Publié le

Le château de cartes des élections communales

Comment a fonctionné la communication entre PS et PTB?


Explications de Raoul Hedebouw au sujet des négociations électorales entre le P.S. et le P.T.B..

La presse a fourni une pseudo-analyse. Elle a permis de saisir certaines choses, mais il n’y a pas eu de débat au sens fort du terme au sujet des refus des uns et des autres. Il n’y a pas eu de post-négociations. Il y a eu un début de débat. C’est mieux que rien. Mais ce n’est pas assez.

La critique du PTB fait songer au livre de Lénine sur le renégat Kautsky (La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky.). Aussi passionnant et juste soit-il, ce livre, pas plus que d’autres, ne fait le tour de la question de la collaboration de classe en politique. Il y manque pour cela une approche approfondie du rapport du pouvoir avec le mécanisme des élections. Il semble que les élections, que la démocratie soient avant tout un mécanisme d’intégration au pouvoir d’élites dirigeantes successives. Cette intégration est un piège dans lequel les libéraux, au milieu du XIXème siècle, et puis les socialistes, au début du vingtième, et enfin les écologistes, à la fin de même vingtième, sont tombés, chacun donc environ à un demi-siècle d’intervalle. Dans chaque cas, l’accession au pouvoir semble moins se doubler d’une sorte de renversement systématique des points de vues et des opinions de ceux qui y parviennent, que de l’instrumentalisation de ces points de vue par les pouvoirs. Le cas de la transformation du POB en organisation militariste à la veille de la guerre 14-18 est emblématique de ce fonctionnement. En tout cas, c’est l’expérience que l’on a de la démocratie dans ce pays, et dans d’autres bien sûr également.

Pour beaucoup, faire de la politique en démocratie, c’est donc tout simplement renoncer à un point de vue. C’en est presque devenu la marque de fabrique de la démocratie.

Pourrait-il en être autrement?

Il est par dessus tout difficile de faire changer d’orientation, d’objectifs, de fonctionnement, un système à la fois bureaucratique, démocratique, et idéologique. En tout cas, en luttant avant tout pour des voix lors de scrutins électoraux successifs.

Tout dirigeant de parti se heurte à ce système, à des habitudes de pensée, à des passe-droits, à un système établi. Il n’est pas possible de transformer ce système simplement par la voie électorale.

Tenter de le faire, c’est prendre le risque de voir tout un château de cartes s’effondrer au moment précis où l’on tente désespérément de se mettre enfin en action.

La démocratie et les élections servent à mon avis certes à tenter de comprendre ce système, à en débattre, et elles permettent en partie de le transformer, mais les pressions dans le sens opposé, les pressions systémiques, disons, sont de loin les plus fortes. Comme on l’a vu aux U.S.A. où un Trump a pu succéder à un Obama, ce sont ces pressions systémiques qui ont tendance à l’emporter par rapport aux pressions transformatrices. Et quand ce n’est pas le cas, c’est pour mettre quand même partis et système au service du pouvoir économique et de l’establishment et l’obliger à renoncer à ses ambitions, en général au moyen d’une guerre.

Comment se situe le PTB par rapport à ce type de perspective? La peur légitime du système vis-à-vis de toute pression transformatrice découle de sa rigidité elle-même. Il ne peut concevoir une telle transformation et il se méfie bien souvent à juste titre. L’histoire du fascisme atteste du danger qu’elle est capable de représenter.

L’histoire du communisme atteste également du bien-fondé de la peur de ce que pourraient faire ceux qui prétendraient gouverner après l’abolition du « système » et le renversement de son establishment. Il serait du reste utile d’interroger cette histoire et de fournir des réponses moins schématiques que celles auxquelles l’on a l’habitude d’avoir affaire. Que s’est-il réellement passé?

Est-ce que, tout simplement, le communisme a permis que des potentats abusassent systématiquement de la situation nouvelle résultant de la révolution d’octobre? Ou est-ce que les déportations furent la conséquence de la guerre réelle menée après la révolution pendant des années par le vieux monde et le pouvoir capitaliste aux révolutionnaires, et de l’économie de guerre qui en a résulté. Bref, sont-elles la conséquence d’un irrespect généralisé, et particulièrement attractif, à l’endroit des objectifs révolutionnaires, ou avant tout le produit d’abus systématiques et de l’autoritarisme de dirigeants confrontés au vide et désireux de s’imposer malgré tout? Ou tout cela à la fois.

Le problème, c’est que le vide n’est pas vide. Beaucoup, sinon presque tous, en tout cas, des millions de gens luttent à leur manière pour une amélioration des choses, et une transformation de la situation. Les critiques du système sont de plus en plus élaborées. De nombreuses alternatives sont en gestation. Or le nouveau pouvoir impose tout d’un coup ses idées, ses préjugés, sa façon de voir. Il en faut une, c’est certain. Et il faut qu’elle soit capable de s’imposer. Sans cela, ce serait livrer toute une région du monde à la convoitise exaspérante des autres. Mais les idées nouvelles sont-elles les bonnes?

Pour en revenir à la situation qui nous concerne, les qualités elles-mêmes du PTB ne le destinent-elles pas à devenir l’instrument du business as usual lui-même contre les pressions transformatrices qui cherchent à l’ébranler.

Je vois parfois les mêmes tendances autoritaires au PTB qu’au sein du système lui-même. Une forme de conservatisme, sans parler de son nationalisme, me paraissent y faire l’unanimité. Même si on y défend certaines garanties et le droit à une existence décente de tous, on est loin d’y préconiser la démocratie ouvrière. On n’y propose ps de solution au chômage de masse, à part un plein emploi totalement inimaginable, en tout cas sans partage du travail, ce qui ne fait pas partie des perspectives du PTB. D’où ma crainte que son refus de communiquer ne soit pas réellement fondée..

Je ne peux m’empêcher de penser à Syriza, même si j’ai conscience que le PTB a une histoire plus longue que ce dernier, et qui s’est historiquement tissée de luttes nettement plus radicales et révolutionnaires.

Je m’inquiète à cause de certaines attitudes du PTB vis-à-vis de la lutte pour les droits des migrants. Ou de son point de vue par rapport à certaines logiques organisationnelles qui réussissent à faire reculer le business as usual ou par rapport à l’autonomie citoyenne, même si le PTB est aussi un facteur d’autonomie dans toute une série de situations.

Je me réjouis que, dans une commune, à Zelzate, le PTB entrât dans une majorité communale. C’est l’occasion de tester toutes sortes de choses, d’améliorer les schémas de communication et de négociation existants, mais aussi de vérifier la pertinence des critiques habituellement faites au système.

Mais il reste encore du chemin à parcourir, et un piège extrêmement bien tendu à éviter à tout pris.

Les seules solutions à ce dilemme sont les transformations révolutionnaires.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.