Publié le

Histoire et tabous

 

Un débat. Un débat important un vendredi soir au Piano fabriek à propos du crâne d’un roitelet africain que possède le musée d’histoire naturelle. Mais surtout à propos de la liberté d’expression, ou de la presse, selon les cas. Nullement parce que celle-ci refuse de faire de la possession d’un crâne un sujet d’actualité de première importance, d’en parler à tour de bras, de solliciter l’attention du grand public pour que ce dernier se prononce en faveur de la restitution de cet objet à ses légitimes ayant droit. Continuer la lecture de Histoire et tabous

Publié le

R.D.C., les dés sont-ils complètement pipés?

Depuis belle lurette, une seule solution s’offre aux pays africains. En cas d’élection ou pas, les seuls candidats possibles, sont, à vrai dire, les candidats des multinationales. Jamais les candidats des peuples. Les dés sont systématiquement pipés. Des pressions énormes servent à mettre en place des marionnettes qui sont souvent en même temps de solides criminels. Lorsque des peuples essaient de mettre en place des dirigeants qui les représentent davantage qu’ils ne représentent des multinationales, cela se solde par des catastrophes, par des putschs organisés depuis l’étranger, voire par des guerres. Depuis vingt ans, au Congo, cette logique ne fonctionne plus qu’en partie. La majorité en place est en partie issue de la révolution de 1997. Après vingt ans de critiques insupportables, de bashing antigouvernemental et anti-congolais, ce faible acquis risque d’être remis en cause. A vrai dire, c’est l’impasse. Il a été décidé de mettre fin une fois pour toute à une telle autonomie directionnelle en on ne voit pas très bien ce qui pourrait empêcher un chouchou de la communauté internationale de l’emporter aux élections, à supposer qu’elles aient jamais lieu. La démocratie est quelque chose d’étrange. Si les masses ne se rangent pas derrière une personne, une seule, une personne qu’elles reconnaissent, qu’elles connaissent, dans laquelle elles ont des raisons de croire, elles élisent des figures de second rang, des candidats qui leur sont présentés par les médias, par la presse internationale, par des médias à la solde des multinationales ou des organisations internationales, bref par des médias indépendants, elles perdent la partie. Or comme Joseph Kabila ne peut se représenter aux élections, les masses n’ont aucun candidat en lequel croire. La majorité présidentielles compte des hommes remarquables, mais elles ne les connaissent pas. Et rien n’est fait pour qu’elles les découvrent et pour qu’elles les choisissent. La raison en est simple. Si la majorité présidentielle ne fait pas campagne pour un candidat de son camp, c’est que cela ne ferait qu’exacerber les choses, que provoquer les critiques, qu’inciter à la révolte. On connait ce genre de révolte qui se fomentent depuis les capitales étrangères, et dont l’argent des multinationales finance la propagande qui est relayée à peu près au même moment dans tous les foyers du monde. Se ranger en ordre de bataille autour d’un candidat, ce serait tendre la perche à toutes sortes de gens pour poursuivre le bashing auxquels ils n’ont jamais cessé de recourir. Les mauvais candidats ne se vendent jamais aussi bien que lorsqu’il leur est donné la possibilité de critiquer les bons sans que ceux-ci n’aient la possibilité de répliquer. Et ils ne le peuvent pas puisqu’ils ne contrôlent aucune organisation internationale, puisqu’ils n’ont pas d’industrie qui leur permettrait de fabriquer des missiles et des bateaux de guerre non plus.
