Publié le

Droite et gauche, témoignage de candidat, proposition de réforme, organisation du travail et gilets jaunes

Université populaire de Pékin, 1993, aquarelle

Là, je fais une expérience. J’ai été contacté par un vieux militant de gauche qui fait souvent du bon boulot pour me présenter dans un petit groupe aux élections régionales à Bruxelles en Belgique. J’ai accepté sans coup férir parce que j’apprécie son engagement. J’ai moi-même proposé à des gens de se joindre à nous. Mais ce vieux militant avait lui-même adhéré à une charte et à un groupe plus vaste dont j’ignorais jusqu’alors l’existence. La charte est intéressante et m’a convaincu. Mais voilà: entre nous et les rédacteurs de la charte, bref le reste du groupe, il y a des gens dont l’idéologie n’est pas la même que la nôtre. Ils prétendent servir d’intermédiaires, d’agents de liaison en quelque sorte. La liste se dit citoyenne. Ils se présentent comme des citoyens lambda. Mais, en fait, ils prétendent surtout REprésenter eux-mêmes les citoyens. Tous les citoyens. Et, au sein de la section du collectif que nous formons avec eux, où ils ont abattu un gros boulot, où ils sont partout à la manœuvre, ils mènent le jeu, font des propositions, contrôlent les évènements, qui, du reste, tardent à se produire, ils ont fait de ces élections leur chose, leur affaire, et s’attendent à ce que les autres les suivent et adhèrent.. sans mot dire à leur stratégie, alors qu’ils manquent à mon avis d’initiatives. Ils ont déposé la liste, ils ont trouvé, comptabilisé, fait signé les formulaires aux candidats. Ils ont assumé le boulot administratif sans rien demander aux autres, et, maintenant, ils proposent des textes programmatiques qu’ils ont pondu eux-mêmes. Alors qu’ils prétendent en même temps que ce programme, c’est aux citoyens de le concocter. Ils exercent de fait un leadership. Il aurait été impensable pour eux qu’il en soit autrement. Ils voient le groupuscule que nous formons comme leur chose, leur affaire. Nous n’existons que pour leur conférer une certaine importance. Ils se voient peut-être déjà député ou députée, qui sait.

