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La question de l’alternance, le Congo, et le Rwanda

L’Afrique, et plus particulièrement la R.D.C. et le Rwanda, et le monde: aperçu de la situation

La grande entreprise de clarification qui a permis d’entrevoir une partie de la vérité à l’époque des Indépendances est en train de sombrer dans l’oubli, et ce n’est pas la production massive de clichés qui remédie au problème. Continuer la lecture de La question de l’alternance, le Congo, et le Rwanda

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Bilan des élections grecques du 20 septembre 2015

Et bien voilà.. Super. Extra. Génial. Quelle victoire, quel brio! A. Tsipras et le nouveau Syriza, ne font pas le détail: 145 sièges, 4 de moins à peine qu’en février. La gauche démocrate antimémorandum a vidé les arçons. Continuer la lecture de Bilan des élections grecques du 20 septembre 2015

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Grèce, les élections du 20 courant: origine de la confusion

Comment faire comprendre au peuple qu’il a le droit, non seulement de dire non à des mémorandums, mais de dire non à un premier ministre, à un gouvernement, aux médias eux-mêmes, surtout lorsqu’ils s’emploient depuis longtemps à lui forcer a main. Continuer la lecture de Grèce, les élections du 20 courant: origine de la confusion

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Seconde lettre ouverte au premier ministre grec, à M. Alexis Tsipras

Bruxelles, le 16 juillet 2015

Cher Alexis Tsipras, monsieur le premier ministre,

Que disais-je dans ma première lettre? Enfin, c’est fait, c’est passé, comme on dit.. Bravo. Bien joué. Un refus, un Grexit direct, immédiat, dans l’heure, dirais-je, aurait provoqué un choc, et en cas de choc, c’est toujours l’épreuve de force. Il faut parfois mobiliser l’armée, la police.
Syriza est un petit parti, courageux, et aurait fait une belle victime, une ribambelle de martyrs qui seraient devenus les dindons de la farce.
Une fois de plus, les Grecs sont au pied du mur, forcés de réfléchir, et les Européens aussi. En cas de Grexit, cela aurait été l’avalanche. Les esprits les plus ouverts se seraient immédiatement refermés. Tous se seraient tus, ou leur voix se serait perdue dans l’espace intersidéral. Aujourd’hui, tous s’expriment, et ils disent ce qu’ils ont sur le cœur. Certains se fâchent. Ils sont hors d’eux. Mais ont-ils proposé la moindre solution ? Les durs sont forcés d’attendre que les choses se corsent. Ils attendent par exemple que l’accord ne soit pas appliqué rubis sur ongle, que de mesures ne soient pas prises, que toutes les règles ne soient pas respectées au millipoil. On sait qu’il est impossible de rembourser 87 milliards de plus, alors que l’économie fond comme neige au soleil. On rêve d’investissements, mais on ne sait pas dans quoi investir. Les bureaucrates ne sont pas des créateurs, des constructeurs, des inventeurs. Ils rêvent que des gens investissent, et même quand ils les exonèrent de payer des impôts pour les attirer, ils leur mettent des bâtons dans les roues à cause de leur incompétence.
M. Schauble a raison. Il vaudrait mieux que la Grèce sorte de l’euro. Dans le cadre de l’union monétaire, la Grèce ne peut pas dévaluer sa monnaie, elle ne peut pas restructurer sa dette. Or il faut restructurer sa dette. Mais il faut aussi prendre les décisions qui s’imposent. Or les bureaucrates ne savent pas prendre de décisions. Ils ne peuvent qu’appliquer les règles existantes. Ils sont capables de les tordre, de refuser de les appliquer, de mal les appliquer, de multiplier les règles, mais pas d’en inventer d’autres, de tout changer. Or il faudrait changer les règles. Pour que des gens puissent investir. Racheter des services publics, ce n’est pas investir, c’est priver leurs possesseurs de tous leurs droits sans contrepartie. C’est une mesure bureaucratique. Ce n’est ni une décision politique, ni une réforme.

De nos jours, la plupart des révolutionnaires sont des bureaucrates. Même les libéraux sont des bureaucrates. Du moins la plupart d’entre eux. Ils sont comme ces hébertistes qui voyaient dans la révolution une façon de se remplir les poches, de mettre dans leur patrimoine une partie des biens confisqués au clergé, de vendre le reste avec profit. Leur seule obsession était de changer quelques règles pour parvenir à faire beaucoup d’argent. Au lieu de la sauver, ils ruinèrent la Franc en spéculant sur les assignats. Pour se tirer d’affaire, la seule issue fut la guerre, le pillage. Ils firent guillotiner ceux qui étaient capables de faire autre chose.
On imagine sans peine la suite des évènements au cas où la Grèce ferait défaut : le retour programmé de la droite, et une guerre catastrophique pour se tirer d’affaires, punissant avant tout ceux qui auraient été la cause d’un crime contre l’amoralité, contre les conceptions économiques régnantes, contre le monde de la finance.
Pour qu’il en soit autrement, il faudrait une armée, ou le soutien inconditionnel d’une grande puissance, mais laquelle ? La seule qui fasse le poids est menacée de toutes parts. Elle-même est poussée au désespoir depuis un bon siècle. Enfin, bref, tout ceux qui ne disent pas amen à la finance internationale, à la City ou à Wall street, ont le revolver sur la tempe. A force de traiter les Russes de ceci ou de cela, on les empêche de rien faire, de respirer. On veut leur pétrole, comme on veut les îles grecques, sans doute pour y dissimuler des rampes de lancement nucléaires. On veut en mette partout. Sur chaque centimètres carré de terre. Tout ça pour être sûr de rester le plus beau, le plus grand, le plus fort, de faire ramper tout le monde, et de faire d’énormes profits.
Je ne vais pas m’étendre sans fin à ce sujet. Beaucoup se demandent combien de temps il leur reste à vivre avant de mourir à cause d’un hiver nucléaire, ou avant de rôtir à cause de la seule chaleur du soleil. Mais les bureaucrates n’en ont cure. Ce qui compte pour eux, ce sont des règles inventées au siècle passé, sinon au deux autres siècles qui précèdent. C’est le niveau de leur compte en banque, de celui de leurs amis, de ceux sur LESQUELS ILS PEUVENT COMPTER.
De fait, qu’est-ce que quelques milliards de plus à rembourser quand de toute façon il n’y en a plus que quelques années. Autant se donner quelque espoir d’ici là.
Enfin, je me tiens à votre disposition si vous changiez d’avis, si vous décidiez d’envoyer promener les créanciers. Je suis encore capable de tenir un fusil.
Bien à vous,

