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Le collectif citoyen, une organisation strictement hiérarchisée

Avanti popolo!

Le collectif citoyen, une organisation strictement hiérarchisée

Derrière les déclarations sensationnelles, telles que on est des citoyens, du collectif citoyen Bruxelles, qui présente une liste aux prochaines élections régionales (n°29), en fait, se dissimule une organisation plutôt hiérarchisée à la manière d’une entreprise.

Les entreprises, des organisations autoritaires

Comme beaucoup de grandes et de petites entreprises. L’organisation de l’entreprise est loin d’être démocratique. Prétendre le contraire nécessite de jouer sur les mots, de nier les faits. C’est ce que font volontiers les managers et autres grands patrons, qui se contentent en général de contester la possibilité de critiquer leur organisation. S’ils tolèrent parfois que l’on conteste le bien fondé de leurs décisions, ils ne tolèrent pas que l’on conteste le bien-fondé de l’organisation qui leur confère du pouvoir, ou l’étendue de ce pouvoir dont ils vont parfois jusqu’à nier l’existence. En général, ils noient par un flot de décisions toute possibilité de les critiquer et la seule manière de critiquer ces décisions consiste à entrer ouvertement en conflit avec eux, autrement dit avec son entreprise, ce qu’ils s’efforcent précisément de critiquer.
Il s’avère tout aussi difficile de critiquer leur entreprise de l’extérieur.
C’est comme si conflits et critiques relevaient d’une faute morale, comme s’ils relevaient d’un manque de dignité ou de conscience. Du moins pour les dirigeants de ces entreprises. Dans l’entreprise actuelle le couple morale-pouvoir, ou pouvoir-autorité/morale joue un grand rôle. Il a une certaine efficacité. Il transforme toute critique, toute lucidité, toute revendication en une faute morale. Il réduit à la morale, et souvent ne perçoit qu’un aspect des choses.

Pour comprendre l’efficacité de ce fonctionnement, il faut s’interroger sur la nature de ce pouvoir, sur son caractère organisé, abusif, pratiquement totalitaire. C’est lui en effet qui désigne les tâches, qui assomme d’occupations en tout genre. Qui souhaite forcément rallonger sans fin la durée de travail, précisément pour empêcher tous ceux qu’il persiste à traiter en subordonnés de se poser des questions, de remettre en cause certains aspects de leurs activités. Ses fréquentes interventions sont donc prises pour la vérité. Les membres des conseils d’administration ont un caractère quasi-sacré. CEO et administrateurs jouent du reste sur la délégation de pouvoir qui est à la base de leur collaboration. Leur parole d’un CEO, ou PDG, ne peut être mises en doute. On ne peut la remettre en question sans remettre tout à la fois en cause, y compris l’existence de l’entreprise. La critiquer, critiquer quoi que ce soit relève donc d’une sorte de sacrilège, sans que ces dirigeants ne reconnaissent leur fondement autoritaire. La critique ne relève pas d’un droit. Elle ne relève pas de la logique des choses. La logique des choses exclut la critique et, en grande partie, l’autonomie. Ou, plutôt, cette autonomie est conditionnelle. Elle ne peut en aucun cas remettre en cause, en question, le cadre qui est celui de son fonctionnement. Ce type d’organisation est pourtant fréquemment taxée de démocratique. Dans cette société, beaucoup croient à son caractère démocratique. Pourtant elle n’est en rien démocratique. Si elle est démocratique, c’est exclusivement parce qu’elle n’a pas le pouvoir de sanctionner directement ceux qui prennent la responsabilité de provoquer ce qu’on appelle un conflit social pour tenter d’en influencer ou d’en améliorer le fonctionnement. Il est certain que la menace que fait supporter tout conflit social sur les travailleurs qui y sont impliqués n’est pas imputable à ceux qui le provoquent, mais à l’organisation de l’entreprise elle-même, au pouvoir exorbitant dont elle dispose, et qu’elle cherche à accumuler aux dépens de ses employés, de ses subordonnés.
Voilà ce qu’il y a d’antidémocratique dans le fonctionnement d’une entreprise.

