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BHL à pleurer à propos de Mélenchon

Dans le Point du 29 mars 2017, B.H.L, l’auteur à succès bien connu , le grand copain des Peshmergas, un habitué de la Croisette, a commis un nouvel épigramme, cette fois aux dépens de Mélenchon.

L’article commence bien. Le premier paragraphe est intéressant. L’auteur se laisse guider par son inspiration. Mélenchon y est décrit comme ami de la langue. Une série de mots retiennent cependant l’attention : esthète, tangence, faconde, chantonnement léger et épicé, râpeux, rafraichissant. Certains d’entre eux semblent assez péjoratifs. Les mots, on s’en sert pour plein de choses. Ils possèdent parfois une charge qui ne fait sens que dans certains contextes. Le terme rafraichissant veut dire léger, il est à peine moins méprisant que le mot insignifiant. Dans d’autres situations, il est positif.  Le mot tangence aussi a plusieurs significations. Ou plutôt, il peut aussi être connoté positivement ou négativement. Positivement, il veut dire : qui reste sur le bord, sur ses gardes. Négativement, il veut dire : qui n’est pas entièrement valable, ou valide. C’est tangent, dit-on. Dans la bouche de certains, cela équivaut à un jugement sévère. Dans certains milieux de pouvoir, ces mots servent à mettre dans des cases. On fait partie des bons ou des mauvais.

Mais que s’est-il passé ensuite ? La description talentueuse laisse la place aux ragots, aux préjugés. (Le mot talent fait partie du même code !) Viennent d’autres vocables  comme : orchestration, amour de soi, culte de la personnalité. On songe tout d’un coup à autre chose, à une autre époque. On se dit qu’on a déjà eu affaire à cette dernière formule. On essaie de se souvenir. On revient 30, 50, 75 ans en arrière: à l’époque où l’on ne pouvait pas faire un pas dans la société sans entendre casser du sucre sur le communisme, et, où, pour briller dans certains cercles il s’agissait de paraître possédé par la peur du rouge. On pense à Khrouchtchev et à son célèbre rapport, qui n’est paraît-il, qu’un tissu de mensonges. Décidément, on ne se refait pas. Il est également question d’une affaire, d’un sommet inégalé de jouissance narcissique. Les propos orduriers se suivent à un rythme soutenu.

Le journal Le Point porte bien son nom. Un torchon est un ustensile qui sert à accumuler des crasses, de vieilles choses pourries.  Il s’agit presque d’un glossaire des diverses méchancetés qu’on peut dire de quelqu’un.

Il est ensuite question de la méchanceté d’un  « enfant humilié » qui n’a pas eu droit à ce qu’il voulait. Le mot méchant est très pratique. Ici, l’on songe aux Mots de Jean-Paul Sartre. Quoique chez Sartre, ce sont les adultes qui sont méchants vis-à-vis de l’enfant. Qu’est-ce que c’est de lire des livres et de ne les comprendre qu’à moitié ! Le propos serait condescendant, s’il n’était avant tout ridicule.

On sait que, pour un certain monde, tous ceux qui le contredisent sont pris pour des enfants. S’ils persistent dans leurs critiques, on dit qu’ils tournent mal. On parle de méchanceté. Est méchant ce qui remet en cause ou qui transgresse des valeurs établies, pas ce qui fait du tort. Le peuple aussi est considéré un enfant. Quant à B.H.L., lui, il fait penser à un père frustré, que l’amour n’étouffe pas, comme certains pères, qui ne sait qu’humilier. Il y en a quelques-uns ainsi.

