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Que faire au second tour? S’abstenir ou choisir entre les deux candidats?

 

Qui choisir? C’est complexe. Il est difficile de trouver un raisonnement imparable.
D’abord, que penser de la figure du mal, de l’autoritarisme, de la réaction souverainiste de l’extrême-droite et de Marine Le Pen qu’on nous dépeint. Bien sûr, de ce côté, il y a Breivik et les gens comme lui. Rien que d’y penser, cela rend malade. On sait. On a déjà eu affaire à eux. On n’en a pas conservé de bons souvenirs. On ne veut plus de ce racisme-là, ni de leur colonialisme bête et méchant. On a constamment de tels racistes sur les bras. Ils sont toujours là, eux et leurs pénibles raisonnements. Ainsi que les colonialistes. Est-ce que si on vote pour Le Pen, si elle l’emporte, ce sera le déferlement? Et après? Sera-t-on en mesure de le combattre?

Il est impossible d’envisager toutes les hypothèses. Cela ne créera pas d’emplois, cela c’est certain. Même pas pour les Français de souche. Peut-être seront-ils encore un peu plus avantagés, mais j’en doute. Le racisme structurel tourne depuis longtemps à tour de bras. Et pas seulement le racisme structurel. La justice est raciste, la police l’est. Les médias, les classes moyennes sont terriblement racistes. Les ouvriers aussi. Si Le Pen l’emporte, tout ce racisme, ce racisme structurel deviendrait légitime, logique, un apartheid se mettrait en place, tout cela se justifierait d’une façon ou d’une autre, mais ce serait une révolution, un choc, tout cela serait légal et détestable en même temps. La schizophrénie sera encore un petit peu plus totale.

Comment le Pen ferait-elle valoir tout cela? Est-ce bien ce qu’elle compte faire? Est-ce que cette représentation est appropriée. Le Pen et le F.N. s’évertuent à démentir une telle chose. Serait-ce le grand retour d’une politique consistant à duper son monde systématiquement, à tabler non seulement sur le désarroi, mais sur l’anéantissement des gens? Ou bien le F.N. mènerait-il simplement une politique protectionniste, modérée, sans excès, avec plus ou moins d’habileté? Et, dans ce cas, comment se comporteront les journalistes, et remettra-t-elle à leur place les journalistes qui s’efforcent de mettre l’accent sur de soi-disant problèmes culturels, pour tenter de faire dériver la situation ? Comment gèrera-t-elle le quatrième pouvoir si ce dernier tente d’instrumentaliser les problèmes ethniques, pour faire d’elle un épouvantail. Réussira-t-on à l’acculer à se comporter de manière catastrophique? Comment réagira la gauche contestataire?

Dans l’autre cas de figure, avec Macron président, que se passerait-il? Il y a du positif chez Macron, mais on se doute qu’il serait rapidement mis sur la sellette. Les banques s’attendent à un retour sur investissement. Dans ce cas-là, il faut s’attendre à ce que les services publics soient rapidement privatisés, à ce que la Sécu soit démantelée, de même que les droits du travail, comme l’OCDE, qui, plus encore que l’OTAN, est à vomir, l’exige. Il s’agit d’une forme de fascisme aussi. Si tant est plus hypocrite encore. Les mesures vont tomber les unes après les autres, et la casse sociale va continuer. On est à la veille d’une crise. Le chômage va exploser. Est-ce que nos puissants moralistes seront à la hauteur, et est-ce que ce sera l’occasion de réclamer un traitement équivalent et des droits pour tous, est-ce que les représentants du peuple veilleront à ne pas faire de distinguo entre Français de souche et immigrés d’origine africaine ou asiatique? Ou est-ce que, finalement, Macron, se rangera de l’avis d’une le Pen, tout en servant à banaliser les choses,  à les maquiller, à les expliquer?

Est-ce qu’avec le Pen, il n’y aura pas moins de personnes en prison qu’avec un défenseur aussi subtil de la moralité que ne l’est E. Macron?
Est-ce que Marine Le Pen va se mettre à envoyer des gens dans des camps? Sera-ce le cas. Il est peut-être complètement erroné d’attribuer à Le Pen et au F.N. les mêmes tendances que d’autres régimes et logiques fascistes dont les expériences ont fait date. Cela dit, cela pourrait bien se produire!
Il est difficile de répondre à ces questions à l’avance. Pour y répondre, il faudrait déterminer qui dispose de la réalité du pouvoir, et qui en disposerait si elle était élue? Est-il juste de dire que si l’on élit Marine Le Pen, c’est en partie parce que les élites le veulent bien? Parce qu’elles préfèrent Marine Le Pen à Mélenchon par exemple.