Ce qui, pour certains, légitime ce fonctionnement, c’est son efficacité. D’où le soin extrême de certaines entreprises mis à garantir ce fonctionnement, à tenter de l’améliorer de toutes sortes de façons. Mais toutes ne cherchent pas à améliorer leur fonctionnement, même si elles prétendent améliorer leur efficacité. Même si l’un ne va pas sans l’autre. Cela suscite alors des conflits. De tels conflits servent le plus souvent à renforcer momentanément le pouvoir de l’entreprise sur ses membres. Lorsque ce n’est pas le cas, c’est que la ficelle est usée, que le chantage au travail n’est plus assez déterminant pour résoudre le conflit, que d’autres facteurs entrent en ligne de compte, que les résultats de l’entreprise ou sa direction sont par trop mauvais. La possibilité de susciter de tels conflits et de jouir de protections pour le faire est jugée démocratique, mais pas par le dit monde de l’entreprise, par la Fédération des Entreprises de Belgique, la détestable FEB, par exemple. Un véritable état dans l’état. Ce qui serait démocratique, pourtant, ce serait la possibilité de prendre certaines décisions en commun, ce serait un dialogue ouvert, ce serait la possibilité que, de temps en temps, des employés, se retrouvent à la place des patrons, et inversement, sans avoir le sentiment de déchoir, ce serait que les promotions ne soient pas toutes bloquées à un certain échelon dans tous les secteurs des entreprises.

Rares sont les entreprises dont le président ou l’administrateur est un employé, où il ne dispose pas de droits exorbitants par rapport aux autres employés, où ses revenus ne sont pas excessivement supérieurs à celui des autres employés. Cela vaut aussi pour les présidentes, et pour les employées. L’accession de plus en plus fréquente de femmes à des postes de direction n’a rien changé à la structure, à l’organisation de l’entreprise.

Collectif citoyen, ou citoyens-ploucs

Revenons maintenant au collectif citoyen. Loin de privilégier une structure horizontale, comme charte et statuts prétendent abusivement que fonctionne le collectif, ce sont des structures opaques qui modifient à leur gré, les textes de références du collectif, ou plutôt qui ajoutent de nouveaux textes de référence aux anciens en fonction de la situation, au gré des circonstances, pour en extraire les rares aspects démocratiques, qui dirigent le collectif. À vrai dire qui le manipulent. On a bel et bien affaire à une manipulation. Derrière l’annonce d’un Congrès se cache en fait le besoin de proposer un autre texte de référence, un Projet, à vrai dire auquel toute cohérence fait défaut, qui nie les aspects les plus démocratiques de la charte sur la base de laquelle les nombreux candidats existants ont accepté de s’engager, à un moment où les listes étant déposées, il n’est plus temps de tomber la veste, de remettre cet engagement en cause. C’est ainsi qu’apparaît subrepticement la notion de service citoyen, et que disparaît celle de partage du travail. Monument de futilité qui, en politique, ne peut guère que faire illusion dans la mesure où s’il est un domaine ou l’emploi des mots ne peut être pris à la légère, c’est bien la politique.

Il semble bien qu’à tous les niveaux de la construction du collectif citoyen, des individus aient été manipulés, pris pour dupes. Les généreux rédacteurs de la charte d’abord, qui ont fait un texte séduisant, plus ou moins progressiste, pour appâter de possibles candidats.

Comme dans les pires entreprises, notamment dans les certaines sociétés coloniales, les fondateurs ont cependant eu soin de prévoir une charte des candidats qui impose à ces derniers toutes sortes de règles de fonctionnement au sujet desquelles ils n’ont évidemment pas été consultés. Le collectif citoyen privilégie l’option d’un candidat-plouc, plutôt que celle de citoyens libres et autonomes, construisant démocratiquement eux-mêmes une véritable organisation politique.
L’action,, une prétendue action, qui ne sert probablement aucun de buts annoncés par le collectif, dissimule un manque de concertation et permet de légitimer un verbiage extraordinaires.

