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3 points du programme de Jean-Luc Mélenchon

 

La presse fustige l’incapacité des centaines de milliers de Français qui soutiennent J.-L. Mélenchon à citer l’une de ses mesures phares.

J.-L. Mélenchon fait part de cette critique à ses auditeurs tout au début de son speech à Lille ce 12 avril.  Au cours de son introduction, il commente les manchettes des journaux qui s’affolent à cause de sa percée dans les sondages, du raz de marée de gens qui assistent à ses meetings. Il est vrai que ses meetings sont très rafraichissants, distrayants, intéressants, édifiants. Pour tout dire, on ne s’y ennuie pas. Le plaisir est au rendez-vous. On y apprend plein de choses. Et on s’amuse comme au spectacle, parce que l’humour est de la partie. J.-L. Mélenchon traite de l’actualité et des personnages connus font les frais d’analyses perspicaces et approfondies. Les choses ne sont pas surfaites. Il traite de la réalité.

Mélenchon parle du reste du grand nombre de gens qui assistent à ses meetings et qui se mobilisent pour qu’il gagne ces élections. Ce grand nombre serait un indice de la profondeur de la prise de conscience des Français, de la faillite de la classe politique française et de la nécessité de la transformation de la société. Il s’agirait d’un fait qui aurait une autre portée que les élections.

Que penser de la difficulté des partisans de Mélenchon à s’expliquer au sujet de son prodigieux programme, à en citer les points fondamentaux? Selon lui, les médias concluent de ce fait à l’inexistence de son programme. Cette critique des médias nécessite un complément d’explication.

Pour y faire pièce, J.-L. Mélenchon cite au moins trois points de son programme.

D’abord la nécessité d’un changement radical. Ensuite le projet d’abolition de la monarchie présidentielle. Enfin J.-L. Mélenchon cite la nécessité de procéder à un autre partage des richesses. Ce dernier point représente sans doute un des points principaux de son programme, sinon le plus important.

Certaines de ces thématiques sont débattues par la suite, notamment lorsqu’il explique au cours de son speech quelles sont les dépenses, publiques en particulier, et les mesures à prendre pour corriger des inégalités qui, pour le moment, se creusent vertigineusement, pour empêcher par exemple que 2000 personnes, rejetées par la société, ne meurent dans la rue chaque année, dans une des régions les plus riches du monde et ses 30% de pauvres.

Avant d’analyser ces trois points de son programm et la question de la signification du grand nombre de gens présents à ses meetings, un mot encore du meeting de Jean-Luc Mélenchon à Lille, ce 12 avril.  Pendant la plus grande partie de son speech, J.-L. Mélenchon oppose très didactiquement les deux projets économiques de la droite, y compris celui d’E. Macron, et celui de l’Avenir en commun, bref le sien, celui de la France insoumise. À Lille, Jean-Luc Mélenchon décortique méticuleusement l’incohérence du programme économique de la droite.

Chaque fait cité par J.-L. Mélenchon a une place, joue un rôle dans ses explications. Ces faits ne sont pas cités au hasard. D’autres ont été débattus à d’autres occasions. À Rennes ou ailleurs. Pourtant, il n’est pas simple d’intérioriser les traits caractéristiques des réformes que J.-L. Mélenchon se propose de mettre en œuvre s’il était élu. Il reste donc hasardeux d’en faire état quand bien même elles paraissent parfaitement justifiées quand on l’écoute.

Il n’est pas facile d’expliquer ces réformes aux gens autour de soi. Elles sont plus complexes qu’elles ne le paraissent. On a beau l’entendre lors de meetings, lire des articles à ce sujet, assister à des émissions, participer à des débats, il faut du temps pour en maîtriser tous les tenants et les aboutissants. Son programme ne manque pas de clarté, mais il est vaste, et tous ses éléments se tiennent, de sorte qu’il faut bien en saisir tous les liens. Le partage des richesses ne veut pas dire la même chose pour les uns et pour les autres. Il signifie quelque chose de précis dans le programme de l’Avenir en commun. Il n’est pas facile d’expliquer pourquoi telle façon de partager les richesses a du sens, et telle autre n’en a pas, ou en a beaucoup moins.

