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Greta Thunberg et le système

Avanti popolo!

Greta Thunberg et le système

Que va devenir Greta Thunberg? Pour l’instant, il n’est question que d’elle. Et surtout que va devenir la lutte contre le réchauffement climatique? Dans dix jours, ou dans quelques semaines tout au plus, la publicité dont elle fait l’objet s’atténuera. On passera à autre chose de probablement moins amusant. Car, oui, la mise en épingle d’une adolescente, sa présence à l’O.N.U. ont un côté divertissant. Aura-t-on ne fut-ce qu’un peu avancé? Est-ce que cette publicité sert à faire réfléchir les gens? Et est-ce que leur réflexion sera alors en mesure de les amener quelque part? Est-ce que le but poursuivi est de les emmener quelque part, ou de les empêcher d’arriver quelque part ? Ou rien de tout cela? Est-ce que le but poursuivi est de les tromper, de leur voler leurs rêves, comme on est probablement en train de voler ceux de Greta? Que devrait faire Greta Thunberg?
Un des buts principaux de ce genre de campagne de presse internationale est de dorer la pilule aux masses, de leur raconter une belle histoire, histoire de les endormir, PAS DE LES RÉVEILLER, sauf le temps de regarder de la pub à la télé, bien sûr. Il s’agit de faire croire aux gens qu’on a la solution en main. Il est probable que si Greta ne prétend pas en convenir, il n’en sera plus question. Ni dans la presse, ni, pratiquement, sur les réseaux sociaux qui pourtant s’efforcent de la défendre face aux nombreux éditorialistes qui la critiquent. Les médias l’oublieront.
La presse et les principaux gouvernements reconnaîtront-ils qu’ils n’ont pas du tout la situation en main? Est-ce qu’ils conviendront du fait qu’il est nécessaire de mettre en œuvre un programme de lutte contre le réchauffement climatique qui n’est pas nécessairement plus cher que celui qu’ils envisagent d’appliquer, mais plus efficace?
Bien sûr, si cette campagne médiatique internationale devait réellement faire progresser les choses, autrement dit la lutte contre le réchauffement climatique, loin de lui voler ses rêves, cette campagne les réaliserait. Mais comment croire un instant qu’elle sert à faire progresser la lutte contre le réchauffement climatique ? Tout porte à croire qu’au contraire, cette campagne sert à en faire supporter les effets dévastateurs.
On a vu sans broncher des milliers de travailleurs précaires haïtiens se noyer à cause d’un cyclone aux Bahamas.
Tout plutôt que renoncer à massacrer des Indiens d’Amazonie ou des Aborigènes, ces extraordinaires privilégiés en somme, qui privent la société entière du soya transgénique dont elle a besoin pour se rendre au boulot. La honte! Voilà comment raisonnent la plupart des managers et des capitalistes.
Tout plutôt que faire en sorte que les gens puissent travailler près de chez eux, qu’ils doivent faire moins de file, qu’ils puissent se déplacer à vélo dans une ville comme Bruxelles, qui sert de siège au principal lobby automobile existant. Je viens de regarder un documentaire sur des Français et des Françaises disposant d’un CDI et qui décident de changer de vie et d’aller vivre à l’autre bout du monde. L’une des raisons invoquées, ce sont les 3 heures de conduite et de files en voiture par jour.
Pour que tout cela puisse continuer, pour que les gens continuent à faire des file, le système a besoin de cadres très compétents, mais surtout pour s’accrocher au pouvoir. Lorsque dans l’Hérault, une maire fraude et détourne, bref vole 300.000 euros à une association de bienfaisance, elle a droit à 4000 euros d’amende et n’a pas de casier judiciaire. Que sont 300.000 euros, on se le demande ? Mais des milliers de scientifiques dans le monde mènent des recherches approfondies sur les techniques de décision politiques.
On a réponse à tout. Ou, du moins, les scientifiques ont réponse à tout. Peut-être ? Et si, tel est le cas, à quoi bon si cela ne nous emmène nulle part ?

Tout porte à croire que cette campagne médiatique internationale sur la lutte contre le réchauffement climatique sert surtout à justifier un programme exemplaire de lutte contre le réchauffement climatique et ses effets. Les grandes lignes de ce plan ont été récemment communiquées au grand public. Il s’agirait notamment de financer de grands projets immobiliers. On se souvient que la campagne qui avait suivi le Tsunami de 2004 dans l’océan Indien avait servi de prétexte à financer de vastes projets d’infrastructures immobilières et hôtelières le long des côtes de l’océan Indien, et même à chasser définitivement certaines populations côtières de leurs villages. La surpêche et les super-chalutiers espagnols ou autres avaient alors pris le relais des petits bateaux de pêche des Indiens à la satisfaction générale des banquiers et des traders du monde entier.
Tel est bien le problème. Que nous raconte-t-on cette fois et que va-t-il réellement se passer? À vrai dire, on ne vole pas les rêves des gens, on leur en fait faire à la moindre occasion. On entretient leurs rêves. Un peu comme dans La fée des dents. La pilule, une fois de plus, est dure à avaler. Même pour Greta Thunberg.
De tout cela, Greta Thunberg n’est pas responsable. Mais réussira-t-elle à ne pas le devenir, ne fut-ce qu’en partie.

