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Daesh

Après les bombardements massifs du Cambodge et du Laos par les Américains, alliés à la bourgeoisie cambodgienne, les paysans qui furent les cibles de ces bombardements se sont atrocement vengés. Les bombardements massifs avaient causé un traumatisme tel que les horreurs qui ont suivies furent inévitables. Les Khmers rouges prirent le pouvoir en 1975, à la fin de la guerre du Vietnam. Ils laissèrent faire les paysans. Ils se sont aussi attaqués aux temples et aux bondieuseries cambodgiennes.
Le régime khmer rouge fut non seulement aidé par les Chinois, par les Vietnamiens, mais il fut également secrètement armé, autrement dit soutenu par les Français et par les Américains. Sans doute pour contrarier les Vietnamiens, qui avaient aidé les Khmers rouges pendant la guerre, et qu’il s’agissait de détruire moralement, internationalement le plus possible, après la guerre.
Dès la conquête du pouvoir par les Khmers rouges, une campagne médiatique de désinformation massive s’est aussitôt efforcée d’en faire les criminels les plus monstrueux de l’histoire. Tout fut mis sur le compte des Khmers rouges. Tous les malheurs du Cambodge, sinon ceux du Vietnam. Un génocide leur fut attribué. Le seul génocide dont il soit jamais question lorsqu’on évoque la guerre du Vietnam, alors que les Américains ont massacré bien plus de Khmers que les Khmers rouges, ou plutôt que les paysans cambodgiens, que les bombardiers américains massacrèrent en masse entre 1970 et 1973. Et personne n’a jamais réussi à démontrer qu’il s’agissait ne fut-ce qu’en partie d’une campagne de désinformation. Sans doute à cause du luxe de détails fournis par les journalistes, par les O.N.G., et par les historiens au sujet des massacres commis par les Khmers rouges. Il est évident qu’aucun historien n’a jamais tenté de faire le compte des villages anéantis par les Américains, ni de décrire les conditions dans lesquelles vivaient les villageois cambodgiens sous les bombardements. L’O.N.U. n’a pas établi de rapport à ce sujet, comme il le fait au Congo depuis 20 ans, mais surtout dans l’objectif de critiquer le régime congolais, pas ses agresseurs.
Le parallèle est frappant avec Daesh. Concernant l’Irak, Naomi Klein explique que 80% des 170.000 objets d’une valeur inestimable que renfermait le musée de Bagdad se sont volatilisés au cours de la seconde guerre du Golfe. La bibliothèque nationale où étaient conservés tous les vieux livres et les thèses de doctorat publiées en Irak a été réduite en poussières. L’immeuble des affaires religieuses dans lequel se trouvaient des enluminures du Coran vieilles de 1000 ans fut complètement détruit également. Naomi Klein dit que « le musée était l’âme de la ville. » Pendant cette période, ceux qui font actuellement partie de Daesh se faisaient arrêter et se retrouvaient en prison aux U.S.A., ou en Irak.
Les Américains, pas Daesh, ont effacé une partie de la mémoire de la culture arabe, et également celle d’une culture vieille de plus de 5000 ans. Mais, dans les médias, il fut à peine question de ces destructions. Elles ne comptaient pas. Le but des Américains était de remplacer cette culture par une autre : la leur. L’autre n’avait aucune importance. Et les médias firent en sorte qu’il en soit ainsi.
En 91, pendant la guerre du Golfe, les usines irakiennes furent détruites. 13 musées ont également été pillés. Mais les Américains n’ont rien fait pour l’empêcher. Il y avait pourtant assez de soldats américains à Bagdad pour faire régner le calme. En fait, certains d’entre eux participèrent aux pillages.
Quand on détruit un pays, qu’on ne l’aide pas à se relever, au contraire, qu’on l’écrase, qu’on continue à le bombarder pendant des années, qu’on l’occupe, qu’on désespère sa population, la colère est immense. Il suffit de se souvenir de l’Allemagne de Hitler. Daesh, un petit groupe de combattants a fait son apparition à la faveur de la guerre civile que les Occidentaux ont fait éclater en Syrie vers 2010. Et ce petit groupe s’est mis à massacrer cruellement des gens en Irak et en Syrie. Comme si les terroristes qui causent des massacres en se suicidant avec les bombes qu’ils font sauter un peu partout en Irak depuis la seconde guerre du Golfe, et même depuis la première, n’y suffisaient pas. Et aussitôt une formidable campagne de désinformation s’est mise à critiquer, à dénoncer les horreurs de ce groupe de revanchards particulièrement cruels, habilement manipulés, que les Américains soutiennent en leur parachutant des vivres et des armes. Les médias américains et occidentaux en général passent leur temps à en détailler les méfaits, les horreurs. Ils s’étendent en long et large sur les massacres de civils, de chrétiens, sur les destructions de sites archéologiques et de musées. La manière de dire les choses modifie leur valeur, transforme les faits. La colère de Daesh est utilisée, retournée contre ceux qu’elle anime.
