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Qu’est-ce que le citoyennisme?

Critique de la participation et de l’alternative citoyenne

La politique est une drôle de tambouille. Existe-t-il des partis, des politiciens qui ne sont pas autoritaires? Dans les grands partis, quelques personnalités cumulent les mandats. Ce sont elles qui sont interrogées partout et qui s’expriment dans les médias. Lors des congrès, des assemblées des partis, elles donnent le ton, ce sont elles qu’on écoute également. Les assemblées sont convoquées pour débattre, mais aucun débat n’a pratiquement jamais cours, même pas en cas de critique soutenue de la politique menée. Le consensus est le plus souvent la règle. D’où l’intérêt du multipartisme pour rendre tout débat moins improbable, du moins quand les partis ne professent pas tous les mêmes points de vue. 

En cas de crise interne dans ces grands partis, lesquelles résultent souvent de critiques externes, l’on cherche à étouffer les choses. Parfois, alors, une personnalité démissionne, elle renonce à un mandat ou l’autre et espère de la sorte calmer le jeu. Tel fut le cas de Louis Tobback, un ministre socialiste flamand, lors de l’affaire Sémira Adamu. La démission du ministre parut en partie régler le problème et servit à désamorcer la crise suscitée par le meurtre odieux de cette réfugiée.
Dans d’autres cas, en ne renonçant pas à tous ses mandats, une personnalité politique s’autorise le moment venu à regagner tous ceux auxquels elle renonce. Elle fait donc courir un risque à la communauté. Tel est actuellement le cas du bourgmestre démissionnaire de Neufchâteau, Dimitri Fourny.

Malgré tout, cependant, ces politiciens et leurs partis se prétendent démocrates. Simplement parce que tenus de composer avec l’avis, les points de vue, les volontés d’autres politiciens d’autres organisations du même type dans le cadre des institutions politiques existantes.

Lorsqu’il semble que les politiciens ne sont pas assez démocrates, lorsque par exemple, les têtes d’affiche des grands partis professent pratiquement tous les mêmes points de vue, lorsqu’il semble que les citoyens n’ont pas assez de recours contre leurs décisions, comme c’est le cas actuellement, en général, un mouvement citoyen se dessine se forme et précède ce nouvel engouement partisan. Il résulte tout simplement de la situation. C’est ce qui se produit pour le moment.

Mais ce courant citoyen, ce renouveau citoyen n’a pas toujours grand-chose à voir avec le courant citoyenniste qui naît également sur ces entrefaites.
Ce courant citoyenniste présente plusieurs aspects.
D’un côté, pour se doter d’un surplus de crédibilité démocratique, les politiciens et leurs partis font l’éloge de la participation et de l’activisme des citoyens, de certains aspects de cet activisme, et ils font appel à la participation citoyenne.
D’un autre côté, se créent aussi des organisations politiques dont la seule revendication est plus de citoyenneté et de participation. Ces dernières se contentent de faire l’éloge de la participation. Un éloge relativement abstrait, teinté de généralité qui poursuit l’objectif apparent de contrebalancer les déclarations des grands partis en faveur de la participation citoyenne.  

Ces organisations citoyennes sont échafaudées dans le seul but de couper l’herbe sous le pied à d’authentiques tentatives d’organisations citoyennes. L’establishment ou le système leur confère alors le statut de représentants de l’alternative citoyenne. Et les tenants d’intérêts constitués en profitent alors pour critiquer le manque de démocratie de mouvements de contestation spontanés et plus efficaces. Tel courant environnementaliste accède alors à une certaine notoriété, alors qu’un autre, remettant en question de manière plus concrète la politique menée, passe pour antidémocrate et même pour violent.

Les réelles tentatives d’autonomie politique citoyenne sont rarissimes.

Tout cela est bien sûr fort tiré par les cheveux, quand ce n’est pas complètement farfelu, mais cela n’en a pas l’air. L’esprit de sérieux domine en général le débat public, pour autant qu’on puisse parler d’un débat.
Et les choses sont aussi bien plus complexes encore. D’où la nécessité de la critique qui est généralement inexistante tandis que le citoyennisme, sur le plan politique, passe pour un point de vue critique, ce qu’il n’est qu’en partie.

A vrai dire, la plupart des organisations politiques dites citoyennes sont éphémères, fabriquées de toutes pièces, souvent en vue d’élections. 
Les autres organisations citoyennes, apolitiques, non politiques sont beaucoup plus nombreuses, mais ne poursuivent pas d’objectifs politiques, même si leur activité a un sens profondément politique.
Les associations citoyennes sont en fait des milliers, et même des centaines de milliers. Elles ne sont pas toutes transversales, démocratiques, mais poursuivent généralement des objectifs démocratiques. Rares sont celles dont le fonctionnement est démocratique.

Dans les unes comme dans les autres, la participation et la citoyenneté s’y heurtent parfois à des personnalités autoritaires, dominantes, qui confondent l’éloge de la citoyenneté avec la citoyenneté, et, en fait, leur propre point de vue de citoyen avec celui des citoyens en général, et parfois leurs propres intérêts avec ceux de leur organisation ou de leur collectif. 

Dans les petits partis qui ne se prétendent ni citoyens, ni expressément démocratiques, la situation est la même. En général, des personnalités prennent la parole, ou la distribuent en fonction de leur bon vouloir, la censurent ou l’interdisent également au nom de l’intérêt du parti ou de l’organisation dont ils font partie. 

Partout, la prétention à la transversalité, la prétention à la citoyenneté et à la transparence, la proclamation de la participation restent en réalité lettre morte. Elles représentent une duperie. La démocratie n’est alors qu’une illusion, qu’un mirage. La communication n’est qu’une forme de tromperie. La censure, l’arbitraire sont souvent les véritables leitmotivs de ces groupuscules prétendument transversaux et ultra-démocrates. Plein de gens s’y laissent prendre et s’en mordent les doigts.