Suit un petit descriptif du P.S.. et de la politique dans ce grand parti. Ce descriptif serait sans danger si B.H.L. ne faisait pas du fonctionnement de ce genre d’appareil une référence, le lieu obligé et incontournable du pouvoir. Si, alors que Mélenchon est forcé de combattre cet hydre, au lieu de faire de ce dernier un résistant, il ne le taxait pas de nullité pour ne pas avoir réussi à faire son chemin dans ce parti, et ne lui reprochait pas son ingratitude, comme le ferait un père jaloux, mais surtout terriblement conventionnel. Il est question de chefs à la nuque raide — un mot gentil pour caractériser des imbéciles soumis à l’autorité et désirant soumettre les autres à cette dernière pour se donner un genre — qui auraient été les chefs de Mélenchon. B.H.L. parle d’une société qui aurait donné toutes ses chances à son enfant, lequel n’en ferait cependant qu’à sa tête, détruisant ainsi les espoirs qu’on a placé en lui. Il reproche à Mélenchon d’essayant de faire cavalier seul, bref de se croire plus malin que les autres. On hallucine en lisant ces propos de vieux père bafoué.

La puissance du P.S., de son appareil, son influence sur ses membres, font presque songer aujourd’hui à celles qui furent jadis celles de l’Église. Critiquer ceux qui essaient de combattre une telle hégémonie, en faire des ratés, est une vieille tactique. Ce fut celle de la vieille société, faisant et défaisant des carrières, manipulant des hommes, les traitant comme des marionnettes.

Il est nécessaire de mener campagne pour dissuader qui que ce soit de renforcer  encore le P.S.., et toute organisation de ce type, qui, à force, inspirent le dégoût.

Ce que certains disent est censé être la vérité, parce qu’ils font partie d’un appareil, nullement parce que c’est vrai, ou parce qu’ils le pensent. On a quasiment affaire ici à un performatif. La communication est du même acabit que celle qui régit les rapports au sein d’une secte. Tu iras en enfer si tu fais ceci ou cela, disait-le curé. Et les gens, du moins certains, le croyaient.

Comme pour contredire ces calomnies, les médias racontent partout qu’il y aurait un accord entre Hamon et Mélenchon. Ils reviennent à la charge encore et encore. Bref, ce serait l’horreur si on devait encore croire les journaux!

Ce n’est pas le P.S qui profère toutes ces horreurs, mais avant tout quelque pourriture métaphysique.

Eh bien non, le P.S ne détient pas la vérité.  Il l’étouffe comme il peut. Il cultive le doute, pour mieux imposer un arbitraire. Il phagocyte les luttes. Il les nie. Il se sert des autres.

Suit une litanie d’autres reproches, tous pires les uns que les autres.

Mélenchon serait du même avis que Le Pen. Il serait d’accord avec elle en opinant du bonnet chaque fois qu’elle dit quelque chose. B.H.L. fait ainsi de Mélenchon le fidèle lieutenant de Le Pen. Rien que ça. Comme si un débat télévisé pouvait tenir lieu de preuve. Comme si les choses complètement mécaniques et arrangées sur un plateau de télévision avaient quoi que ce soit à voir avec la réalité. Notez, ose proférer le terrible analphabète du Point, « son mano a mano avec la sémantique et la violence de l’extrême-droite ». Bref, pour B.H.L., mieux aurait valu ignorer les accusations, les vociférations de Le Pen. Il ne voit pas que ce mano a mano est la seule manière de s’opposer à elle sans devenir le bouffon d’une bande de dégénérés.

De Le Pen, on passe à Boulanger et à des incantations bien entendu « nationales ». Forcément. Il s’agit toujours de rpéter la même chose d’une autre manière. Boulanger était une brute, un immonde personnage comme les gros appareils de l’époque les fabriquaient à la pelle pour aller exterminer des villageois en Afrique. Mélenchon lui a eu, a toujours affaire à ces monstres. Il les combat pied à pied, je préfère cette expression-là. Alors que d’autres se contentent d’opiner du bonnet. L’inversion est complète.

Levy confond ici deux sortes de nationalismes. Lumumba aussi était un nationaliste. Parfois le nationalisme a du sens, il représente une valeur positive, comme l’a montré Eric Hobsbawn.

Sous la plume de Levy, Mélenchon se transforme alors en ennemi de la France insoumise, en soutien de la dictature. Laquelle ? Celle de Poutine bien sûr. B.H.L. aborde ici son thème préféré. Il enfonce sa porte ouverte préférée.

