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Les médias et le Mondial

 

Je crois bien que ce qui m’a gâché ce Mondial et ce qui a probablement déçu plein de monde, ce n’est pas la défaite contre la France, mais c’est la couverture médiatique du Mondial, des matchs par les médias belges. Ce sont les titres franchement primaires, lourds, pénibles, des unes des journaux, les slogans éculés, répétés à l’envi, comme l’union fait la force. Slogan vide de sens, parce que nationaliste. Qu’est-ce que le nationalisme a à voir avec le sport? Cet état d’esprit n’est pas sans rapport avec les violences à Mons et ailleurs. 

En lisant les journaux, en entendant les commentaires concernant le match Belgique-Brésil, on aurait dit qu’ils couvraient une bataille comme celle de l’Yser ou plutôt comme celle des Thermopyles, et pas une compétition sportive. Il fut question d’héroïsme. Oui, bien sûr, la bataille contre les Brésiliens fut rude et l’engagement y fut total. Mais de là à écrire qu’on a marché sur le Brésil! Un état d’esprit en tout cas qui, contre la France, s’est brisé sur un mur. Contre le Japon et le Brésil, l’équipe belge a eu la chance d’en avoir voulu jusqu’à la fin, d’avoir réussi à garder le moral, un moral qu’elle n’a pas réussi à conserver face à la France, malgré toutes les mesquineries entendues, peut-être à cause d’elles. Il me semble même que si cette magnifique équipe belge a su conserver son moral face au Brésil, c’est en partie parce que ses joueurs ont l’habitude d’entendre d’autres commentaires que ceux de la presse belge. La Belgique n’est pas une grande puissance et sans doute, doit-elle apprendre à commenter les matchs de foot-bal internationaux d’une autre manière que des grandes puissances qui n’ont rien à prouver, elles, sinon qu’elles ne sont pas que ça, que des grandes puissances, qu’elles n’en sont pas. 

Il y a deux écueils à éviter. Le premier consiste à s’apitoyer sur la faiblesse, la petitesse de la Belgique. Le second consiste à se prendre pour une grande puissance. On est nous-mêmes, on n’est ni faibles, ni puissants, ni petits, ni grands, ni géniaux, ni débiles. La Belgique est un pays plein d’attraits, elle a des sportifs de haut niveau, une histoire extraordinaire, et les gens s’y posent comme partout des questions au sujet de leur futur proche. Le mieux qu’on a à faire, au lieu de critiquer tous les adversaires de l’équipe belge, leur mentalité, leur pays, c’est de s’intéresser à eux. Mais, bien sûr, cela ne s’improvise pas. 

L’arrogance épouvantable des titres C’était le Brésil, On a marché sur le Brésil, leur connotation, les gueules ouvertes des diables qui crient sur presque toutes les photos publiées par les journaux, comme des grands bébés, comme des personnages de bande dessinée qui ont faim, n’ont rien de drôle. 

Pourquoi pas une image sur la vie de famille d’un diable, des images de bonheur, des titres plus positifs? Pourquoi, sur les autres pays, est-on tenu de tenir des propos aussi lénifiants? Sur le Brésil, menacé par un retour de la dictature, qui vit une crise désespérante, surtout, pourquoi se contenter de se réjouir sans vergogne de la défaite de son équipe? Pays doublement malheureux.. L’on est moins libres qu’avant. Il y a un demi-siècle, on aurait osé parler du Brésil de cette façon. On aurait montré un peu plus de recul, peut-être. On ne se serait pas borné à commenter un bête résultat sportif en invoquant des valeurs et en surestimant les mérites et les qualités de sa propre équipe de football.  

Il s’agit d’un manque de goût affolant de la part des rédactions des journaux, sans doute causé par une obligation assez surprenante de manifester leur chauvinisme de la manière la plus bornée possible, comme si elles avaient à craindre les conséquences d’un manque d’enthousiasme, comme si on vivait dans une dictature. 

Un manque d’esprit cuisant, notamment à propos de la France, qui est, elle, une grande puissance, et qui aura coûté cher.  

Astérix contre Tintin, deux héros de bande dessinée d’un autre âge, deux héros blancs, occidentaux à outrance, à mille lieues de la musique, des héros de bande dessinée, des préoccupations actuelles! La Belgique et la France sont-elles des pays d’un autre âge? Leur mentalité est-elle d’un autre âge? Ce n’est pas l’image que j’en ai. Pour moi, au contraire, il s’agit de peuples créateurs , ouverts sur le monde et à la pointe de la modernité et des valeurs, malgré tout ce qui est en train de tourner court, malgré tous les tourments infligés aux plus pauvres, aux migrants, malgré les licenciements massifs qui se succèdent depuis quatre décennies. Y fonctionnent vaille que vaille encore toutes sortes de services relativement efficaces, en dépit de toutes sortes de dérives, qui n’existent nulle part ailleurs. L’économie aussi y fonctionne bien, parfois même un peu trop bien.. 

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