernier s’exprime tous les jours avec un peu plus de hardiesse. Il se sert et il se joue d’énormément de choses. Ce mensonge semble aussi extraordinaire qu’incontournable. Pour influer sur les électeurs, il se sert massivement par exemple d’arguments pseudo-statistiques et des médias. Les corrections des sondages auxquels il procède ne sont pas appliquées de manière correcte. L’argument scientifique est douteux. Son application l’est complètement.
Les dominants se servent aussi d’arguments idéologiques, d’une série d’a priori concernant l’économie, la démocratie, le populisme, etc.. Le mensonge sert à répandre cette idéologie, et les élections elles-mêmes servent à répandre de tels mensonges. Les élections ne servent donc pas seulement à désigner des dirigeants, elles servent surtout à imposer une idéologie, des croyances, à les rétablir. La menace est terrifiante. A cause des élections, une idéologie, le néolibéralisme, menace de se répandre comme la foudre. Or elle est complètement inefficace, elle pose d’énormes problèmes. Cette idéologie signifie la fin du travail tel que nous le connaissons, la fin de la question du travail, autrement dit sa réduction à une injustice systématique, le maintien de cette injustice. Mais elle signifie aussi la ruine à court terme, la spéculation la plus échevelée, la destruction de ce qui fait la grandeur de la France, de son administration, de ses extraordinaires services publics. Les choses sont déjà assez avancées. Il ne faudra pas cinq ans pour mettre fin à une expérience de plusieurs centaines d’années. Même la grande révolution avait conservé la plupart des structures héritées de Colbert et de ses prédécesseurs. Cette fois, tout cela risque de se retrouver à la poubelle.
Attaquer cette idéologie de front est cependant presqu’impossible. Se servir de la campagne électorale pour la remettre en cause, par contre, est efficace.

Il est évident qu’à côté d’une telle dévastation, qui, à cause de ces élections, passe parfois pour un mal nécessaire, et qui prétend mensongèrement représenter une solution de relance, la seule, le fascisme lui-même donne l’impression qu’il est en mesure de sauver l’essentiel. Ce serait cependant négliger un facteur fondamental: le fascisme est la proie des passions, il recule constamment devant le rationnel. Il n’est rationnel qu’en apparence. Il adhère au surnaturel. Il le brandit comme une nécessité. Il est capable de changer complètement d’avis, de se mettre au service du néolibéralisme le plus opiniâtre, ce qui s’est déjà produit. Il l’a longtemps été. Il est capable d’un gros mensonge également. L’idéologie du travail et l’économie de marché, n’adhèrent pas au surnaturel, même quand elles servent à le justifier ou à lui faire la part belle. Elles essaient au contraire de conférer un cadre rationnel, ou plutôt pseudo-rationnel, à l’exploitation, à la réalité sociale, économique, politique. Si elles se servent de la terreur, c’est en faisant mine de la combattre.
Pseudo-science, histoires à dormir debout auxquelles il s’agirait de croire à tout prix, donc d’un côté, et de l’autre: irrationalité. Toutes les deux à la rescousse des nantis, des super-riches, ou des riches avec  leurs gros moyens. Voilà le tableau, avec un Mélenchon seul face à la meute qui ment comme elle respire. Et la France insoumise, qui porte bien son nom parce que les deux autres « logiques » exigent avant tout une soumission aveugle: à la nature, à des raisons qui n’en sont pas, à des idéologies. En face, surtout, l’égalité, que l’on tente de noyer sous les crachats, comme on a toujours fait.

Problématiques à propos desquelles il s’agirait de s’exprimer sans ambages.

