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La fourmi et la cigale

La fourmi ayant accumulé trop de richesses, et les autres insectes n’ayant plus de travail à cause d’une formidable pénurie, craignait pour sa vie. Méfiante à l’égard de tous, se cherchant une alliée, et pour tenter en même temps de percer à jour ses intentions, elle alla demander conseil à la cigale sa voisine.

« Je ne sais que faire », dit la fourmi
« Mes trésors, sont-ils en danger?
« La nature est exsangue, les mers sont polluées,
« Les matériaux dont je me servais en abondance sont devenus introuvables.
« Je ne suis pas ruinée, parce que j’ai accumulé beaucoup de biens,
« Mais je vis dans l’angoisse, j’ai peur qu’on ne me prenne ce que j’ai. Personne n’a plus de travail, et tout le monde a besoin de se nourrir, la tentation des bêtes est compréhensible.

« Vous travailliez, vous n’avez jamais cessé de travailler
« Vous bossiez toute la journée
« Formidable, quel courage!», répondit la cigale.
« Mais vous n’avez pas réfléchi à grand-chose.
« Il n’y a même plus d’arbres autour de vous, d’herbe. Plus rien ne pousse. »

« J’ai besoin de m’en prendre à d’autres pour me tirer d’affaires, d’inventer des crimes qui n’existent pas et d’accuser tout le monde pour me débarrasser de ceux dont je crains la vengeance », expliqua encore la fourmi.

« Alors qu’il serait plus facile de partager, et de vous entendre avec les autres. Tout le monde vous en saurait gré, » rétorqua la cigale.

« Certes, mais cela ne changerait pas grand chose. Personne n’a plus rien à faire. Mes petites réserves une fois partagées, nous ne mettrions pas longtemps à mourir tous de faim », renchérit la fourmi.

« Mais non, pourquoi, il y a plein de choses à faire. Il suffit de rendre ce monde à nouveau habitable. Vous empêchez tout le monde de faire quoi que ce soit, simplement parce que vous, vous ne pouvez pas faire ce que vous avez l’habitude de faire en faisant travailler les autres: de l’argent.
« Si vous ne vous en preniez pas à tout le monde, les gens finiraient peut-être par s’organiser pour faire autre chose que des voitures, des ordinateurs, des tracteurs.
« Il y a mille choses à faire.
« Vous êtes des centaines dans le même cas. Vous ne savez que faire, alors vous payez des insectes pour faire la guerre aux autres et pour éloigner de vous le danger.
« Je vous répète: partagez! Contentez-vous de produire à une autre échelle, sans songer à accumuler d’énormes profits, sans piller ce qui appartient à d’autres. Il faut nettoyer les cours d’eau, assainir, réhabiliter toute la nature.
« Il y a des coins sur cette planète où les bébés cigales jouent à côté de terrils plein de déchets toxiques, nagent dans des fleuves pleins de pétrole, ou même jouent avec des débris de centrales nucléaires. On ne sait même plus s’il s’agit de fourmis ou de cigales. On les appelle des fougales.
« En attendant, partagez avec moi les denrées de mon petit potager. Vous ne vous nourrissez plus que de boites de conserve. Vous finirez par perdre tout appétit.

« Par chance, vous avez quelques centimètres carrés à vous », répondit encore la fourmi. L’état, autrement dit moi, la fourmi, ne vous a pas tout pris.

« Dans votre grand jardin, vous pourriez faire pousser de quoi nourrir toute la contrée », dit encore la cigale.
« Mais il faudra le dépolluer. Il est rempli de ferraille et vos petites pattes pataugent dans la poussière de plomb et baignent dans le pétrole » ..
« Prenez à cœur de réhabiliter le sols que vous avez laissé se dégrader.
« Je vous apprendrai à faire pousser des radis, des fraises, des chicons, des carottes, sans utiliser un tracteur de trois tonnes…

La fourmi rentra chez elle réconfortée, et ayant, pour une fois, bien mangé. Ainsi, en partageant, évite-t-on bien des désagréments, et même parfois des guerres, qu’on déclare le plus souvent soi-même, dans le seul but de préserver ce qu’on a en grande partie volé.

Monument au travail. Sculptures de Constantin Meunier. Quai aux yachts, Bruxelles.
Monument au travail. Sculptures de Constantin Meunier.
Quai aux yachts, Bruxelles.
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Je suis un chômeur de longue durée

Je suis un chômeur de longue durée, 1ère édition
Page de couverture de la première édition

Petit essai littéraire

Éditions provisoires

3 €

descriptif

Le chômage de longue durée se perçoit comme une opposition radicale au travail, du moins vécu de cette manière. Pourquoi, et réalité du travail. Ce dernier vécu par un chômeur de longue durée.