Paul Willems

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Lettre ouverte au premier ministre grec, à Alexis Tsipras

 

Bruxelles, le 7 juillet 2015

Cher Alexis Tsipras, monsieur le premier ministre,

Ça suffit, ça suffit, ça suffit! Cessez de répondre à ces gens. Cessez de négocier avec eux. Cessez de leur donner la possibilité de mentir, de nous donner des ordres, de vous toiser, et de se justifier. Vous avez fait des demandes et des propositions. Il leur suffit de les rejeter, et de dire que ce sont eux qui vous en font, pour avoir l’air de faire des concessions, alors qu’ils n’en font aucune. Ils veulent vous obliger. Pour vous obliger à faire quoi? Vous allez encore devoir dire non. Mais, cette fois, est-ce que vous aurez la force de le dire? Vous ne les changerez pas.
Vous les avez trainés dans la boue. Vous les avez critiqués. Vous êtes arrivés à démontrer qu’ils étaient odieux. Quant à eux, ils sont parvenus à dire que vous n’étiez pas sérieux.
La seule chose à faire, c’est de les abandonner à leur sort. La dette qu’ils vous demandent de rembourser est une dette odieuse. En tout cas en partie. Ils ne seront jamais de cet avis, parce qu’ils se servent de la dette grecque pour payer la leur, et pour envahir une partie du monde. Ils se servent de la stratégie du choc. Ils ne savent même pas ce que cela signifie : la stratégie du choc. Certains d’entre eux confondent l’harmonie entre les nations et le vol caractérisé.
Leur méthode de négociation, c’est l’humiliation. Négocier n’est qu’un prétexte. Un de vos ministres s’est déjà fait humilier. Ils trichent depuis des siècles. Ils apprennent à tricher au berceau. Ils regardent de haut le monde entier. Ils ont beaucoup trop peur de vivre avec les autres dans une planète en ruines par leur faute.
Avec leur beau système monétaire, avec leurs institutions financières, ils ont fait du développement une comédie, une horreur, une imposture, un mirage. C’en est vraiment trop. C’est assez. Assez. Maintenant ça suffit. Arrêtez de leur prêter une telle importance, et de faire de nous tous des dupes, des esclaves. Quand allez-vous dire je refuse, je restructure la dette ? Quand allez vous prendre cette responsabilité ?
Ne les laissez pas faire les durs. Avec Haïti, ils ont été durs. Avec beaucoup d’autres aussi. Ils seront durs avec la Grèce aussi. Et avec tous les autres. Pour être durs, ils sont durs. Mais pour payer leurs dettes à eux, c’est autre chose. Quand l’Allemagne a-t-elle payé ses dettes ? Et la France, lui arrive-t-elle de payer ses dettes?
Ou alors, faites payer par les riches ce que les riches ont pris à l’état, et rendez avec cela à l’Europe ce qu’elle vous a donné pour le donner aux riches. Faites leur payer le surplus.
Regardez-les plastronner, regardez-les faire les fiers. Et tous ces petits pays qui se disent qu’à présent, c’est à leur tour de faire cracher les autres parce qu’ils font partie de l’Europe. Regardez-les se transformer en professeurs, jouer aux durs, aux puissants.
Qu’est-ce que le commun des mortels comprend à leurs simagrées?
Vous allez leur dire au revoir. Si vous ne le faites pas, c’est à vous qu’on en voudra et c’est vous qui tomberez. Vous le ferez de trop haut que pour pouvoir vous en remettre. Et la Grèce également. Et l’Europe que vous chérissez aussi. L’Europe, voilà bien leur dernière trouvaille pour piller la planète.
Vous allez rentrer chez vous, et vous allez vous débrouiller pour faire tourner l’économie grecque sans eux. Essayez de vous entendre avec des pays qui sont dans le même cas que vous.
Vous pouvez faire énormément de choses. Vous pouvez conclure des alliances militaires, vous pouvez fermer vos frontières aux marchandises produites par leurs esclaves, vous pouvez égaliser les salaires, partager le travail, de manière à le rendre moins stressant. Limitez le trafic automobile au strict nécessaire, fabriquez votre pétrole avec des algues. Vous pouvez partager le travail, indemniser ceux qui ne trouvent malgré tout pas de place dans le monde du travail. Une économie sans chômeur est inévitablement une économie surproductrice, qui a besoin d’énormes débouchés extérieurs. Un tel fonctionnement économique est stupide. Qu’allez–vous faire des banques ? Il est inutile de nationaliser les banques. Créez-en une toute nouvelle. Offrez à chacun un certain montant. Obligez les entreprises grecques à payer les salaires en drachmes ou dans cette monnaie dont j’ai entendu parler et qui existe déjà. Mettez en place des organes de régulation.
Je vous souhaite le meilleur, et beaucoup de courage.