Des commentaires éclairés de ses discours, dont certaines parties sont de véritables morceaux d’anthologie, seraient les bienvenus. Chaque explication que donne J.-L. M. vaut son pesant d’or. Ses critiques sont chaque fois plus incisives et plus convaincantes.

Les experts économiques attitrés des grands médias se gardent bien de débattre correctement de ce programme. Ils se contentent d’aligner des séries de chiffres et quelques raisonnements stéréotypés. Ils feraient mieux de reconnaître que l’analyse de J.-L. Mélenchon tient debout.

Un grand nombre de gens qui se mobilisent a-t-il une signification?

Le nombre de participants à une manifestation a-t-il une signification profonde comme le prétend J.-L. Mélenchon? Il faut avoir tenté de faire venir quelques personnes à une réunion, à une manifestation ou à un débat, portant sur un thème d’actualité important ou intéressant, pour se rendre compte qu’en déplacer 10.000, voire 100.000, lors d’un meeting, à l’époque de la télévision, représente plus qu’une performance. Il y a cent ans, aller à un meeting, c’était souvent la seule manière de s’informer correctement. Aujourd’hui également, mais encore faut-il s’en apercevoir, alors que la télévision, la presse, et la radio nous rabâche les oreilles et nous bourrent le crâne comme l’explique J.-L. Mélenchon. Les gens ont beau avoir Internet, ils se déplacent pour aller écouter Mélenchon. Il faut dire que c’est l’occasion de rencontrer plein de gens intéressant, d’avoir des discussions, de passer un moment en dehors de chez soi sans avoir pour autant à dépenser de l’argent. Ce n’est donc pas rien.

Mais il faut être prudent. Des dictatures arrivent aussi à mobiliser toute la population et des réseaux internet également. Mélenchon n’est pas un nouveau Pokémon. Les masses et le grand nombre sont des réalités qui se fabriquent, qui n’ont pas toutes la même signification. En tant que telle, une grande quantité de personnes ne veut pas dire grand-chose. Il y a moyen de jouer avec des masses et même avec des groupes immenses. Même Mélenchon n’est pas à l’abri d’une manipulation médiatique ou autre. Au cas, ou J.-L. M. ne l’emporterait pas, ses partisans pourraient très bien se retrouver pris à partie après le premier tour et appelés à l’aide pour soutenir un candidat dont le programme les scandalise complètement au nom de n’importe quelle valeur mise tout d’un coup en exergue et jugée supérieure à toutes les autres. Il serait très facile de les cibler, de récupérer tout le travail de la France insoumise au profit de quelqu’un d’autre et d’un programme aux antipodes de celui qu’ils défendent. Cela aurait plusieurs avantages. D’abord, cette masse préexistante ferait beaucoup plus rapidement circuler l’information, elle se mobiliserait beaucoup plus facilement. Il suffirait par exemple de lui tailler une réputation de leader, de l’ériger en modèle. En quelques coups de cuillers à pot, un candidat sans parti comme E. Macron, mais propulsé à la tête des sondages et du scrutin par les médias et leur propagande, par ses soutiens au sommet de l’état, pourrait subitement compter sur un réseau très complexe et diversifié, sur une masse organisée, et en partie la convaincre du bien-fondé de ses opinions, le véritable leader de ce grand nombre n’étant plus réellement autorisé à s’exprimer pour corriger le tir. Il serait utile de prévoir la tenue de quelques meetings après le premier tour, quel qu’en soit le résultat.

La signification d’une telle masse, c’est une volonté de changement tournée dans un sens, mais qu’une énorme déception habilement prise en compte et instrumentalisée peut mobiliser dans un autre sens.