Pendant ce temps, Israël bombarde secrètement ses ennemis : les Syriens. Certains soldats de Daesh se font même soigner en Israël.
Non seulement, les Américains se servent de Daesh pour s’exonérer de leurs effroyables crimes de guerre, de la destruction d’une société millénaire, mais ils s’en servent aussi pour attaquer Assad et la Syrie qu’ils n’ont pas renoncé à détruire pour en piller les richesses. Ils ont trouvé le moyen, un prétexte, pour continuer la guerre contre la Syrie, pour détruire une autre civilisation millénaire.
Les Américains réussiront peut-être à provoquer une guerre civile en Europe elle-même, en mettant le feu aux poudres à la colère des uns et des autres. Les uns sont en effet excédés par les horreurs associées à Daesh, cette milice musulmane, alors qu’ils ont de plus en plus de mal à s’entendre avec les musulmans qui vivent en Europe, et les autres se sentent victimes d’un apartheid. Tout cela permettra même peut-être une fois de plus aux Américains de piller l’Europe.
Mais les médias ne voient pas les choses ainsi. Les médias, les agences de communication fabriquent une vérité sur commande. Ils décrivent en détail les atrocités commises par les uns, et jamais celles des autres. Ils ne s’intéressent qu’à certaines causes de la guerre. Pas aux principales. Leur but est de prolonger cette guerre, pas de rétablir la paix. Il est aussi de paraître vouloir rétablir la paix. Les universitaires reprennent à leur compte cette façon de décrire les faits, et écrivent des livres qui évitent soigneusement d’analyser le fond du problème. Et, bien sûr, la critique et les médias louent leurs travaux, leurs efforts pour tenter d’en apprendre d’avantage, pour tenter de comprendre les faits.
Tout cela contribue à faire de la justice elle-même un non-sens, en même temps qu’une nécessité de plus en plus urgente.
Cela sert à imposer partout dans le monde des dictatures et des règlements économiques désavantageux ou à protéger de vieilles monarchies décaties et moches, à la saoudienne. Mais les Européens et une bonne partie du reste du monde sont d’autant plus convaincus que les Américains, eux, tentent de répandre la justice.
Quant à Daesh, on fera la liste des dégâts qu’ils auront causés, des crimes qu’ils auront commis, et quand ils en auront commis suffisamment que pour pouvoir leur mettre la destruction du Moyen-Orient sur le dos, on cessera de les aider, et ils disparaîtront.
Pendant plusieurs décennies encore, on parlera pendant de décennies de la catastrophe causée par cette milice fanatique. Les élèves du secondaire étudieront une histoire complètement trafiquée, et découvriront en même temps l’existence du négationnisme sans jamais faire le rapport entre les deux. Cette histoire édulcorée servira à fabriquer des mobiles, y compris de guerre. Les Américains réussiront même peut-être à provoquer une guerre régionale et à vendre plus d’armes qu’ils ne l’ont jamais fait jusqu’à présent. Et, pour continuer à causer le plus de dégâts possibles, ils défendront encore les pires régimes tortionnaires. Les Américains font cependant comme si de rien n’était.

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« Les héritiers », un très bon film, et surtout un titre très laconique, ou ironique

 
Le 3 décembre 2014 sortait un excellent film français réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar, notamment avec Ariane Ascaride, Ahmed Dramé, et Noémie Merlant. Un grand moment de cinéma et de plaisir.
Le film part d’un fait réel: le Concours national de la résistance et de la déportation gagné par une classe d’un lycée de Créteil en 2009 et dont le thème était Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi. Continuer la lecture de « Les héritiers », un très bon film, et surtout un titre très laconique, ou ironique

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La liberté de la presse

Les journalistes occidentaux portent aux nues à la fois le point de vue de la liberté et cette liberté.  Dans le monde libre, la liberté impose pourtant à chacun, sauf aux chômeurs dont le point de vue n’a aucune importance, d’adhérer arbitrairement à certains points de vue sous peine d’être traité en paria, de se faire licencier, exclure. Un journaliste n’est donc pas du tout libre. Mais, par-dessus le marché, il doit dire et penser à tout prix qu’il est libre alors qu’il ne l’est pas.

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