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C’était donc ça.

Non, il ne s’agit pas d’un petit scolopendre de rien du tout.

On parle depuis longtemps d’exploitation du pétrole au Congo.

Il y a près de dix ans, il y a eu des articles qui ont accusé les Chinois d’avoir mis le grappin sur le pétrole du Nord-Est du Congo. Après cela, il y a eu une intervention française en Centre-Afrique et Total a annoncé qu’il allait exploiter du pétrole dans l’Est de la Centre-Afrique.
Concernant le pétrole à l’Est du Congo, il y a eu une société britannique qui a dit qu’elle se désintéressait du projet, qu’elle avait changé d’avis.
Et puis, récemment, peu avant les élections de 2018, on a réentendu parler d’exploitation du pétrole dans le parc des Virunga. Kabila aurait enfin octroyé l’autorisation d’exploiter du pétrole dans le Parc des Virunga. L’exploitation du pétrole dans ce parc exceptionnel représenterait une catastrophe sans précédent. On y trouve les derniers rhinocéros blanc et le gorille des montagnes. Très près du Parc des Virunga, il y a le Parc de la Garamba, un autre magnifique parc.
Mais ce n’est pas tout. Kabila aurait aussi octroyé l’autorisation d’exploiter du pétrole dans le parc de la Salonga. Le Parc de la Salonga, c’est la grande forêt primaire équatoriale du Congo. Exploiter du pétrole dans cette région, ce serait pire encore qu’en exploiter à l’Est du Congo. Ce n’est pas n’importe quelle région. Il s’agit de la plus grande forêt primaire africaine. Tout le monde sait quels dégâts extraordinaires a causé la société Shell en exploitant du pétrole au Nigéria. Cette exploitation a détruit le delta du Niger. Idem de l’exploitation du pétrole en Amazonie en Équateur par la compagnie Exxon. Là, l’exploitation pétrolière a contribué à exterminer des tribus indiennes.
C’est une société sud-africaine qui a obtenu l’autorisation d’exploiter du pétrole dans le Parc de la Salonga. Je soupçonne cette société sud-africaine actuelle ne n’être qu’une société prête-nom pour une autre société britannique.
En tout cas, il est certain que des sociétés pétrolières occidentales s’attendent à contrôler l’exploitation pétrolière en R.D.C. et qu’elles n’ont plus envie de laisser pourrir la situation.

Tout d’abord, Kabila avait refusé. Il a tenu bon pendant longtemps. Il y avait des pressions internationales pour empêcher cette exploitation.
Et puis, il y a un an environ, Kabila a annoncé que le Congo allait produire du pétrole et qu’on allait résoudre tous les problèmes du Congo. Personne n’y a cru bien sûr. Pas qu’on allait exploiter du pétrole, mais que ça résoudrait quoi que ce soit. On sait bien comment ça va. On ruine un pays. On le détruit. Et puis on exploite ses ressources sans rien débourser. On s’arrange même pour que ce soit lui qui doive vous rembourser quelque chose.

Je me suis posé des questions. Pourquoi Kabila a fait une telle chose? Il a dû essuyer d’énormes pressions de la part des compagnies pétrolières. La Chambre de commerce international qui est située à Paris a menacé une compagnie pétrolière de sanctions si elles n’obtenait pas de permis d’exploitation et Kabila aurait «craqué».. Le Congo a décidé de cesser de mettre des bâtons dans les roues à la susdite compagnie pétrolière sud-africaine.

Bien sûr, on a vendu la mèche. Cela a encore donné plus de raisons de le critiquer à une partie de l’opinion publique qu’on a monté contre son régime. Mais, curieusement, ceux qui le critiquent ne mentionnent pas cette situation. Ce n’est pas l’exploitation du pétrole qui pose un problème pour eux, mais l’existence même de Kabila et de son soi-disant régime.

L’opposition qui brigue le pouvoir est seule jugée légitime pour l’occuper par les dirigeants des pays occidentaux. La presse belge et ladite presse internationale n’ont de cesse de relayer ses déclarations, ses critiques. Les mêmes que l’opposition vénézuélienne adresse à Maduro.
Kabila essayé plein de choses pour tenter de retarder la prise de pouvoir de l’opposition congolaise. Il y a quelques mois, Kabila a essayé de faire croire aux Congolais que les choses allaient changer grâce au pétrole. Il a essayé de mettre des gens de son côté et du côté de sa majorité. Mais tout était cousu de fil blanc. Sauf les gisements pétrolifères qui existent bel et bien.

S’il avait fait le contraire, il serait peut-être passé pour un héros. Mais on n’en aurait même pas parlé. On l’aurait d’autant plus critiqué, tout en invoquant plein d’autres raisons, ou on l’aurait directement éliminé. Mais il a octroyé des concessions aux compagnies pétrolières. Il a obéi. Les capitalistes adorent quand on fait servilement ce qu’ils demandent. Il a fait ce qu’elles attendent de lui.