Cette formidable volonté, tellement difficile à créer, peut-être ensuite détournée avec très peu de moyens, comparativement à ceux qu’il a fallu pour la construire. Une telle catastrophe comme tous les chocs de grande envergure peut même servir à fabriquer complètement autre chose.

Un tel danger n’est pas à minimiser.

Si l’on demande aux masses en les y préparant bien si elles veulent une chose qu’on leur suggère de désirer, la paix par exemple, elles vont se mobiliser. Si on leur en donne l’occasion. Mais si ce but leur paraît tut d’un coup hors d’atteinte, comment réagiront-elles ?

Éviter ce type de cas de figure, c’est sans doute un des avantages d’une élection à un seul tour. Mais évidemment, des élections à un seul tour ne font pas complètement disparaître le danger. Quoi qu’il arrive, une déception peut survenir.

Ne vaudrait-il pas mieux se mobiliser directement pour une organisation qui garantisse qu’on mènera la politique choisie, qui ne mènera pas d’autre politique ?

On a la preuve qu’à la longue, le pouvoir se transforme en système, en abus systématique, comme une religion d’état excellente à la base se transforme en dictature, qu’il n’y a pas moyen de changer sans le renverser, coûte que coûte. Il est possible qu’il soit en mesure de contrôler les processus électoraux dont il vante les mérites et même bien sûr d’en abuser.

Oui, tout cela a une signification.

Il arrive que des masses qui croient qu’elles ont quelque chose à dire parce qu’on leur propose de se mobiliser, n’ont en réalité rien à dire, mais qu’une fois organisées, plus ou moins consciente, elles se laissent instrumentaliser.

Il suffit qu’on leur demande, à elles, une nouvelle fois, de se mobiliser, mai pour une autre raison que celle qui a servi à les construire. Cela arrive. Ce qui s’est produit en Égypte il y a quelques années en représente le meilleur exemple. Les égyptiens qui s’étaient mobilisés en masse pour chasser un dictateur, se sont fait subitement mobiliser en masse pour chasser un président. Cette masse qui avait un certain savoir-faire en la matière, qui brûlait de s’en servir, s’est de nouveau retrouvée avec un dictateur.

Un grand changement, une transformation radicale de la manière de voir la vie

Tel est un autre point de son programme cité par J.-L. Mélenchon. Mélenchon met l’accent sur la radicalité du changement à organiser. Voilà une idée plus complexe qu’elle n’en a l’air. Il y a une difficulté dans cette affirmation: le changement comme tel est difficile à penser, à organiser. Il se produit le même phénomène que lors d’une partie d’échec. Il est très difficile de prévoir à l’avance la succession des faits qui résulteront des premières mesures radicales qui seront prises. L’on peut prévoir deux, voire trois coups à l’avance, mais pas au-delà. Toutes les révolutions sont confrontées à ce problème. À Cuba par exemple, en partie à cause d’impondérables, du soutien de l’Union soviétique rendu nécessaire par la menace étasunienne, la démocratisation de l’économie s’est rapidement transformée en gestion centralisée par l’état de toute l’agriculture et de l’industrie. Les assemblées populaires ont rapidement cessé de fonctionner. Après quelques années, la révolution a changé de cap à cause des circonstances.

On a observé un phénomène semblable lors de la collectivisation en Russie, dans les années 30. Des obstacles invraisemblables se sont dressés en travers de la route des collectivistes. Cette collectivisation censée financer l’industrialisation permit d’atteindre certains objectifs, mais plein de gens se sont remplis les poches, plein de gens ont saboté, ont détruit entièrement leur exploitation, les prix internationaux du blé se sont effondrés, peut-être à cause de la spéculation, au moment où on comptait sur la vente de blé pour financer l’industrialisation, et une famine et, enfin, des déportations en ont résulté. L’industrialisation a eu lieu et la Russie a gagné la guerre, mais sur un plan économique et social, le gâchis fut presqu’intégral. Le changement a provoqué une catastrophe. On a pris des ressources d’un côté pour les utiliser d’un autre côté, et cela a en partie mal marché. C’était disons du capitalisme d’état.