Il n’est pas du tout difficile de comprendre qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’est une organisation citoyenne. Pour eux, une organisation citoyenne, c’est une sorte d’entreprise avec un patron, un secrétaire, et des employés.. Le leader y joue le rôle du père, du fameux bon père de famille. Il demande l’avis des gens, mais pour la forme, sur des questions qui LE tarabustent, et qu’il n’est pas en mesure de résoudre seul à la place des autres. M. Courtin demande : il s’est passé cela, ceci.. que faire ? Là où il ne peut pas prendre de décision tout seul non plus, ils demandent l’avis des autres. Mais on sent qu’à la moindre occasion, ils n’en feront qu’à leur tête. Ils sont deux ou trois heureusement, et discutent sans doute de la politique à mener en comité restreint. Bien sûr, tout cela représente une organisation qu’il n’est pas de bon ton de critiquer. C’est même impensable. Puisque c’est la seule chose qui fait que quelque-chose existe. De fait, cela ne servirait à rien. Lorsque les gens donnent leur avis sur d’autres sujets, parce qu’évidemment tout un débat très important et intéressant a cours lors des réunions sur toutes sortes de thématiques, ils enregistrent les idées, et se servent. À propos de certaines thématiques, ils font parfois état de certitudes.. qui passent à leur yeux pour des évidences. Tel parti serait extrémiste par exemple.
Quand il ne s’agit pas d’évidences, ils amènent la discussion de manière à semer la confusion. On sent que leurs préférences vont par exemple vers des formations de droite lorsqu’il s’agit de conclure des accords techniques. (Accords en vertu duquel les voix de plusieurs listes sont regroupées, alors que les listes, elles, ne sont pas regroupées, et que leurs programmes diffèrent parfois considérablement. Ces accords permettent parfois à des petits partis de gauche d’unir leurs poids électoraux respectifs pour tenter de décrocher un ou plusieurs élus. Mais toutes les formations électorales essaient de conclure des accords de liste qui les avantagent.)
On dirait qu’ils ont un agenda caché.
Parfois, cela me heurte. Mais je constate plusieurs choses. D’abord, un débat a cours assez librement, les discussions sont intéressantes. Les rencontres aussi. On dirait que ces colistiers de droite confère une sorte de poids à la liste qui rassure les gens. Dans le cadre de la campagne on s’adresse à tous le monde, croyants, incroyants, gauchistes, citoyens lambda, patrons, entrepreneurs, travailleurs, à tout le monde. Ouverture qui semble parfois complètement impossible à gauche. Le modèle du rassemblement de la droite consiste à proposer à tous de participer et à en profiter en même temps pour accaparer le pouvoir. A un moment, il ne reste éventuellement que le pouvoir, donc elle. Cela a un côté effrayant. ON DIRAIT UNE MACHINERIE, UNE SORTE DE TROU NOIR. Tout cela au nom de la citoyenneté, autrement dit de l’égalité. Ou du bien commun, ou d’un autre slogan. Le langage utilisé par ces leaders est sommaire. Plein de sous-entendus. Leur ego qu’on doiut deviner derrière leurs déclarations égalitaires et leur aimabilité est de ceux qui ne tolère pas de voir remis en cause le schéma directionnel qu’ils imposent au collectif. Mais, de fait, là non plus, ils ne sont pas complètement en tort. Sans un tel schéma directionnel, il ne serait rien produit. Personne ne se serait agglutiné au collectif. A gauche, pour susciter de l’intérêt, on bouscule les habitudes, on occupe des lieux publics, on manifeste, mais cela requiert tant d’énergie et suscite tant d’opposition, parfois de crainte, à cause de la couverture médiatique de ces évènements, qu’il semble impossible en même temps de revendiquer une part du pouvoir. Ou alors la gauche invente des programmes qui tentent de prendre le contre-pied des mensonges en tout genre du pouvoir, de son hypocrisie, mais à ce jeu, c’est bien sûr l’hypocrisie qui l’emporte.
Quand la gauche fait des programmes sur mesure pour faire plaisir aux gens ,à ceux que les programmes existants ne satisfont pas, elle se retrouve souvent à droite, bref du côté du pouvoir, du côté de l’establishment.
En fait, il n’y a pas moyen de construire des collectifs citoyens de gauche capables de concourir à des élections. Tous les collectifs de gauche sont des collectifs citoyens. Ces collectifs sont capables de faire beaucoup de choses, mais pas de se présenter à des élections. Ils débattent, et se mettent d’accord pour organiser des manifestations, des évènements. Mais ils débattent d’un problème à la fois. Il est hors de question débattre d’autre chose. Ce qui est important pour ces collectifs, c’est de se mettre d’accord, d’être suffisamment nombreux à être d’accord pour atteindre un objectif minimal. Lorsqu’ils atteignent un objectif plus important, c’est qu’ils sont actifs depuis très longtemps, mais ils se servent toujours de la même méthode. Mais les élections ne peuvent représenter un objectif pour eux, parce que l’objectif des élections, c’est le pouvoir, et ils détestent le pouvoir. Il s’agit aussi d’un objectif complexe qui ne se résume pas à une idée, à un but. La gauche est donc à peu près toujours Gros-Jean comme devant. Le pouvoir se présente comme l’a dit Hobbes comme un Leviathan. Il s’agit d’une sorte de monstre. La lutte pour y accéder est plus monstrueuses encore. Même lorsque des élections permettent d’y accéder. C’est presque pire en cas d’élections. Il s’agit alors d’éliminer psychologiquement, formellement, un maximum de candidats, d’outsiders. De prendre la place des autres, de parler à leur place, d’utiliser toutes sortes de méthodes pour parvenir à se faire passer pour un citoyen lambda alors qu’on est en train de gagner de l’influence. Les élections sont un jeu de dupes. Cela ne veut pas dire que le plus malin est forcément un monstre, mais il doit utiliser des moyens peu regardants pour accéder à quelque chose. Aux U.S.A., c’est notoire, l’on achète les représentants. C’est ainsi que Lincoln parvint à abolir l’esclavage. C’était déjà le cas en Grèce, à Athènes. Forcément, quand certains accumulent d’énormes fortunes, les jeux sont faits d’avance. Il leur suffit de contrôler ceux auxquels ils permettent d’accéder au pouvoir, qui ne seraient rien sans eux, etc..
Le paradoxe veut que la gauche, qui adore la controverse, se passionne pour les élections. Alors qu’elles ne permettent jamais à la gauche d’accéder au pouvoir. Lorsqu’elle y parvient, c’est à la veille des guerres, pour calmer les masses en colère, ou quand elle n’est pas en mesure de faire grand-chose. Lorsque les élites ont besoin d’elle pour regagner un peu d’influence. Ou lorsqu’elle est tellement minée par la droite, qu’elle tombe comme un fruit mûr et qu’elle ne se relève pas aux élections suivantes.