Avec Emmanuel Macron, on aurait affaire à un cosmopolitisme égoïste, mais vertueux, en principe. Cela signifie-t-il que les étrangers trinqueront au nom de la morale, de l’ordre public, au lieu de le faire à cause d’une bande de voyous? Ou cela signifie-t-il qu’ils seront en mesure de revendiquer une égalité plus réelle? Est-ce qu’ils se retrouveront à la rue plutôt que dans des camps? Est-ce qu’ils serviront comme mercenaires tout en passant pour des jihadistes? Et est-ce qu’on continuera à les combattre avec des armes bien plus monstrueuses que de simples armes de poings, à cinq mille kilomètres de Paris?

En cas de violence de la part du FN, y aura-t-il des réactions de grande ampleur? Et est-ce qu’en cas de meurtre par la police avec Macron en guise de Président, on aura aussi droit à des réactions de masse, ou seront-elles jugées excessives, déplacées, etc.. Invoquera-t-on plus facilement la fatalité, ou bien l’irréparable, etc.. L’ordre public aura-t-il meilleure presse?

Justifiera-t-on l’inégalité économique au moyen de l’égalité politique, ou au moyen d’inégalités politiques? Qu’est-ce qui attend les Français?

Pour le moment, E. Macron parle surtout de flexibiliser le travail. Est-ce que la situation sera telle que d’autres solutions puissent prévaloir? La masse de pauvres, sous-représentée à l’échelon politique, serait-elle incapable de profiter des droits politiques qui seraient les siens? Ou bien, au contraire, trouvera-t-elle le moyen de faire grève pour obtenir les 30 heures, pour mettre fin au chômage de masse, et stopper les pulsions va-t-en guerre de la société et des dirigeants? Est-ce qu’avec Emmanuel Macron comme Président, il y aura moyen de partager le travail? La classe politique française n’est pas demanderesse. Les travailleurs non plus. Enfin, ceux qu’on appelle les travailleurs.

Il existe un énorme schisme dans la société.  Il en existe plusieurs. Tout cela ne fait pas forcément l’objet d’un débat de société. Les groupes culturels sont rattachés à des identités. Les riches ont beau jeu de dire qu’ils ne voient aucun inconvénient à ce qu’une famille noire occupe une maison dans leur quartier. Il ne s’agit pas de précaires, même si la société les traque à sa façon comme elle fait avec les autres.
Les immigrés vivent avec les pauvres, dans les mêmes quartiers. Il n’est pas possible de ne pas parler, de ne pas voir ceux qui habitent parfois dans la pièce d’à côté, comme l’on fait dans les quartiers chics, où l’on vit en fin de compte beaucoup plus entre soi, où l’on dispose d’un certain espace, où on a le même standard de vie que les autres, où l’on noie sous les signes de richesse extérieure, qui une djellaba, un autre un joli boubou africain. Où de toutes manières, les gens ne s’adressent pas beaucoup la parole, où l’on se sert d’un code sophistiqué pour entrer en contact avec les autres.

Que se passera-t-il avec l’un ou avec l’autre, il est difficile de l’évaluer? Comment ces questions seront-elles pires en compte?

Le Pen soulève de vrais problèmes. Mais elle simplifie. Elle simplifie les choses systématiquement. Mais enfin, elle les traite. Elle ne prétend pas les ignorer. Elle veut une séparation, et, sans doute, s’agirait-il alors de justifier de nouvelles exactions. C’est bien cela le problème. C’est de cette façon là qu’elle ment. Elle laisse croire qu’elle n’est pas pire, qu’au fond elle est la seule à tenir compte d’une réalité. En fait, elle n’en tient compte que pour aggraver encore les tourments de certains, auxquels la Sécu avait jusqu’à présent permis de tenir le coup vaille que vaille. Il y a un gros problème, c’est certain.