La forêt équatoriale en Équateur, et bien sûr au Brésil, la forêt primaire indonésienne, celle de Bornéo, toutes ont été partiellement détruites, soit à cause de l’exploitation du pétrole, soit pour fabriquer des biocarburants. Et maintenant il s’agirait de détruire encore un peu plus la grande forêt primaire africaine, de saccager deux régions incomparables d’Afrique équatoriale. Les bras m’en tombent, même s’il y avait de quoi s’y attendre. Les banques se frottent les mains. Elles n’attendaient que cela. C’est certain.

On va détruire entièrement ce pays. On l’a déjà tellement martyrisé. Ainsi, plus personne ne se posera de questions. Il deviendra impossible de réparer tout le tort qu’on a fait aux Congolais. Il est presque impossible de saisir la gravité de ce qui est en train de se passer. Ou de ce qui risque de se passer.

Des monstres peuvent détruire n’importe quoi en claquant tout simplement des doigts. Des institutions internationales. Des multinationales minières. Ils n’hésitent pas une seconde. Ils semblent avoir les pleins pouvoirs. Détruire la planète et visiblement devenu une de leurs occupations favorites. Les O.N.G. sont muettes. Quand il s’agit du Congo, elles sont pratiquement inexistantes. Lorsqu’il s’est agi d’exploiter du pétrole dans l’océan Arctique à quelques centaines de kilomètres des côtes russes, elles se sont mobilisées pendant des mois et ont fait énormément de bruit. Dans ce cas-ci, c’est le silence radio. Personne ne pipe mot.

Peut-être Kabila a-t-il espéré faire d’une pierre deux coups? Peut-être a-t-il espéré que l’on parle un peu de l’exploitation pétrolière en République démocratique du Congo? Peut-être a-t-il essayé de faire un compromis? Il a peut-être espéré qu’on accepterait qu’il se maintienne au pouvoir.

La chambre de commerce internationale l’a fait craquer à la veille d’un scrutin électoral compliqué. Tous les scrutins électoraux sont compliqués au Congo. Chaque fois, des tentatives de putsch se produisent. Cette fois encore, une guerre civile semble prête à éclater au Congo. Au moment où j’écris ces lignes, il en est plus que jamais question. Les Américains ont envoyé des troupes au Gabon. Ils se disent prêts à intervenir pour mettre leurs ressortissants en sécurité.

Est-ce que les puissances occidentales cherchent à provoquer une guerre civile au Congo? Si elles n’obtiennent pas ce qu’elles veulent, autrement dit le départ de Kabila, à mon avis oui. On aura droit à la totale.
Toutes sortes de scénarios sont possibles. Même si Kabila réussit à empêcher une guerre civile d’éclater, rien ne dit que les grandes puissances n’interviendront pas, même sans mandat de l’O.N.U.. Elles ne sont pas à cela près. La situation internationale est très tendue.

De toute façon, pétrole = armes, guerre, guerre civile, interventions. Il suffit de regarder ce qui se passe en Irak, au Yemen, à cause de l’Arabie saoudite, dont personne ne songe à renverser le monarque quasi absolu qui la dirige, en Syrie, en Libye. Au Venezuela aussi la situation est plus que tendue. Là aussi, les puissances occidentales font des pieds et des mains pour que d’autres dirigeants prennent la place de Maduro et des chavistes. L’Iran se fait régulièrement menacer par les États-Unis. En Angola, autre grand producteur de pétrole, ce furent vingt années de guerre au moins. Le pays n’en aura jamais fini de se reconstruire.
Seules les monarchies du Golfe semblent tirer parti du pétrole. Despotisme, esclavage, représentent des régimes idéaux pour les dirigeants des multinationales et des démocraties occidentales. C’est à se demander si ces démocraties ne sont pas dirigées en sous-main depuis toujours par des despotes également.

Le Congo est-il à la veille d’une nouvelle guerre civile. Tout ceci permet un peu mieux de comprendre pourquoi Kabila a craqué au dernier moment. Sa décision d’octroyer l’autorisation d’exploiter du pétrole en R.D.C. permet de mieux comprendre les dessous, les réels enjeux de la situation

D’ici quelques années, il sera question d’une croisade pour sauver la forêt équatoriale.
Tout le monde aura oublié le Congo, qui aura peut-être éclaté en plusieurs morceaux, comme la Yougoslavie il y a un quart de siècle à cause d’une autre intervention.
Une fois de plus, les gens tomberont dans le panneau. Quand il s’agit du Congo, ils ne parviennent jamais à faire valoir des critiques ! C’est inimaginable tout ce que l’on s’est permis de faire au Congo.
C’est incroyable toutes les interventions, les menaces, l’ingérence dont ce pays est victime. Tout cela n’a pas seulement eu lieu il y a plus d’une centaine d’années, ni il y a trois cent ans quand les nations occidentales se battaient entre elles pour exploiter des comptoirs d’esclaves en Afrique, mais cela a lieu à présent. Cela a eu lieu il y a un bon gros demi-siècle. Et puis, une vingtaine d’années plus tard. Et enfin, il y a une vingtaine d’années encore, plusieurs nations ont attaqué le Congo sans essuyer le moindre reproche. Au contraire.

Si une nouvelle guerre civile africaine éclate, les pays occidentaux pourront vendre des armes.

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