Dans le jeune collectif, dont je fais à présent partie, quoique mes propositions, et mes textes, trop critiques, fassent tous l’objet d’une sorte d’oubli, intéressé, mais total et constant, bref de censure (il ne s’agirait surtout pas que j’acquière la moindre notoriété grâce à ce collectif), grâce auquel je me présente aux élections, plus pour la forme que pour autre chose, il est donc impossible de fédérer les gens sur la base d’idées de gauche. La citoyenneté est une idée de gauche, mais elle n’est pour la droite qu’une idée qu’il s’agit de déformer suffisamment pour réussir à manipuler des gens. L’obsession de la droite est d’être toujours en mesure d’induire en erreur, de manipuler, de ne pas dévoiler donc son vrai visage. Cela n’empêche pas la droite, au contraire, de raisonner parfois très intelligemment au sujet des institutions qui lui permettent de gouverner. Forcément. Elle se fait une idée souvent plus précise de ces institutions que la gauche pour laquelle ces institutions demeurent des mystères insondables. Cette expérience me permet donc de progresser encore un peu dans la compréhension de ce système qui semble irréformable, immuable, et en même temps de plus en plus impuissant, factice ou inutile, ce que la droite est parfaitement en mesure de comprendre elle-aussi et ce dont elle même en mesure de faire son cheval de bataille et la clef de voûte de sa propre propagande.
Toute la faute serait pour elle du côté de ceux qui exercent le pouvoir, pas du côté du pouvoir lui-même. C’est essentiellement à ce propos que mon point de vue diffère du sien. Pour moi, c’est le pouvoir, c’est son organisation avant tout qui représentent un problème. Il semble évidemment impossible de se servir de cette organisation, de ses propres institutions pour le transformer. Mais changer d’institutions, ce que la droite comme la gauche ont tendance à dire qu’il faudrait faire, et qui font toutes deux des propositions pour les améliorer, ne servirait, à mon avis, à rien si l’on ne réfléchit pas en profondeur à l’organisation du pouvoir.
Beaucoup de discussions ont trait actuellement au RIC (référendum d’initiative citoyenne) ou au RIP, (référendum d’initiative populaire) ou encore au tirage au sort des députés, mais elles demeurent assez superficielles. À mon avis, de telles transformations serviraient davantage à consolider l’organisation qu’il s’agit de faire évoluer qu’à la faire évoluer, justement. La présentation qui est faite de ces réformes reste fragmentaire et elle est souvent tout simplement utopique.
Pour proposer autre chose, pour faire de meilleures propositions, des propositions mieux articulées, il faudrait être en mesure de s’affranchir du pouvoir, ce qui est malheureusement très difficile, que ce soient des citoyens ou des scientifiques qui prennent l’initiative de mener une réflexion au sujet du pouvoir, de débattre à son sujet.
Ma principale proposition serait donc la suivante, si elle avait la moindre chance d’être prise en compte : organiser un débat approfondi sur la question du pouvoir, tant avec des citoyens qu’avec des experts et des scientifiques, mais dans un cadre parfaitement indépendant, autonome, par rapport au pouvoir lui-même. Créer par exemple une université éphémère dans ce seul but, avec toutes les garanties associées aux universités, et même davantage. Avec une protection à long terme de ceux qui participeraient à ses travaux.
Il s’agirait donc d’abord de réfléchir aux conditions propices à une réflexion collective au sujet du pouvoir.
En attendant, il s’agit encore et toujours de faire échec aux tentatives de manipulation, de détournement du pouvoir, aussi pitoyable soit-il. Ce qui est à mon avis l’essence du mouvement des gilets jaunes dont le costume atteste bien qu’ils se préoccupent d’une machine en panne, qu’ils s’efforcent de la réparer, comme sur l’accotement, pour lui permettre de repartir, de continuer à s’efforcer de les mener quelque part, eux, et le reste de la société.
L’intérêt de ce mouvement des Gilets jaunes tient au fait qu’il considère que les seules conditions de réflexion possible, bref d’une indépendance véritable, sont l’espace public, la rue, la contestation elle-même. Ce qui n’a pas l’air d’être faux. Mais leur but ne peut être non plus la constitution d’un pôle de pouvoir abstrait, une sorte de restauration même involontaire du pouvoir, tel qu’il fonctionne. Il me semble que le seul but possible d’une telle mobilisation doit être une émancipation. Mais laquelle ? À l’homme, toujours, s’impose au moins le travail. D’où la nécessité, selon moi, de réorganiser le travail.
Beaucoup rêvent de le rendre plus convivial, moins stressant, moins sectaire. Pourtant, le travail est un des principaux moteurs de la convivialité, de la transformation des mentalités et de leur adaptation. Il reste le principal facteur d’intégration de la société. S’il va si mal, c’est parce qu’il a du mal à demeurer ce facteur d’intégration, pour toutes sortes de motifs, à la fois idéologiques et économiques, ou encore institutionnels, politiques.
J’espère pouvoir au moins une fois organiser un débat et permettre aux gens d’entendre un exposé sur cette thématique sinon avant les élections, du moins dans pas trop longtemps.

