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La France insoumise se réorganise

La FI a besoin de s’organiser ou de se réorganiser. En s’absentant, lors des amphis d’été, Jean-Luc Mélenchon a placé ses dirigeants devant une sorte de nécessité. Il les a mis en demeure de se positionner.

Ceci dit, entre parenthèses, l’absence de Jean-Luc Mélenchon aux amphis d’été de la FI ne devrait pas poser un tel problème, ne devrait pas susciter tous ces commentaires tirés par les cheveux au sujet des raisons ou pas de son absence. C’est le meilleur moment pour voyager, et il faut voyager, s’intéresser au reste du monde. C’est vital. Pendant le reste de l’année, la vie politique parlementaire exigeante qui est la sienne le retient en France. Et les amphis, c’est l’occasion ou jamais de laisser ses lieutenants prendre leurs responsabilités. S’il faut admirer la maîtrise du discours de Quatennens, du reste, ce sera aussi l’occasion de regretter l’absence de Danièle Obono, bien plus problématique à mes yeux que celle de Jean-Luc Mélenchon. Bref de regretter le côté franco-français de ces amphis, qui ont davantage servi à jeter l’opprobre sur l’immigration que sur quoi que ce soit d’autre. En tout cas, c’est ainsi que les choses ont tendance à tourner à cause de toute les prises de positions qui visent à défendre l’intellectuel mis en cause lors de ces amphis d’été à cause de ses propos sur l’islamophobie.

Les lieutenants de Mélenchon sont donc sont en train de se positionner. Ou ils l’ont fait, et, malheureusement, à mes yeux, ils ne s’en sont pas bien tirés. C’est peut-être dû au propre choix de Quatennens par Jean-Luc Mélenchon, plutôt que d’Obono ou d’autres. Malgré l’excellence de Quatennens, ce dernier a, en fin de compte, en soutenant un intellectuel officiel cherchant à justifier l’islamophobie, contribué à jeter l’opprobre sur l’immigration nord-africaine. Au faux pas d’un membre des Indigènes de la République qui souligne notamment le caractère systématique de l’écartement des cadres immigrés antiracistes à la FI, répond le faux pas de la FI.

Il y a ce qu’on appelle une opinion publique officielle. Et en dehors d’elle, il y a les opinions de chacun, des gens. Ce que nous vivons mal, c’est quand l’opinion publique officielle porte un jugement qui discrimine. Lorsque l’opinion d’un simple quidam fait la même chose, c’est beaucoup moins important. Une telle opinion publique officielle est très difficile à contredire, mais en politique, évidemment, c’est cette dernière qui compte et que les uns et les autres tentent de mettre de leur côté. Mais la mettre de son côté n’est pas facile. Pour y parvenir, partis et associations font souvent appel à des intellectuels officiels.

Qu’est-ce qu’un intellectuel officiel ? C’est un intellectuel qui fait passer l’officialité de la pensée avant la pensée. Bref qui essaie de se faire connaître en adoptant les tournures officielles de pensée, en les arrangeant à sa sauce, plutôt qu’on les contredisant lorsqu’elles le méritent.

La pensée officielle et le débat sur le colonialisme en France servent à présenter la France postcoloniale comme débarrassée du racisme, au-delà du racisme. Ce débat prétend mettre en cause sans y parvenir le racisme colonial, qui, du reste, n’aurait jamais sévi que dans les colonies. Telle est la pensée officielle sur la question du racisme. Et des intellectuels qui, autrefois, auraient été taxés d’intellectuels de Cour, de s’efforcer d’étayer cette thèse.
Combien restent encore persuadés que le colonialisme n’est pas du racisme! Même s’ils admettent que la société coloniale est, elle, raciste. Sur le racisme de la société coloniale, on a des écrits, notamment le fameux Voyage au Congo d’André Gide, que certains critiquent avec une ferveur qui reste emblématique du sort de la pensée dans notre société postcoloniale.
Sur le racisme du colonialisme en tant que tel il y a peu d’écrits, même s’ils sont très intéressants. Il y a Franz Fanon et Edward Said. Mais ce ne sont pas des philosophes, même si ce sont des intellectuels de premier plan. Il y a des poètes comme Césaire. Mais pas de philosophes. Par contre, il y a des philosophes racistes : Montesquieu, Voltaire, Alain ont tous des propos racistes.
Les philosophes échouent complètement à faire la part des choses.

Pour éviter certaines polémiques, lors des événements représentatifs qu’ils organisent, partis et associations s’efforcent généralement de proposer des intervenants les plus en accord possible avec cette opinion publique officielle, dite opinion commune. Et, en même temps, en accord avec leur propre point de vue. Mais c’est justement ce qui pose problème, à cause du caractère polémique de cette pensée officielle. Impossible d’éviter les thèmes polémiques surtout lorsqu’on veut faire changer des choses. C’est le cas de l’opinion sur l’islamophobie et sur le racisme en général.

Invité par la FI a donner une conférence aux amphis d’été, Henri Pena Ruiz a fait part de l’opinion philosophique officielle (ou commune) au sujet de la laïcité, opinion qui est considérée comme anti-raciste, et qui sert actuellement à départager racisme et antiracisme. Il s’agit bien d’une opinion. Pas d’une philosophie. Et cette opinion qui a le défaut de se dire philosophique confère à la laïcité une valeur universelle. C’est cette universalité qui empêcherait de considérer l’islamophobie comme du racisme. N’étant pas raciste, l’islamophobie serait acceptable ce qu’elle n’est en fait pas à cause du racisme. C’est l’existence de ce racisme qui fait de l’islamophobie un problème. L’impossibilité de critiquer l’islam provient du racisme. Bref, en aggravant ce racisme, on rend la critique de la religion, nécessaire et même salutaire, impossible. Cela la pensée officielle, particulièrement abstraite, ne le considère pas. Les mentalités dans nos sociétés sont encore largement colonialistes ou différentialistes et l’islamophobie procède bien à une théorisation raciste de l’islam. C’est ce racisme qui a choqué un commentateur de la conférence d’Henri Pena Ruiz et suscité une polémique. Ce n’est donc pas tellement le procès de HPR qu’il faut faire ici, mais celui de la philosophie et de la pensée officielle, qui passe pour de la philosophie.

À cette dimension intellectuelle se superpose la dimension politique de l’affaire. Lors de chaque campagne électorale, et même en dehors, quand on sait que des gens, un parti va se présenter à des élections des accusations terribles sont proférées. Des anathèmes sont lancés parfois par des gens qui ne sont pas n’importe qui.

Que faire ?

Une fois encore la FI bute sur ce problème. Le FN aussi, mais d’une autre façon. Lui voudrait faire passer l’islamophobie pour salutaire, voire indispensable. La FI s’attaque seule à cette difficulté, bref au racisme, à l’échelon politique. Cela fait partie de son ADN. On ne peut le nier.
À la FI, lorsque c’est Danièle Obono qui réagit à des propos racistes, elle, dans le bon sens, mais avec ses mots, sa sensibilité, l’opprobre est générale. La FI a les plus grandes peines du monde à s’en tirer. C’est ce que ses dirigeants ont sans doute voulu éviter.
À cause du bashing plus ou moins systématique dont pâtit la FI, cette dernière ne semble pas en mesure pour le moment d’affronter la pensée officielle et les médias qui en sont les propagandistes. Cela soit dit en passant, ceux qui la critiquent et qui tirent sure elle à boulets rouges sont donc également en tort et font eux-mêmes le jeu des racistes.

Bien sûr, officiellement, le racisme est condamnable. Mais, dans les faits, c’est beaucoup plus complexe. Justement à cause de cette pensée officielle, de cette opinion commune peu ou prou officialisée avec laquelle il n’est pas toujours facile de compter.

En Belgique un festival local, annuel, la Ducasse d’Ath, vient de faire débat. Une personnalité grimée en noir, servant à représenter un soi-disant sauvage, y défile bardée de chaînes. Les Athois sont persuadés que cela n’a rien de raciste. Pour eux, le sauvage correspond à une réalité historique. En criant, menaçant la foule, le sauvage ajoute du piquant à leur festival et est apprécié pour cette raison. Il est un fait qu’il semble plus difficile de rire des autres personnalités historiques, princes et ducs, chefs de gildes, et autres personnalités représentatives de militaires défilant à ses côtés. Mais l’Unesco vient de trouver que ce soi-disant sauvage qui est toujours un noir, ou plutôt un blanc grimé en noir, est raciste. Les Athois ne comprennent pas pourquoi. C’est un des drames du racisme, c’est qu’il passe volontiers pour de l’humour, ou qu’il aurait un caractère historique. Le racisme se faufile, se perpétue grâce à des amalgames difficiles à critiquer. Il essaie de passer pour autre chose et se défend bec et ongles. Le racisme s’appuie volontiers sur l’humour. Au Brésil, il existe ce qu’on appelle le racisme cordial. C’est du racisme. C’est une forme d’humour. Les gens ont du mal à faire la part des choses parce qu’ils aiment ce qui les fait rire et ce qui les rassure. Pour les Athois, le sauvage symbolise en réalité l’anormalité, le fou, celui qui dérange, qui ne se comporte pas comme tout citoyen responsable, qui ne s’adapte pas à la société. Mais la folie est un thème tabou dans nos sociétés. Le fou est traité par le folklore, vu par lui, comme un personnage qui vivifie la société, qui la fait remettre en question ses propres illusions, qui sert à la régénérer. Le sauvage par contre en représente l’adversaire résolu. Un peu comme l’anarchiste, dont le thème est du reste complètement tabou. Pourquoi ne remplacerait-on pas le sauvage par un anarchiste, disant ses quatre vérités à la population ? Parce que cela la déstabiliserait.