Au Venezuela, Chavez a pris soin d’organiser sa succession, ce qui seul a permis à sa majorité et aux principes qu’elle défend, de se maintenir au pouvoir, mais, chaque fois, à chaque élections, et même entre elles, ce sont des scrutins à hauts risques, des tentatives violentes de coups d’état, des campagnes mensongères atroces, relayées par les grands pays prétendûment démocratiques.
Ces soi-disant pays démocratiques sont en fait des citadelles d’usuriers pressés par le besoin d’asservir le reste du monde, pour lui extorquer son argent d’une part, ses ressources naturelles en second lieu, et enfin sa main d’œuvre, d’autre part, aux pays moins riches. Qui dit asservir, dit provoquer une afflux de réfugiés, et les faire travailler pour deux fois rien. Asservir cela veut dire aussi revendre, transformer, et avant tout consommer les ressources et la production alimentaire des autres. Le niveau de consommation de ces pays est plusieurs fois plus élevé que celui des autres.
J’ai l’impression qu’ils s’acharnent sur le Congo pour plusieurs raisons. D’une part, ils luttent l’un contre l’autre pour s’y tailler des zones d’influence. Le Congo est un pays partagé en plusieurs zones d’influence. Depuis que certaines puissances internationales y ont provoqué une guerre et que toutes sortes d’organisations rebelles soi-disant démocratiques y ont semé la désolation, le gouvernement congolais ne contrôle plus qu’à moitié certaines parties de son territoire et la chasse y est ouverte presque en permanence, la chasse aux travailleurs, aux matières premières, etc…
Les richesses de l’Est sont écoulées et revendues sur le marché rwandais, ou en Zambie, ou encore ailleurs. Dans une grande partie de ce territoire, la population déstabilisée a le choix entre l’atroce travail dans les mines, la vie dans des camps de réfugiés ou l’engagement dans des organisations d’autodéfense.
Cette situation est passée sous silence par les candidats aux élections dont parle le plus la presse belge et étrangère. Elle est jugée par eux pratiquement normale. Comme faisant partie des meubles en quelque sorte. Et ils contribuent même à imposer un tabou la concernant. On ne connaît pas d’autre point de vue sur cette situation que celui qui consiste à en attribuer dans des termes plus ou moins directs la responsabilité au pouvoir en place actuellement. Pour tout dire nul n’a la possibilité d’exprimer un autre point de vue. Et si des dirigeants congolais le faisaient, cela provoquerait probablement de nouveaux massacres à l’Est, ou carrément une nouvelle guerre.
Il résulte de cette situation qu’en Afrique, les scrutins électoraux démocratiques servent à conditionner avant tout une forme d’impuissance, à la légitimer, à rendre illégitime, condamnable, toute attitude qui tenterait d’y remédier. Les réformes les plus nécessaires et les plus élémentaires sont pratiquement toutes hors de propos.
La seule voie possible est celle du consensus de Washington, de la stabilité, de l’ouverture des marchés financiers et de l’état minimal, et, il faut bien le dire, du pillage des ressources et du saccage de la nature et de la société. La moindre erreur de casting ou d’orientation se paie cher.
Pour la majorité présidentielle, usée par vingt ans de lutte et de revers en tout genre, malgré les progrès réalisés dans toutes sortes de domaines, malgré la stabilité acquise, cette situation rend toute campagne présidentielle aussi vaine qu’inutile. Lutter contre cette situation expose par contre à l’aggraver, et la rendre encore plus complètement inextricable.
Ne pourrions-nous pas au moins tenter de dénoncer cette situation?