On a réfléchi bien sûr. Mais a-t-on suffisamment réfléchi ? Ou a-t-on délibérément provoqué une crise pour mobiliser les masses pour industrialiser le pays. Bien sûr, la propagande s’y est mise elle-aussi. Tout le régime a vacillé sur ses bases. La situation en a écœuré plein, et réjoui plein en même temps. Dire ce qui s’est réellement passé est pratiquement impossible. Il en est souvent ainsi lorsqu’un changement radical est imposé à un peuple, ou à un groupe de population, même lorsqu’il poursuit un objectif particulièrement positif.

Non, le changement, ce n’est pas facile.

Il y a des catastrophes positives, et nécessaires, mais a priori le but n’était pas d’en provoquer une..

Vénizelos, un politicien grec libéral de l’entre-deux guerres a apparemment mieux réussi son coup. Il s’est servi de la situation résultant de la défaite de la Turquie en 14-18 pour distribuer et partager la terre et a mis en place des centres de formation pour que les paysans grecs apprennent à maîtriser les techniques agricoles modernes, pour qu’ils ne se trompent pas de technique, de méthode. Mais, ensuite, les électeurs l’ont chassé du pouvoir parce que la Grèce aurait contracté certaines dettes, une caste s’est emparée du pouvoir et l’a critiqué. Ils ont bien entendu bien plus que lui contribué à endetter la Grèce. Comme quoi, les masses sont aisément manipulables, même contre ceux qui leur veulent du bien et qui lui font du bien. La réforme de Venizélos fut une réussite, mais, sur un autre plan, la Grèce et Venizélos furent confrontés à un échec.
On pourrait citer aussi le cas du Brésil de Dilma Roussef.

Bref, s’il est nécessaire de réfléchir en profondeur à tout changement radical à réaliser, il est impossible de penser à tout, de réfléchir à tout.

Il y a moyen de forcer les entreprises à mettre en œuvre la transition écologique annoncée. Mais il ne faut pas se leurrer. Dans maints cas, cela va provoquer un ébranlement, voire des dégâts. S’il ne sera pas forcément nécessaire de mettre les outils, les installations industrielles à l’abri. Il faudra faire face à des fermetures en série, à une évasion fiscale record, et même à des transferts massifs, à une transformation de la masse monétaire. Il se peut qu’en quelques mois, de grandes banques, comme en Grèce, soient forcées de mettre leurs liquidités en lieu sûr.

Il faudra préparer les travailleurs à faire comme en Argentine, à mettre sur pied des coopératives et à prendre la direction de leurs entreprises. Il faudra résoudre une série de problèmes supplémentaires. Il faudra qu’une banque publique soit en mesure de remplacer les banques privées déficientes.

Dans le régime capitaliste normal, c’est l’émulation, la concurrence qui fait faire des progrès à certains capitalistes. Les autres, en principe, sont censés faire faillite. Pour accomplir les progrès nécessaires, il faut donc que certains fassent faillite. Il est nécessaire que tous puissent faire ce qu’ils veulent de leur argent. Ils doivent s’entendre avec les autorités, construire des installations, acheter ou concevoir de nouvelles machines, organiser le travail, faire tourner des lignes de production. Dans une économie financiarisée, il se peut que le monde de la finance, ou du moins que des industries de pointe, cessassent d’investir pendant longtemps dans toute une région du monde. C’est ce qui se produit actuellement en France, dans une partie de l’Europe. Lorsque des investissements sont programmés, il en résulte plus souvent un endettement supplémentaire de la collectivité que des emplois.

Il n’est pas simple de renverser une telle tendance. Il est nécessaire de le faire radicalement. Mais on ne peut agir à la légère. Mieux vaut en effet le faire en profondeur.

