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Sur le sexisme et le mouvement « balance ton porc ».

Comment faire référence à la lutte menée depuis longtemps pour le respect des femmes et pour l’égalité entre les hommes et les femmes? Certaines dénonciations actuelles se confondent avec certaines critiques traditionnelles. Elles ressemblent presque à de la répression sexuelle. Il s’agit en tout cas du même mode d’expression. Utilisée à des fins de contrôle idéologique, social, pour dominer la femme, ainsi que l’homme, pour les inciter à adhérer à certaines formes d’échanges patrimoniaux, la répression sexuelle condamne certains types de relations plutôt que les violences sexuelles. Ceux qui la brandissent sont aussi ceux qui critiquent certaines libertés. Historiquement, elle fut surtout le corollaire du fait de cuissage et du mariage, ensuite, elle servit à condamner le sexe en dehors du mariage, et fut utilisée dans un but de procréation, bref elle servit surtout la domination masculine, donc pas précisément l’anti-sexisme.
Il s’agit de dénoncer efficacement les inégalités existantes ou subsistantes, les violences sexuelles et le sexisme, mais sur quelle base procéder?
Le mouvement « balance ton porc » dénonce le patriarcat, ce qui est très bien, mais il ne le cerne pas avec précision. Il dénonce un patriarcat presque abstrait. Il considère que l’égalité hommes-femmes est un acquis, et en fait un aspect de la morale. Mais les autres inégalités ne sont pas prises en compte. Ou pas assez. Il s’agit d’une sorte de critique résiduelle. Il se veut égalitaire, en combattant les violences et le harcèlement sexuels. Mais c’est un réflexe de personnes émancipées qui ne conduit pas pour autant à une émancipation, mais à une stigmatisation. Et le patriarcat se maintient grâce aux inégalités et à ces stigmatisations. Le problème principal actuel, ce sont les inégalités, grâce auxquelles le patriarcat se maintient. Au lieu de prétendre combattre les inégalités en général, pour lutter contre le sexisme, il adhère à une sorte de morale puritaine, et déclenche ainsi un mécanisme, qui, bien sûr, épargne les puissants, et sert à pénaliser les pauvres, ce qui est du reste en partie le but recherché. Dans combien de cas, la morale anti-sexiste ne sert-elle pas à stigmatiser l’immigré, le pauvre!
Le puritanisme est la forme aiguë, déformée de la répression sexuelle. Au lieu de dénoncer le sexisme, en le dénonçant d’une mauvaise façon, il promeut avant tout une domination, autrement dit des inégalités. Pour lui, il n’y a pas d’égalité sans inégalité. Le puritanisme a pour but de contrôler le monde en contrôlant l’activité sexuelle. Son objectif est de l’interdire, sauf dans certains cas, pas de la libérer. Les puritains instrumentalisent la répression sexuelle, de même que les violences sexuelles. Mais la dénonciation du sexisme par les puritains est le plus souvent extrêmement hypocrite, propagandiste. Sa liberté est le moyen même de la dissimulation qu’il met en œuvre, et dont il jouit. Le puritain est l’abuseur faisant valoir un modèle condition sine qua non de la liberté qu’il dénie à une majorité d’autres. Qu’il s’agisse de la liberté des médias qu’il manipule, ou de celle des capitaux, des siens. Il dénie aux autres, ce qu’il s’octroie à lui-même pour des raisons qu’il invente, et dont il tente obscurément d’inculquer la croyance.
Il me semble que c’est la crainte de ce puritanisme et de cette hypocrisie qui a amené certaines femmes à critiquer le mouvement « balance ton porc ». Que revendiquent réellement les femmes qui dénoncent ce mouvement? Que disent-elles? Elles disent que, dans la situation présente, la dénonciation des violences sexistes fait le jeu du sexisme. Et elles jugent la minimisation de ce sexisme plus efficace que sa critique. Elles prétendent qu’il vise dans certains cas à accéder à une égalité. Le sexisme est probablement pour elles, dans certains cas, une condition de la sexualité elle-même. Il ferait partie d’une sorte de négociation. Elles veulent éviter d’ajouter la violence à la violence, la stigmatisation à l’inégalité. Elles prétendent l’ignorer, voire vanter l’entente entre les sexes, plutôt que leur mésentente. Elles veulent éviter que ce sexisme ne tire avantage de sa monstruosité, en préconisant plutôt une certaine ouverture.