Publié le

Ingérence dans le processus démocratique en R.D.C..

 

Les médias français, du moins certains, ne cessent de calomnier le gouvernement congolais, de désinformer l’opinion publique. S’ils traitent de certaines choses, c’est toujours pour faire des reproches au gouvernement congolais et à Joseph Kabila, pour remettre en cause leur stratégie politique. Continuer la lecture de Ingérence dans le processus démocratique en R.D.C..

Publié le

ACCORD DE LA SAINT-SYLVESTRE EN R.D.C.

On parle beaucoup de la Syrie, mais assez peu du Congo. Pourtant, au Congo, la situation est très compliquée aussi. Sur un plan, elle est même pire qu’en Syrie. Continuer la lecture de ACCORD DE LA SAINT-SYLVESTRE EN R.D.C.

Publié le

La question de l’alternance, le Congo, et le Rwanda

L’Afrique, et plus particulièrement la R.D.C. et le Rwanda, et le monde: aperçu de la situation

La grande entreprise de clarification qui a permis d’entrevoir une partie de la vérité à l’époque des Indépendances est en train de sombrer dans l’oubli, et ce n’est pas la production massive de clichés qui remédie au problème. Continuer la lecture de La question de l’alternance, le Congo, et le Rwanda

Publié le

Fête de quartier place Saint-Boniface à Ixelles

Ce trente juin, une petite fête avait lieu place Saint-Boniface à Ixelles pour commémorer l’Indépendance du Congo. La police était présente, mais, quoique toute proche, elle ne se mêlait pas à ceux qui faisaient la fête. Sa forte présence, en comparaison avec d’autres fêtes de quartier, était-elle à ce point indispensable pour empêcher une tel évènement, particulièrement impopulaire dans ce petit pays, de dégénérer?
Le P.T.B. vendait des tee-shirts et des livres en flamand sur le Congo. Bref, le paternalisme sous les oripeaux du marxisme. Une vieille hypocrisie bien connue, ayant découvert un nouveau déguisement. Deux religions en une, dans le seul but de perpétuer, et de propager, tout en la fustigeant, une domination. Le marxisme transformé en mépris ou complice de ce mépris. Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi?
Au moins ses militants ont-ils le mérite d’exister, de continuer à célébrer des événements, à citer leurs protagonistes, à cultiver le souvenir de révolutionnaires dont 99% des gens ignorent généralement le nom et l’existence. C’est un fait, la colonisation n’a pas représenté la même chose pour les Européens et pour les Africains. Peut-être est-ce la raison pour laquelle aux yeux des Européens, les indépendances africaines ont tellement peu d’importance! Ou alors ils ne savent pas quoi faire. Ils ne veulent même pas que l’on pense que, pour eux, la colonisation elle-même a existé. Ils voudraient que l’on comprenne que tous se sont fait rouler dans la farine par les mêmes monstrueux dirigeants, par les mêmes banques, par les mêmes sociétés multinationales. Mais cela donne surtout l’impression que, pour eux, les trois-quarts du monde n’existent pas, que, pour eux, il ne s’y passe jamais que des guerres et des catastrophes, que leurs dirigeants sont tous des idiots, ou des voyous. Et c’est comme si, pour eux, l’indépendance du Congo ou celles des autres pays africains n’avaient été que des accidents, que des erreurs impardonnables dont il ne fallait pas faire état, qu’il valait mieux oublier. En particulier celle du Congo. Comme si celle du Rwanda ou du Burundi avaient été moins terribles. Pour ne parler que de celles-là! Néanmoins la petite place était remplie de monde. La plupart des gens étaient attablés devant des boissons que vendait un café situé sur la place, d’autres étaient debout et discutaient entre eux.
Il y avait un podium, qui semblait insignifiant à l’arrière d’une église imposante dont la petite place porte le nom, dans un angle de la bâtisse. Les organisateurs faisaient croire aux gens que cette petite place allait sous peu porter le nom de Lumumba et faisaient signer à cette fin une pétition. Comme si la petite Belgique et ses élites néocolonialistes allaient enfin reconnaître l’autorité, la valeur de Lumumba, du plus célèbre dirigeant congolais, transformé en icône par la plupart des mouvements de libération de la Terre, à l’instar de Che Guevara! Même son soi-disant prolétariat en ignore l’existence. Ce prolétariat, presque devenu pire que les bourgeois, qu’il est loin de conspuer systématiquement, qu’il imite comme il peut, tout en se prenant souvent pour je ne sais quoi.