On se demande comme des travailleurs d’une entreprise qui fabrique de l’électroménager va faire pour épargner pour construire des éoliennes ? Pour ne pas tomber en faillite, ne vont-ils pas plutôt investir dans la recherche développement dans l’électroménager? Mais le progrès technique représente-t-il toujours la solution ? Ne fait-on pas suffisamment de progrès ? Comment espérer se trouver toujours à la pointe du progrès ? Un tel objectif a-t-il un sens, et ne contribue-t-il pas également à la dégradation de l’environnement et à la détérioration du climat social?

Le progrès technique est-il pas en partie un leurre ? Sauf quand il permet par exemple d’améliorer les performances environnementales d’un outil, d’une production industriels donnés.

Si tous les travailleurs de l’électroménager font la même chose, et investissent dans la recherche-développement comme le suggère J.-L. Mélenchon, il y aura quand même des faillites, et personne n’aura rien créé de réellement satisfaisant. On se rend compte immédiatement qu’il manque quelque chose à un tel programme.

Si, dans une société capitaliste pure et dure, on est confronté à l’arbitraire et à une majorité d’exploiteurs peu scrupuleux et dont les seules trouvailles consistent dans des méthodes d’exploitation plus cruelles, et plus performantes, dans une société régie par une forme de planification, on est confronté à une autre sorte de vide.

Quelle part doit être réinvestie et qui doit se charger de procéder à des investissements, qui est censé en choisir l’orientation? Il devrait s’agir d’entreprises de planning investissement qui travaillent avec des banques d’investissement, mais quelle différence en définitive avec des actionnaires, des patrons? Leur activité devrait être réglementée de manière à optimiser les chances de ces entreprises et de ces banques d’investissement, tout en conciliant les contraintes qui sont les leurs avec celles qui sont inhérentes à la société, au monde du travail.

Des penseurs ont déjà proposé des modèles assez élaborés qui comportent des structures de ce genre. Je pense par exemple au modèle du salaire socialisé de Bernard Friot. Mais ce dernier admet lui-même qu’il n’est pas un expert en ce qui concerne la théorie de l’investissement. Il y a encore du travail à faire.

Cela ne devrait pas être trop difficile, mais il faut encore le faire, il est nécessaire de réfléchir plus en profondeur aux transformations à réaliser, aux habitudes de vie et de pensée à adapter, à transformer. Des mécanismes divers peuvent interférer avec ce type de transformation. Changement en cours de majorités, sabotage, retour en arrière, critique mal intentionnées, ou bien intentionnée, mais nullement prises en compte, chocs divers, extérieurs, économiques, chocs sociaux, dérives en tout genre, si certaines choses sont mal pensées.
Tout changement radical de contexte économique pose souvent des problèmes insoupçonnés. Mieux vaut ne pas se laisser aveugler par l’objectif poursuivi.

Sur la sixième république et la fin de la monarchie présidentielle

Il est normal que les gens ne fassent pas état du point du programme de J.-L. M qui concerne l’abolition de la monarchie présidentielle et le passage à la 6ème république. C’est que, malgré les explications auxquelles ils ont droit, ils en perçoivent mal la portée. Ils en comprennent l’intérêt, mais cela demeure encore trop abstrait pour eux. Comme il est difficile de répondre à cette question, les gens préfèrent ne pas citer ce point pourtant fondamental du programme. C’est comme s’ils n’y croyaient pas trop.

Il se fait aussi que les transformations, les modifications institutionnelles ont souvent servi de prétexte pour ne pas rien faire d’important.

Le problème posé, est celui du manque de démocratie, ou du processus décisionnel en vigueur. Le statut actuel du Président de la République sert à valider ce manque de démocratie. Il s’agit d’une validation symbolique. Il assume le manque de démocratie. Il cumule un certain nombre de pouvoirs et paraît décider des grandes orientations politiques. La plupart sont pourtant imposées par d’autres. Le manque de démocratie, de débats contradictoires, de contrepoids efficaces pose toutes sortes de problèmes. Pourtant la France est dotée d’une multitude d’organes qui, s’ils fonctionnaient réellement, permettraient de démocratiser la vie politique. Mais ces organes ne fonctionnent pas bien. Ce mauvais fonctionnement empêche de moins en moins que des forces antidémocratiques ne balaient les institutions existantes. Il faut remédier au problème.