Pour en revenir à la FI, et à la France, où le racisme officiel porte différent noms : racisme d’état, ou structurel, néocolonial, ou postcolonial, il nécessite un positionnement. Ou les dirigeants de la FI agissent, se positionnent, n’attendent pas que Jean-Luc Mélenchon leur donne des consignes, se comportent en responsables et s’entendent, ou bien, effectivement, il se peut qu’elle échoue. Car s’il est une raison à son existence, c’est bien ce racisme d’état, sur lequel les autres formations politiques, elles, ont plutôt tendance à s’appuyer. Si ses portes-drapeaux et portes-paroles des médias ont tellement de rage contre Jean-Luc Mélenchon, cherchant à tout prix à le faire passer pour une sorte de leader charismatique, pour ne pas dire de fuhrer, c’est bien parce qu’il les empêche de s’en tenir à cette pensée commune confortable, source prévisible de dérives, pires les unes que les autres.

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G7, France insoumise, et France tout court

Rue à Bassouès, Gers

Je suis tombé par hasard sur un drôle d’article, publié sur un drôle de site web intitulé : France Insoumise, de l’ambulance au corbillard. Le lire ainsi, sans préparation, sur le conseil d’un ami, m’a vaguement outré. Jolie petite plume que celle de l’auteur de cet article pourtant, qui, sans doute, regrettait de ne pas parvenir à s’employer et qui s’est rabattu sur ce qui lui paraissait correspondre le plus au modèle de gens, de chose à déplorer, de cible quoi, comme cela s’apprend si bien dans un certain petit monde, indispensable à son naturel déploiement. De fait, c’est le genre d’exercice impossible quand l’on prétend s’acoquiner avec la FI. Bref, l’occasion en tout cas de reprendre du service. Le style fait l’homme, c’est bien connu. On ne change pas de style même en cinquante ans, sur le temps d’une vie.
Bizarrement, la petite plume n’a pas raté son coup.

Le tableau qu’elle brosse de la FI, pourtant, j’adore. Il y est question de néo-babos qui réclament la retraite à cinquante ans et la fin du nucléaire, de libertaires.. Il serait également question de gens dont le QI est inversement proportionnel à la volonté de nuisance – et à la capacité de faire du bruit sur les réseaux. En soi, cela ne constitue pas une critique. A condition de considérer que la volonté de nuisance des militants de la FI est quasi nul, il y a de quoi se réjouir puisque cela signifie que ce sont les gens les plus intelligents qui soient. Il y est question d’obsédés. Encore quelqu’un qui confond obstiné et obsédé. Sans doute à cause d’une projection.

Jusqu’au ton désabusé qui évoque un corbillard, après l’ambulance. Eh oui, un corbillard ! C’est que c’est drôle un corbillard ! Songez aux films qui traitent de ce sujet grave : l’enterrement. La plupart du temps, l’enterrement y correspond au moment le plus drôle du film. Certains enterrements sont plus drôles que certains baptêmes. Pour tout dire, un enterrement est généralement plus drôle qu’un baptême. La raison en est simple. Un enterrement, ce sont souvent des problèmes en moins. Un baptême, c’est souvent un problème supplémentaire. Un couple y gagne quelquefois sa survie, mais quelle survie ! Bien sûr, lors d’un enterrement l’on perd une personne que l’on aime, en tout cas parfois, l’on est inconsolable. Mais voilà, quand on est plusieurs à être inconsolables, généralement, à force de ne rien comprendre, on est drôle, on dit des choses idiotes, on s’embrasse et on chante, on fait la fête.

Bref, une authentique image d’Épinal.

Cette plainte qui se veut acerbe, eh bien, elle m’a presque mise de bonne humeur. J’aime bien moi un parti qui ne ressemble à rien. À rien qu’on connaisse en tout cas. J’en ai côtoyé des partis, et bien, c’est fou comme les gens s’y prennent au sérieux et sont prodigieusement ennuyeux. Même les plus souriants, les moins arrogants. Tous ont les cheveux courts, souvent coupés en brosse. Le cas d’un mathématicien de LREM est un cas unique. Du reste, on n’en entend plus parler.

Un ramassis de punks à chien, voilà comment la FI est décrite par le ci-devant Ambroise. Les islamophobes y seraient la cible de critiques. Sans blague. Cherchez l’erreur. La seule explication, c’est qu’ Ambroise s’est gouré, il a confondu la FI et le FN, ou ce qui en tient lieu. Un peu comme, pendant la guerre 40, des nationalistes se sont engagés dans la résistance chez les communistes en espérant faire d’une pierre deux coups : se battre pour leur pays et transformer les communistes en grenouilles franchouillardes et capitalistes. Le quiproquo dure encore. Certains confondent encore gaullisme et communisme.

Pour le sieur de Rancourt, la FI n’aurait pas de structure intellectuelle et serait peuplée d’arrivistes. Il veut sans doute parler du manque d’autorité centrale capable d’imposer une politique, bref, de nommer, dégommer, décider à la place des autres, d’en faire de la choucroute. Ou alors il fait allusion au naturel qui permet de faire passer des idiots pour des gens intelligents. À la FI, je le concède, c’est l’inverse, ce sont des gens intelligents qui passent pour des idiots.

Si une structure fait défaut, c’est aux Français eux-mêmes, pas à la FI. Il y a bien le vieux comité des Forges, toujours en activité, un peu comme l’Etna, ou comme le Nyiragongo. Mais on ne peut guère parler à son sujet d’intelligence. Il s’agirait plutôt d’une sorte d’habitude. Il fait partie des organes économiques qui portent une part de responsabilité dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale.
Il y a aussi la vieille garde colonialiste toujours prête à fondre sur n’importe quel lopin de terre du tiers-monde, comme sur la Cochinchine.

Et il y a le gigantesque appareil culturo-médiatique capable de masquer, de dissimuler tout ceci sous toutes sortes d’illusions, de truquer les élections, de mentir à tout propos, et que l’on assimile à tort à de la culture et même à la culture française contemporaine, dont les jugements, les critiques sont aussi inconsistants que possible. Pour ceux qui ne passent pas leur temps dans les livres, et il n’en manque pas, et même pour les autres, quand la télé leur présente un soi-disant génie, un savant, ou un philosophe, il n’est pas toujours facile de faire la part des choses, surtout quand un chanteur de charme ajoute son grain de sel et donne raison au crétin en question. Mais qu’ils se rassurent, c’est du show, c’est aussi faux que l’assertion selon laquelle la terre est carrée. Cet appareil n’en est pas à une contre-vérité près. Il y a longtemps qu’il est perdu de réputation. S’il fait illusion, c’est grâce à eux. Il n’est pas pire que la plupart des grands écrivains du passé. La culture, télévisée ou pas, sert avant tout à raconter des sornettes, à noyer le poisson. L’appareil médiatique a beaucoup de mal désormais à assumer ses dires et ses mensonges. Aussi doué soit-il. Il se bat comme un beau diable. Il accuse l’Internet. Mais il passe son temps à se contredire.

La FI qu’on rabroue, qu’on traîne en justice, qu’on calomnie, il est vrai, manque un peu de nerfs. Mais elle n’est pas à côté de la plaque comme on a un peu trop souvent tendance à le dire partout. Elle a probablement décidé de ne pas s’ennuyer à raconter des sottises, et c’est tant mieux. C’est plutôt une chance. Espérons que ça dure. La seule chose qui explique ses soi-disant échecs, reculs électoraux, c’est justement la propension des gens à croire les bêtises qu’on raconte dans les médias. Les médias sont payés pour dire des bêtises. Ils ne s’en sortiraient pas autrement. Pour tout dire un journal aurait le plus grand mal à paraître s’il ne disait pas des bêtises. C’est cela la liberté de la presse. Beaucoup de gens continuent à les prendre au sérieux. La bataille contre la débilité organisée est difficile. Tout ça alors que la planète part en fumée et plein d’autres choses. On dirait parfois qu’elle est perdue. Peut-être. Mais le plus important est de la mener, et de continuer à la mener.

Ruffin devrait faire un voyage, comme Mélenchon. Il passe de temps en temps à Bruxelles, mais je ne suis pas certain que cela l’aidât beaucoup à prendre un peu de hauteur. Il pourrait aller faire un tour en Inde et en Chine. Cela lui ferait du bien. S’il se rend au Népal, par contre, cela va encore attiser la rumeur de hippisme chère aux esprits chagrins. Sans les hippies, le Vietnam et les USA seraient toujours en guerre.