Bourgeois et prolétariat ne meurent pas en essayant de traverser la mer, ou des frontières, en tentant d’échapper aux guerres que les multinationales provoquent dans leur pays pour se venger, comme les enfants des décolonisés. La plupart des travailleurs n’ont même pas à se salir les mains. Des armées africaines ou arabes armées de pied en cap, ou achetées pour quelques barils de pétrole, ou quelques sacoches de diamants, bref pour une bouchée de pain, font le boulot des anciens paras et agents de la coloniale. Depuis longtemps, les multinationales leur vendent également à un prix défiant toute concurrence des gadgets sophistiqués fabriqués en Asie qui leur font croire qu’ils sont terriblement intelligents. Tout cela les incite à critiquer à peu près tout le monde, et à fermer leurs frontières, bref à faire le plus possible le vide autour d’eux.
Ils critiquent également les syndicats lorsque les syndiqués n’ont pas tendance à penser comme eux au point de renoncer en vrac, ce qui est plus simple lorsqu’ils ne les concernent pas directement, à des droits chèrement acquis par d’autres.
Confronté à une telle arrogance, l’enseignement a jeté l’éponge et se contente de délivrer les preuves illusoires de son bien-fondé, non sans faire une série de distinguos lesquels les assujettissent encore plus sûrement à cet élitisme forcené, quelle que soit la catégorie dans laquelle ils sont rangés.
Malheur aux vaincus, comme on dit. M. Mbeka Phoba, une des participantes à la Journée « Revivez le discours de Lumumba, du 30 Juin 1960 », a lu un poème d’elle dans lequel elle se demande quel rapport nous avons avec Lumumba.
Elle y évoque les paroles étincelantes de l’ardent dirigeant et nous reproche de quémander l’aumône. Nous: pas seulement les Africains, les Congolais, en dépit de notre arrogance. Elle s’adressait avant tout, bien sûr, aux Africains, et en particulier aux Congolais qui essaient de faire leur vie en Belgique en passant à travers les gouttes.
Nous qui rampons, qui étouffons, qui longeons les murs, qui ne parvenons à exister qu’à force de contorsions, de nous tromper d’existence, d’ignorer le passé comme l’avenir, et souvent de cracher sur le présent, dirais-je.
Lumumba est le premier premier ministre congolais. Il fut assassiné par des Belges, et pas par des Africains, même si des Africains collaborèrent avec des Belges pour perpétrer ce crime. Il a fallu 40 ans pour qu’en Belgique, cette évidence acquiert au moins un caractère officiel, même si aucun officiel n’en a jamais fait état, si la Belgique continue à s’en moquer, à nier la plupart des faits, et continue, d’une autre manière, à piller les richesses du Congo. Quels menteurs, quels fachos, tous ces officiels!
Il y avait une petite coterie de vieux militants congolais. Ils s’éloignaient de moi, après m’avoir salué, déçus peut-être par les banalités que je leur disais pour engager la conversation, ou gênés par ma misère. C’est qu’on ne sait même plus quoi dire.
Quelques Africaines dansaient, tout en s’occupant de leurs enfants.
Un quarteron de grands intellectuels, quelque peu méprisants également, en dépit de leur sourire engageant, dominait ce petit monde. Ils sont les seuls, forcément, à commémorer cette dramatique indépendance. Qui d’autre se risquerait à leur tenir compagnie! Ils faisaient même partie des orateurs. L’un d’eux avait dégotté dans des archives inaccessibles une version inédite du discours du 30 juin 1960 de Patrice Lumumba.
Il y avait aussi d’autres personnes. Des jeunes, souvent, des gens très bien. Des activistes propalestiniens ou actifs dans le mouvement pour la régularisation des sans-papiers. Probablement aussi les employés très distingués et cosmopolites de diverses O.N.G., ayant découvert par hasard le pot aux roses. Et quelques inconditionnels, capables de transcender les tabous et les préjugés des fachos, au point de célébrer l’indépendance du Congo.