Pour choisir, il est nécessaire de prendre du recul. Quoiqu’on dise, il y a à boire et à manger des deux côtés. On ne peut pas annoncer à priori que Marine Le Pen va se comporter de telle out elle manière, qu’elle va prendre telle out elle décision.  Idem en ce qui concerne Macron. Le doute est permis. On a un petit peu plus de raison de penser que Marine Le Pen va prendre des décisions complètement malheureuses, mais il reste possible qu’Emmanuel Macron prenne ce type de décision également. En tout cas, sur le plan des droits sociaux, avec Macron, la bataille sera dure. Le tout, c’est d’empêcher une guerre coûte que coûte, et se se poser la question des droits du travail et au travail, de l’égalité devant le travail, et de l’égalité d’une manière générale.

Que va-t-on faire? Est-ce que la France essayera de jouer un rôle sur le plan militaire, dans la foulée des USA, de l’Allemagne, et est-ce que la fracture sociale deviendra aussi catastrophique qu’aux USA et en Allemagne sans qu’il n’y ait rien à faire qu’à espérer une guerre, pour résoudre le problème, ce qui est ce qui se passe actuellement. Sans la force nucléaire, on serait déjà en guerre.

Que faire si la France se retrouve en guerre pour récupérer la Crimée par exemple, pour faire interdire le russe en Ukraine et éradiquer la culture russe? Au nom de la morale.  On occupera peut-être un pays arabe, dans lequel on aura peut-être provoqué une guerre dévastatrice, on y déportera massivement cinq millions de musulmans. Pourquoi pas? On invoquera leur bonheur, leur droit à vivre une vie pleine, et heureuse comme tout le monde. Et tous applaudiront des deux mains.
Une telle morale est dangereuse. Est-ce que ce n’est pas aussi une forme de fascisme? Sur ce plan, Le Pen n’est-elle pas aussi fiable que Macron? Est-ce que ce n’est pas la même chose? Bien sûr, si Macron était élu, on ficherait la paix aux immigrés d’origine maghrébine et subsaharienne. Sauf qu’ils iront quand même en prison, qu’on mettra quand même leurs quartiers sous surveillance. L’on fera de cette surveillance le nec plus ultra, le sommet de la morale, de l’ordre démocratique, de l’équilibre.

Bien sûr, avec Le Pen aussi, il peut y avoir la guerre. Il y a peu de chances que cette dernière dise que la France souhaite demeurer neutre, et rester en bons termes avec les pays du tiers-monde. Même Mélenchon manque de clarté à ce sujet. Sauf au sujet de l’OTAN. Mais on peut s’allier à lui ou le combattre. Mélenchon ne dit pas non plus qu’il se rangerait du côté des Russes. Le Pen non plus ne l’a pas dit. Elle a défendu le point de vue et le bien-fondé de la politique étrangère de la Russie, c’est tout. Elle n’avait pas non plus à prendre position pour de vrai au nom de la France, des Français. Entre Trump et Poutine qui choisirait-elle? Poutine a clairement pris parti pour la Corée du Nord. Il essaie de dissuader les U.S.A. de s’attaquer à cette petite puissance nucléaire. Que ferait Marine Le Pen? Macron, c’est certain, prendrait le parti de Trump, mais pas s’il attaquait la Corée de manière complètement unilatérale. Mais si Trump attaquait de manière unilatérale, est-ce que Marine Le Pen n’apprécierait pas son attitude, et ne l’aiderait-elle pas dans son entreprise, du moment qu’elle pense qu’elle est la seule à le faire ou que c’est la seule couleur de ses adversaires qui l’irrite?
On n’a pas parlé de la guerre lors de ces élections. Or, elle est omniprésente. Le lendemain des élections, cette question reviendra à la une de l’actualité.
Le nouveau chef du gouvernement français sera tenu de prendre position. Le fera-t-il? Ou le fera-t-elle? Comment fera-t-il, ou elle, avec des gens qu’on manipulera massivement au moyen d’un spectacle aussi navrant que dérisoire?

Vaut-il mieux combattre Le Pen alors qu’elle est au pouvoir, ou alors qu’elle reste dans l’opposition, et qu’elle continuerait à servir d’épouvantail, à la plus grande joie des médias et de l’establishment.
Peut-on prendre le risque de laisser Macron accéder au pouvoir?

 

 

 

 

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