Le PS

Comment pourrait-on reléguer le P.S.. dans l’oubli, comme le recommande B. Guigue? Oui, le P.S. sert de nid à des apprentis conquérants, à des banquiers, à des larbins. Mais rompre avec le larbinisme n’est pas facile.
On ne se débarrasse pas comme cela du P.S.. Dans des milliers de circonscriptions, le P.S. détient encore les commandes. Il peut se relever de ses cendres en un jour, comme le phénix. Il soufre. Il connaît des avaries. Il est corrompu à outrance. Mais il représente encore la seule organisation politique importante en France. Mieux vaudrait s’en servir, l’aider à remonter la pente. Mais certes pas en lui donnant raison. Plutôt en lui donnant tort et en lui désignant d’autres objectifs: améliorer la sécurité sociale par exemple, au lieu de la livrer à ses ennemis, la récupérer, la mettre à l’abri de leur frénésie, rompre avec les privilèges, qui servent, il est vrai, à conférer une assise à son pouvoir.
Il ne suffirait pas d’organiser des formations au cours desquelles on apprendrait aux transfuges du P.S. et à d’autres à exprimer leur propre point de vue, à ne pas mentir, surtout pour la bonne cause, et à invoquer à tout bout de champ l’avis des autres.
On obéit quand on est libre. On ne peut renoncer à toute identité, au nom d’une autorité. il faut réformer l’autorité en vigueur au sein du P.S., la rendre plus légitime.

Le peuple

Parler le langage du peuple, cela ne veut pas ne rien dire. Il y a une sorte de dénominateur commun, de logique commune à chaque partie de la population. Il suffit de parler un de ces langages pour parler au peuple. Il y des centaines de manières de parler au peuple. Mais il n’y a pas de peuple auquel correspondrait une seule manière de parler en tant que tel. L’idée de peuple est une invention de politiciens. Le mot peuple est une abstraction. Chaque partie du peuple a ses idées. Peut-être toutes ces parties ont-elles quelques idées en commun. Mais il y a peu de chances. Certaines de ces catégories s’intitulent elles-mêmes le peuple, alors qu’elles sont relativement riches, et qu’elles méprisent le peuple, pas seulement d’autres catégories de gens qui font partie de ce peuple. Dans ce cas, le peuple est une figure de style qui veut dire tout le monde, sauf.. les noirs, les.. jaunes.., les allochtones, ceux qui ne sont pas du même avis.
Le peuple est le lieu de toutes les ambivalences. Alors évidemment, lui parler un langage qu’il comprend, mais qui ne manifeste aucune ambivalence, connaitre ces ambivalences, lui montrer comment faire pour résister à leur influence, lui désigner ces ambivalences, les critiquer, cela fait aussi partie de cette attitude qui consiste à parler au peuple. Se mettre à sa place, à la place de ceux qui sont quotidiennement confrontés au mensonge, qui finissent souvent par recourir eux-mêmes au mensonge, ne fût-ce que pour vendre une marque révolutionnaire de brosse-à-dents, ou pour ne pas devoir montrer patte blanche toutes les cinq minutes, c’est peut-être le plus difficile. La grande crainte des riches, et des privilégiés, c’est de voir ce peuple, correctement aiguillé, informé, échapper à leur emprise.

L’Union européenne et le Frexit.