Sans doute, le G7 n’est-il pas sans rapport avec les doutes et le travail de lèche de la dernière chance de Monsieur je ne sais comment. Car on ne peut guère attribuer au hasard la génuflexion devant le pouvoir, la force que représente son petit exercice de style. Comment appelle-t-on le genre d’attitude qui consiste à épouser la révolte, et ensuite, à se confondre en excuses, à étaler ses doutes, et à se jeter aux pieds du pape ? Il s’agit d’une méchanceté. On est d’accord. Une stupide méchanceté. Bien inutile de surcroît, en tout cas à l’en croire, puisque, selon lui, la révolte est presque déjà condamnée. Il n’y a pas là de quoi fouetter un chat.

Sauf que ce n’est pas le corbillard de la FI auquel on a affaire, mais celui de la France tout court. Et que là, c’est moins drôle. C’est la France qui s’en va. Et le chef d’œuvre que je tente d’analyser l’atteste. L’énergie déployée à Biarritz par E. Macron pour tenter de se faire passer pour l’un des dirigeants du monde qui compte, aussi. On est tenté de croire le contraire, mais cette belle énergie est trompeuse. La vérité, est que ce G7 ne change rien à rien. Il n’y a pas une thématique abordée qui ne scellât pas encore un peu plus la fin d’une époque, d’un monde, sinon celle du monde.

Quelles y furent les principales thématiques abordées?

Taxation du GAFFA. Depuis quelques décennies, l’humanité vit grâce au World Wide Web. L’Internet est une révolution exceptionnelle. Nous sommes tous connectés. Nous pouvons comprendre et aimer ce qui se déroule à Lubumbashi ou à Hanoï, assister à un défilé à Los Angeles, écouter un rap martiniquais. On peut s’informer en temps réel, et s’apercevoir que ce qu’on nous raconte n’est pas souvent aussi objectif et raisonnable qu’on ne nous le dit. Mais tout ce que ces dirigeants ridicules qui servent à fourguer de l’argent à des milliardaires trouvent à faire, c’est à discréditer les GAFFA qui, eux, ont changé la réalité, ont réellement permis au monde d’évoluer. Ne seraient-ce pas plutôt les états, les institutions, qu’il faudrait changer ? C’est décevant. Je les aime bien les GAFFA. Privés souvent de job, de famille, ils sont un peu ma famille. Tandis que les gouvernements représentés au G7 fourguent des millions aux journaux qui relaient leurs théories monstrueuses et aux entreprises qui licencient, ils veulent taxer les GAFFA qui sont le seul moyen existant de les contredire et de conserver la tête hors de l’eau. C’est nul. C’est moche. Et se servir d’un jeune président pour tenter de faire passer cela pour une bonne nouvelle, c’est encore plus moche. Il est certain qu’on s’efforce de préparer une guerre et qu’on a besoin de brider l’Internet, d’imposer le silence à tout le monde de manière définitive. C’est affreux. Au lieu de déclarer que l’Internet doit demeurer libre, ouvert à tous, à toutes les différences.

On nous parle aussi des relations économiques entre la Chine et les U.S.A.. Mais rien ne perce, tout demeure confidentiel. Pour tout dire, on dirait presque qu’on cherche un moyen de faire pression sur la Chine pour qu’elle accepte sans broncher les sanctions américaines. Mais, évidemment, on ne le dit pas. Ce serait trop extraordinaire. Bref, on renoue avec la vieille politique de la canonnière, avec le commerce inégal, une vieille spécialité occidentale. Même si on ne le dit pas. On veut bien que les Chinois bossent, mais comme des coolies, pas comme des travailleurs normaux, et pas pour des Chinois, mais pour des patrons anglais, allemands, français, américains, comme au siècle passé. Rien de très réjouissant, quels que soient l’impact de la Chine par exemple sur la déforestation en Afrique ou ailleurs. Je signale en passant que cet impact n’est pas pire que celui des Occidentaux et des banques de Paris ou de Londres qui investissent dans les accaparements de terre massifs en Afrique et ailleurs. L’Occident a une sérieuse avance dans ce domaine.

Pas un journal ne relève ce genre de contradictions. Pas un commentaire qui ne serve pas d’encart publicitaire pourtant à un sommet plus que fâcheux comme il s’en réunit de plus en plus souvent. C’est cela, oui, parlons de Hong Kong et critiquons la F.I.., les lâches !

L’on a eu droit à un invité surprise : un ministre iranien. Mais que c’est drôle. Comme c’est surprenant. Il est sûr que, si une guerre éclate, on en imputera la faute à l’Iran, pour l’instant menacé par tous les dirigeants les plus débiles et parmi les plus puissants qui soient, par trois ou quatre puissances nucléaires à la fois. À part cela, l’Iran devrait, lui, se passer de l’arme nucléaire. On est en train de faire un pas de plus en direction de la troisième guerre mondiale.

Bref un sommet de cons. Et le contribuable français qui en assure les frais et qui en est en même temps une des cibles ne voit pas bien à quoi se raccrocher justement, à part à la guerre, pour sauver sa peau. C’est le moment de sortir les drapeaux. Peut-être qu’on vivrait mieux comme avant, sans Internet, se disent certainement certains. Sans Libé non plus. Avec le Figaro.

Bref, adieu oui, mais adieu la France, j’ai envie de dire : éternellement conne.

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Où va-t-on?

Travailleur en train de se reposer.

Concevoir un
programme politique n’est pas une mince affaire. Je ne vais pas en
faire tout un fromage. Mais c’est d’autant plus complexe, que, ce
qu’il nous faut, c’est un programme différent de ceux que les
partis traditionnels et même les autres ont l’habitude de faire.
Tout d’abord, il faut déterminer quel(s) but(s) est (sont) à
poursuivre. Ensuite, il faut définir les moyens qu’on est en
mesure d’utiliser, ou qu’il s’agirait d’utiliser pour
atteindre ce(s) but(s).
La plupart des programmes politiques
essaient d’imaginer des objectifs vaguement compatibles avec les
croyances politiques habituelles. Il s’agit pour eux de mettre
l’accent sur l’une ou l’autre croyance et d’orienter
l’électeur, l’internaute, le plouc quoi, de manière à
crédibiliser le plus possible les propositions qu’ils formulent.
La magie des élections sert même à rendre parfaitement crédibles,
bref souhaitables, des programmes totalement abjects, voire même
aberrants.
Or les grands objectifs qu’il s’agit de
poursuivre collectivement sont désormais hors d’atteinte par cette
manière de faire. Les programmes politiques existants tablent sur
une sorte de statu quo. Les politiciens, même les plus aguerris, ont
a l’air de croire que, pour que rien ne change, il suffit d’agir
sur des variables extérieures au système que l’on prétend
préserver. Ils n’ont pas d’autre alternative. Or lutter pour que
rien ne change, c’est
lutter pour que les mêmes causes qui sont en train de provoquer des
catastrophes continuent à agir et à fonctionner.

Bref les programmes
politiques existants provoquent des catastrophes en prétendant les
éviter. Il en est ainsi parce qu’ils sont largement imposés par
des individus et des structures surpuissantes qui ne voient dans le
bien commun qu’une formule servant à justifier des stratégies qui
leur permettent de s’enrichir à court terme. Ces individus
surpuissants se rencontrent par exemple lors de réunions
internationales comme à Davos. Ou ils font partie de groupes comme
le club du Bilderberg.
Tout est dans la présentation qui est
faite de leurs stratégies économiques en général par les partis
politiques qui ne trouvent rien d’autre à faire que se mettre à
leur service, et dans le flou intégral qui entoure les profits, les
injustices qu’elles permettent d’engendrer.
Des dispositifs
sont même utilisés pour imposer ces stratégies qui s’apparentent
à du chantage, à des coups de force. Ainsi, la crise de 2008
a-t-elle permis d’extorquer 800 milliards au trésor américain.
800 milliards qui sont en grande partie allés dans les poches des
plus riches.
Une toute autre stratégie politique aurait eu un
impact tout différent, mais, quoique nettement meilleure, elle
aurait très probablement provoqué des insurrections si elle avait
été mises en œuvre. C’est ce type de conséquence qu’Alexis
Tsipras a prétendu éviter au dernier moment, alors qu’il s’était
mis en mesure de pouvoir prendre la décision sans précédent
d’opter pour cette autre stratégie politique.

En 2008, il aurait
mieux fallu liquider les banques faillies, pas seulement l’une
d’entre elles, et aider une partie de la population à vivre sur un
pied différent, à changer progressivement de modèle de vie. On
aurait dû en profiter pour fermer des centrales nucléaires.