Dans certains cas, cette duperie est même l’expression du plus parfait mépris pour la démocratie et le citoyen, ce qui représente parfois l’idéologie consciente des leaders de ces organisations. Dans d’autre cas, elle représente simplement une dérive autoritaire (une frange de l’anarchisme).

Lorsque le mépris pour le citoyen, et parfois pour certaines minorités, est généralisé, on parle alors de partis d’extrême-droite. Lorsque cette autorité vise au contraire un plus grand respect du citoyen ordinaire et des minorités, à une exception près, celle de l’efficacité organisationnelle, et qu’elle est reconnue, il s’agit de partis d’extrême-gauche autoritaires, parfois dits staliniens, à cause des dérives que ce type d’organisation rend la plupart du temps inévitables. La nuance n’est pas toujours évidente. La duperie n’est pas toujours aisée à détecter.  

Le mépris est souvent présent au sein des organisations d’extrême-gauche et il a souvent de fait un caractère antidémocratique.

En réalité, la participation authentique, la transversalité véritable ne s’improvisent pas. Elles s’organisent méticuleusement, délicatement. Elles mettent du temps à se roder. Elles nécessitent de la patience ainsi que la mise sur pied de nombreuses formalités et formalismes, mais sans excès, et surtout un minimum d’intérêt pour les autres, pour leurs points de vue, pour leur ressenti, et leurs idées. Pas trop, pour demeurer à l’abri de leur tentatives de putsch, de leur agressivité et de leurs mensonges. 

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Le Collectif citoyen, versus région bruxelloise ?

Lors des réunions du Collectif citoyen à l’Espace citoyen, rue de la grande île, on discute, on papote, on ne se prend pas la tête. Les gens sont contents d’être là. Il y a un peu de monde. Lors des réunions, les gens se jettent des idées à la tête, mais il n’y a rien là de sûr, de précis, de formel. On cherche. On se pose des questions. On aimerait que davantage de gens s’en posent et en débattent avec nous. Oui, on parle de transparence. On se demande aussi s’il est légitime d’inclure la région germanophone dans la Région wallonne. On se montre un peu tatillon. On ne parle pas forcément de l’essentiel. On pense que c’est en s’attaquant aux dérives des institutions politiques qu’on va réussir à améliorer les choses. Mais quelles choses ? Il en est à peine question. La pollution, le climat ? Les évènements récents qui concernent le climat ont mis en exergue les faiblesses organisationnelles du système, son impuissance, son refus de prendre en compte certains faits troublants, d’agir en conséquence. Mais l’on ne dispose pas d’une explication transcendante pour autant. Personne ne peut expliquer pourquoi en définitive les élus n’ont pas daigné apporter de changement à l’article 7 de la constitution. Parce qu’il y a une majorité qui est contre. Est-ce une question de transparence ? Pas vraiment. Mais peut-être aurait-on droit à une autre majorité si le fonctionnement de la politique était un peu plus transparent? Peut-être ? Pas forcément. Il est possible que les choses soient pires encore.

Les débats du collectif citoyen permettent à peine d’approfondir les choses, d’aborder un problème, de traiter d’une question : celle de la fiabilité des institutions politiques.
Je dirais que la plupart des membres sont apolitiques. Ils n’ont jamais fait de politique. Ils s’engagent parce qu’ils pensent que l’on pourrait améliorer le fonctionnement de la démocratie, parce qu’ils ne croient plus guère à l’efficacité de la politique. Ou, plutôt, ils ne croient plus guère qu’ils peuvent se passer d’en faire eux-mêmes. Mais ils ne pensent pas non plus que cela ait encore du sens d’en faire dans des grands partis. Non, leur but est d’améliorer le fonctionnement de ces grands partis à partir de l’extérieur. Il est également d’améliorer le fonctionnement des institutions politiques. Les deux vont de pair.

Mais comment, à vrai dire, la plupart n’en savent pas grand-chose. Même ceux qui croient en savoir davantage, en fait, n’en savent rien. Il est question de transparence. Ce terme revient souvent dans la conversation. Ou bien il est question de participation. Concernant la transparence, tout un mouvement existe qui réclame plus de transparence de la part du monde politique. Des scandales ont récemment agité le landerneau politique. L’affaire du Samu social ou l’affaire Publifin révèlent l’existence de pratiques douteuses, en lien avec les dramatiques inégalités qui grèvent de plus en plus la société. Mais ces pratiques ne représentent qu’un aspect du problème. L’on ne pense pas nécessairement à cela quand on critique le manque de transparence du pouvoir, ou encore, de la manière actuelle de faire de la politique.
Derrière le manque de transparence des institutions, d’autres problèmes se profilent. Comment imaginer que des institutions politiques puissent être transparentes quand tout le système et l’économie sont basés sur l’évasion fiscale, quand des associations pléthoriques sont financées de toutes sortes de façons, parfois par des bailleurs de fond d’une autre partie du monde ?
Il est certain que l’on aborde un sujet plus complexe qu’il ne paraît.
Pour certains, il faudrait introduire des référendums révocatoires, et des référendums d’initiative populaire, ou citoyenne. Mais le problème semble décidément bien plus vaste.
En fait, s’engager dans le Collectif citoyen, c’est l’occasion ou jamais de se poser des questions à ce sujet, de faire un peu avancer le schmilblick. Et faire cela, faire avancer la réflexion et surtout faire progresser les choses à ce niveau, les membres du Collectif citoyen, en dépit de leurs divergences de vue, d’appartenance, pensent tous que c’est indispensable.

Espace citoyen, des membres du collectif citoyen