Paul Willems

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Bachar el-Assad et la mondialisation libérale

Les peuples n'ont pas de dette

 

Le problème, ici, c’est que le problème, ce n’est pas Bachar. D’aucune manière. C’est un système, une logique, une rhétorique: quelque chose qui fait débat depuis des siècles; quelque chose dont parlait Condorcet, qui a valu l’échafaud à Robespierre. C’est la logique du pillage des ressources du reste du monde. Bachar a prudemment, vainement, tenté de réformer le système dont il a hérité, et c’est alors que le ciel lui est tombé sur la tête. Il représentait une cible de choix parce qu’il est arabe, et parce que c’est un dictateur. C’était une cible obligée parce que la Syrie n’était en ruines, parce que ce n’était pas un régime élitiste. Il est difficile de réformer un régime politique. Pas seulement une dictature. Les régimes politiques ont tendance à se conserver. Ils éclatent, s’effondrent sous l’effet de forces qui les dépassent, mais, d’eux-mêmes, ils ne changent pas facilement. Les Etats-Unis sont un pays dont le droit de propriété est la pierre angulaire. Cela ne changera pas sans que l’état et la société n’éclatent en morceaux, sans que la démocratie ne soit mise sens dessus dessous. 
Comme la plupart des régimes, le régime syrien est une construction faite de divers éléments, il est le produit de nombreuses influences, de luttes, de chocs divers, de transformations successives. Nombreux sont les régimes qui éclatent au moment où ils s’efforcent d’évoluer vers la démocratie. La dramatique crise rwandaise du début des années 90 représente un cas typique de pays qui éclate alors qu’à cause de toutes sortes d’influences, il essaie d’évoluer vers la démocratie. De nos jours, un régime fait systématiquement l’objet de pressions extérieures parfois extrêmement fortes. Tout régime fait non seulement l’objet de pressions intérieures, mais aussi extérieures. Ces pressions sont souvent de type autoritaire. Les moyens de chantage ne manquent pas, qu’ils soient financiers, ou autres. Ils peuvent même être carrément militaires. Les crises qui éclatent sont parfois, sinon presque toujours, téléguidées.
Les grandes puissances cherchent à exercer toujours davantage d’influence à l’échelon régional. Au début des années 90, la Yougoslavie éclate en grande partie à cause de l’Allemagne qui, après sa réunification, cherche à accroître son influence. Bien sûr, l’Allemagne n’est pas la seule à exercer une influence sur la Croatie, ou la Slovénie. Les Etats-Unis aussi s’efforcent de dominer militairement les Balkans. Au même moment, ils font éclater le Rwanda dans le but de disposer d’une influence dans toute l’Afrique. Répandre la mondialisation, imposer partout la liberté de marché, et, pour commencer, la libéralisation des marchés financiers, dans l’objectif de promouvoir leurs intérêts, autrement dit ceux des institutions financières américaines, tels sont les objectifs des Américains. Les objectifs de la mondialisation sont dévastateurs pour les pays sous-développés. Ils le sont même quelquefois pour des pays développés. A cause des conditions imposées par la mondialisation néolibérale, ces derniers sont incapables de faire face à la concurrence organisée des pays industrialisés qui n’hésitent pas à les détruire économiquement, à provoquer des guerres, dans le but d’accaparer leurs ressources. Lorsqu’après une crise catastrophique, leur situation se stabilise, ils ne disposent plus de leurs richesses, ils se sont endettés, et doivent rendre des comptes à des institutions internationales qui, sous prétexte de les aider à surmonter leur situation, sabotent sciemment leur développement.
Bref, c’est encore la loi de la jungle. Pour les pays sous-développés, il est pratiquement impossible de résister à une forme ou l’autre de colonisation économique. Lorsqu’ils s’efforcent de le faire, ils doivent souvent faire face des interventions militaires.
Salah Jedid, est un dirigeant syrien de gauche intègre, qui réalise notamment une réforme agraire, qui se porte au secours des Palestiniens, et qui se fait écraser militairement par Israël en 1967. Salah Jedid est détesté par les Israéliens et par les Américains, mais en 1970, il se porte de nouveau au secours de Palestiniens, ceux de l’OLP cette fois, qui se font écraser par l’armée jordanienne. Mais Hafez El Assad, le père de Bachar, en profite pour le renverser. Salah Jedid a passé 23 ans dans les prisons d’Hafez avant de mourir.
Hafez El Assad, le père de Bachar, était un demi-monstre qui servait à rassurer les puissances capitalistes. Hafez El Assad est cruel, mais il réussit à coexister avec les Israéliens et à préserver la paix intérieure en s’appuyant sur la bureaucratie et la police, et en faisant régner la tolérance religieuse. Sa dictature est un pis-aller, un compromis nécessaire pour éviter à la Syrie d’entrer en conflit avec d’autres pays. Il intervient au Liban, mais après qu’Israël soit elle-même intervenue. Il reste impassible pendant la guerre du Golfe.