Publié le

Un vrai panier de crabes

Sculpture figurant une cité, un monde bâti sur des décharges d’ordures. Expo sur la technique, Liège, gare des Guillemins, 2018.

Chronique électorale

Les listes citoyennes, les citoyens.. Comment dit-on encore? Que penser de ces listes, de ceux qui revendiquent une citoyenneté responsable, qui préconisent l’engagement des citoyens dans la politique. Est-ce que le nouveau front populaire en France se revendique de la citoyenneté? Ne s’agirait-il pas parfois d’une poire pour la soif.. Ne serait-ce pas le nouveau gadget pour éviter de se poser des questions précises? Pour empêcher que ne se pose des questions? Pour continuer à faire semblant de rien.. Pour se faire voir sur toutes les faces, pour sortir ce qu’on a sur le coeur.. sans en avoir l’air, en se présentant comme de simples citoyens?

Rien de tel, en effet, pour faire régner la censure, que de prétendre en effet que SES propres revendications sont des revendications NORMALES, celles de citoyens comme les autres. Pourquoi prétendre être heureux quand on peut être normal, comme le dit et l’écrit Jeanette Winterson!
Au fait, Jeannine chérie, tu as fini mon bouquin? De colère, parce que tu ne supportes pas de voir des gens souffrir, et que Janet W. a souffert, tu l’as peut-être jeté à la poubelle? 
Ah, ces braves citoyens comme les autres.. Pas toi, Jeannine. Tu n’es pas comme les autres, je le sais. N’empêche que mon bouquin… Un magnifique bouquin sur l’homosexualité. 

Bref, que faire de toutes ces listes citoyennes qui n’ont pas de programme, mais qui en ont un quand même? 

A vrai dire, à Bruxelles, il y a peu de listes citoyennes. Parmi toutes les petits listes qui se présentent aux régionales, il y en a deux: Plan B et le Collectif citoyen. Toutes les autres défendent des projets, des objectifs parfois assez spécialisés. Comme DierAnimal par exemple. 

BeOne, on devine que c’est la suite logique d’Egalité, une liste qui revendique un statut de citoyen pour tous, l’égalité réelle entre tous, qui s’oppose aux discriminations en tout genre. Cela dit, du dire au fait, comme on dit.. Là aussi, une revendication légitime se nourrit souvent de points de vue qui ne le sont pas. On est prêt à recoloniser le tiers-monde à condition que les personnes dites de couleur accèdent, ici, en Belgique, à Bruxelles, à une reconnaissance pleine et entière. On voudrait décolonialiser les esprits et laisser les multinationales mettre à sac le reste du monde en même temps.

Comme pour le Collectif citoyen, pour BeOne, le travail est un droit. Mais BeOne ne dit pas de quelle façon il compte partager le travail, parce qu’enfin, s’il n’est pas pour le partage du travail, de quelle manière entend-il faire respecter ce droit? 

Ce serait bien aussi, si le droit au chômage était reconnu. Cela, ni BeOne, ni le Collectif citoyen n’y font pas allusion. 

Et ce serait bien aussi, si au sein de ces listes citoyennes, résonnaient aussi, de temps en temps, comme partout, des arguments critiques.
Sans cela, on en revient vite à la censure démocratique, celle qui prétend que les idées ne sont pas nécessaires, mais qui a des idées sur toute chose quand même. C’est que le citoyen saurait tout, il saurait, lui, ce qui est bon et ce qui n’est pas bon. Beaucoup mieux que la philosophie critique et politique la plus exigeante. Ce qui, au demeurant, n’est pas entièrement faux. Oui, mais, justement, parce qu’il saurait tout, il ne faudrait rien dire, rien ajouter. Nous, les citoyens, sommes comme le brave peuple juif qui compte sur Moïse pour lui faire part de nouveaux commandements. On connaît l’histoire. Le peuple juif, excédé par cette médiation intempestive qui le prive de son libre-arbitre, décide de se moquer de lui-même, de ce cher Moise et de son Yahvé, et érige une statue en or représentant un veau, lui-même, à n’en pas douter.
Triste colère que celle de Moïse qui en extermine la moitié parce que son commandement n’est pas servilement pris en compte.