Changer de mode de
vie, rendre possible un autre type de rapport au travail, à la
société, réinsérer d’un coup une partie des exclus, partager le
travail, mettre au point de nouvelles logiques d’aide, pour que le
plus grand nombre trouve à nouveau leur place dans la société,
profiter de l’occasion pour mettre quelques grandes fortunes sur la
sellette, et pour imposer quelques réformes aux banques et aux
grandes entreprises, aurait dû être fait, ou, du moins, entrepris,
après 2008.
Il aurait aussi été souhaitable d’en profiter
pour mettre sur pied un programme de lutte contre la pollution des
mers, de l’air, de la nature et des sols. Sans parler de celle
des esprits auquel, en dépit de ses mérites, l’enseignement
lui-même contribue en classant, séparant, hiérarchisant les
élèves, en leur inculquant toutes sortes de préjugés, notamment
sur le travail, comme si travailler pour quelqu’un d’autre, pour
lui permettre d’amasser de l’argent à n’importe quel prix,
avait une quelconque valeur, ou sur la démocratie. Comme si le fait
d’avoir des Parlements représentait le nec plus ultra de la
politique.
Voilà le type de programme alternatif qu’il
aurait fallu mettre au point et appliquer. Ne pas l’avoir fait nous
expose aujourd’hui à des crises financières plus dévastatrices
que jamais, que les gouvernements en place sont en train de chercher
le moyen de maquiller, de dissimuler ou de nier à tout prix en
provoquant d’autres catastrophes, ou en leur inventant des causes
imaginaires. Il semble que la théorie du réchauffement climatique
fasse partie de ces mécanismes de dissimulation.
Bref, les
choses vont trop loin. C’est le cas depuis longtemps, mais les
conséquences des abus et des dérive à l’œuvre depuis longtemps
sont seulement maintenant sur le point, sinon d’éclater, du moins
de donner leur pleine mesure. Beaucoup parlent tout simplement de fin
du monde. Il est évident que si certains monstres d’orgueil et de
pouvoir sont confrontés à des échecs, ils pourraient bien tenter
le tout pour le tout et provoquer une crise d’une ampleur jamais
atteinte. Il est même possible qu’il ne soit même pas nécessaire
qu’ils se décarcassent pour provoquer une telle catastrophe. Que
se passera-t-il le jour où il fera 150 degrés Celsius en Australie
pendant tout un mois ? Ou quand, en Europe occidentale
elle-même, l’eau ne sera tout simplement plus potable à force
d’avoir laissé des multinationales en assumer seules la gestion,
et n’avoir rien fait pour affronter les problèmes existants, ayant
surtout consacré leur énergie à les nier et à empocher de
l’argent.

Quelle stratégie
politique, quel programme politique donc, seraient en mesure
d’affronter de telles menaces, de repousser une fin du monde
imminente , tout en permettant à chacun de s’épanouir. Il ne
s’agit pas bien sûr, quoique ce soit ce que certains ont en vue,
de généraliser les travaux forcés, de renouer avec l’expérience
des camps et des formes d’économie et de capitalisme de guerre.
Pour quoi faire, il serait temps de se poser la question ? Pour
éviter de se faire écraser et mettre au travail par les Chinois ?
C’est une menace que ne manquent pas d’agiter les nombreux
dirigeants occidentaux qui ne voient plus d’autre solution de plus
en plus qu’une sorte d’esclavage, ou la guerre, en principe
d’abord par procuration, et contre des puissances moyennes, mais,
forcément aussi, contre des grandes puissances et de manière
déclarée, et, en fait, les deux. 
Construire des
méga-prisons, enfermer toutes sortes de catégories de personnes,
séparer parents et enfants, provoquer des guerres dans des petits
pays, et armer d’autres petits pays pour les rendre totalement
monstrueuses, limiter les libertés, surveiller Internet et toute la
population grâce à Internet, sous prétexte de l’accabler de
publicités, adaptées à ses goûts et préférences,
telles sont les logiques en
vigueur. Toute politique qui critique ce type d’objectifs, ou les
mesures prises qui convergent vers ces objectifs, bref les politiques
dites sociales, ou écologistes, sont traitées en ennemies ou
instrumentalisées.

Il
s’agit aussi de convaincre de voir
les choses autrement des
masses que d’énormes moyens de pression, qu’une propagande
organisée convainquent pour l’instant du contraire, et qu’ils
continueront à duper jusqu’au dernier moment, un peu comme, à
la fin de la seconde guerre mondiale, Hitler
dans son bunker continuait à donner des ordres aberrants à ses
généraux qui continuaient à lui obéir.
Que
dire de plus sans écrire tout un essai sur la question ? Il
nous fait élaborer un programme capable de dire stop à
d’effroyables
dérives.
Il nous faut le construire et le mettre en œuvre. C’est notre
seule chance de survie. Et, en tout cas, pour 99 % des gens,
pour les ploucs que nous sommes, notre seul espoir de sauvegarder nos
espérances et notre droit au bonheur, et, pour beaucoup, même,
leur chance d’y accéder.

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Le collectif citoyen, une organisation strictement hiérarchisée

Derrière les déclarations sensationnelles, telles que on est des citoyens, du collectif citoyen Bruxelles, qui présente une liste aux prochaines élections régionales (n°29), en fait, se dissimule une organisation plutôt hiérarchisée à la manière d’une entreprise.

Les entreprises, des organisations autoritaires

Comme beaucoup de grandes et de petites entreprises. L’organisation de l’entreprise est loin d’être démocratique. Prétendre le contraire nécessite de jouer sur les mots, de nier les faits. C’est ce que font volontiers les managers et autres grands patrons, qui se contentent en général de contester la possibilité de critiquer leur organisation. S’ils tolèrent parfois que l’on conteste le bien fondé de leurs décisions, ils ne tolèrent pas que l’on conteste le bien-fondé de l’organisation qui leur confère du pouvoir, ou l’étendue de ce pouvoir dont ils vont parfois jusqu’à nier l’existence. En général, ils noient par un flot de décisions toute possibilité de les critiquer et la seule manière de critiquer ces décisions consiste à entrer ouvertement en conflit avec eux, autrement dit avec son entreprise, ce qu’ils s’efforcent précisément de critiquer.
Il s’avère tout aussi difficile de critiquer leur entreprise de l’extérieur.
C’est comme si conflits et critiques relevaient d’une faute morale, comme s’ils relevaient d’un manque de dignité ou de conscience. Du moins pour les dirigeants de ces entreprises. Dans l’entreprise actuelle le couple morale-pouvoir, ou pouvoir-autorité/morale joue un grand rôle. Il a une certaine efficacité. Il transforme toute critique, toute lucidité, toute revendication en une faute morale. Il réduit à la morale, et souvent ne perçoit qu’un aspect des choses.

Pour comprendre l’efficacité de ce fonctionnement, il faut s’interroger sur la nature de ce pouvoir, sur son caractère organisé, abusif, pratiquement totalitaire. C’est lui en effet qui désigne les tâches, qui assomme d’occupations en tout genre. Qui souhaite forcément rallonger sans fin la durée de travail, précisément pour empêcher tous ceux qu’il persiste à traiter en subordonnés de se poser des questions, de remettre en cause certains aspects de leurs activités. Ses fréquentes interventions sont donc prises pour la vérité. Les membres des conseils d’administration ont un caractère quasi-sacré. CEO et administrateurs jouent du reste sur la délégation de pouvoir qui est à la base de leur collaboration. Leur parole d’un CEO, ou PDG, ne peut être mises en doute. On ne peut la remettre en question sans remettre tout à la fois en cause, y compris l’existence de l’entreprise. La critiquer, critiquer quoi que ce soit relève donc d’une sorte de sacrilège, sans que ces dirigeants ne reconnaissent leur fondement autoritaire. La critique ne relève pas d’un droit. Elle ne relève pas de la logique des choses. La logique des choses exclut la critique et, en grande partie, l’autonomie. Ou, plutôt, cette autonomie est conditionnelle. Elle ne peut en aucun cas remettre en cause, en question, le cadre qui est celui de son fonctionnement. Ce type d’organisation est pourtant fréquemment taxée de démocratique. Dans cette société, beaucoup croient à son caractère démocratique. Pourtant elle n’est en rien démocratique. Si elle est démocratique, c’est exclusivement parce qu’elle n’a pas le pouvoir de sanctionner directement ceux qui prennent la responsabilité de provoquer ce qu’on appelle un conflit social pour tenter d’en influencer ou d’en améliorer le fonctionnement. Il est certain que la menace que fait supporter tout conflit social sur les travailleurs qui y sont impliqués n’est pas imputable à ceux qui le provoquent, mais à l’organisation de l’entreprise elle-même, au pouvoir exorbitant dont elle dispose, et qu’elle cherche à accumuler aux dépens de ses employés, de ses subordonnés.
Voilà ce qu’il y a d’antidémocratique dans le fonctionnement d’une entreprise.

Ce qui, pour certains, légitime ce fonctionnement, c’est son efficacité. D’où le soin extrême de certaines entreprises mis à garantir ce fonctionnement, à tenter de l’améliorer de toutes sortes de façons. Mais toutes ne cherchent pas à améliorer leur fonctionnement, même si elles prétendent améliorer leur efficacité. Même si l’un ne va pas sans l’autre. Cela suscite alors des conflits. De tels conflits servent le plus souvent à renforcer momentanément le pouvoir de l’entreprise sur ses membres. Lorsque ce n’est pas le cas, c’est que la ficelle est usée, que le chantage au travail n’est plus assez déterminant pour résoudre le conflit, que d’autres facteurs entrent en ligne de compte, que les résultats de l’entreprise ou sa direction sont par trop mauvais. La possibilité de susciter de tels conflits et de jouir de protections pour le faire est jugée démocratique, mais pas par le dit monde de l’entreprise, par la Fédération des Entreprises de Belgique, la détestable FEB, par exemple. Un véritable état dans l’état. Ce qui serait démocratique, pourtant, ce serait la possibilité de prendre certaines décisions en commun, ce serait un dialogue ouvert, ce serait la possibilité que, de temps en temps, des employés, se retrouvent à la place des patrons, et inversement, sans avoir le sentiment de déchoir, ce serait que les promotions ne soient pas toutes bloquées à un certain échelon dans tous les secteurs des entreprises.