Lorsque Bachar lui succède en 2000, la Syrie s’ouvre un peu plus au monde. Elle a pour alliés de choix la Russie, qui est elle-même devenue une démocratie et qui lui évite de tomber sous la coupe des institutions financières et autres américaines, et l’Iran. Il n’est pas question de prospérité, mais un bien être se fait jour. C’est alors qu’éclate la seconde guerre du Golfe au cours de laquelle la Syrie reste neutre, comme lors de la première guerre du Golfe. Elle se met timidement ensuite à se démocratiser, comme d’autres pays arabes. C’est le printemps arabe qui a raison de la prudence et de la patience des Syriens. Alors que leur pays commence, lentement, mais sûrement, à se démocratiser, mais sans remettre en cause la légitimité de ses dirigeants, des révolutions éclatent en Egypte et en Tunisie et les dirigeants de ces pays sont chassés pacifiquement du pouvoir. Mais dans les autres pays arabes, les révolutions tournent court. La répression est impitoyable. Il faut dire que la révolte est parfois anecdotique, elle est parfois fabriquée de toutes pièces par des O.N.G. et la propagande occidentale, et, surtout, ce ne sont pas des mouvements non violents qui la composent. Soi-disant pour tirer d’affaires un petit groupe d’insurgés islamistes et ultraviolents, mais surtout pour mettre la main sur ses immenses réserves de pétrole, les puissances capitalistes interviennent militairement en Libye dont le régime est écrasé sous un déluge de bombes et s’écroule. Après le tour de l’Irak vient celui de la Libye. Les grandes puissances veulent éliminer le dictateur syrien comme elles ont éliminé le grand dirigeant libyen. Pour les mêmes motifs. Parce que c’est un allié de la Russie. A cause du gaz et du pétrole. Une guerre civile éclate. Une coalition d’organisations militaires, financés et soutenus activement par des services secrets occidentaux organise de sanglants attentats, tandis que les médias occidentaux accusent la police syrienne de perpétrer des atrocités. Comme en Ukraine, les médias occidentaux militent en faveur d’une intervention militaire occidentale. L’opinion publique occidentale est largement dupe. Mais la Russie et la Chine apposent leur veto à une intervention militaire de l’O.N.U.. Leurs dirigeants ont en effet constaté que l’O.T.A.N. s’est substitué à l’O.N.U. en Libye et a provoqué un désastre et ils font remarquer que les prétextes invoqués ne tiennent pas debout. Pour se venger, la presse occidentale accuse Bachar de commettre les pires exactions. Les choses sont rondement menées. On en fait le chef sanguinaire d’un régime crapuleux. Mis à bout par les attentats du 11 septembre et par les deux guerres du Golfe, par la propagande proisraélienne, et par mille autres circonstances, des jeunes musulmans européens décident alors de s’engager dans le jihad. Autrement dit ils se mobilisent en masse et partent combattre Bachar. Ils sont enthousiasmés par le printemps arabe, et se mettent à détester Bachar. Les services secrets américains, français les arment, les entraînent. Ils entrainent également des milliers de jihadistes provenant de divers pays arabes. L’Arabie saoudite finance en partie les mouvements de guérilla qui se battent en Syrie. Quelques mois après le début du conflit, d’immenses camps de réfugiés surgissent du néant. 4 millions de Syriens sont déplacés à l’intérieur ou à l’extérieur de la Syrie. L’ampleur de la catastrophe est évidente. Les ONG humanitaires occidentales s’activent sur le terrain et déversent tout leur fiel pour tenter de stigmatiser le régime syrien. On dirait qu’un dixième de la population de ces somptueuses démocraties passe son temps à se soucier des autres peuples, des autres pays.
Mais c’est en vain. Les puissances impérialistes n’obtiennent pas l’autorisation de bombarder la Syrie. Bachar devient un double symbole: celui de la terreur, pour les uns, et, en même temps, pour d’autres, celui de la résistance au terrorisme occidental, et américain en particulier.
La désinformation présente le conflit syrien sous un jour systématiquement partial. La presse soigne les choses. La Syrie est confrontée à un véritable rouleau compresseur.
Les réseaux qui entretiennent le conflit se développent, se ramifient. 
Ils deviennent tentaculaires et donnent naissance à une milice monstrueuse, à un nouvel état islamique. Effrayés par sa dynamique, les Occidentaux obtiennent de pouvoir bombarder ses positions, mais ils ne font que surveiller qu’il s’attaque bien à Bachar. Le conflit s’internationalise.
Bachar fait penser à Lumumba et à bien d’autres. Certes, il ne fait pas de discours qui remettent en question les principes de l’ordre établi. Mais sa résistance semble cependant d’autant plus opiniâtre, désespérée, déterminée.
Comme en Yougoslavie à la fin des années 80, le conflit débouche sur le chaos le plus total.
Mais les Occidentaux ont beau aggraver les choses, ils ne parviennent pas à justifier ni leur intervention, ni leur présence sur le terrain des opérations, bref à imposer leurs scandaleuses solutions, à faire main basse sur les ressources économiques syriennes.

L’opinion publique est amnésique. Les mêmes circonstances qui se sont déjà produites dix, vingt fois, ont beau se reproduire, elle ne voit rien, ou à peine. Chaque fois, une partie du monde, un autre peuple et ses dirigeants, passent à la moulinette. Chaque fois, ils se font massacrer en masse. Chaque fois, une opposition fabriquée de toutes pièces par les puissances capitalistes occidentales, s’attaque avec une extrême violence au pouvoir établi, légitime. Chaque fois l’opinion publique tombe dans le panneau. On dirait que les Occidentaux ne se sont jamais aperçus de rien. Au contraire. Ils en remettent une couche. Ils en veulent toujours davantage. Ils semblent obsédés par les droits de l’homme. Les violations des droits de l’homme les terrorisent.
Mais ils ne s’aperçoivent pas que les médias les manipulent, que leurs alliés sont souvent les premiers à en commettre. Ils ne comprennent pas que dans les conditions où leurs organisations économiques forcent à vivre les peuples du tiers-monde, cette violence est inévitable. Les intellectuels non plus ne parviennent pas à faire la part des choses. Ils ne semblent pas avoir retenu les leçons du passé. L’habitude, les clichés, l’ignorance, la peur d’un licenciement infamant, ou du chômage, suffit à museler leur conscience.
Ils sont souvent incités à donner leur avis, alors qu’ils ne connaissaient pas en détail la situation dont ils font état. La crise congolaise des années 60, en fait la guerre de décolonisation du Congo, représente un modèle du genre, dont ils ne sont jamais parvenus à cerner les causes réelles. Pas plus les marxistes que les autres.