Publié le

Le Collectif citoyen, versus région bruxelloise ?

Lors des réunions du Collectif citoyen à l’Espace citoyen, rue de la grande île, on discute, on papote, on ne se prend pas la tête. Les gens sont contents d’être là. Il y a un peu de monde. Lors des réunions, les gens se jettent des idées à la tête, mais il n’y a rien là de sûr, de précis, de formel. On cherche. On se pose des questions. On aimerait que davantage de gens s’en posent et en débattent avec nous. Oui, on parle de transparence. On se demande aussi s’il est légitime d’inclure la région germanophone dans la Région wallonne. On se montre un peu tatillon. On ne parle pas forcément de l’essentiel. On pense que c’est en s’attaquant aux dérives des institutions politiques qu’on va réussir à améliorer les choses. Mais quelles choses ? Il en est à peine question. La pollution, le climat ? Les évènements récents qui concernent le climat ont mis en exergue les faiblesses organisationnelles du système, son impuissance, son refus de prendre en compte certains faits troublants, d’agir en conséquence. Mais l’on ne dispose pas d’une explication transcendante pour autant. Personne ne peut expliquer pourquoi en définitive les élus n’ont pas daigné apporter de changement à l’article 7 de la constitution. Parce qu’il y a une majorité qui est contre. Est-ce une question de transparence ? Pas vraiment. Mais peut-être aurait-on droit à une autre majorité si le fonctionnement de la politique était un peu plus transparent? Peut-être ? Pas forcément. Il est possible que les choses soient pires encore.

Les débats du collectif citoyen permettent à peine d’approfondir les choses, d’aborder un problème, de traiter d’une question : celle de la fiabilité des institutions politiques.
Je dirais que la plupart des membres sont apolitiques. Ils n’ont jamais fait de politique. Ils s’engagent parce qu’ils pensent que l’on pourrait améliorer le fonctionnement de la démocratie, parce qu’ils ne croient plus guère à l’efficacité de la politique. Ou, plutôt, ils ne croient plus guère qu’ils peuvent se passer d’en faire eux-mêmes. Mais ils ne pensent pas non plus que cela ait encore du sens d’en faire dans des grands partis. Non, leur but est d’améliorer le fonctionnement de ces grands partis à partir de l’extérieur. Il est également d’améliorer le fonctionnement des institutions politiques. Les deux vont de pair.

Mais comment, à vrai dire, la plupart n’en savent pas grand-chose. Même ceux qui croient en savoir davantage, en fait, n’en savent rien. Il est question de transparence. Ce terme revient souvent dans la conversation. Ou bien il est question de participation. Concernant la transparence, tout un mouvement existe qui réclame plus de transparence de la part du monde politique. Des scandales ont récemment agité le landerneau politique. L’affaire du Samu social ou l’affaire Publifin révèlent l’existence de pratiques douteuses, en lien avec les dramatiques inégalités qui grèvent de plus en plus la société. Mais ces pratiques ne représentent qu’un aspect du problème. L’on ne pense pas nécessairement à cela quand on critique le manque de transparence du pouvoir, ou encore, de la manière actuelle de faire de la politique.
Derrière le manque de transparence des institutions, d’autres problèmes se profilent. Comment imaginer que des institutions politiques puissent être transparentes quand tout le système et l’économie sont basés sur l’évasion fiscale, quand des associations pléthoriques sont financées de toutes sortes de façons, parfois par des bailleurs de fond d’une autre partie du monde ?
Il est certain que l’on aborde un sujet plus complexe qu’il ne paraît.
Pour certains, il faudrait introduire des référendums révocatoires, et des référendums d’initiative populaire, ou citoyenne. Mais le problème semble décidément bien plus vaste.
En fait, s’engager dans le Collectif citoyen, c’est l’occasion ou jamais de se poser des questions à ce sujet, de faire un peu avancer le schmilblick. Et faire cela, faire avancer la réflexion et surtout faire progresser les choses à ce niveau, les membres du Collectif citoyen, en dépit de leurs divergences de vue, d’appartenance, pensent tous que c’est indispensable.

Espace citoyen, des membres du collectif citoyen