C’est compliqué à expliquer. Le quasi-monopole du pouvoir rend surtout ce pouvoir inefficace. Et l’absence de pouvoir rend la perspective de la prise du pouvoir par des forces antidémocratiques presqu’inévitable. La subversion du cadre du pouvoir représente un problème.

La question du pouvoir n’est pas une question banale. C’est une question que les anarchistes n’ont pas résolue. Les anarchistes pensent que le pouvoir a toujours une portée négative. Mais l’absence de pouvoir suscite un vide que la société s’empresse de remplir comme elle peut, en recréant de nouvelles sources d’autorité. Mieux vaudrait une société capable de se doter en temps utile des institutions démocratiques capables de résoudre ses difficultés, et de changer chaque fois qu’une minorité se met à engendrer des difficultés et qu’elle se met à profiter de leur aggravation. Ce n’est pourtant pas si compliqué. Il suffirait qu’on prévoie de rétablir la balance régulièrement. Cela seul inciterait certains à éviter d’accumuler du pouvoir ou de l’argent.

Une question ne manque pas de se poser dès que l’on parle d’abolir la monarchie présidentielle, ou de changer les institutions: comment les choses pourraient-elles fonctionner? Et une autre: n’a-t-on pas déjà tout essayé ? Et enfin: que propose-t-on de mettre en place à la place de cette monarchie constitutionnelle?

Il est évident que la véritable question est celle-là: qu’est-ce qu’on compte mettre en place? Dire qu’on va former une constituante et qu’on va abolir la monarchie présidentielle ne représente pas vraiment une réponse à cette question. C’est aussi le point le plus important du programme de J.L. Mélenchon.

Il est tout aussi important de dire qu’on va s’attaquer à la problématique du chômage, à la menace de guerre, au problème de l’environnement, qu’on va agir concrètement, qu’on ne va pas se contenter de modifier quelques institutions politiques, mais que, pour s’attaquer à ces problèmes, à certaines menaces, il est nécessaire de mettre en place et de concevoir des structures politiques non pas seulement plus efficaces, mais surtout davantage capable d’approfondir les choses, de mettre au point des solutions complexes et équilibrées et de prendre des décisions plus démocratiquement. Parce que, à moins de se transformer en dictateur, un homme seul, même un Président ne peut rien. Or la dictature est un instrument dangereux auquel il vaut mieux éviter de recourir. Sur le long terme, et même le plus souvent à très court terme, elle représente un problème, et nullement une solution. La stratégie qui consiste à empêcher les institutions démocratiques de fonctionner dans des pays pauvres ou des petits pays a précisément pour but de les pousser à instaurer des dictatures, de manière à abuser plus facilement de la situation.

La plupart des dictateurs perdent le fil qui leur a permis d’accéder au pouvoir. C’est même le cas de certains Présidents. F. Hollande semble être dans ce cas. Ils finissent par commettre des crimes ou par accumuler des erreurs. Gouverner n’est pas facile. Il ne suffit pas d’avoir la passion du pouvoir. À cause du cadre institutionnel existant, il n’y a pas moyen de s’attaquer à la plupart des grands problèmes actuels. Il s’agit donc de faire des réformes à la fois pour éviter de sombrer dans la dictature et pour accomplir des réformes.