En fait, l’organisation du collectif est strictement pyramidale. Il y a quelques jours, je regardais distraitement à la télévision un film français où des acteurs célèbres interprétaient les rôles d’aristocrates de la fin du Moyen-Âge en se gargarisant de manière probablement anachronique de formules creuses, de références à une monarchie perçue comme absolue. Cet absolutisme a fait fureur pendant deux siècles encore. Il a débouché sur des Louis XIV et aussi sur des Louis XVI. Beaucoup de gens, même de nos jours, persistent à adorer ces figures. Elles sont incapables de déceler les lamentables faiblesses de l’absolutisme, sinon de déceler son existence, son côté creux, arbitraire, absurde, et tentent même plutôt de le singer, et même de l’appliquer au sein de la société. Non seulement dans le monde de l’entreprise, mais au sein de partis, de collectivités, et même, pourquoi pas, d’organisations dites citoyennes, en taxant de démocratique, de citoyen, leur fonctionnement. Toutes sortes d’entreprises autoritaires, basées en réalité sur la subordination des uns par rapport aux autres, étouffent la liberté d’expression, ne fut-ce qu’au nom d’un vain principe de confidentialité, et briment l’autonomie citoyenne, et ne servent pratiquement qu’à cela.

Bien entendu, tout cela n’est pas entièrement négatif. Comme dans toute entreprise, certains candidats ne manquent pas d’enthousiasme et exécutent loyalement les tâches qui leur sont imparties. Ils manifestent ce qu’on appelle de la proactivité. Au sein du collectif citoyen, certains sont même vaguement des activistes qui espèrent trouver dans le collectif citoyen un soutien à leur propre lutte, mais qu’on empêche bien entendu de s’exprimer.

Bref, au lieu de débattre avec des citoyens, de débattre de sujets de toutes sortes, de communiquer avec les gens, la campagne du collectif se borne à déposer des affiches, à distribuer des tracts, et à faire mine de courir partout et d’être débordé pour remplir ces tâches en réalité particulièrement banales et triviales. Un seul candidat se rend aux manifestations organisées devant des Parlement ou ailleurs par une association de référence du collectif, Transparencia.
Il y avait deux personnes lors de l’exposé-débat consacré au référendum d’initiative citoyenne organisé par un membre du collectif le 28 avril à l’Espace citoyen, rue de la grand île. La discussion avec Elodie de DémoB, Olivier Rubbens de WE-GOV, et Bruno Clerckx de Démocratie Belgium était pourtant stimulante. Il était intéressant de découvrir les positions du collectif DemoB ou de democratie-belgium.be. Pour Démocratie Belgium par exemple, grâce aux votations, les Suisses ont le droit de décider de leur avenir. Si la solution préconisée paraît assez peu utile, efficace, le constat réalisé au sujet du fonctionnement des institutions démocratiques en Belgique interpelle. Le R.I.C. permet aux Suisses de traiter de problématiques en tout genre. Bien sûr, les votations font souvent le boulot des lobbies eux-mêmes. Elles servent quelquefois à promouvoir des idées nauséabondes. Les dés sont largement pipés. Mais les citoyens ont l’occasion d’en débattre un peu.

Les membres du collectif citoyen assistaient au même moment au premier Congrès du collectif à présent un peu partout en Wallonie également, qui se déroulait (rue Gozée, à Montigny le Tilleul), et où il n’était guère question de poser des questions justement.

Un des administrateurs du collectif, Michel Courtin, le 7ème sur la liste, vient aussi de se déclarer unilatéralement, de manière parfaitement circonstancielle, mais incontestable, président dudit collectif, ce qui n’a suscité aucune critique, tant un tel fonctionnement autoritaire, opaque, du pouvoir est pressenti comme normal, incontournable, efficace, par la plupart des membres eux-mêmes du collectif. Cela n’a même pas fait l’objet d’une décision. Il s’appuie sur sa position d’administrateur au sein des instances décisionnelles qui chapeaute les diverses listes du collectif citoyen qui se présentent en Wallonie et à Bruxelles.

Mais rien ne vaut le détour par la page du collectif citoyen pour s’apercevoir de la supercherie. Le logo et l’affiche du collectif citoyen y figurent plus d’une dizaine de fois. Aucun événement n’est mentionné. Personne n’a vraiment envie d’y publier quoi que ce soit de peur d’avoir à faire face à des reproches.

 

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