Rares sont les entreprises dont le président ou l’administrateur est un employé, où il ne dispose pas de droits exorbitants par rapport aux autres employés, où ses revenus ne sont pas excessivement supérieurs à celui des autres employés. Cela vaut aussi pour les présidentes, et pour les employées. L’accession de plus en plus fréquente de femmes à des postes de direction n’a rien changé à la structure, à l’organisation de l’entreprise.

Collectif citoyen, ou citoyens-ploucs

Revenons maintenant au collectif citoyen. Loin de privilégier une structure horizontale, comme charte et statuts prétendent abusivement que fonctionne le collectif, ce sont des structures opaques qui modifient à leur gré, les textes de références du collectif, ou plutôt qui ajoutent de nouveaux textes de référence aux anciens en fonction de la situation, au gré des circonstances, pour en extraire les rares aspects démocratiques, qui dirigent le collectif. À vrai dire qui le manipulent. On a bel et bien affaire à une manipulation. Derrière l’annonce d’un Congrès se cache en fait le besoin de proposer un autre texte de référence, un Projet, à vrai dire auquel toute cohérence fait défaut, qui nie les aspects les plus démocratiques de la charte sur la base de laquelle les nombreux candidats existants ont accepté de s’engager, à un moment où les listes étant déposées, il n’est plus temps de tomber la veste, de remettre cet engagement en cause. C’est ainsi qu’apparaît subrepticement la notion de service citoyen, et que disparaît celle de partage du travail. Monument de futilité qui, en politique, ne peut guère que faire illusion dans la mesure où s’il est un domaine ou l’emploi des mots ne peut être pris à la légère, c’est bien la politique.

Il semble bien qu’à tous les niveaux de la construction du collectif citoyen, des individus aient été manipulés, pris pour dupes. Les généreux rédacteurs de la charte d’abord, qui ont fait un texte séduisant, plus ou moins progressiste, pour appâter de possibles candidats.

Comme dans les pires entreprises, notamment dans les certaines sociétés coloniales, les fondateurs ont cependant eu soin de prévoir une charte des candidats qui impose à ces derniers toutes sortes de règles de fonctionnement au sujet desquelles ils n’ont évidemment pas été consultés. Le collectif citoyen privilégie l’option d’un candidat-plouc, plutôt que celle de citoyens libres et autonomes, construisant démocratiquement eux-mêmes une véritable organisation politique.
L’action,, une prétendue action, qui ne sert probablement aucun de buts annoncés par le collectif, dissimule un manque de concertation et permet de légitimer un verbiage extraordinaires.

En fait, l’organisation du collectif est strictement pyramidale. Il y a quelques jours, je regardais distraitement à la télévision un film français où des acteurs célèbres interprétaient les rôles d’aristocrates de la fin du Moyen-Âge en se gargarisant de manière probablement anachronique de formules creuses, de références à une monarchie perçue comme absolue. Cet absolutisme a fait fureur pendant deux siècles encore. Il a débouché sur des Louis XIV et aussi sur des Louis XVI. Beaucoup de gens, même de nos jours, persistent à adorer ces figures. Elles sont incapables de déceler les lamentables faiblesses de l’absolutisme, sinon de déceler son existence, son côté creux, arbitraire, absurde, et tentent même plutôt de le singer, et même de l’appliquer au sein de la société. Non seulement dans le monde de l’entreprise, mais au sein de partis, de collectivités, et même, pourquoi pas, d’organisations dites citoyennes, en taxant de démocratique, de citoyen, leur fonctionnement. Toutes sortes d’entreprises autoritaires, basées en réalité sur la subordination des uns par rapport aux autres, étouffent la liberté d’expression, ne fut-ce qu’au nom d’un vain principe de confidentialité, et briment l’autonomie citoyenne, et ne servent pratiquement qu’à cela.

Bien entendu, tout cela n’est pas entièrement négatif. Comme dans toute entreprise, certains candidats ne manquent pas d’enthousiasme et exécutent loyalement les tâches qui leur sont imparties. Ils manifestent ce qu’on appelle de la proactivité. Au sein du collectif citoyen, certains sont même vaguement des activistes qui espèrent trouver dans le collectif citoyen un soutien à leur propre lutte, mais qu’on empêche bien entendu de s’exprimer.

Bref, au lieu de débattre avec des citoyens, de débattre de sujets de toutes sortes, de communiquer avec les gens, la campagne du collectif se borne à déposer des affiches, à distribuer des tracts, et à faire mine de courir partout et d’être débordé pour remplir ces tâches en réalité particulièrement banales et triviales. Un seul candidat se rend aux manifestations organisées devant des Parlement ou ailleurs par une association de référence du collectif, Transparencia.
Il y avait deux personnes lors de l’exposé-débat consacré au référendum d’initiative citoyenne organisé par un membre du collectif le 28 avril à l’Espace citoyen, rue de la grand île. La discussion avec Elodie de DémoB, Olivier Rubbens de WE-GOV, et Bruno Clerckx de Démocratie Belgium était pourtant stimulante. Il était intéressant de découvrir les positions du collectif DemoB ou de democratie-belgium.be. Pour Démocratie Belgium par exemple, grâce aux votations, les Suisses ont le droit de décider de leur avenir. Si la solution préconisée paraît assez peu utile, efficace, le constat réalisé au sujet du fonctionnement des institutions démocratiques en Belgique interpelle. Le R.I.C. permet aux Suisses de traiter de problématiques en tout genre. Bien sûr, les votations font souvent le boulot des lobbies eux-mêmes. Elles servent quelquefois à promouvoir des idées nauséabondes. Les dés sont largement pipés. Mais les citoyens ont l’occasion d’en débattre un peu.

Les membres du collectif citoyen assistaient au même moment au premier Congrès du collectif à présent un peu partout en Wallonie également, qui se déroulait (rue Gozée, à Montigny le Tilleul), et où il n’était guère question de poser des questions justement.

Un des administrateurs du collectif, Michel Courtin, le 7ème sur la liste, vient aussi de se déclarer unilatéralement, de manière parfaitement circonstancielle, mais incontestable, président dudit collectif, ce qui n’a suscité aucune critique, tant un tel fonctionnement autoritaire, opaque, du pouvoir est pressenti comme normal, incontournable, efficace, par la plupart des membres eux-mêmes du collectif. Cela n’a même pas fait l’objet d’une décision. Il s’appuie sur sa position d’administrateur au sein des instances décisionnelles qui chapeaute les diverses listes du collectif citoyen qui se présentent en Wallonie et à Bruxelles.

Mais rien ne vaut le détour par la page du collectif citoyen pour s’apercevoir de la supercherie. Le logo et l’affiche du collectif citoyen y figurent plus d’une dizaine de fois. Aucun événement n’est mentionné. Personne n’a vraiment envie d’y publier quoi que ce soit de peur d’avoir à faire face à des reproches.

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Droite et gauche, témoignage de candidat, proposition de réforme, organisation du travail et gilets jaunes

Université populaire de Pékin, 1993, aquarelle

Là, je fais une expérience. J’ai été contacté par un vieux militant de gauche qui fait souvent du bon boulot pour me présenter dans un petit groupe aux élections régionales à Bruxelles en Belgique. J’ai accepté sans coup férir parce que j’apprécie son engagement. J’ai moi-même proposé à des gens de se joindre à nous. Mais ce vieux militant avait lui-même adhéré à une charte et à un groupe plus vaste dont j’ignorais jusqu’alors l’existence. La charte est intéressante et m’a convaincu. Mais voilà: entre nous et les rédacteurs de la charte, bref le reste du groupe, il y a des gens dont l’idéologie n’est pas la même que la nôtre. Ils prétendent servir d’intermédiaires, d’agents de liaison en quelque sorte. La liste se dit citoyenne. Ils se présentent comme des citoyens lambda. Mais, en fait, ils prétendent surtout REprésenter eux-mêmes les citoyens. Tous les citoyens. Et, au sein de la section du collectif que nous formons avec eux, où ils ont abattu un gros boulot, où ils sont partout à la manœuvre, ils mènent le jeu, font des propositions, contrôlent les évènements, qui, du reste, tardent à se produire, ils ont fait de ces élections leur chose, leur affaire, et s’attendent à ce que les autres les suivent et adhèrent.. sans mot dire à leur stratégie, alors qu’ils manquent à mon avis d’initiatives. Ils ont déposé la liste, ils ont trouvé, comptabilisé, fait signé les formulaires aux candidats. Ils ont assumé le boulot administratif sans rien demander aux autres, et, maintenant, ils proposent des textes programmatiques qu’ils ont pondu eux-mêmes. Alors qu’ils prétendent en même temps que ce programme, c’est aux citoyens de le concocter. Ils exercent de fait un leadership. Il aurait été impensable pour eux qu’il en soit autrement. Ils voient le groupuscule que nous formons comme leur chose, leur affaire. Nous n’existons que pour leur conférer une certaine importance. Ils se voient peut-être déjà député ou députée, qui sait.