Le partage des richesses

Ces richesses, ce n’est pas seulement tout ce que certains ont puisé dans les ressources communes, tout ce qu’ils ont accaparé aux dépens des autres, l’énorme part des richesses produites qu’ils ont réussi à conserver pour eux. C’est tout le système qui permet une telle exaction, qu’il n’est pas facile de réformer, parce que c’est assez compliqué, et dont par conséquent on a du mal à parler. C’est par exemple cet impôt progressif que l’on rend de moins en moins progressif. Lorsqu’on en parle, il faut s’attendre de la part de certains à un démenti outragé, ou à des questions de plus en plus précises, sur le nombre de tranches, sur la date des modifications législatives, sur les conséquences de chacune de ces modifications. Et malheur à celui qui ne peut répondre à toutes ces questions, qui ne parvient pas à répliquer quand on lui affirme que cela ne change rien, que les riches contribuent d’une autre manière.

Et puis, comme s’il n’y avait que cette question de l’impôt que les fonctionnaires de l’administration fiscale, réduits à une poignée, n’essaient même plus de percevoir lorsqu’ils sont confrontés à une ingénierie fiscale trop compliquée. La question est évidemment particulièrement complexe. Ce sont les super salaires, les super bonus, les cadeaux fiscaux, ce sont aussi ces privatisations qui profitent à certains, et qui coûtent cher aux autres. C’est aussi une politique sociale et économique qui coûte de plus en plus cher à certaines catégories sociales.
Ce sont des droits qui, de génération en génération, permettent de transmettre des fortunes parfois colossales. Bref, c’est la société elle-même. À quoi bon rectifier une disposition par ci par là. Les riches ont vite fait de reprendre ce qu’on leur a réclamé. Le problème reste entier.
Sur un autre plan, ces richesses accumulées par une minorité l’ont surtout été aux dépens de pays du tiers-monde, de sorte qu’il faudrait les partager avec eux. Avant l’industrialisation au cours de la quelle on réduit les prolétaires à la misère, il y a la traite des esclaves. Beaucoup de grandes fortunes se sont faites à cette époque. Et puis elles se sont encore agrandies lorsque la France a colonisé une partie du monde. Et depuis lors, à cause de toutes sortes de traités, de l’organisation financière qui en découle, cette richesse a encore été multipliée par deux, sinon par beaucoup plus encore. De sorte que de nos jours, les riches n’ont rien de plus important à faire que de créer des paradis fiscaux pour y mettre leur fortune à l’abri. Cette richesse évidemment, c’est un gros problème. Parce qu’elle n’est pas seulement aux Français. Comment voulez-vous traiter de tous ces problèmes? C’est à peine s’il ne vaut pas mieux rire de cette situation, de cette épouvantable cupidité qui n’en a jamais fini de trouver des moyens de voler leurs richesses, voire les biens communs les plus fondamentaux, à une partie de l’humanité, au point qu’elle en est arrivée à détruire cette planète.
Que voulez-vous qu’on raconte à ces prédateurs convaincus d’incarner une caste de héros à cause de quelques libertés qu’ils auraient contribué à répandre dans le monde ? Que voulez-vous qu’on dise alors qu’ils répandent leur propre façon de penser à travers le monde en recourant à l’information elle-même dont les gens ont besoin pour comprendre dans quel monde ils vivent. C’st qu’ils ont également fait main basse sur les médias, sur les moyens de communication de masse, les grandes maisons d’édition. Ils en sont venus à acheter des départements universitaires qui sont chargés de faire de la publicité pour leurs entreprises destructrices. Que va-ton dire à ces gens-là ? Lorsqu’un petit peuple leur résiste, ils déversent sur lui plus de bombes que pendant toute la seconde guerre mondiale.

Et il faudrait en plus parler de partager ces richesses avec tous les peuples qu’ils ont réussi à spolier, à plonger dans l’effroi et la misère. Si on ne partage pas avec ces derniers, et bien ces mesures fiscales auront un drôle d’aspect. Elles ressembleront à une forme de blanchiment d’argent. Il manque assurément une partie au programme sans laquelle il n’est pas certain que tout le reste du programme puisse être compris.

Et c’est pour cela aussi sans doute que les gens ont du mal à citer les objectifs phares du programme de J.-L. Mélenchon. Ses adversaires aussi du reste.