Que doivent faire les pays du tiers-monde? Ils ne peuvent se développer ni économiquement, ni politiquement, et ils ne peuvent pas non plus demeurer éternellement de féroces dictatures. A vrai dire, dès qu’un dirigeant du tiers-monde a certaines qualités, il se fait renverser ou assassiner, généralement les deux.
On dirait que le tiers-monde et toute une partie du monde n’ont pas droit à la moindre prospérité, qu’ils doivent toujours tout demander, devoir, à quelques puissances, toujours les mêmes, sinon la même. Ce problème ne fait que s’aggraver avec le temps. La domination impériale des puissances occidentales ne nécessite plus de colonisation en règle, mais s’appuie néanmoins sur des interventions de plus en plus écrasantes et destructrices, qui ressemblent de plus en plus en somme à des conquêtes coloniales. La mondialisation achève, dirait-on, le travail des puissances coloniales, du reste souvent présentes sur le terrain.
La mondialisation n’étouffe pas toute autonomie, elle empêche cette autonomie de porter des fruits. Elle la rend caduque. Elle sert les intérêts exclusifs d’une extrême minorité de la population. Elle écrase toute indépendance authentique. Elle sert surtout à extraire au seul profit des économies des pays développés les richesses produites, ou disponibles, du tiers-monde, à rendre ces dernières disponibles pour eux, en privant le plus possible les populations concernées des bénéfices de leur développement, de la moindre satisfaction.
Comme disent des Congolais : est-ce que c’est bientôt fini l’dépendance!
Face à la logique démocratico-bureaucratique de la guerre et du pillage, l’inexistence de l’opinion publique démocratique, assommée, terrorisée, prise en otage, ou qui profite de l’aubaine, mais, dans tous les cas, qui se prend pour une exception, qui noie sous des flots de propagande et de raisonnements l’omnipotence criminelle des gouvernements occidentaux et la liberté d’expression.
 
La logique propagandiste du capitalisme nie totalement qu’il ait pour objectif le pillage ou qu’il abusât de la force, ou de la situation. Elle repose sur la croyance absolue des masses à la vénalité de ceux qu’elle écrase, pour faire valoir des motifs le plus souvent illusoires.
Elle ne se remet JAMAIS elle-même en question. Elle détruit complètement un peuple, elle le reconstruit à sa façon, sans jamais lui permettre de se reconstruire, le soumet, comme un objet qu’on façonne, au besoin après l’avoir complètement anéanti, après l’avoir persécuté, humilié pendant des années, voire pendant des siècles, comme par exemple les Haïtiens. Elle a fait de la calomnie, voire du mensonge le fondement même de la liberté d’expression. Bref, on parle TOUJOURS à côté de la plaque.
Non pas que les régimes auxquels elle s’attaque soient parfaits, mais ils sont comme les autres, comme tous les régimes en somme. Tous les régimes politiques, de fait, sont excessifs, inacceptables. Pas seulement ceux des pays décolonisés. Et pour preuve. Ce que la rhétorique, et les dites institutions internationales qui en sont les porte-parole, reprochent à Bachar seul, c’est le cas de TOUS les dirigeants de tous les pays du monde. Dans chaque cas, les moyens utilisés pour faire régner l’ordre varient de manière considérable en fonction de la richesse de ces états, de leur degré et de leur type d’organisation.
Un pays qui dispose d’institutions développées et tentaculaires et de moyens de propagande importants discrimine plus facilement des pans entiers de la population, contrôle également plus aisément chaque personne. 
Ce n’est pas parce que la Belgique est un pays de ce type que sa police n’assassine plus personne, que l’injustice et l’inégalité ne causent pas les pires tourments à une partie de la population. Ce n’est pas parce qu’elle n’a plus de colonies, qu’elle ne cause pas de catastrophes dans d’autres régions du monde qu’elle va jusqu’à bombarder.
Le conflit syrien témoigne du refus d’un peuple, au moins en partie, de se laisser berner, déposséder, empoisonner, et traîner dans la boue, et finalement subjuguer comme tant d’autres par les artifices auxquels ladite mondialisation a recours avec autant de brio, d’aplomb, de force aveugle de conviction.
Débattre de l’intégration possible de Bachar à cette logique est retors, comme débattre de la possibilité qu’Alexis Tsipras change d’avis et renonce à organiser un référendum. Cela sert à nier la logique dont ces dirigeants sont les dépositaires.
Il s’agit plutôt de se demander si cela a encore un sens de débattre, de discuter avec les tenants de ce système, avec ses représentants, ses diplomates, ses généraux, qu’on voit à chaque conflit sortir subitement du bois. Comment en fut-ce que faire état d’une logique qui se juge systématiquement supérieure, et dont la supériorité déborde forcément sur les seuls régimes qui prétendent la faire valoir?
Débattre avec CES GENS-LA EST IMPOSSIBLE. C’est pourquoi du reste, souvent, c’est un diplomate asiatique ou africain, posté au sommet d’une institution internationale par les mêmes bandits, français, américains ou belges, ou a fortiori britanniques, qui leur sert d’interprète.
Ils ont TOUJOURS raison.
Leur rhétorique rend impossibles toute discussion sincère, tout pourparlers.
Dans le cas de la Syrie, leur technique d’invasion et de harcèlement, d’envahissement, se transforme au jour le jour. Son but est d’encercler, d’enfermer, d’asphyxier et de tuer. Il est forcément de plus en plus difficile de faire un pas en arrière, de renoncer à ce qui fait l’objet de tant de convoitises, toujours les mêmes. En cas de succès, ensuite, les calomnies font figure d’explication. Leur cohérence sert à élaborer des théories.
Il suffirait d’inverser la tendance. C’est que nous ne sommes plus à l’époque de Tamerlan.