Il n’est pas du tout difficile de comprendre qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’est une organisation citoyenne. Pour eux, une organisation citoyenne, c’est une sorte d’entreprise avec un patron, un secrétaire, et des employés.. Le leader y joue le rôle du père, du fameux bon père de famille. Il demande l’avis des gens, mais pour la forme, sur des questions qui LE tarabustent, et qu’il n’est pas en mesure de résoudre seul à la place des autres. M. Courtin demande : il s’est passé cela, ceci.. que faire ? Là où il ne peut pas prendre de décision tout seul non plus, ils demandent l’avis des autres. Mais on sent qu’à la moindre occasion, ils n’en feront qu’à leur tête. Ils sont deux ou trois heureusement, et discutent sans doute de la politique à mener en comité restreint. Bien sûr, tout cela représente une organisation qu’il n’est pas de bon ton de critiquer. C’est même impensable. Puisque c’est la seule chose qui fait que quelque-chose existe. De fait, cela ne servirait à rien. Lorsque les gens donnent leur avis sur d’autres sujets, parce qu’évidemment tout un débat très important et intéressant a cours lors des réunions sur toutes sortes de thématiques, ils enregistrent les idées, et se servent. À propos de certaines thématiques, ils font parfois état de certitudes.. qui passent à leur yeux pour des évidences. Tel parti serait extrémiste par exemple.
Quand il ne s’agit pas d’évidences, ils amènent la discussion de manière à semer la confusion. On sent que leurs préférences vont par exemple vers des formations de droite lorsqu’il s’agit de conclure des accords techniques. (Accords en vertu duquel les voix de plusieurs listes sont regroupées, alors que les listes, elles, ne sont pas regroupées, et que leurs programmes diffèrent parfois considérablement. Ces accords permettent parfois à des petits partis de gauche d’unir leurs poids électoraux respectifs pour tenter de décrocher un ou plusieurs élus. Mais toutes les formations électorales essaient de conclure des accords de liste qui les avantagent.)
On dirait qu’ils ont un agenda caché.
Parfois, cela me heurte. Mais je constate plusieurs choses. D’abord, un débat a cours assez librement, les discussions sont intéressantes. Les rencontres aussi. On dirait que ces colistiers de droite confère une sorte de poids à la liste qui rassure les gens. Dans le cadre de la campagne on s’adresse à tous le monde, croyants, incroyants, gauchistes, citoyens lambda, patrons, entrepreneurs, travailleurs, à tout le monde. Ouverture qui semble parfois complètement impossible à gauche. Le modèle du rassemblement de la droite consiste à proposer à tous de participer et à en profiter en même temps pour accaparer le pouvoir. A un moment, il ne reste éventuellement que le pouvoir, donc elle. Cela a un côté effrayant. ON DIRAIT UNE MACHINERIE, UNE SORTE DE TROU NOIR. Tout cela au nom de la citoyenneté, autrement dit de l’égalité. Ou du bien commun, ou d’un autre slogan. Le langage utilisé par ces leaders est sommaire. Plein de sous-entendus. Leur ego qu’on doiut deviner derrière leurs déclarations égalitaires et leur aimabilité est de ceux qui ne tolère pas de voir remis en cause le schéma directionnel qu’ils imposent au collectif. Mais, de fait, là non plus, ils ne sont pas complètement en tort. Sans un tel schéma directionnel, il ne serait rien produit. Personne ne se serait agglutiné au collectif. A gauche, pour susciter de l’intérêt, on bouscule les habitudes, on occupe des lieux publics, on manifeste, mais cela requiert tant d’énergie et suscite tant d’opposition, parfois de crainte, à cause de la couverture médiatique de ces évènements, qu’il semble impossible en même temps de revendiquer une part du pouvoir. Ou alors la gauche invente des programmes qui tentent de prendre le contre-pied des mensonges en tout genre du pouvoir, de son hypocrisie, mais à ce jeu, c’est bien sûr l’hypocrisie qui l’emporte.
Quand la gauche fait des programmes sur mesure pour faire plaisir aux gens ,à ceux que les programmes existants ne satisfont pas, elle se retrouve souvent à droite, bref du côté du pouvoir, du côté de l’establishment.
En fait, il n’y a pas moyen de construire des collectifs citoyens de gauche capables de concourir à des élections. Tous les collectifs de gauche sont des collectifs citoyens. Ces collectifs sont capables de faire beaucoup de choses, mais pas de se présenter à des élections. Ils débattent, et se mettent d’accord pour organiser des manifestations, des évènements. Mais ils débattent d’un problème à la fois. Il est hors de question débattre d’autre chose. Ce qui est important pour ces collectifs, c’est de se mettre d’accord, d’être suffisamment nombreux à être d’accord pour atteindre un objectif minimal. Lorsqu’ils atteignent un objectif plus important, c’est qu’ils sont actifs depuis très longtemps, mais ils se servent toujours de la même méthode. Mais les élections ne peuvent représenter un objectif pour eux, parce que l’objectif des élections, c’est le pouvoir, et ils détestent le pouvoir. Il s’agit aussi d’un objectif complexe qui ne se résume pas à une idée, à un but. La gauche est donc à peu près toujours Gros-Jean comme devant. Le pouvoir se présente comme l’a dit Hobbes comme un Leviathan. Il s’agit d’une sorte de monstre. La lutte pour y accéder est plus monstrueuses encore. Même lorsque des élections permettent d’y accéder. C’est presque pire en cas d’élections. Il s’agit alors d’éliminer psychologiquement, formellement, un maximum de candidats, d’outsiders. De prendre la place des autres, de parler à leur place, d’utiliser toutes sortes de méthodes pour parvenir à se faire passer pour un citoyen lambda alors qu’on est en train de gagner de l’influence. Les élections sont un jeu de dupes. Cela ne veut pas dire que le plus malin est forcément un monstre, mais il doit utiliser des moyens peu regardants pour accéder à quelque chose. Aux U.S.A., c’est notoire, l’on achète les représentants. C’est ainsi que Lincoln parvint à abolir l’esclavage. C’était déjà le cas en Grèce, à Athènes. Forcément, quand certains accumulent d’énormes fortunes, les jeux sont faits d’avance. Il leur suffit de contrôler ceux auxquels ils permettent d’accéder au pouvoir, qui ne seraient rien sans eux, etc..
Le paradoxe veut que la gauche, qui adore la controverse, se passionne pour les élections. Alors qu’elles ne permettent jamais à la gauche d’accéder au pouvoir. Lorsqu’elle y parvient, c’est à la veille des guerres, pour calmer les masses en colère, ou quand elle n’est pas en mesure de faire grand-chose. Lorsque les élites ont besoin d’elle pour regagner un peu d’influence. Ou lorsqu’elle est tellement minée par la droite, qu’elle tombe comme un fruit mûr et qu’elle ne se relève pas aux élections suivantes.