Ces derniers défendent directement cette caste de pillards, ces personnes dont certains aïeux ont accumulé leur fortune en pillant l’Afrique, à l’aide du travail obligatoire, pas en Allemagne, mais en Afrique, pour les noirs.

Bien sûr, tous n’ont pas investis en Afrique. Certains ont investi dans des entreprises françaises, mais qui se servent des matières premières africaines. Et les gouvernements de la République veille au grain. Ils ne sont pas à une guerre près pour conserver un accès privilégié aux ressources du vaste continent noir.

Bien sûr, si l’on aborde ce problème on se fait lyncher, comme E. Macron, il y a quelques semaines. Voilà pourquoi on n’en parle pas.

Il y a une autre politique à mener, et il y aurait parfaitement moyen de croître économiquement en développant les pays du tiers-monde. Ce serait du reste la meilleure façon de se remettre à croître économiquement.

L’utilisation du franc CFA force encore aujourd’hui des pays très pauvres à contribuer à accroître la richesse de la France. Ce scandale doit cesser.

Pour cela, il suffit de consacrer une certaine somme d’argent à la réalisation de toutes sortes d’infrastructures en Afrique, de créer des zones de libre-échange, vraiment libres, qui fonctionnent de manière à permettre le relèvement du niveau de vie dans les pays les plus pauvres, et pas l’inverse. En France, il suffit de mieux répartir les richesses pour mettre fin à la pauvreté.

Il est temps d’aborder ces questions. Ce sont des questions importantes. Ce sont peut-être les plus importantes. Les aborder et résoudre certains problèmes permettraient aussi de résoudre ne partie cette douloureuse question des réfugiés.

Ce sujet est bien entendu complètement tabou. Il est hors de question déborder ce type de problématique, excepté de manière extrêmement vague, lors d’une campagne électorale. On croit en avoir fini avec ce misérable nationalisme depuis longtemps, et pourtant, bizarrement, presque tous les candidats à ces élections présidentielles n’ont de cesse de proclamer leur amour de la France, leur foi dans la France.

Il y a lieu de réfléchir.

Les échanges deviendraient plus naturels, les choses se passeraient mieux, si les pays du tiers-monde en profitaient aussi, et si on les laissait bien sûr répartir équitablement le fruit de ces échanges au lieu de l’entasser illico dans des banques occidentales. Peut-être pourrait-on rétablir la libre circulation des personnes qui est une disposition inscrite dans la charte des droits de l’homme, au lieu de multiplier les centres détention pour étrangers. Cela ne se traduirait pas par une invasion puisque il y aurait moyen de vivre et de s’enrichir dans le tiers-monde également. Le réchauffement climatique a bon dos.

Conclusion

Pour le reste, autrement dit en ce qui concerne les 1h 30 restantes du discours de J.-L. Mélenchon à Lille ce 12 avril, rien à redire : un régal. Un des moments forts du speech, ce fut quand il fut question du MEDEF, La description qu’a faite du MEDEF J.-L. M. fut un grand moment. Il a bien exposé le manque de démocratie interne régnant au sein de cette institution, du MEDEF, son manque de représentativité, son pouvoir exorbitant, alors qu’il ne représente qu’un pour cent à tout casser des membres du patronat. Il a parlé de l’incapacité d’une majorité de petits patrons à se faire respecter, à se faire représenter normalement.

La partie sur le travail à la tâche, l’ubérisation fut un morceau d’anthologie également.

À Lille, Jean-Luc Mélenchon a beaucoup parlé de l’état. Sur l’état, il y a beaucoup à dire. Mais il serait nécessaire d’y revenir encore et encore.

J’ai encore noté quelques phrases sympathiques, comme celle-ci :

« On ne fait pas de tri. Ce qu’il y a à faire, c’est entrainer le peuple français dans une direction entièrement nouvelle.. On prend TOUT LE MONDE. »

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