En fait, le sexisme semble s’aggraver avec les inégalités qui reviennent en force. Le système prétend soutenir les valeurs égalitaires, mais, en même temps, il promeut sans cesse de nouvelles inégalités. Il est normal par conséquent que les valeurs égalitaires soient mises en cause. Il joue en fait un rôle déterminant dans l’irrespect et l’inégalité. C’est le mouvement contre les inégalités dans la société, et par la suite, le courant socialiste, qui a engendré les valeurs égalitaires existantes en ce qui concerne les rapports entre les hommes et le femmes. Or le système actuel n’a de cesse de critiquer ce courant, de l’identifier au mal absolu, à des catastrophes en tout genre, d’inventer des comptabilités extraordinaires pour tenter de justifier ses propres excès. Cette façon de présenter les choses est particulièrement retorse, dans la mesure où c’est le courant dont le système se revendique, bref le libéralisme, qui porte la responsabilité de la plupart des catastrophes actuelles. Songeons par exemple à la situation de l’Afrique, à la guerre au Moyen-Orient, au nazisme et aux deux guerres mondiales. La démocratie, les droits de l’homme ne sont pas ce qu’ils paraissent. Ils font avant tout partie d’un appareil idéologique. Ce système ne fonctionne pas. La mondialisation en est la preuve éclatante. Ce système est depuis toujours en lutte contre l’égalitarisme. C’est le libéralisme, et nullement le socialisme, qui s’en est pris à toutes les régulations existantes, même quand il en était lui-même à l’origine, comme par exemple les institutions issues du New Deal.
Beaucoup de femmes émancipées partagent la croyance à cette nécessité. Elles ne se sentent à l’abri d’une certaine domination que si elles adhèrent à certains préjugés, et si elles partagent le point de vue de cette domination.
Pour elles, comme pour d’autres, la vie s’identifie au marquage, y compris sexuel, à la protection d’un territoire. Ce marquage est souvent agressif, répressif. Il implique la répression des violations sexuelles. en tout cas de certaines d’entre elles. Il implique aussi qu’on mente. Certaines femmes critiquent le harcèlement au travail, d’autres nient effrontément qu’elles en soient victimes. Il y a des chances pour que toutes deux mentent également, au moins en partie.
Qui a raison? Comment promouvoir l’égalité entre tous, entre les sexes?
En fait, le sexisme est un cercle vicieux. Il requiert le secret, la violence. Le mouvement balance ton porc se sert du prétexte de l’accusation de quelques riches, pour critiquer toute une dérive qui touche tous les secteurs de la société. Le système s’effondre, il change, mais en se radicalisant. Il se radicalise à sa façon, en suscitant la confusion. Préjugés, théories en tout genre servent à noyer le poisson, à justifier les inégalités existantes. Les dominants cultivent la confusion, c’est bien connu. La société est le champs d’action de toutes sortes de pouvoirs. Pouvoirs matériel, social, matériel, esthétique, etc… Ces pouvoirs donnent lieu à toutes sortes de manières, de types de comportements. Ces derniers sont reproduits par les uns et les autres. Les attitudes les plus dominatrices se font passer pour des attitudes aimables, altruistes, respectueuses et vice-versa. Les attitudes les plus respectueuses sont parfois jugées agressives, irrespectueuses. Tout cela est lié à la réalité du pouvoir. Face à tout exercice de pouvoir, il s’agit d’exercer un contre-pouvoir. Mais lequel, alors que tout semble se dérober?
Certains avancent que le sexisme serait causé par un manque d’éducation. Il s’agirait d’octroyer une éducation adéquate à tout un chacun. Et chacun imagine qu’il sait à quelles valeurs ceci fait référence. Or que penser de l’éducation? Nous vivons une période de crise des valeurs, où ce qui s’enseigne à l’école est souvent le contraire de la vérité. Il est donc particulièrement délicat de se mettre à vanter les mérites de l’éducation.
On ne peut guère non plus fonder l’éducation sur une idée, une valeur qui n’est pas appliquée, ou qui est mise en pièces. Le système légitime les inégalités de plus en plus fortes existantes, et stigmatise ceux qui en pâtissent, plutôt que ceux qui en profitent. Il considère que les uns et les autres sont égaux, mais il a fait de cette égalité une abstraction, et il cultive cette abstraction, qu’il viole quand ça lui chante également, sans encourir la moindre critique.

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