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Fête de quartier place Saint-Boniface à Ixelles

Ce trente juin, une petite fête avait lieu place Saint-Boniface à Ixelles pour commémorer l’Indépendance du Congo. La police était présente, mais, quoique toute proche, elle ne se mêlait pas à ceux qui faisaient la fête. Sa forte présence, en comparaison avec d’autres fêtes de quartier, était-elle à ce point indispensable pour empêcher une tel évènement, particulièrement impopulaire dans ce petit pays, de dégénérer?
Le P.T.B. vendait des tee-shirts et des livres en flamand sur le Congo. Bref, le paternalisme sous les oripeaux du marxisme. Une vieille hypocrisie bien connue, ayant découvert un nouveau déguisement. Deux religions en une, dans le seul but de perpétuer, et de propager, tout en la fustigeant, une domination. Le marxisme transformé en mépris ou complice de ce mépris. Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi?
Au moins ses militants ont-ils le mérite d’exister, de continuer à célébrer des événements, à citer leurs protagonistes, à cultiver le souvenir de révolutionnaires dont 99% des gens ignorent généralement le nom et l’existence. C’est un fait, la colonisation n’a pas représenté la même chose pour les Européens et pour les Africains. Peut-être est-ce la raison pour laquelle aux yeux des Européens, les indépendances africaines ont tellement peu d’importance! Ou alors ils ne savent pas quoi faire. Ils ne veulent même pas que l’on pense que, pour eux, la colonisation elle-même a existé. Ils voudraient que l’on comprenne que tous se sont fait rouler dans la farine par les mêmes monstrueux dirigeants, par les mêmes banques, par les mêmes sociétés multinationales. Mais cela donne surtout l’impression que, pour eux, les trois-quarts du monde n’existent pas, que, pour eux, il ne s’y passe jamais que des guerres et des catastrophes, que leurs dirigeants sont tous des idiots, ou des voyous. Et c’est comme si, pour eux, l’indépendance du Congo ou celles des autres pays africains n’avaient été que des accidents, que des erreurs impardonnables dont il ne fallait pas faire état, qu’il valait mieux oublier. En particulier celle du Congo. Comme si celle du Rwanda ou du Burundi avaient été moins terribles. Pour ne parler que de celles-là! Néanmoins la petite place était remplie de monde. La plupart des gens étaient attablés devant des boissons que vendait un café situé sur la place, d’autres étaient debout et discutaient entre eux.
Il y avait un podium, qui semblait insignifiant à l’arrière d’une église imposante dont la petite place porte le nom, dans un angle de la bâtisse. Les organisateurs faisaient croire aux gens que cette petite place allait sous peu porter le nom de Lumumba et faisaient signer à cette fin une pétition. Comme si la petite Belgique et ses élites néocolonialistes allaient enfin reconnaître l’autorité, la valeur de Lumumba, du plus célèbre dirigeant congolais, transformé en icône par la plupart des mouvements de libération de la Terre, à l’instar de Che Guevara! Même son soi-disant prolétariat en ignore l’existence. Ce prolétariat, presque devenu pire que les bourgeois, qu’il est loin de conspuer systématiquement, qu’il imite comme il peut, tout en se prenant souvent pour je ne sais quoi.
Bourgeois et prolétariat ne meurent pas en essayant de traverser la mer, ou des frontières, en tentant d’échapper aux guerres que les multinationales provoquent dans leur pays pour se venger, comme les enfants des décolonisés. La plupart des travailleurs n’ont même pas à se salir les mains. Des armées africaines ou arabes armées de pied en cap, ou achetées pour quelques barils de pétrole, ou quelques sacoches de diamants, bref pour une bouchée de pain, font le boulot des anciens paras et agents de la coloniale. Depuis longtemps, les multinationales leur vendent également à un prix défiant toute concurrence des gadgets sophistiqués fabriqués en Asie qui leur font croire qu’ils sont terriblement intelligents. Tout cela les incite à critiquer à peu près tout le monde, et à fermer leurs frontières, bref à faire le plus possible le vide autour d’eux.
Ils critiquent également les syndicats lorsque les syndiqués n’ont pas tendance à penser comme eux au point de renoncer en vrac, ce qui est plus simple lorsqu’ils ne les concernent pas directement, à des droits chèrement acquis par d’autres.
Confronté à une telle arrogance, l’enseignement a jeté l’éponge et se contente de délivrer les preuves illusoires de son bien-fondé, non sans faire une série de distinguos lesquels les assujettissent encore plus sûrement à cet élitisme forcené, quelle que soit la catégorie dans laquelle ils sont rangés.
Malheur aux vaincus, comme on dit. M. Mbeka Phoba, une des participantes à la Journée « Revivez le discours de Lumumba, du 30 Juin 1960 », a lu un poème d’elle dans lequel elle se demande quel rapport nous avons avec Lumumba.
Elle y évoque les paroles étincelantes de l’ardent dirigeant et nous reproche de quémander l’aumône. Nous: pas seulement les Africains, les Congolais, en dépit de notre arrogance. Elle s’adressait avant tout, bien sûr, aux Africains, et en particulier aux Congolais qui essaient de faire leur vie en Belgique en passant à travers les gouttes.
Nous qui rampons, qui étouffons, qui longeons les murs, qui ne parvenons à exister qu’à force de contorsions, de nous tromper d’existence, d’ignorer le passé comme l’avenir, et souvent de cracher sur le présent, dirais-je.
Lumumba est le premier premier ministre congolais. Il fut assassiné par des Belges, et pas par des Africains, même si des Africains collaborèrent avec des Belges pour perpétrer ce crime. Il a fallu 40 ans pour qu’en Belgique, cette évidence acquiert au moins un caractère officiel, même si aucun officiel n’en a jamais fait état, si la Belgique continue à s’en moquer, à nier la plupart des faits, et continue, d’une autre manière, à piller les richesses du Congo. Quels menteurs, quels fachos, tous ces officiels!
Il y avait une petite coterie de vieux militants congolais. Ils s’éloignaient de moi, après m’avoir salué, déçus peut-être par les banalités que je leur disais pour engager la conversation, ou gênés par ma misère. C’est qu’on ne sait même plus quoi dire.
Quelques Africaines dansaient, tout en s’occupant de leurs enfants.
Un quarteron de grands intellectuels, quelque peu méprisants également, en dépit de leur sourire engageant, dominait ce petit monde. Ils sont les seuls, forcément, à commémorer cette dramatique indépendance. Qui d’autre se risquerait à leur tenir compagnie! Ils faisaient même partie des orateurs. L’un d’eux avait dégotté dans des archives inaccessibles une version inédite du discours du 30 juin 1960 de Patrice Lumumba.
Il y avait aussi d’autres personnes. Des jeunes, souvent, des gens très bien. Des activistes propalestiniens ou actifs dans le mouvement pour la régularisation des sans-papiers. Probablement aussi les employés très distingués et cosmopolites de diverses O.N.G., ayant découvert par hasard le pot aux roses. Et quelques inconditionnels, capables de transcender les tabous et les préjugés des fachos, au point de célébrer l’indépendance du Congo.