Il aime soutenir des ribambelles d’assassins. Il confond facilement les époques. Pour lui, tous les Russes qui critiquent leur pays sont des dissidents. Alors qu’il s’agit de petites frappes soutenues, financées par la CIA. Ces agents sont encensés par tous les vieux régimes colonialistes, dont le but est de renverser le régime russe pour pouvoir piller le reste du monde plus à l’aise, comme ils en ont l’habitude. Rien à voir avec des activistes. Ce sont souvent des escrocs de bas étage qui se recyclent dans la révolution parce que ça paie bien. Voilà les héros de B.H.L.. Ceux qui tirent sur la foule à Kiev et qui disent que ce sont les autres.

Il y a des intelligences comme cela, naturellement retorses, qui ne profèrent rien d’autre que des ragots, des calomnies. Dénoncer des illusions est trop ardu pour elles.

Levy est pour toutes les interventions françaises, pour le bombardement de Damas, de Bagdad. Ne vous demandez pas pourquoi ? Il a besoin qu’on bombarde des villes arabes. Mélenchon est contre, ce qui fait de lui à ses yeux l’ami d’un monstre.

Dans ce petit épigramme, B.H.L. réussit même à parler de massacres au Tibet. Il est loin bien sûr de s’interroger au sujet des Indiens de Guyane. Des Tibétains pourtant, il en reste autant que des Alsaciens, alors que des Indiens, il n’en reste plus.

Le journaliste fustige encore des odes de Mélenchon à Chavez et à Castro.

Dans cette société, plus on est convainquant, plus on est pris en chasse, plus on vous humilie, et que les élections sont ce grand moment, où l’on humilie tous ceux qui disent la vérité, et qui pourraient être pris au sérieux un jour. Cette belle démocratie est un gros mensonge. On ne s’en sert que pour humilier les peuples. Qui s’en servent pour jeter à la face de ceux qui se moquent d’eux tout ce qu’ils pensent. Et Mélenchon ne s’en prive pas. Voilà à quoi servent les élections.

Alors dire de Mélenchon qu’il est vain et creux, qu’il est ectoplasmique, ce n’est pas formellement faux, bien sûr.

Faire le maximum n’empêche pas qu’au dernier moment, on tente un dernier piège, qu’on invente un énorme machin pour compliquer les choses, et surtout la vie des gens, pour qu’ils en choisissent un autre. On va produire des raisonnements complètement idiots, avec de tels moyens de propagande que les gens ne pourront pas, ils ne voudront plus, ils ne voudront pas voter pour ce qu’ils croient. Et puis on dira qu’ils sont bêtes.Dans certains pays, on bourre les urnes. En France, certains votent plusieurs fois. Beaucoup ne votent jamais, ils ne s’inscrivent même pas.

Et puis même s’ils votaient pour ce qu’ils croient, il sera encore toujours possible d’humilier celui qui les aura fait rêver, en l’empêchant par la suite de diriger, en lui causant tant de difficultés qu’il en perdra le fil, qu’il ne fera rien de ce qu’il a dit qu’il ferait, en le menaçant de le ridiculiser en provoquant une crise économique subite et dramatique par exemple. C’est déjà arrivé plus d’une fois.

De fait, les gens n’ont rien à dire. Ils n’ont vraiment rien à dire. Ce n’est pas pour rien qu’il y a des milliers des dizaines de milliers d’associations, de collectifs, et que le pouvoir, l’élite, autrement dit l’état, en financent directement des milliers d’autres dans l’espoir qu’ils feront plus de bruit que les premiers. Car c’est là que la guerre se passe. Les élections sont un vieux machin que l’élite voudrait du reste supprimer. La démocratie dérange. C’est pour cela que B.H.L. qui prête sa plume à cette élite dit tant de mal et de bêtises au sujet de Mélenchon.

La fin de l’article est uniquement tissé de mépris de la pire espèce. « Il veut reprendre le flambeau. Mais sait-il seulement tenir une allumette », se demande BHL, qui cherche même à faire de Mélenchon un incendiaire.

