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Qui choisir ce 23 avril? Un avis personnel.

Voici un classement qui vaut ce qu’il vaut?

Non tout court!

Je commence par la fin. Celui en qui j’ai le moins confiance, c’est Asselineau. C’est subjectif. Il faut dire que les soi-disant communistes qui soutiennent ce candidat ne l’aident pas. Ils inondent de pubs pour l’UPR les groupes et les murs des uns ou des autres. Ils ont transformé Asselineau en produit commercial. Même les publicitaires sont plus malins. Ils ne prennent pas les gens pour des idiots. Ces communistes qui ne font pas partie du P.C., qui critiquent le P.C., qui font plus penser à des fascistes, à des Sorel, font comme ils font d’habitude, ils traitent les gens d’idiots. Ils prétendent avoir la solution, ils disent être les seuls à proposer des solutions crédibles, etc.. Ça ne plaît pas ce genre d’attitude. La politique, ce n’est pas ça. La politique, c’est l’ouverture, le dialogue. On y parle d’égal à égal. On essaie de progresser ensemble. On n’a pas besoin d’un messie, d’un sauveur. En tout cas pas de quelqu’un qui juge qu’il est le seul à ne pas dire de bêtises. Asselineau est très péremptoire. En fait, on ne peut pas discuter avec lui. Il confond prestige, autorité et autoritarité. En plus, c’est un nationaliste.
Alors évidemment, Asselineau propose quelques bonnes choses, mais il faut faire un tri. Tout cela manque de nuances.

Juste au-dessus, je dois dire que j’hésite entre deux groupes. Un groupe de présidentiables, de poids lourds, et un groupe de poids plume,  difficilement présidentiables.
J’ai décidé de mettre les poids lourds un peu au-dessus parce qu’on les connaît mieux. Ils ont eu plus de temps et de moyens pour se faire connaître. Mais ils ont aussi des programmes plus complets. Mais ma sympathie va bien sûr plutôt à un Poutou qu’à l’un de ces poids lourds.

Les non présidentiables

J’aime bien Arthaud et Poutou. Ils me sont très sympathiques contrairement à Asselineau. Mais ce ne sont pas des intellectuels. Ils ont une vision quand même assez limitée de certaines choses. Même si, par exemple, je pense qu’il faut désarmer la police de proximité. Il y a tout un travail à faire à cet égard. Mais il faut aussi désarmer les truands et l’extrême droite bien sûr, et mieux contrôler la police qui resterait armée. Il y a aussi une justice à faire respecter. Car enfin, comment empêcher des manifestations de mal tourner quand certaines injustices sont aussi flagrantes? Évidemment, il y a des idées, des réformes, des solutions avec lesquelles je ne suis pas d’accord. J’ai entendu Arthaud dire un truc bizarre. Mais j’ai oublié quoi. On entend énormément de choses. Que feraient Poutou et Arthaud s’ils étaient confrontés à une crise politique grave? Est-ce qu’ils réussiraient à se tirer d’affaires? Je n’en ai pas l’impression. Ils ont des programmes assez révolutionnaires, quoiqu’il y ait beaucoup plus révolutionnaire. Leur élection provoquerait un choc, en France comme à l’étranger, un signal important aussi. Comment gèreraient-ils cette situation? Je pense qu’ils auraient dû évoquer ce cas de figure. Ils manquent de perspicacité. Il s’agit d’un positionnement en contre assez classique qui consiste à dire: on a le droit de défendre notre programme.. Vous  ne pouvez pas nous en empêcher. Non. Mais cela ne va pas dire que le Medef et le patronat vont accepter la chose, faire comme si de rien n’était.

Maintenant, entre ces deux là et Dupont Aignan par exemple. Il y a des idées de Dupont-Aignan auxquelles j’adhère et que ne défendent pas Arthaud et Poutou. Mais l’inverse est vrai également. J’aurais tendance à les mettre tous les trois ex aequo. Il y des idées de l’un et de l’autre auxquelles j’adhère.

La question que je me pose est: est-ce qu’ils sont présidentiables. Et là, je dois dire que je crains que non. Dupont-Aignan a de grandes qualités, mais je ne pense pas qu’il ait de vision politique suffisamment profonde de certains problèmes. Et il serait capable en cas de crise de prendre de bonnes mesures, mais de choisir le mauvais camps. Il manque de carrure.
Et je dois dire que Poutou et Arthaud idem. Il n’y a pas de mouvement avec eux.