Dans le jeune collectif, dont je fais à présent partie, quoique mes propositions, et mes textes, trop critiques, fassent tous l’objet d’une sorte d’oubli, intéressé, mais total et constant, bref de censure (il ne s’agirait surtout pas que j’acquière la moindre notoriété grâce à ce collectif), grâce auquel je me présente aux élections, plus pour la forme que pour autre chose, il est donc impossible de fédérer les gens sur la base d’idées de gauche. La citoyenneté est une idée de gauche, mais elle n’est pour la droite qu’une idée qu’il s’agit de déformer suffisamment pour réussir à manipuler des gens. L’obsession de la droite est d’être toujours en mesure d’induire en erreur, de manipuler, de ne pas dévoiler donc son vrai visage. Cela n’empêche pas la droite, au contraire, de raisonner parfois très intelligemment au sujet des institutions qui lui permettent de gouverner. Forcément. Elle se fait une idée souvent plus précise de ces institutions que la gauche pour laquelle ces institutions demeurent des mystères insondables. Cette expérience me permet donc de progresser encore un peu dans la compréhension de ce système qui semble irréformable, immuable, et en même temps de plus en plus impuissant, factice ou inutile, ce que la droite est parfaitement en mesure de comprendre elle-aussi et ce dont elle même en mesure de faire son cheval de bataille et la clef de voûte de sa propre propagande.
Toute la faute serait pour elle du côté de ceux qui exercent le pouvoir, pas du côté du pouvoir lui-même. C’est essentiellement à ce propos que mon point de vue diffère du sien. Pour moi, c’est le pouvoir, c’est son organisation avant tout qui représentent un problème. Il semble évidemment impossible de se servir de cette organisation, de ses propres institutions pour le transformer. Mais changer d’institutions, ce que la droite comme la gauche ont tendance à dire qu’il faudrait faire, et qui font toutes deux des propositions pour les améliorer, ne servirait, à mon avis, à rien si l’on ne réfléchit pas en profondeur à l’organisation du pouvoir.
Beaucoup de discussions ont trait actuellement au RIC (référendum d’initiative citoyenne) ou au RIP, (référendum d’initiative populaire) ou encore au tirage au sort des députés, mais elles demeurent assez superficielles. À mon avis, de telles transformations serviraient davantage à consolider l’organisation qu’il s’agit de faire évoluer qu’à la faire évoluer, justement. La présentation qui est faite de ces réformes reste fragmentaire et elle est souvent tout simplement utopique.
Pour proposer autre chose, pour faire de meilleures propositions, des propositions mieux articulées, il faudrait être en mesure de s’affranchir du pouvoir, ce qui est malheureusement très difficile, que ce soient des citoyens ou des scientifiques qui prennent l’initiative de mener une réflexion au sujet du pouvoir, de débattre à son sujet.
Ma principale proposition serait donc la suivante, si elle avait la moindre chance d’être prise en compte : organiser un débat approfondi sur la question du pouvoir, tant avec des citoyens qu’avec des experts et des scientifiques, mais dans un cadre parfaitement indépendant, autonome, par rapport au pouvoir lui-même. Créer par exemple une université éphémère dans ce seul but, avec toutes les garanties associées aux universités, et même davantage. Avec une protection à long terme de ceux qui participeraient à ses travaux.
Il s’agirait donc d’abord de réfléchir aux conditions propices à une réflexion collective au sujet du pouvoir.
En attendant, il s’agit encore et toujours de faire échec aux tentatives de manipulation, de détournement du pouvoir, aussi pitoyable soit-il. Ce qui est à mon avis l’essence du mouvement des gilets jaunes dont le costume atteste bien qu’ils se préoccupent d’une machine en panne, qu’ils s’efforcent de la réparer, comme sur l’accotement, pour lui permettre de repartir, de continuer à s’efforcer de les mener quelque part, eux, et le reste de la société.
L’intérêt de ce mouvement des Gilets jaunes tient au fait qu’il considère que les seules conditions de réflexion possible, bref d’une indépendance véritable, sont l’espace public, la rue, la contestation elle-même. Ce qui n’a pas l’air d’être faux. Mais leur but ne peut être non plus la constitution d’un pôle de pouvoir abstrait, une sorte de restauration même involontaire du pouvoir, tel qu’il fonctionne. Il me semble que le seul but possible d’une telle mobilisation doit être une émancipation. Mais laquelle ? À l’homme, toujours, s’impose au moins le travail. D’où la nécessité, selon moi, de réorganiser le travail.
Beaucoup rêvent de le rendre plus convivial, moins stressant, moins sectaire. Pourtant, le travail est un des principaux moteurs de la convivialité, de la transformation des mentalités et de leur adaptation. Il reste le principal facteur d’intégration de la société. S’il va si mal, c’est parce qu’il a du mal à demeurer ce facteur d’intégration, pour toutes sortes de motifs, à la fois idéologiques et économiques, ou encore institutionnels, politiques.
J’espère pouvoir au moins une fois organiser un débat et permettre aux gens d’entendre un exposé sur cette thématique sinon avant les élections, du moins dans pas trop longtemps.

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Qu’est-ce que le citoyennisme?

Critique de la participation et de l’alternative citoyenne

La politique est une drôle de tambouille. Existe-t-il des partis, des politiciens qui ne sont pas autoritaires? Dans les grands partis, quelques personnalités cumulent les mandats. Ce sont elles qui sont interrogées partout et qui s’expriment dans les médias. Lors des congrès, des assemblées des partis, elles donnent le ton, ce sont elles qu’on écoute également. Les assemblées sont convoquées pour débattre, mais aucun débat n’a pratiquement jamais cours, même pas en cas de critique soutenue de la politique menée. Le consensus est le plus souvent la règle. D’où l’intérêt du multipartisme pour rendre tout débat moins improbable, du moins quand les partis ne professent pas tous les mêmes points de vue. 

En cas de crise interne dans ces grands partis, lesquelles résultent souvent de critiques externes, l’on cherche à étouffer les choses. Parfois, alors, une personnalité démissionne, elle renonce à un mandat ou l’autre et espère de la sorte calmer le jeu. Tel fut le cas de Louis Tobback, un ministre socialiste flamand, lors de l’affaire Sémira Adamu. La démission du ministre parut en partie régler le problème et servit à désamorcer la crise suscitée par le meurtre odieux de cette réfugiée.
Dans d’autres cas, en ne renonçant pas à tous ses mandats, une personnalité politique s’autorise le moment venu à regagner tous ceux auxquels elle renonce. Elle fait donc courir un risque à la communauté. Tel est actuellement le cas du bourgmestre démissionnaire de Neufchâteau, Dimitri Fourny.

Malgré tout, cependant, ces politiciens et leurs partis se prétendent démocrates. Simplement parce que tenus de composer avec l’avis, les points de vue, les volontés d’autres politiciens d’autres organisations du même type dans le cadre des institutions politiques existantes.

Lorsqu’il semble que les politiciens ne sont pas assez démocrates, lorsque par exemple, les têtes d’affiche des grands partis professent pratiquement tous les mêmes points de vue, lorsqu’il semble que les citoyens n’ont pas assez de recours contre leurs décisions, comme c’est le cas actuellement, en général, un mouvement citoyen se dessine se forme et précède ce nouvel engouement partisan. Il résulte tout simplement de la situation. C’est ce qui se produit pour le moment.

Mais ce courant citoyen, ce renouveau citoyen n’a pas toujours grand-chose à voir avec le courant citoyenniste qui naît également sur ces entrefaites.
Ce courant citoyenniste présente plusieurs aspects.
D’un côté, pour se doter d’un surplus de crédibilité démocratique, les politiciens et leurs partis font l’éloge de la participation et de l’activisme des citoyens, de certains aspects de cet activisme, et ils font appel à la participation citoyenne.
D’un autre côté, se créent aussi des organisations politiques dont la seule revendication est plus de citoyenneté et de participation. Ces dernières se contentent de faire l’éloge de la participation. Un éloge relativement abstrait, teinté de généralité qui poursuit l’objectif apparent de contrebalancer les déclarations des grands partis en faveur de la participation citoyenne.  

Ces organisations citoyennes sont échafaudées dans le seul but de couper l’herbe sous le pied à d’authentiques tentatives d’organisations citoyennes. L’establishment ou le système leur confère alors le statut de représentants de l’alternative citoyenne. Et les tenants d’intérêts constitués en profitent alors pour critiquer le manque de démocratie de mouvements de contestation spontanés et plus efficaces. Tel courant environnementaliste accède alors à une certaine notoriété, alors qu’un autre, remettant en question de manière plus concrète la politique menée, passe pour antidémocrate et même pour violent.

Les réelles tentatives d’autonomie politique citoyenne sont rarissimes.

Tout cela est bien sûr fort tiré par les cheveux, quand ce n’est pas complètement farfelu, mais cela n’en a pas l’air. L’esprit de sérieux domine en général le débat public, pour autant qu’on puisse parler d’un débat.
Et les choses sont aussi bien plus complexes encore. D’où la nécessité de la critique qui est généralement inexistante tandis que le citoyennisme, sur le plan politique, passe pour un point de vue critique, ce qu’il n’est qu’en partie.

A vrai dire, la plupart des organisations politiques dites citoyennes sont éphémères, fabriquées de toutes pièces, souvent en vue d’élections. 
Les autres organisations citoyennes, apolitiques, non politiques sont beaucoup plus nombreuses, mais ne poursuivent pas d’objectifs politiques, même si leur activité a un sens profondément politique.
Les associations citoyennes sont en fait des milliers, et même des centaines de milliers. Elles ne sont pas toutes transversales, démocratiques, mais poursuivent généralement des objectifs démocratiques. Rares sont celles dont le fonctionnement est démocratique.

Dans les unes comme dans les autres, la participation et la citoyenneté s’y heurtent parfois à des personnalités autoritaires, dominantes, qui confondent l’éloge de la citoyenneté avec la citoyenneté, et, en fait, leur propre point de vue de citoyen avec celui des citoyens en général, et parfois leurs propres intérêts avec ceux de leur organisation ou de leur collectif. 

Dans les petits partis qui ne se prétendent ni citoyens, ni expressément démocratiques, la situation est la même. En général, des personnalités prennent la parole, ou la distribuent en fonction de leur bon vouloir, la censurent ou l’interdisent également au nom de l’intérêt du parti ou de l’organisation dont ils font partie. 

Partout, la prétention à la transversalité, la prétention à la citoyenneté et à la transparence, la proclamation de la participation restent en réalité lettre morte. Elles représentent une duperie. La démocratie n’est alors qu’une illusion, qu’un mirage. La communication n’est qu’une forme de tromperie. La censure, l’arbitraire sont souvent les véritables leitmotivs de ces groupuscules prétendument transversaux et ultra-démocrates. Plein de gens s’y laissent prendre et s’en mordent les doigts.

Dans certains cas, cette duperie est même l’expression du plus parfait mépris pour la démocratie et le citoyen, ce qui représente parfois l’idéologie consciente des leaders de ces organisations. Dans d’autre cas, elle représente simplement une dérive autoritaire (une frange de l’anarchisme).

