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Une possible prix Nobel et deux prix Nobel, qui dit mieux! Les éloges, la notoriété, le prestige, les récompenses font marcher les foules. C’est une loi sacro-sainte. C’est ainsi que les élites prétendent sauvegarder la morale, et en même temps dominer les foules, autrement dit faire ce qui les intéresse. Tout ceci fonctionne bien sûr à cause de l’amour de soi. Tous nous avons besoin de nous rapprocher d’une icône, d’en imiter, de croire en quelques-unes d’entre elles. Qui disait que la disparition de dieu avait donné naissance au surhomme?

Oui, j’ai vu Invictus, le magnifique film sur Mandela de Clint Eastwood, le célèbre réalisateur américain. Non, je n’ai pas vérifié si, après le séisme de 1993, l’abolition de l’apartheid, les élections
au suffrage universel, la City londonienne a réussi à mettre la main sur l’argent des capitalistes et des sociétés minières sud-africains. Elle a mis la main sur une partie de cet argent en tout cas, le reste filant dans des paradis fiscaux. La solution qui a été adoptée a permis d’éviter un bain de sang, mais elle a aussi permis d’éviter aux capitalistes de tout perdre. Les entreprises minières ont continué à tourner. Une belle opération au demeurant pour le capital occidental que la liquidation de l’apartheid. J’ai vaguement participé à la lutte contre l’apartheid en faisant le pied de grue lors d’après-midis festives dans les jardins de Monseigneur Tutu, à Cape Town, ou en assistant à des merveilleuses pièces de théâtre clandestines. En 1993, certains se sont sentis soulagés. Moi aussi. On dirait moins de mal des méchants blancs, et on ferait moins de mal aux gentils sud-africains, songeais-je. Pour la presse commerciale internationale, pour les sélectionneurs du prix Nobel, le mérite de cette extraordinaire transformation revenait à Nelson Mandela, et un peu aussi au peuple sud-africain.

Le formidable système à la base d’une certaine opinion internationale a fait du premier une icône. Il s’agissait indéniablement d’un coup d’éclat à mettre à l’actif de la démocratie. Cela servit aussi de prétexte à valoriser un modèle démocratique. Sur le moment même, ceux qui se demandèrent ce que cette transformation allait réussir à apporter ne furent pas nombreux. Il y a avait lieu de se réjouir. D’emblée les inégalités économiques et culturelles existantes se dotaient d’un terrible système de défense: l’état de droit, impossible à aménager ou à corriger, sans entraîner de terribles conséquences. Une lutte non moins formidable pour promouvoir la dignité des racisés et des pauvres se retrouvait comme face au vide, à cours d’arguments. Ses cadres furent pratiquement assimilés à des voyous. Sauf Nelson Mandela. Ils furent forcés de se ranger derrière lui et derrière les nouvelles institutions. Je me rappellerai toujours des réactions désordonnées des journalistes lorsque Mandela refusa un jour de critiquer Fidel Castro. Ce dernier fut parmi les seuls à le soutenir
lorsqu’il était prisonnier à Robben Island. Les journalistes l’ignoraient volontairement. Le prestige et la notoriété sont une chose, la logique et la noblesse en sont d’autres. Disons qu’il y a noblesse et noblesse.

Abordons à présent le cas de Mère Thérésa. Je sais que l’argent récolté par Mère Thérésa pour soigner ses pensionnaires indiens de Calcutta a surtout servi à fonder des monastères en Amérique latine et à lutter contre le communisme. Cette icône également souvent citée, par les médias et par tous ce qui se fait de bien et de  progressiste dans notre merveilleuse société, n’avait pas, bien sûr, de quoi nourrir tous les pauvres de Calcutta.

L’empire anglo-saxon, disons l’empire, comme l’appelle Tony Negri, fabrique des icônes. Dans quel but ? A-t-il jamais fait d’un communiste, à part Mandela, une icône ? Les seuls Russes a avoir reçu des prix Nobel furent des opposants farouches au régime communiste. Yasser Arafat reçut le prix Nobel également. Mandela, Arafat eurent tous deux recours à la violence, et même au terrorisme pour défendre leurs peuples qu’anéantissaient des régimes terriblement racistes. Mais, à force de souligner chez Mandela toutes sortes de qualités relativement abstraites, beaucoup ont fini par croire que Mandela n’avait rien à voir avec le terrorisme ou avec le communisme. Serait-ce pour cela? Pour attribuer à la démocratie, au capitalisme tous les mérites des luttes de longue haleine que menèrent ces formidables hommes politiques?

Greta Thunberg est peut-être sur le point de décrocher à son tour un prix Nobel. Sera-t-elle capable de le refuser, comme Sartre, au cas où elle  jugerait, comme elle l’a dénoncé, que son attribution ne servirait en rien la lutte contre le réchauffement climatique, la cause pour laquelle elle se bat? Sartre, il est vrai était un peu riche, ses nombreuses œuvres lui rapportaient de l’argent, et il était déjà vieux, mais il avait surtout de bonnes raisons de se méfier de cette publicité inopportune: elle aurait fait de lui un allié objectif de ceux-là même et du système qui martyrisaient à cette époque tout ceux qui se battaient pour la libération de leur pays, qui affrontaient le colonialisme. Cette récompense aurait émoussé son sens critique.
À quoi sert enfin de recevoir le prix Nobel ? Surtout le prix Nobel de la paix. N’achète-t-on pas de cette manière le silence de certains?

 

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