« Faire des choix clairs, compris de tous. C’est le moment ou jamais ! » au sujet de l’Union européenne, n’est pas simple. Le débat sur l’Union européenne, qui sert de prétexte à invoquer souvent une sorte de déficit de la souveraineté nationale, ou une UE qui n’en ferait qu’à sa guise, qui serait en train de détruire la France, la nation, est complexe. Pour beaucoup, cette souveraineté n’existerait pas sans l’UE, aussi détestable soit cette dernière. Le fait est qu’elle a peu de chance d’exister tant avec, au sein de, que sans, ou qu’en dehors de l’Union européenne. Toute la question est là. Il ne suffit pas de claquer la porte. Même l’Angleterre, avec son élitisme aveugle, n’en est probablement pas capable. Même si l’élitisme est capable de beaucoup de choses. Il lui faudrait une bonne guerre pour s’en remettre, et, du reste, elle s’emploie à la provoquer. La Grèce y a renoncé, non sans s’être battue jusqu’à la fin. Pour y parvenir, la France devrait disposer d’une direction sans faille, d’un projet équivalent, meilleur, ou pire, c’est selon.
L’UE n’est pas réformable, c’est un fait. Mais la France, elle, est-elle réformable?
Une supercherie supranationale, certes, mais capable de faire paniquer les USA au point de les obliger à déréguler leur économie. Si on la quitte, on a intérêt à bien calculer son coup. Il y a aurait lieu de prendre des mesures qui risquent d’attirer sur la France de nombreuses critiques, à commencer par celles de son propre establishment, depuis longtemps impliquée dans ladite construction européenne, parvenant à faire son beurre avec elle, fut-ce aux dépens de petits pays qui s’endettent pour rien  son égard. Voilà des gens qu’on ne contredit pas en face sans prendre de solides précautions, pas seulement des précautions oratoires. Le Front national peut dire ce qu’il veut. Ce ne sont jamais que des mots. Pour inventer des mots qui ne veulent rien dire, il est très fort. C’est même sa principale marque de fabrique. Beaucoup se laissent avoir. Il est parfois tellement désespérant de chercher à comprendre. Et il est tellement plus facile de faire semblant de comprendre, ou d’avoir tout compris. Ce faisant, il est aussi très important d’empêcher quiconque de comprendre pourquoi certaines choses tiennent la route. Le F.N. critique les fermetures en masse d’entreprises, leur délocalisation, le chômage qui en résulte, et il critique l’Union européenne. Mais comment, à son avis, lorsque la France ne fera plus partie de l’U. européenne, devra-t-on faire pour faire fonctionner l’économie française? La France insoumise suppose qu’on peut y parvenir en changeant d’orientation économique, pas seulement en la restructurant. Il est important de clarifier les choses à ce niveau.
Si la France fermait ses centrales nucléaires et ses raffineries de pétrole, il faudrait un temps d’adaptation, tout le monde ne pourrait pas se payer d’emblée des panneaux solaires. Une centrale nucléaire est quand même plus facile à construire qu’une usine marémotrice. Sa démolition seule est plus compliquée.
On voit bien que pour être clair au sujet de cette question de la souveraineté nationale, il faut être clair au sujet de plein de problèmes au sujet desquels justement il est très difficile de voir clair?
Va-t-on s’attaquer au modèle de vie dominant, ou continuera-t-on à s’acheter tous les cinq ans, une nouvelle voiture, et tous les deux ans des ordinateurs et des smartphones dernier cri? Parce que dans ce cas, mieux veut peut-être rester dans la communauté européenne. On voit mal Sagem, ou plutôt Safran, faire concurrence à Samsung et fabriquer des smartphones, tout cela en tablant sur le seul marché intérieur français pour s’en sortir, en tout cas au début, alors que les consommateurs de ce marché intérieur voudront eux s’acheter des Samsung, sans doute à cause de l’excellence de ces appareils qui ont conquis le marché mondial, mais aussi de l’ouverture sur le monde qui en découle. Fabriquer à nouveau des gsm, obligerait Safran une fois de plus à se reconvertir. L’économie est mondialisée, qu’on le veuille ou pas. Il est nécessaire d’en tenir compte.
Va-t-on expliquer aux grands patrons français qu’ils n’ont qu’à vendre leurs machines à l’étranger,  puisqu’ils les construisent à l’étranger, et qu’en France, on est en mesure de s’en passer? Se remettra-t-on à refaire la lessive à la main? Ou inventera-t-on des lavoirs géants où les gens iront laver leur linge au lieu de le faire à la maison? La machine à laver individuelle deviendra-t-elle un luxe et un indice de grande richesse? Sortir de l’Europe, c’est facile à dire, mais plus difficile à faire, quand bien même la souveraineté française est en péril. La Grande-Bretagne, elle, a conclu des accords de libre-échange avec d’autres groupes de pays qu’avec l’Union européenne. La France rejoindra-t-elle ces organisations de libre-échange concurrentes? Le choix est limité. Ou bien l’on met en place des organisations de libre-échange plus performantes que l’Union européenne ou bien il sera très difficile de se débrouiller sans cette dernière.
La défense française est à mettre à l’abri des convoitises d’états et de puissances belliqueuses, mais la France elle-même vaut-elle mieux que ces états? Quelle est sa politique de défense jusqu’à présent? Une fois à l’abri des convoitises de l’Allemagne, la France ne redoublera-t-elle pas d’efforts pour participer à des coalitions en tout genre, pour bombarder des petits pays du tiers-monde, bref pour tenter de conserver sa « place » dans le « monde? N’est-il pas trop tard pour se poser des questions indispensables au sujet de ce qu’on sous-entend lorsqu’on évoque la nécessité de préserver sa souveraineté?
De fait, tout cela ne va pas de soi.

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