Lorsque le mépris pour le citoyen, et parfois pour certaines minorités, est généralisé, on parle alors de partis d’extrême-droite. Lorsque cette autorité vise au contraire un plus grand respect du citoyen ordinaire et des minorités, à une exception près, celle de l’efficacité organisationnelle, et qu’elle est reconnue, il s’agit de partis d’extrême-gauche autoritaires, parfois dits staliniens, à cause des dérives que ce type d’organisation rend la plupart du temps inévitables. La nuance n’est pas toujours évidente. La duperie n’est pas toujours aisée à détecter.  

Le mépris est souvent présent au sein des organisations d’extrême-gauche et il a souvent de fait un caractère antidémocratique.

En réalité, la participation authentique, la transversalité véritable ne s’improvisent pas. Elles s’organisent méticuleusement, délicatement. Elles mettent du temps à se roder. Elles nécessitent de la patience ainsi que la mise sur pied de nombreuses formalités et formalismes, mais sans excès, et surtout un minimum d’intérêt pour les autres, pour leurs points de vue, pour leur ressenti, et leurs idées. Pas trop, pour demeurer à l’abri de leur tentatives de putsch, de leur agressivité et de leurs mensonges. 

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Un vrai panier de crabes

Sculpture figurant une cité, un monde bâti sur des décharges d’ordures. Expo sur la technique, Liège, gare des Guillemins, 2018.

Chronique électorale

Les listes citoyennes, les citoyens.. Comment dit-on encore? Que penser de ces listes, de ceux qui revendiquent une citoyenneté responsable, qui préconisent l’engagement des citoyens dans la politique. Est-ce que le nouveau front populaire en France se revendique de la citoyenneté? Ne s’agirait-il pas parfois d’une poire pour la soif.. Ne serait-ce pas le nouveau gadget pour éviter de se poser des questions précises? Pour empêcher que ne se pose des questions? Pour continuer à faire semblant de rien.. Pour se faire voir sur toutes les faces, pour sortir ce qu’on a sur le coeur.. sans en avoir l’air, en se présentant comme de simples citoyens?

Rien de tel, en effet, pour faire régner la censure, que de prétendre en effet que SES propres revendications sont des revendications NORMALES, celles de citoyens comme les autres. Pourquoi prétendre être heureux quand on peut être normal, comme le dit et l’écrit Jeanette Winterson!
Au fait, Jeannine chérie, tu as fini mon bouquin? De colère, parce que tu ne supportes pas de voir des gens souffrir, et que Janet W. a souffert, tu l’as peut-être jeté à la poubelle? 
Ah, ces braves citoyens comme les autres.. Pas toi, Jeannine. Tu n’es pas comme les autres, je le sais. N’empêche que mon bouquin… Un magnifique bouquin sur l’homosexualité. 

Bref, que faire de toutes ces listes citoyennes qui n’ont pas de programme, mais qui en ont un quand même? 

A vrai dire, à Bruxelles, il y a peu de listes citoyennes. Parmi toutes les petits listes qui se présentent aux régionales, il y en a deux: Plan B et le Collectif citoyen. Toutes les autres défendent des projets, des objectifs parfois assez spécialisés. Comme DierAnimal par exemple. 

BeOne, on devine que c’est la suite logique d’Egalité, une liste qui revendique un statut de citoyen pour tous, l’égalité réelle entre tous, qui s’oppose aux discriminations en tout genre. Cela dit, du dire au fait, comme on dit.. Là aussi, une revendication légitime se nourrit souvent de points de vue qui ne le sont pas. On est prêt à recoloniser le tiers-monde à condition que les personnes dites de couleur accèdent, ici, en Belgique, à Bruxelles, à une reconnaissance pleine et entière. On voudrait décolonialiser les esprits et laisser les multinationales mettre à sac le reste du monde en même temps.

Comme pour le Collectif citoyen, pour BeOne, le travail est un droit. Mais BeOne ne dit pas de quelle façon il compte partager le travail, parce qu’enfin, s’il n’est pas pour le partage du travail, de quelle manière entend-il faire respecter ce droit? 

Ce serait bien aussi, si le droit au chômage était reconnu. Cela, ni BeOne, ni le Collectif citoyen n’y font pas allusion. 

Et ce serait bien aussi, si au sein de ces listes citoyennes, résonnaient aussi, de temps en temps, comme partout, des arguments critiques.
Sans cela, on en revient vite à la censure démocratique, celle qui prétend que les idées ne sont pas nécessaires, mais qui a des idées sur toute chose quand même. C’est que le citoyen saurait tout, il saurait, lui, ce qui est bon et ce qui n’est pas bon. Beaucoup mieux que la philosophie critique et politique la plus exigeante. Ce qui, au demeurant, n’est pas entièrement faux. Oui, mais, justement, parce qu’il saurait tout, il ne faudrait rien dire, rien ajouter. Nous, les citoyens, sommes comme le brave peuple juif qui compte sur Moïse pour lui faire part de nouveaux commandements. On connaît l’histoire. Le peuple juif, excédé par cette médiation intempestive qui le prive de son libre-arbitre, décide de se moquer de lui-même, de ce cher Moise et de son Yahvé, et érige une statue en or représentant un veau, lui-même, à n’en pas douter.
Triste colère que celle de Moïse qui en extermine la moitié parce que son commandement n’est pas servilement pris en compte.

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Le Collectif citoyen, versus région bruxelloise ?

Lors des réunions du Collectif citoyen à l’Espace citoyen, rue de la grande île, on discute, on papote, on ne se prend pas la tête. Les gens sont contents d’être là. Il y a un peu de monde. Lors des réunions, les gens se jettent des idées à la tête, mais il n’y a rien là de sûr, de précis, de formel. On cherche. On se pose des questions. On aimerait que davantage de gens s’en posent et en débattent avec nous. Oui, on parle de transparence. On se demande aussi s’il est légitime d’inclure la région germanophone dans la Région wallonne. On se montre un peu tatillon. On ne parle pas forcément de l’essentiel. On pense que c’est en s’attaquant aux dérives des institutions politiques qu’on va réussir à améliorer les choses. Mais quelles choses ? Il en est à peine question. La pollution, le climat ? Les évènements récents qui concernent le climat ont mis en exergue les faiblesses organisationnelles du système, son impuissance, son refus de prendre en compte certains faits troublants, d’agir en conséquence. Mais l’on ne dispose pas d’une explication transcendante pour autant. Personne ne peut expliquer pourquoi en définitive les élus n’ont pas daigné apporter de changement à l’article 7 de la constitution. Parce qu’il y a une majorité qui est contre. Est-ce une question de transparence ? Pas vraiment. Mais peut-être aurait-on droit à une autre majorité si le fonctionnement de la politique était un peu plus transparent? Peut-être ? Pas forcément. Il est possible que les choses soient pires encore.

Les débats du collectif citoyen permettent à peine d’approfondir les choses, d’aborder un problème, de traiter d’une question : celle de la fiabilité des institutions politiques.
Je dirais que la plupart des membres sont apolitiques. Ils n’ont jamais fait de politique. Ils s’engagent parce qu’ils pensent que l’on pourrait améliorer le fonctionnement de la démocratie, parce qu’ils ne croient plus guère à l’efficacité de la politique. Ou, plutôt, ils ne croient plus guère qu’ils peuvent se passer d’en faire eux-mêmes. Mais ils ne pensent pas non plus que cela ait encore du sens d’en faire dans des grands partis. Non, leur but est d’améliorer le fonctionnement de ces grands partis à partir de l’extérieur. Il est également d’améliorer le fonctionnement des institutions politiques. Les deux vont de pair.

Mais comment, à vrai dire, la plupart n’en savent pas grand-chose. Même ceux qui croient en savoir davantage, en fait, n’en savent rien. Il est question de transparence. Ce terme revient souvent dans la conversation. Ou bien il est question de participation. Concernant la transparence, tout un mouvement existe qui réclame plus de transparence de la part du monde politique. Des scandales ont récemment agité le landerneau politique. L’affaire du Samu social ou l’affaire Publifin révèlent l’existence de pratiques douteuses, en lien avec les dramatiques inégalités qui grèvent de plus en plus la société. Mais ces pratiques ne représentent qu’un aspect du problème. L’on ne pense pas nécessairement à cela quand on critique le manque de transparence du pouvoir, ou encore, de la manière actuelle de faire de la politique.
Derrière le manque de transparence des institutions, d’autres problèmes se profilent. Comment imaginer que des institutions politiques puissent être transparentes quand tout le système et l’économie sont basés sur l’évasion fiscale, quand des associations pléthoriques sont financées de toutes sortes de façons, parfois par des bailleurs de fond d’une autre partie du monde ?
Il est certain que l’on aborde un sujet plus complexe qu’il ne paraît.
Pour certains, il faudrait introduire des référendums révocatoires, et des référendums d’initiative populaire, ou citoyenne. Mais le problème semble décidément bien plus vaste.
En fait, s’engager dans le Collectif citoyen, c’est l’occasion ou jamais de se poser des questions à ce sujet, de faire un peu avancer le schmilblick. Et faire cela, faire avancer la réflexion et surtout faire progresser les choses à ce niveau, les membres du Collectif citoyen, en dépit de leurs divergences de vue, d’appartenance, pensent tous que c’est indispensable.

Espace citoyen, des membres du collectif citoyen