Un instant, quand j’ai lu un titre accrocheur de la presse à son sujet parlant d’une éco-évangéliste, j’ai entrevu le pire. Mais l’article ne fait aucune révélation au sujet d’une quelconque appartenance à une secte religieuse, si ce n’est à la croyance de la jeune demoiselle à la crédibilité des scientifiques.

Est-ce que ce genre de publicité, à laquelle une adolescente sert involontairement et tendancieusement de fondement, rend toute lutte efficace contre le réchauffement climatique complètement inutile ?

Il existe une conscience collective mondiale qui n’est pas dupe des grands effets de manches et des collectifs et des stars champignons, ou même des stars qui ont de la bouteille. D’innombrables militants qui ne fricotent pas trop avec les stars en réalité et qui se prennent en général plutôt des grenades dans la panse ou dans l’œil qu’un prix Nobel dans la tronche, sont mobilisés contre la plupart des causes de ce réchauffement. Ça et là, certains prennent la mesure de certaines situations. G. T. sert-t-elle à les noyer dans la mélasse? Ou à leur conférer plus d’impact? Sert-elle à conférer de l’impact aux leaders de partis politiques qui tiennent le haut du pavé, ou à d’autres leaders, ou à certains collectifs, ou plutôt à des collectivités, qui réussissent à se mettre à l’abri des tentacules de certains collectifs, et qui ont entrepris de lutter à leur niveau contre le réchauffement? Comment donner du poids à ces luttes et moins aux leaders qui les redoutent? À qui sert-elle à donner des armes?

Ce qu’il s’agirait de se demander c’est comment pourrait-on faire changer les choses en s’appuyant sur l’espace public qui, comme le rappelle Jürgen Habermas, est basé sur la publicité, et qui est constitutif de la société. Comment se mobiliser sans passer par lui? Ou comment s’en servir plutôt que le servir ? Comment se mobiliser pour autre chose que pour figurer dans ses colonnes ? Ou pour permettre à certains de faire beaucoup d’argent? C’est que la moindre tentative aujourd’hui de réunir des gens, de les informer correctement, pour tenter de lutter contre des mécanismes économiques problématiques se heurte à des mécanismes de contre-propagande d’une puissance inégalée et d’une duplicité totale.
S’il est, aujourd’hui, une croyance à remettre en question, c’est bien celle de la capacité de la démocratie basée sur un système purement publicitaire à résoudre la plupart des problèmes. Elle ne les résout que lorsque suffisamment de gens sont convaincus d’en retirer un intérêt, et surtout quand elle ne se heurte pas aux intérêts de certains, en particulier des plus riches. Autrement dit pas souvent.
De là à opter pour des croyances religieuses et l’intégrisme, il y a un abîme qu’il me paraît cependant inutile de prétendre franchir. Mais enfin, on n’est à l’abri de rien, comme le rappelle le bon vieux Nietzsche dans son Ainsi parlait Zarathoustra. Surtout pas d’un coup fourré de la pire espèce.

Tout étant complètement imbriqué à l’échelon mondial il semble par dessus tout difficile de changer certaines choses. C’est au point que la démocratie sert d’abord à empêcher de remettre en question privilèges, règles, séparations, distinguos en tout genre. C’en est devenu la fonction principale, et du reste l’idéologie fondamentale. Quand bien même elle dissimule cette évidence derrière de prétendus programmes de réformes, derrière des crises qu’elle prétend résoudre précisément en les aggravant.

Ce régime est capable de mettre en place des organisations compliquées, mais pas de les faire fonctionner sans léser la plupart des gens et sans faire de gros dégâts. Il est également incapable de ne pas coloniser, que ce soit directement ou par des mayens financiers et économiques.
Il est incapable de modifier fondamentalement les rapports de production. Lorsque certains parlent de réorganiser complètement les rapports de production, elle fabrique des organisations paramilitaires, terroristes ou génocidaires, et déclenche des guerres atroces pour les terroriser et tenter de leur clouer le bec. Soi-disant parce qu’il ne s’agirait pas de démocrates, alors qu’il est impossible de transformer les rapports de production parfois de nature complètement féodale en s’appuyant sur la démocratie. Les pays qui s’efforcent de changer les choses ou qui s’opposent au néocolonialisme sont traités en ennemis, menacés d’invasion, taxés de dictatures.
Aucun politicien, parti, groupuscule politiques d’aucune sorte n’a été capable de pondre un programme cohérent de lutte contre le réchauffement climatique. Ne parlons pas de ce gentil AEC dont tant de Français sont amoureux, qui parle de réformer la démocratie, mais qui ne sait pas vraiment comment?