Publié le

Un exploit parmi d’autres du Fonds monétaire international

Parmi les grands oubliés du récit idéologique du génocide de 1994 au Rwanda, il y a le F.M.I…
Jusqu’au génocide, il fait l’objet de plein de critiques. Ses plans d’ajustement sont ouvertement mis en cause. Ensuite, il en va tout autrement. Il n’est plus question du F.M.I.. dans les explications des journalistes et des experts. Ou alors ce dernier semble planer au-dessus du monde. Il redevient la mesure immuable des choses. Il n’est que le garant d’un ordre intangible, immuable, nécessaire. C’est le génocide qui fait l’objet du débat. Le F.M.I. semble hors de cause. Tout le gâchis est attribué aux Africains. A un petit milieu d’Africains en particulier, à une ethnie.
Dans La grande désillusion, le livre sur le FMI que le prix Nobel J. Stiglitz publie cinq ans plus tard, ce dernier analyse la politique de l’institution monétaire internationale et il la critique courageusement. Mais il ne traite pas du Rwanda. Concernant le Rwanda, la crise de 1994, ou plutôt la crise qui débute au cours des années 80 au Rwanda, et qui se solde par un génocide, voire plusieurs, comme si le fléau avait fait tâche d’huile, en particulier grâce au comportement de quelques puissances occidentales, c’est le black out. C’est normal. Quand Joseph Stiglitz accède au rang d’économiste en chef à la banque mondiale, le Rwanda est vaguement sorti du gouffre grâce à la guerre. Ses dirigeants sont à Kinshasa. Ils ont chassé Mobutu et s’efforcent de mettre la main sur le Zaïre que son nouveau président a du reste décidé de rebaptiser Congo. Ils sont vaguement décidés à piller le pays. Leur conflit avec Laurent-Désiré Kabila va leur permettre de le piller pendant 15 ans. Pour le F.M.I., le problème est réglé, le Rwanda va pouvoir payer ses dettes.
Joseph Stiglitz évoque d’abord le cas de l’Ethiopie. Il démontre que le F.M.I. commet des erreurs fondamentales. Ses critiques sont sans appel. Le pays sort de la guerre, les indicateurs économiques sont positifs, et pourtant le F.M.I. suspend son aide, suivi par les autres donateurs habituels des pays en développement. Ces erreurs sont à peu près les mêmes que celles que commettent actuellement les Européens concernant la Grèce. Mais l’Ethiopie sort d’une guerre. Sa population a beaucoup souffert. Ecoles, hôpitaux manquent cruellement. Le F.M.I. refuse de financer la construction d’écoles et d’hôpitaux. Les difficultés s’accumulent. L’Ethiopie rembourse un emprunt à un taux usuraire, bien plus important qu’elle touche pour ses réserves. Le F.M.I. refuse cependant qu’elle rembourse de manière anticipée le prêt qu’elle a reçu. Simplement parce qu’elle ne lui a pas demandé son avis. Pour le F.M.I., il est normal qu’un pays demande son avis concernant la gestion de ses dettes, de ses avoirs. Le F.M.I. exige aussi une libéralisation financière totale. Or les petites banques éthiopiennes prêtent de l’argent aux paysans pour acheter par exemple des semences. La libéralisation financière aurait fait disparaître ces petites banques qui prêtent de l’argent aux paysans et aurait provoqué une famine. Le F.M.I. change d’avis, et encore, partiellement, mais quand il est trop tard. Au moment où l’Ethiopie est confrontée au refus du F.M.I., une guerre éclate avec l’Érythrée.
Joseph Stiglitz traite aussi de l’Afrique du sud, de la Russie, de la crise asiatique. Il ne parle pas des plans d’ajustement antérieurs, de tous les plans d’ajustement qui ont dévasté des pays sous-développés dans les années 1980, ou au début des années 90. Il parle de ce qu’il connaît, des dossiers sur lesquels il a travaillé.
Malgré le fait qu’il ait provoqué des catastrophes dans des dizaines de pays, le F.M.I. n’a toujours pas changé de stratégie économique. Dans son livre édifiant La stratégie du choc, Naomi Klein décrit en détail certaines de ces catastrophes. Mais Naomi Klein explique que le F.M.I. opère en rapport avec d’autres organisations. Ces catastrophes sont délibérément provoquées pour imposer à des pays des mesures économiques déterminées qui aggravent considérablement la misère, et qui provoquent parfois des conflits, mais qui permettent aux banques et aux multinationales américaines de faire des profits considérables, et qui accroissent l’influence des Etats-Unis dans le monde.