J’aime bien Cheminade. Mais là encore, comment ferait-il? C’est un candidat éthique, mais quelle politique mènerait-il pour atteindre ses objectifs éthiques? A-t-il le poids nécessaire? Ou se montrerait-il impuissant? Et puis, quelles mesures concrètes prendrait-il? Je le mets donc au même niveau que Dupont-Aignan , Arthaud et Poutou, quoi qu’il ait dit des choses extrêmement importantes et justes.

Lassalle: j’aime bien le personnage. Mais, en pratique, je ne vois pas comment les choses tourneraient. Est-ce qu’il dirait à Trump d’aller se faire voir? Et est-ce qu’il prendrait ses responsabilités, où céderait-il aux pressions exercées sur lui, en dépit de ses intentions. Très direct, un chouette franc-parler, mais, face à des grands patrons comment se comporterait-il? Les remettrait-il à leur place? J’ai un doute. Je le mets au même niveau que les quatre autres.

Les présidentiables de droite

Fillon.  Un voyou de la haute, le vieux monde, vieille France, mais qui est de son temps, qui profite à la façon des voyous de son époque, de toutes les époques. Caractéristique de toute une dérive. La même moralité qu’un condottiere. Un personnage dangereux servi par la dérive antiterroriste. Avec lui, les plus riches feront encore plus fortune. Mais la France se retrouvera dans le fond du panier. Pratiquement au même niveau qu’Asselineau, sauf qu’il a une stature qui en fait quelqu’un d’un peu plus prévisible qu’Asselineau. Il n’est pas pire que Le Pen. Mais il n’est pas meilleur. Je le mets au même niveau. Ils se valent. Le Pen est plus directe. Fillon est moins méchant, mais pas moins moche.

Je dois dire que même Le Pen, j’ai l’impression qu’elle céderait aux pressions, surtout à celles de grands patrons. Le grand patronat, c’est le monde auquel elle aspire. Il y a chez elle une ambition dévastatrice. Son truc, c’est la démagogie. Je pense qu’elle est sincère, mais est-ce que sa sincérité tiendrait le coup devant les pressions du milieu qu’elle admire secrètement? Même si elle le critique maintenant, que fera-t-elle ensuite?

Elle dit qu’elle ne peut s’attaquer aux salaires ou à la sécu, et donc qu’il faut dévaluer pour être compétitif. Mais le fera-t-elle? Je dois dire que j’ai un doute. Le gros problème est là. Son parti pratique encore à mon avis un double langage. On dit A, mais est-ce qu’on ne va pas dire le contraire ensuite, ou à côté. On joue encore sur les mots. Parfois on est très habile, mais parfois, c’est quand même assez lourd.
Sans parler du reste, du sentiment qu’avec elle, on va se retrouver en prison. Elle ne tourne pas autour du pot. Elle ferme les frontières. Un réflexe de petite propriétaire, d’accapareur.. Je n’y crois pas. Elle n’a aucun projet à l’échelon international qui vaille la peine d’être mentionné. Pas d’interventionnisme. Cela c’est un bon point. Mais ,en pratique, est-ce qu’elle n’enverrait pas des troupes partout. Que ferait-elle avec l’Algérie?
Mais enfin, elle a une stature, y compris internationale. Elle serait peut-être quand même un peu en mesure de faire ce qu’elle a dit qu’elle ferait.
Et puis, elle se montre très capable de remettre des journalistes à leur place.
Mais avec les dirigeants de pays importants, que ferait-elle? Est-ce que l’anticommunisme primaire, le colonialisme, plus encore que le néolonialisme n’ont pas toujours été les dadas de son parti? J’aurais voulu qu’elle s’explique à ce sujet.
Elle ne l’a pas fait. Peut-être a-t-elle changé? On voudrait la voir aux affaires, pour voir ce qu’il en est, mais on voudrait quand même conserver la possibilité de lui dire stop, de dire: là, vous n’appliquez pas votre programme, il faut arrêter. Ou de dire, là vous appliquez une partie de votre programme que vous n’avez pas le droit d’appliquer.
Je la mets donc un peu au-dessus de Dupont-Aignan, Arthaud, Poutou, Lassalle, etc.. Au-dessus de Fillon. Seulement parce qu’elle a une stature qui lui permet de faire certaines choses.
Je ne suis pas d’accord avec elle. Il n’y a pas moyen de discuter avec elle. Mais, au moins, puis-je me le dire. Elle méprise mon point de vue, mais ne prétend pas qu’il est inexistant.