Un système tel que le nôtre refuse d’interdire le plastique dans la grande distribution. Pas seulement parce que cela prive de gens de leur emploi. Lorsqu’il s’agit de délocaliser une entreprise, pour payer la main d’œuvre moins cher, on n’hésite pas à licencier des milliers de gens. Lorsqu’il s’agit de faire des économies dans la fonction publique ou dans les soins de santés, on licencie des des dizaines de milliers de gens en un jour. Mais parce qu’il faudrait réorganiser tout le secteur de la grande distribution et que, dans ce cas, on se heurte aux intérêts de ceux qui en tire profit, aux actionnaires d’une société comme Walmart dont le chiffre d’affaires était de 447 milliards de dollars et les bénéfices avoisinaient les 16 milliards en 2011.
Notre système refuse d’interdire l’emploi de pesticides alors qu’ils empoisonnent tout le monde et provoquent l’extinction de milliers d’espèces animales et de dizaines de milliers d’espèces végétales. Tout simplement parce qu’il faudrait alors réorganiser tout le secteur agricole. Mais aussi renoncer à coloniser massivement des terres agricoles, à retirer de leur exploitation de somptueux bénéfices. Réorganiser l’agriculture n’est pas une mince affaire. C’est bien connu. Pourtant cela permettrait à des millions de gens de faire un travail intéressant. C’est ce que fit Venizelos en Grèce il y a près d’un siècle. Sa réforme fut un succès. Notre système, lui, préfère accaparer massivement les terres des plus pauvres alors que ces derniers les cultivent souvent avec un immense savoir-faire, pour que des industriels les exploitent avec des machines et des pesticides ce qui jette sur les routes des millions de gens et provoque des guerres. On en vient à brûler des milliers de kilomètres carrés de la forêt amazonienne pour faire la même chose, pour les cultiver avec des machines.
Mais tout cela il est impossible de l’empêcher. Ceux qui tentent de l’empêcher croupissent en prison et ce sont des régimes démocratiques qui les emprisonnent. Ou même qui les tuent.
Le camp qui se dit démocratique refusera toujours de renoncer à l’Amazonie ou la Grande forêt équatoriale congolaise, ou encore la forêt de Bornéo, que Total est en train de détruire massivement pour quelques millions de dollars. Il refuse d’envisager d’en faire un bien commun de l’humanité, d’accepter que tous veillent à les faire respecter, ensemble, de déclarer certains sanctuaires naturels inviolables, et de priver de leur souveraineté sur ces biens précieux entre tous, les nations qui les bradent à n’importe qui pour avoir le droit de survivre ou de faire plaisir à quelques milliardaires.
On ne peut pas continuer non plus à produire et à consommer massivement du pétrole. Viendra du reste un moment où plus aucune raffinerie ne sera à l’abri d’un drone ou d’un missile tant cette industrie fait des dégâts. Mais les démocraties provoquent des guerres atroces non seulement pour continuer à en produire massivement, mais pour mettre la main sur les gisements qui appartiennent à d’autres.

Les démocraties refusent de réorganiser les rapports de production, mais, dans tous les petits pays démocratiques, il existe plusieurs centaines de statuts professionnels, et surtout des sous-statuts, différents, les écarts de richesse et de revenu atteignent un sommet. Le libéralisme laisse proliférer sans limite les règles et les statuts, et prétend ranger tout un chacun dans une case. Un comble pour des régimes qui se prétendent libéraux ou socialistes.
Il y a lieu d’éviter d’octroyer à une organisation unique la charge de veiller sur la nature à préserver. Mais il faut que les nations et que certaines organisations mondiales apprennent à coopérer et à agir dans le bon sens.
Il faut d’urgence mettre fin aux accaparements de terre.
Il y a lieu aussi de financer la récupération et la destruction ou le recyclage des déchets militaires et civils chimiques et nucléaires, qui croupissent et qui pourrissent au fond de la mer, qui menacent l’ensemble de la vie marine. Bien d’autre mesures sont à prendre. Il est urgent de s’y mettre. Mais le prétendu monde libre refuse en bloc de faire quoique ce soit. Peut-être pour préserver la liberté. C’est possible. Mais cela reste à prouver.

En taxant certains pays d’inciviques, la courageuse Greta Thunberg et ses amis ne se sont pas complètement trompés de combat.

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