Au Rwanda, avant le génocide, plein de gens remettent en cause les plans du F.M.I.. Mais le F.M.I. ne reviendra jamais en arrière. Les conseillers Occidentaux d’Habyarimana lui conseillent de suivre les conseils du Fonds. Sur le point d’éclater, de faire des vagues, le débat à ce sujet entre les experts, avorte à cause de la guerre, et puis du génocide.
Les plans du F.M.I. serviront même à financer indirectement le génocide. Ce financement indirect passe pour le versement de l’aide octroyée en échange des réformes réalisées. Les traces d’une grosse cinquantaine de millions se perdent en eau peu profonde, quelque part entre Washington et Paris. En même temps, la dette du Rwanda s’accroît d’un dixième.
En fait, le F.M.I. est au service d’assassins de la pire espèce. Prétendre comme le fait J. Stiglitz que ceux qui y travaillent sont seulement des idiots, qu’ils manquent d’informations, est un mensonge. Mais ce mensonge a la vie dure.
Faire un rapport entre le plan d’ajustement imposé au Rwanda et la crise dévastatrice qui s’ensuit a l’air superfétatoire, voire déplacé, même de nos jours. Pourtant, si l’on y pense, le parallèle avec d’autres situations du même acabit est évident.
Ce qui est significatif, c’est qu’aucun économiste du tiers-monde ne s’est risqué à décrire des catastrophes provoquées par le F.M.I. dans son pays. Il y aurait perdu son poste, et ses relations, et donc non seulement la capacité à faire des recherches, mais d’en communiquer les résultats, voire la vie. Il faut être très célèbre, et être américain, comme l’est Joseph Stiglitz, pour se risquer à dire quelque chose, ou il faut n’avoir aucun poids, n’exister pour personne, comme une simple personne privée en fait. Mais même un prix Nobel comme J. Stiglitz ne peut se risquer à dire la vérité. Du reste, pour cela, il devrait être au moins aussi compétent en matière politique et en stratégie militaire qu’en économie.
Au Rwanda, le F.M.I. provoque un génocide, mais personne ne le range parmi les responsables de la catastrophe. C’est à peine si l’on ne considère pas qu’il en est victime de façon collatérale. Les commentateurs de ce désastre ont le regard rivé sur un massacre de masse, et lui confèrent des explications qui n’ont rien à voir avec le F.M.I..
Ils voient dans ce massacre l’application d’un cas de figure dont les Occidentaux ont fait le crime suprême, le mal absolu, depuis près d’un demi-siècle. L’amalgame est instantané. Ils oublient tout le reste.
Ils se focalisent sur les seuls faits et gestes du gouvernement rwandais d’alors, des Hutus de la tendance Hutupower.
Ils ne se poseront pratiquement aucune question importante au sujet de la politique menée par le F.M.I. ? OU par l’O.N.U., dont ils regretteront à peine qu’il ne soit pas intervenu comme son mandat l’y contraignait. En fait, la plupart sont ravis. Les colonialistes ont obtenu leur revanche. Ils détiennent la preuve que leurs allégations sont fondées. Les journalistes disposent d’informations sensationnelles. Les gouvernements occidentaux disposent de nouveaux arguments pour intervenir militairement en Afrique. Les multinationales et les grandes banques américaines disposent enfin d’un appui solide pour propager leur idéologie, autrement dit leurs méthodes économiques, le fameux consensus de Washington, en plein centre de l’Afrique. Impossible de dénoncer une telle chose. Du reste, cela doit demeurer secret. Le capitalisme opère avant tout en coulisses. Il conquiert de marchés, mais cela doit paraître avant tout un fait parfaitement naturel. Misère et richesse insolente sont la conséquence de mécanismes parfaitement naturels.

Publié le

Le besoin de guerre de la France, le Burundi, et M. Morsi

La République française n’a jamais existé. Le 8 thermidor an 4, c’est un putsch qui se produit. Les bourgeois font marcher la guillotine à tour de bras et pillent les biens des condamnés, mais accusent Robespierre, qui se bat pour sauver la paix, l’économie, la révolution, et le font guillotiner aussi. En France, les mensonges ont la vie longue. Continuer la lecture de Le besoin de guerre de la France, le Burundi, et M. Morsi

Publié le

Le point sur le meurtre et le mensonge

Ecrire, écrire, je ne me demande pas pourquoi, mais, toujours, comment, comment décrire quoi que ce soit? Qui croire? Il ne faudrait jamais croire quoi que ce soit. Mais comment faire la part des choses? Il y a des sous-marins russes. Ils ont navigué le long des côtés suédoises. Continuer la lecture de Le point sur le meurtre et le mensonge