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Un exploit parmi d’autres du Fonds monétaire international

Parmi les grands oubliés du récit idéologique du génocide de 1994 au Rwanda, il y a le F.M.I…
Jusqu’au génocide, il fait l’objet de plein de critiques. Ses plans d’ajustement sont ouvertement mis en cause. Ensuite, il en va tout autrement. Il n’est plus question du F.M.I.. dans les explications des journalistes et des experts. Ou alors ce dernier semble planer au-dessus du monde. Il redevient la mesure immuable des choses. Il n’est que le garant d’un ordre intangible, immuable, nécessaire. C’est le génocide qui fait l’objet du débat. Le F.M.I. semble hors de cause. Tout le gâchis est attribué aux Africains. A un petit milieu d’Africains en particulier, à une ethnie.
Dans La grande désillusion, le livre sur le FMI que le prix Nobel J. Stiglitz publie cinq ans plus tard, ce dernier analyse la politique de l’institution monétaire internationale et il la critique courageusement. Mais il ne traite pas du Rwanda. Concernant le Rwanda, la crise de 1994, ou plutôt la crise qui débute au cours des années 80 au Rwanda, et qui se solde par un génocide, voire plusieurs, comme si le fléau avait fait tâche d’huile, en particulier grâce au comportement de quelques puissances occidentales, c’est le black out. C’est normal. Quand Joseph Stiglitz accède au rang d’économiste en chef à la banque mondiale, le Rwanda est vaguement sorti du gouffre grâce à la guerre. Ses dirigeants sont à Kinshasa. Ils ont chassé Mobutu et s’efforcent de mettre la main sur le Zaïre que son nouveau président a du reste décidé de rebaptiser Congo. Ils sont vaguement décidés à piller le pays. Leur conflit avec Laurent-Désiré Kabila va leur permettre de le piller pendant 15 ans. Pour le F.M.I., le problème est réglé, le Rwanda va pouvoir payer ses dettes.
Joseph Stiglitz évoque d’abord le cas de l’Ethiopie. Il démontre que le F.M.I. commet des erreurs fondamentales. Ses critiques sont sans appel. Le pays sort de la guerre, les indicateurs économiques sont positifs, et pourtant le F.M.I. suspend son aide, suivi par les autres donateurs habituels des pays en développement. Ces erreurs sont à peu près les mêmes que celles que commettent actuellement les Européens concernant la Grèce. Mais l’Ethiopie sort d’une guerre. Sa population a beaucoup souffert. Ecoles, hôpitaux manquent cruellement. Le F.M.I. refuse de financer la construction d’écoles et d’hôpitaux. Les difficultés s’accumulent. L’Ethiopie rembourse un emprunt à un taux usuraire, bien plus important qu’elle touche pour ses réserves. Le F.M.I. refuse cependant qu’elle rembourse de manière anticipée le prêt qu’elle a reçu. Simplement parce qu’elle ne lui a pas demandé son avis. Pour le F.M.I., il est normal qu’un pays demande son avis concernant la gestion de ses dettes, de ses avoirs. Le F.M.I. exige aussi une libéralisation financière totale. Or les petites banques éthiopiennes prêtent de l’argent aux paysans pour acheter par exemple des semences. La libéralisation financière aurait fait disparaître ces petites banques qui prêtent de l’argent aux paysans et aurait provoqué une famine. Le F.M.I. change d’avis, et encore, partiellement, mais quand il est trop tard. Au moment où l’Ethiopie est confrontée au refus du F.M.I., une guerre éclate avec l’Érythrée.
Joseph Stiglitz traite aussi de l’Afrique du sud, de la Russie, de la crise asiatique. Il ne parle pas des plans d’ajustement antérieurs, de tous les plans d’ajustement qui ont dévasté des pays sous-développés dans les années 1980, ou au début des années 90. Il parle de ce qu’il connaît, des dossiers sur lesquels il a travaillé.
Malgré le fait qu’il ait provoqué des catastrophes dans des dizaines de pays, le F.M.I. n’a toujours pas changé de stratégie économique. Dans son livre édifiant La stratégie du choc, Naomi Klein décrit en détail certaines de ces catastrophes. Mais Naomi Klein explique que le F.M.I. opère en rapport avec d’autres organisations. Ces catastrophes sont délibérément provoquées pour imposer à des pays des mesures économiques déterminées qui aggravent considérablement la misère, et qui provoquent parfois des conflits, mais qui permettent aux banques et aux multinationales américaines de faire des profits considérables, et qui accroissent l’influence des Etats-Unis dans le monde.