Mélenchon, ce serait encore la révolution sans risque, un rentier de l’insoumission. Et de citer Saint-Just. En exemple comme d’autres citent la Bible ou le Coran.

Inutile de se demander qui sont les rentiers, les VRAIS rentiers dans cette histoire. Elle est belle l’indépendance de l’Ukraine tant vantée par BHL, quand ce pays paie 34% d’intérêt sur les emprunts gigantesques qu’il a fait, sur l’argent que l’Europe lui a généreusement donné pour faire la guerre, pas pour autre chose. Ah, elle rapporte l’Ukraine. Toujours aux mêmes. Inutile de se demander aussi ce que les Ukrainiens vont faire quand ils en trouveront le courage.

Quant à Saint-Just, il a fait la révolution. Il s’est chargé d’elle. Mais la révolution, il a fallu des siècles pour la préparer. Elle se prépare pendant longtemps et puis il y a un moment où le rapport de force bascule et où certains s’en chargent. Saint-Just a compris qu’il était là pour ça.

La plupart des idées révolutionnaires furent inventées en Angleterre, plus d’un siècle auparavant et pas en France. En 1789, à ce moment-là, la France a voulu faire ce que les Anglais n’avaient pas osé faire, se débarrasser de la monarchie. En un sens, révolution anglaise, française, c’est la même chose, le même besoin de dire aux élites : Y en a marre. De le redire. De se reprendre en main. Les Français se sont débarrassés du roi. Un siècle auparavant, les Anglais aussi, mais ils ne réussirent pas à ne pas en remettre un sur le trône. Il y avait, à l’époque, trop de monarchies. On ne pensait pas de manière assez moderne pour comprendre les Anglais. À quoi bon s’attaquer au monde entier ? Les Français l’ont fait. Ils se sont débarrassés de la monarchie, mais seulement parce qu’avant eux, il y a eu l’Amérique. Et Saint-Just n’y était pour rien; mais alors là pour rien du tout.

Ce moment où tout a basculé, et où l’on s’est mis à refaire le monde, en vrai, où on en a su suffisamment à propos d’une bande d’assassins, on continue à le faire vivre en organisant des élections. C’est tout ce qu’il en reste. Ces dernières ne sont qu’une sorte de messe, ou tout est dit à l’avance, souvent un affreux trucage, mais où on se souvient qu’il existe quelque chose comme la liberté. Il faut dire qu’on sait qu’il y a une limite, qu’on sait qu’on ne peut que tenter de prolonger un moment de grâce, ce moment où tout peut changer, et où on réinvente le monde, ne fut-ce qu’en prière. On ne peut que le prolonger, mais on ne peut pas le refaire.

BHL écrit pour un public de pestiférés qui appellent défendre la liberté mettre au pouvoir une bande d’assassins, de fous de dieu. Le Point est un journal qui s’adresse à l’élite. L’élite a besoin d’être rassurée, de croire à ses guerres, à ses idéaux. Elle a toujours fait la même chose, elle en a toujours diabolisé quelques-uns, réduit le débat politique à quelques clichés, et s’est toujours faite valoir de cette manière. Elle a toujours écrasé, projeté en pleine lumière les individus qui la gênent pour pouvoir les détruire complètement, et pour toujours.

Heureusement qu’à côté de B.H.L., le Juif méchant, dirais-je, il y en a plein d’autres, comme Éric Hazan, qui se battent pour la même chose que Mélenchon, contre la même horreur.

On dit évidemment que, pour vaincre dans une démocratie, il n’y a rien à faire, il faut être pourri et avoir de la chance, ce qui revient au même, il faut faire des compromis. Il vaut mieux être à la mode que savoir se servir de la culture, si ce n’est pour professer des idées reçues, pour faire des citations que l’on ne comprend qu’à moitié, pour utiliser des termes sophistiqués.
Il vaut mieux passer son temps à mépriser presque tout le monde et à dire en même temps qu’on aime tout le monde.

BHL, qui a décidément le diable en tête, n’aurait pas pu écrire autre chose dans le Point.

 

 

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