Les présidentiables de gauche

Hamon, Macron, et Mélenchon sont des intellectuels, qui représentent trois groupes d’intellectuels différents.

Mélenchon, ce sont les grands intellectuels, ceux qui remettent en cause le fonctionnement du système, qui l’analysent, qui le démontent.

Macron, ce sont les intellectuels qui en appliquent les théories existantes, qui les connaissent sur le bout des doigts, ce sont des agents de production, ce sont des fameux techniciens du savoir pratique de Sartre. Bref, ce sont des gens qui appliquent des théories de droite, qui ne sont pas contre des théories de gauche, sauf quand elles s’opposent à une logique productive de droite, au productivisme, à l’ubérisation du monde. Ce pourquoi je le mets un peu en dessous de Le Pen.

Quant à Hamon, il représente la gauche bobo, le monde associatif et engagé, la bien-pensance de gauche, qui a pignon sur rue, ce drôle de monde qui se sert d’un langage extrêmement sophistiqué, qui représente la bureaucratie sociale actuelle.. SOS racisme par exemple, ou la hiérarchie syndicale. Ce sont une multitude d’organisations qui accompagnent la dérive actuelle, qui jouent un peu le même rôle que les ONG dans le tiers-monde. Cette couche bobo de gauche affiche son extraordinaire compétence, ses projets merveilleux, d’autant plus merveilleux qu’ils ont l’air de s’attaquer à l’impossible, à des situations de plus en plus dramatiques.. Mais voilà, cette bureaucratie sociale n’empêche pas la misère de s’aggraver, elle rend la cassure entre exclus et les inclus de plus en plus criante et détestable. Elle représente un instrument idéologique qui sert à justifier des campagnes de bombardement aussi. Elle sert à donner une image magnifique de cette société, mais elle sert aussi à étouffer, à masquer une série de problèmes, à informer les couches supérieures sur la situation des classes sociales les plus défavorisées, à régler les problèmes dans leur intérêt, qui est en partie le leur. Ses membres ont un plan de carrière, ils font partie d’une élite qui est parfois assez fermée, comme toute caste. Une partie d’entre eux sont des interventionnistes. Ce sont des citoyennistes. En dépit de son extraordinaire compétence, cette bureaucratie sociale manque de fiabilité. Elle est en butte à une dérive. Sa bien-pensance est problématique. Des trois ténors de gauche, seul Mélenchon se démarque de cette bien-pensance, quoique, dans certains cas, on doive le rattacher à elle également.

Je place Hamon entre Macron et Le Pen, à cause des campagnes de bombardements que son courant sociologique sert à justifier, et à cause de la dérive sécuritaire actuelle.

On a affaire en effet à deux types de gauches engagées. Il y a la bureaucratie sociale, proche de Hamon, extrêmement bien documentée, très compétente, mais contre révolutionnaire, en tout cas sur le plan du discours, et quand même fort impuissante, assez opportuniste, qui se vend pour des subsides, et qui lorgne vers Macron. Et il y a la gauche critique qui essaie de remettre intellectuellement en question les fondements du système, l’ordre international, l’ordre établi sur le plan national, et qui défend des logiques gouvernementales réformatrices à l’œuvre dans le tiers-monde, qui table sur Internet, qui a les médias contre elle, qui est proche de Mélenchon.

Il y a aussi la gauche révoltée à laquelle je rattache le groupe La Canaille, certains anarchistes, No Border, ou le PIR. Mais cette dernière n’a pas de représentant à l’échelon électoral. Où ils n’ont pas réussi à se présenter, à récolter les 500 signatures nécessaires. Sauf Poutou, mais qui est plus un anarchiste, qu’un candidat présidentiable. Il faut dire que les revendications de cette véritable autre gauche sont difficiles à couler dans un discours politique général cohérent.

Les trois grands ténors de gauche se partagent aussi les syndicats. La CFDT pour Macron. Et les deux grandes tendances de la CGT pour Hamon et Mélenchon. La tendance patronale du côté de Hamon, et la tendance critique et contestataire, de type Ruffin, du côté de Mélenchon.

En fin de compte, au sein de la gauche présidentiable, dans l’ordre, je mets Macron un peu en dessous de Hamon, et Hamon en dessous de Mélenchon. Mais je ne crois pas du tout au modèle économique auquel adhèrent Macron et Hamon.

Je mets Mélenchon nettement au dessus des autres, et de tous en même temps. Avec un bémol cependant, j’espère qu’il surprendra dans le bon sens, pas dans le mauvais, pas à la manière d’un Tsipras.

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