Au Rwanda, avant le génocide, plein de gens remettent en cause les plans du F.M.I.. Mais le F.M.I. ne reviendra jamais en arrière. Les conseillers Occidentaux d’Habyarimana lui conseillent de suivre les conseils du Fonds. Sur le point d’éclater, de faire des vagues, le débat à ce sujet entre les experts, avorte à cause de la guerre, et puis du génocide.
Les plans du F.M.I. serviront même à financer indirectement le génocide. Ce financement indirect passe pour le versement de l’aide octroyée en échange des réformes réalisées. Les traces d’une grosse cinquantaine de millions se perdent en eau peu profonde, quelque part entre Washington et Paris. En même temps, la dette du Rwanda s’accroît d’un dixième.
En fait, le F.M.I. est au service d’assassins de la pire espèce. Prétendre comme le fait J. Stiglitz que ceux qui y travaillent sont seulement des idiots, qu’ils manquent d’informations, est un mensonge. Mais ce mensonge a la vie dure.
Faire un rapport entre le plan d’ajustement imposé au Rwanda et la crise dévastatrice qui s’ensuit a l’air superfétatoire, voire déplacé, même de nos jours. Pourtant, si l’on y pense, le parallèle avec d’autres situations du même acabit est évident.
Ce qui est significatif, c’est qu’aucun économiste du tiers-monde ne s’est risqué à décrire des catastrophes provoquées par le F.M.I. dans son pays. Il y aurait perdu son poste, et ses relations, et donc non seulement la capacité à faire des recherches, mais d’en communiquer les résultats, voire la vie. Il faut être très célèbre, et être américain, comme l’est Joseph Stiglitz, pour se risquer à dire quelque chose, ou il faut n’avoir aucun poids, n’exister pour personne, comme une simple personne privée en fait. Mais même un prix Nobel comme J. Stiglitz ne peut se risquer à dire la vérité. Du reste, pour cela, il devrait être au moins aussi compétent en matière politique et en stratégie militaire qu’en économie.
Au Rwanda, le F.M.I. provoque un génocide, mais personne ne le range parmi les responsables de la catastrophe. C’est à peine si l’on ne considère pas qu’il en est victime de façon collatérale. Les commentateurs de ce désastre ont le regard rivé sur un massacre de masse, et lui confèrent des explications qui n’ont rien à voir avec le F.M.I..
Ils voient dans ce massacre l’application d’un cas de figure dont les Occidentaux ont fait le crime suprême, le mal absolu, depuis près d’un demi-siècle. L’amalgame est instantané. Ils oublient tout le reste.
Ils se focalisent sur les seuls faits et gestes du gouvernement rwandais d’alors, des Hutus de la tendance Hutupower.
Ils ne se poseront pratiquement aucune question importante au sujet de la politique menée par le F.M.I. ? OU par l’O.N.U., dont ils regretteront à peine qu’il ne soit pas intervenu comme son mandat l’y contraignait. En fait, la plupart sont ravis. Les colonialistes ont obtenu leur revanche. Ils détiennent la preuve que leurs allégations sont fondées. Les journalistes disposent d’informations sensationnelles. Les gouvernements occidentaux disposent de nouveaux arguments pour intervenir militairement en Afrique. Les multinationales et les grandes banques américaines disposent enfin d’un appui solide pour propager leur idéologie, autrement dit leurs méthodes économiques, le fameux consensus de Washington, en plein centre de l’Afrique. Impossible de dénoncer une telle chose. Du reste, cela doit demeurer secret. Le capitalisme opère avant tout en coulisses. Il conquiert de marchés, mais cela doit paraître avant tout un fait parfaitement naturel. Misère et richesse insolente sont la conséquence de mécanismes parfaitement naturels.

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Charlie, Daesh, et les Syriens

Il y a quelques semaines, la presse mondiale a annoncé l’occupation de Palmyre par une guérilla qu’elle intitule Etat.. islamique et, quelques jours plus tard, l’exécution par celle-ci de nombreux civils, bref un massacre. Continuer la lecture de Charlie, Daesh, et les Syriens